Bucéphale (en grec ancien / ) est le cheval d'Alexandre le Grand que lui seul est parvenu à dresser. Il le suit dans ses conquêtes en Asie, participant aux plus grandes batailles. Il meurt peu après la bataille de l'Hydaspe en 326 av. J.-C., de blessures ou de vieillesse. Alexandre a fondé en son honneur une cité, Bucéphalie (ou Alexandria Boukephalous) au Pendjab pakistanais, sur les rives du Jhelum, à l'endroit où le cheval a été enterré.
Les principales sources au sujet de Bucéphale sont Plutarque (Alexandre, 6) et Arrien (Anabase, ).
Origine du nom Le nom de Bucéphale provient de / , « le bœuf », et de / , « la tête ». Diverses explications ont été avancées : ce serait le nom d'une race de chevaux thessaliens, fort réputés dans l'Antiquité, qui se distinguent par une marque en forme de tête de bœuf sur l'épaule ou sur la hancheArrien, , 19, 5 ; , , 154, 1 ; Solinus, , 8 ; tous trois mentionnent également au moins une autre explication. Voir aussi le scholiaste du vers 23 des Nuées d'Aristophane ; Etymologicum Magnum, 207, 50 et suivantes ; Etymologicum Gudianum, 113, 41 et suivantes ; Souda à l'article ; Tzétzès, Chiliades, I, 810 et suivantes, etc.Anderson, p. 7.Anderson, . ; Bucéphale aurait porté une liste (marque blanche sur la tête) en forme de tête de bœufArrien, Anabase, , 19, 5 ; Excerpta Vaticana, 183.Anderson, . ; le nom ferait allusion à l'aspect farouche du chevalPline l'Ancien, , 154, 1 ; Solinus, , 8.Anderson, p. 6. ; le cheval porterait sur la tête une ou deux protubérances en forme de corneSolinus, XLV, 8. Hypothèse mentionnée mais rejetée par l’Etymologicum Magnum et l’Etymologicum Gudianum, retenue par le Pseudo-Callisthène dans le Roman d'Alexandre.Anderson, . ; la tête de Bucéphale ressemblerait à celle d'un bœuf, , 698 ; Aulu-Gelle, V, 2 ; Festus, 32 M. Hypothèse mentionnée mais rejetée par le scholiaste des Nuées, 23 et par Tzétzès, Chiliades, I, 810 et suivantes..
Apprentissage et dressage vignette|alt=Peinture sur toile représentant Alexandre et Bucéphale|Alexandre et Bucéphale, Giambattista Tiepolo, vers 1757-1760, Petit Palais, ParisUtpictura 18, université de Montpellier 3..
Selon la tradition grecque, Bucéphale descendrait d'une des juments de Diomède. Philonicos, un marchand thessalien originaire de PharsalePlutarque, Alexandre, VI. Arrien, Anabase, V, 19, 5, le montre à Philippe II de Macédoine mais le cheval se montre si rétif que le roi refuse de l'acheter. Au moment où il ordonne qu'on l'emporte, son fils Alexandre exprime ses regrets. Philippe II conclut finalement l'achat à condition que ce soit Alexandre qui dompte la bête, faute de quoi il devra payer lui-même l’achat pour la somme considérable de 13, voire 16 talents13 talents pour Plutarque (Alexandre, 6) ; 16 talents chez Pline l'Ancien (, 49)..
Alexandre remarque que le cheval a peur de son ombre, qu'il est ombrageux, et réussit à le dompter en le plaçant face au soleil le temps de le calmer et de l'apprivoiser. Plutarque donne à cette anecdote une portée prophétique. Voyant la réussite de son fils, Philippe lui aurait déclaré : « Mon enfant, cherche un royaume à ta mesure. La Macédoine n’est pas assez grande pour toi. »Plutarque, Vie d'Alexandre, 6, 8.
La docteure en littérature grecque et romaine Carolyn Willekes remarque que l'agressivité de Bucéphale est, au regard des sources, une conséquence de sa peur : le cheval n'a pas la possibilité d'échapper à la source de ce qui l'effraie. La peur du cheval devient le catalyseur permettant à Alexandre d'en identifier l'origine et d'éloigner Bucéphale de la source de sa peur. Lorsque Bucéphale n'est plus exposé à ce qui lui causait de l'anxiété, son agressivité disparaît et il devient possible de le monter.
Alexandre et Bucéphale
Depuis lors, Alexandre et Bucéphale font équipe, le cheval n'acceptant d'être monté que par lui et le recevant en pliant le genou.. Devenu roi de Macédoine, c'est en montant Bucéphale qu'Alexandre conduit la cavalerie macédonienne dans toutes les batailles qui les mènent de la Grèce jusqu'à l'Inde. Il peut aussi le ménager, comme avant la bataille de Gaugamèles où il passe les troupes en revue monté sur un autre destrier.. Près de l'Hyrcanie, Bucéphale est capturé en compagnie de son escorte. Alexandre parvient à le récupérer après avoir menacé de mort tous les ennemis que son armée rencontrerait dans la région.
Élien narre une anecdote à propos du peintre officiel d'Alexandre, ApelleÉlien, Histoire variées, II, 3.. Celui-ci vient d'achever, à Éphèse, un portait équestre qu'Alexandre n'apprécie guère mais Bucéphale à la vue du tableau se met à hennir, ce qui fait dire au peintre : « Ô roi, ton cheval semble se connaître en peinture beaucoup mieux que toi. »
Selon Plutarque, Bucéphale serait mort de ses blessures peu après la bataille de l'Hydaspe en 326 av. J.-C. Selon d'autres auteurs, Bucéphale serait mort de vieillesse à l'âge de 30 ansSelon Onésicrite cité par Plutarque (Alexandre, 61) et Arrien (Anabase, V, 19).. Alexandre fonde sur son tombeau la ville de Bucéphalie (Alexandria Boukephalous) sur les rives du Jhelum. Plusieurs hypothèses quant à son site exact sont retenues : Phalia ou Jalalpur Jattan dans le Pendjab pakistanais. Sur certaines monnaies des successeurs d'Alexandre, figure Bucéphale représenté avec des cornes, symbole de divinité dans l'Orient ancien.
Postérité vignette|droite|Monnaie de Séleucos représentant Bucéphale avec des cornes.
À , près de Taxila au Pakistan, les habitants continuent encore de nos jours d'appeler leurs chevaux Bucéphale car ils pensent qu'il a été inhumé sous un stūpa (tumulus). Bucéphale est aussi le nom donné à l'un des chevaux du groupe ornant la fontaine de la place du Quirinal à Rome. C'est également le nom du cheval légendaire du baron de Münchhausen. Il apparaît notamment dans le film de Terry Gilliam Les Aventures du baron de Münchhausen sorti en 1988 Dans Le Nouvel Avocat, la première nouvelle de son recueil Un médecin de campagne, paru en 1919, Franz Kafka imagine Bucéphale devenu avocat. Salvador Dalí a fait une lithographie avec pour sujet Bucéphale. Dans son troisième album, Le Jour du poisson (1997), le chanteur Thomas Fersen narre l'histoire d'un cheval de course nommé Bucéphale.
Notes et références
Annexes Bibliographie Ouvrages antiques . . .
Ouvrages modernes . . Andrew R. Anderson, « Bucephalas and His Legend », The American Journal of Philology, vol. 51, n1 (1930), p. 1-21. A. D. Fraser, « The "Breaking" of Bucephalus », The Classical Weekly, vol. 47, n2 (16 novembre 1953), p. 22-23.
Articles connexes Alexandre le Grand
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