Le char Leclerc est un char de combat français de troisième générationL'AMX-30 représentant la première génération de char de combat français, suivie par la deuxième génération représentée par l'AMX-40 qui ne fut jamais adopté par l'Armée de terre.. Il est conçu aux ateliers d'État AMX-APX et fabriqué à l'arsenal de Roanne par le groupement d'arsenaux étatiques GIAT dans les années 1980, devenu ensuite GIAT Industries en avec la privatisation du groupe. GIAT Industries, rebaptisé Nexter en 2005 puis KNDS France, continuera sa production jusqu'en . Il est nommé en l'honneur du maréchal Leclerc.

Malgré une mise au point longue, il devient l'unique char de combat des forces blindées françaises, permettant d'assurer la relève des AMX-30 B, AMX-30 B2 et AMX-30 B2 Brenus. Prévu à l'origine pour contrer les divisions blindées du pacte de Varsovie, il est utilisé ensuite comme fer de lance dans des opérations de , de maintien de la paix de l'ONU, expéditionnaires ou dans des manœuvres de l'OTAN. Suivant plusieurs programmes de rénovation et de modernisation, il est prévu qu'il reste en service jusqu'en 2040. Il devrait être alors remplacé par le futur SPCT (Système Principal de Combat Terrestre, MGCS en anglais), un projet franco-allemand.

Développement et production

Contexte vignette|gauche|Le Mulet Système Complet (MSC) fabriqué en 1985 a été utilisé pour tester les différents composants du futur char Leclerc.

La prise de conscience au cours des années 1970 par l'armée française des insuffisances de l’AMX-30 B2 provoqua en 1977 l’établissement d'un cahier des charges nommé EPC, pour « Engin principal de combat ». L’achat de chars étrangers, comme le M1 Abrams américain, le allemand ou le Merkava israélien, fut envisagé puis rejeté. De même en 1979, un programme combiné avec l'Allemagne de l'Ouest, sur la base du , n’aboutit pas. Ne restait plus que la solution de la construction d’un modèle national et des études débutèrent donc en ce sens. Son développement fut très long« Du côté des chars lourds », Défense & sécurité internationale, hors-série 3, juin-juillet 2008, 83..

Développement initial Contrairement aux autres programmes occidentaux, on misa plus sur une protection active que passive, dans le but de limiter la masse finale du véhicule. La mobilité, permettant les esquives, et le système de conduite de tir furent particulièrement soignés. En 1986, l'EPC est nommé Leclerc et l'objectif annoncé est de , remplaçant les et le reliquat d'AMX-13 alors en service.. Face à la supériorité numérique des blindés du Pacte de Varsovie qui était l'adversaire de référence, un régiment de Leclerc est censé être équivalent à trois régiments de T-80 ou six de T-72.

Avec la fin de la guerre froide, il y a une réduction considérable du nombre de régiments de chars, passés de dix-sept en 1988 à six en 2001 et une cible à livrés en 2002.

En 1993, la direction générale de l'Armement tablait sur de combat pour un budget total de de francs français de l'époque, hors engins de dépannage et porte-chars..

En 2001, l'Assemblée nationale estime le coût total du programme Leclerc à d'euros ( de francs) dont d'euros déjà votés en crédits de paiement. Le coût unitaire moyen est alors de huit millions d'euros ( de francs) ( pour un S2), en dépassement de 20 % par rapport aux devis initiaux, en raison des surcoûts du maître d’œuvre industriel, de la réduction de cible de à 406 et de l'étalement du programme. tandis que la Cour des comptes a évalué le coût unitaire d'acquisition global du char Leclerc (en tenant compte notamment des coûts de développement, d'industrialisation, de pièces de rechange et de systèmes d'armes annexes, de munitions spécifiques, d'infrastructures, d'instruction et d'entraînement) à d'euros en 2001..

Difficultés techniques En 2003, seulement ont été acceptés par la DGA contre une prévision de 45. En 2004, ce furent seulement qui furent livrés au lieu des .

Ces retards résultaient non seulement des mouvements sociaux dans Giat industries mais aussi du refus par la DGA des chars livrés du fait de leurs défauts de qualité (ces derniers concernaient notamment les tourelles, dont la rotation pose des problèmes de sécurité, et le viseur caméra thermique).

En fin d'année 2005, la ( et 11, soit un total de ) entra en production et, au mois de , il ne restait plus qu'environ à livrer fin novembre.

Les chenilles en aluminium, appelées V2, permettaient un gain de masse de l'ordre de par rapport à des chenilles en acier mais s'usaient vite, et commencent à être remplacées par les chenilles V5 à corps en acier. Elles équipent d'ailleurs les chars de la tranche T11.

Le fonctionnement des freins de tir ne s'avère pas satisfaisant, de même que certains des épiscopes (environ pièce) qui présentent des défauts d'étanchéité. Ceux-ci sont fabriqués en République tchèque et en république populaire de Chine ; alors que ceux construits en Chine ont passé les tests de contrôle avec succès, les épiscopes tchèques posent un problème..

La disponibilité du Leclerc était inférieure à 40 % en 2005 contre 60 % en 2004.

En 2013, la disponibilité redevient proche des 60 % sur les que possède encore l'Armée de terre et qui ont un âge moyen de neuf ans. Le coût unitaire annuel du maintien en condition opérationnelle est de par char.. Le nombre de chars en service était de 226 en 2014 et de 241 en 2015 avec un taux de disponibilité de 65 % à cette date..

En 2016, le taux de disponibilité est passé à 61 %. Sur Leclerc en service, seulement sont disponibles, pour un coût de maintien en condition opérationnelle d'environ par moisJean-Dominique Merchet, « par mois pour un Leclerc opérationnel », blog « Secret défense », L'Opinion, ..

Vente aux Émirats arabes unis En 1993, un contrat de vente de blindés lourds Leclerc est conclu avec les Émirats arabes unis. Il prévoyait la livraison de de bataille, deux char-écoles et ainsi que les munitions, les pièces de rechange et les moyens d'instruction liés au Leclerc à partir de 1994, pour un montant de de dollars.

Afin d'obtenir ce marché, le prix du char Leclerc fut calculé au plus juste tandis que son coût de fabrication unitaire augmentait. En 2000, un problème de mise à niveau des chars provoque l'ajournement des livraisons, le temps pour les deux parties de trouver un accord permettant de reprendre les livraisons le plus vite possible. Le problème venait de la mise à niveau des premiers chars, devant être livrés au standard de la dernière tranche. Giat Industries déploya une forte délégation de deux-cents personnes environ chargées de la remise à niveau des chars. La livraison des se termina fin 2003.

Un problème presque identique frappa la livraison des chars de dépannage DNG/DCL pour le même pays. Il fallut remettre tous les chars déjà livrés en conformité avec la dernière évolution du dépanneur (dépanneur nouvelle génération ARV, pour Armored Recovery Vehicle) ; les livraisons furent stoppées alors qu'il restait dix-huit exemplaires à livrer. Le problème résolu, les livraisons reprirent début 2007 et se soldèrent par la livraison des derniers ARV dans le courant du troisième trimestre 2008.

Le contrat émirati constitua un apport de charge considérable pour l'entreprise au cours des dernières années. À titre d'exemple, en 2001, l'exécution de ce contrat représentait environ 25 % de l'activité globale productive de Giat Industries. Cependant, son exécution a conduit à des pertes considérables pour l'entreprise, estimées à plus de d'euros en 2000.

Ce contrat a connu un aléa supplémentaire. La négociation, imposée en dollars américains par les EAU, plutôt qu'en francs français, a ajouté du poids à la note finale (l'entreprise « paye » en francs puis en euros, mais est payée, à livraison, en dollars, les fluctuations de ce dernier changeant du tout au tout le rapport pertes/bénéfices final).. Un plan d'acomptes favorable avait permis à Giat de dégager des réserves de trésorerie. Mais ces sommes ont fait l'objet de prises de risques inconsidérées qui ont entraîné des pertes de change d'un montant de d'euros..

Ce pays cède de à l'armée jordanienne en ..

Caractéristiques Disposition générale

Tourelle et installation de l'équipage vignette|gauche|Poste du chef de char. vignette|Poste du tireur et culasse du canon.

Le conducteur prend place à l’avant gauche de la caisse par une petite trappe, difficile d’accès, car placée juste au-dessous de la mitrailleuse coaxiale. Il dispose de trois épiscopes (deux latéraux avec dégivrage et un central, tous équipés de lave-glace). L'épiscope central est équipé d'un intensificateur de lumière (IL) autorisant le pilotage nocturne.vignette|Poste et console du tireur du Leclerc.Le chef de char est sur la gauche du canon et le tireur sur la droite. Tous les deux disposent du même palonnier de commande électrique, leur permettant de pointer et tirer avec les armes de bord. On trouve huit boutons sur le palonnier.

La masse de la tourelle est de , elle permet une vitesse de déplacement de en azimut et le pointage en site de . la mise à feu est électrique, le recul est limité à pour être compatible avec le chargement automatique.

Le char se manœuvre par le biais d'un volant central accompagné, à sa droite, d'un levier de vitesse permettant la gestion de la boîte de vitesses automatique et, à sa gauche, de divers indicateurs tels que la vitesse du char, le régime moteur, sa température ou encore le carburant restant. Le conducteur dispose sur l’épiscope central d'un indicateur de position de la tourelle, et pour plus de précision d’un petit miroir braqué sur la partie numérotée du puits de celle-ci, lui permettant de tenir compte de la position du canon lors du déplacement. À la droite du conducteur se trouve un barillet contenant dix-huit obus et des réservoirs de carburant.

Mobilité

Motorisation vignette|gauche|Un char Leclerc en Allemagne en 2018. vignette|Un moteur V8X-1500 Hyperbar La motorisation du Leclerc est fournie par un moteur extrêmement novateur, le V8X-1500 Hyperbar à quatre temps de à 8-cylindres en V suralimenté..

Il intègre une petite turbomachine Turboméca chargée du rôle du turbo qui multiplie par sept les performances du moteur non suralimenté pour disposer de l'air comprimé (donc du couple) tout de suite et éventuellement le système électrique quand le moteur est arrêté (). Cette combinaison permet de fortes accélérations pour un char puisqu'il peut accélérer de en , de rouler à vers l'avant sur route ( en tout-terrain) et à vers l'arrière, d'autant que le moteur Diesel est presque aussi silencieux qu’une turbine.

Les problèmes subis par les premiers Leclerc sont venus de la gestion électronique de ce moteur, entre autres de capteurs, mais ils semblent résolus dorénavant. L'échappement des gaz se fait sur l'arrière gauche du châssis, via une manche à air coudée à . Les réservoirs ont une capacité de et sont utilisés comme éléments de protection du char. Un système de ravitaillement à haute pression () permet leur remplissage en moins de quatre minutes. Deux bidons supplémentaires de , largables en urgence, sont montés à l’arrière de la caisse, ils ne peuvent être utilisés au combat car ils limitent le débattement de la tourelle. Le char peut être ravitaillé sur le terrain par camion citerne tel le Scania CCP10 qui peut faire le plein de quatre Leclerc avec moteurs tournants en moins de sept minutes.

Le Melchior Technologie MT135, conçu dans les années 1990 avec cette suralimentation, peut être considéré comme son successeur spirituel.

Transmission et direction La boîte de mécanismes ESM 500 SESM ESM500. a été conçue par la Société d’Équipements Systèmes et Mécaniques (SESM). Pesant , elle assure la traction, la direction et le freinage du char Leclerc. Elle comprend une boîte de vitesses automatique intégrant un convertisseur de couple. Cinq vitesses sont disponibles en marche-avant (dont une première lente) et deux en marche-arrière.