Antoine-François Momoro, né à Besançon, paroisse Saint-Pierre, le et baptisé le même jour et mort guillotiné à Paris le , est un imprimeur, libraire et homme politique et révolutionnaire français.
Figure importante du Club des cordeliers et de l'hébertisme, on lui attribue la paternité de la devise de la République française, « Liberté, Égalité, Fraternité ». La formule apparaît pour la première fois en décembre 1790 sous la plume de Maximilien de Robespierre, sans être retenue par l’Assemblée. Reprise par le Club des Cordeliers en 1791, elle connaît ensuite des variantes, notamment chez Momoro qui propose un temps « Union, Fraternité, Égalité, Liberté » et joue un rôle décisif dans sa diffusion en la faisant adopter officiellement par le Directoire du département de Paris le 3 juillet 1793, assortie de la formule « ou la mort ». Michel Borgetto, La Devise : « Liberté, Égalité, Fraternité », PUF, 1997, ; Marcel David, Le peuple, les droits de l'homme, et la république démocratique, Harmattan, 2003, p. 235. .
Origines et formation Né à Besançon au sein de la paroisse Saint-Pierre, Antoine-François Momoro est issu d’une famille d'artisans. Son père est cordonnier, tandis que sa mère, domestique à la mort de son épouxAlbert Mathiez, « La mère de Momoro », Annales Révolutionnaires, n° 4, 1917, p. 544–545., appartient à une lignée établie de longue date dans la région. Ses parrains, le commerçant Antoine François Marin et la domestique Marie-Françoise Biétrix, témoignent du milieu modeste mais laborieux dans lequel il a grandi. Plusieurs notices biographiques mentionnent une origine espagnoleAinsi celle proposée par la Bibliothèque Nationale évoque « une famille que l'on prétend d'origine espagnole ». Notice de Personne - Momoro, Antoine-François (1756-1794) de la famille Momoro, héritée de la période où la Franche-Comté était sous domination espagnole, jusqu’à son rattachement à la France en 1678 par le traité de Nimègue. Cette filiation semble toutefois relever davantage d’une tradition que d’une certitude généalogique. Une hypothèse rapportée par Rétif de la Bretonne suggère que Momoro serait le descendant d’un commissionnaire originaire du village de MontmoroNicolas Edme Réstif de la Bretonne, L'Année des Dames Nationales, vol. XII, Duchêne, 1794, p. 3817.. Il pourrait en réalité s’agir de Montmorot, localité située dans le Jura et selon Georges Lenôtre, son père aurait même renoncé à son nom patronymique pour adopter celui de son village, dans le but d’« effacer le souvenir de quelques épisodes fâcheux » de son passéGeorges Lenôtre, « Madame Momoro, Déesse », Le Temps, 25 octobre 1930, p. 3.. Malgré la condition modeste de ses parents, Antoine-François Momoro reçoit une instruction soignée dans sa ville natale qui lui permet d’acquérir une solide culture générale ainsi qu’une bonne maîtrise de l’écrit. Contraint « dès l'enfance de gagner son pain »Georges Lenôtre, « Madame Momoro, Déesse », Le Temps, 25 octobre 1930. il aurait entamé très tôt un apprentissage dans le domaine de l’imprimerie, probablement dans sa ville nataleNicolas Edme Réstif de la Bretonne, L'Année des Dames Nationales, vol. XII, Duchêne, 1794, p. 3817. Retif a lui fait son apprentissage à Auxerre auprès du grand-oncle par alliance de Momoro, le typographe Michel François Fournier. Enfin, la famille Momoro comptait parmi ses proches le fondeur de caractères avignonnais René Perrenot, cousin germain d’Antoine-François Momoro. Ce lien s'établit par le mariage de Jacob Momoro avec la sœur d’Antoine Perrenot, mort le . Cette parenté témoigne de l’enracinement des Momoro dans les milieux typographiques provinciaux..
« Premier imprimeur de la Liberté » Installé à Paris en 1780, Antoine-François Momoro poursuit sa formation chez le libraire et imprimeur Louis Cellot. Son jeune frère Antoine-Alexis, garçon d'imprimerie puis compagnon libraire à AbbevilleArchives départementales de la Somme, 5MI D247, f. 114., le rejoint à la capitale. Il épouse en , Marie-Joséphine Fournier, fille de l’imprimeur et typographe Jean-François Fournier, représentant d'une prestigieuse famille du monde du livre. En , il est reçu comme maître dans la Communauté des libraires et imprimeurs de ParisPaul Delalain, « Momoro (Antoine-François), libraire, imprimeur et fondeur de caractères à Paris », Bulletin de la Chambre syndicale des imprimeurs typographes, 15 janvier 1910, p. 28., succédant à son beau-père dans l’exercice de la professionAugustin-Martin Lottin, Catalogue chronologique des libraires et libraires-éditeurs de Paris, 1789, p. 126, 244.. Il acquiert rapidement une solide réputation pour sa maîtrise technique du métier de typographe. Avant , il exerce comme libraire indépendant, dans un secteur alors encore dominé par les grandes maisons d’édition parisiennes. Son activité éditoriale bien que modeste, se distingue par une certaine régularité Carla Hesse, Publishing and Cultural Politics in Revolutionary Paris, 1789-1810, University of California Press, 2024, p. 163.. Parallèlement à son travail d’imprimeur, il s’adonne à l’écriture, publiant des ouvrages de fiction et réflexion politique. Il est notamment l’auteur d’un récit de voyage imaginaire à caractère utopique, Histoire intéressante d’un nouveau voyage à la Lune et de la descente à Paris d’une jolie Dame de cette Terre étrangère, publié en Corin Braga, Du Paradis perdu à l’antiutopie aux XVIe–XVIIIe siècles, Classiques Garnier, 2010, p. 146. et d'un Manuel des impositions typographiques.
La Révolution française et la proclamation de la liberté de la presse en bouleversent profondément le paysage éditorial parisien. Profitant de l’effervescence politique et de l’explosion des publications, Momoro transforme son activité en un outil de diffusion des idées révolutionnaires, posant ainsi les bases de son engagement politique. Dès les premiers mois de la Révolution, Momoro se dote de quatre presses, ouvre une imprimerie au de la rue de la Harpe et se lance dans la politique, mettant ses compétences au service des idées nouvellesLe 29 août 1789, les Nouvelles Révolutions de Paris annoncent qu'il a placé des presses désignées comme les « premières Presses de la Liberté » ; Nouvelles révolutions de Paris, n° VIII, p. 37.. Sa première publication dans le cadre journalistique est le Bulletin de l’Assemblée nationale, gazette quotidienne consacrée aux débats des États généraux puis de l’Assemblée, qu’il rédige en partie entre et Pierre Rétat, Les Journaux de 1789 : bibliographie critique, Paris, CNRS, 1988), p. 47., avant sa fusion avec le Moniteur universel de Panckoucke. Il demeure pourtant circonspect dans ses premiers engagements comme en témoigne, en juin 1789, son refus de publier La France Libre de Camille DesmoulinsAssociation Camille Desmoulins, Biographie de Camille Desmoulin, 3. Brochures et pamphlets.Camille Desmoulins, Le Vieux Cordelier , n° 7, janvier 1794, p. 150.. Entre mars et , il publie également L’Observateur du Club des Cordeliers et de la section du Théâtre-Français, périodique officieux rendant compte des séances du club et qui témoigne tant de son enthousiasme pour les idées nouvelles que de son implication dans la politique sectionnaire. Enfin, en , il publie un Traité élémentaire de l’imprimerie, ou Le Manuel de l’imprimeur, manuel technique dont la rédaction est initiée très tôt dans sa carrière et appelé à devenir une référence dans le domaine de l’imprimerie.
À l’automne , l’atelier et le domicile de Momoro sont perquisitionnés par les autorités municipales, à la recherche du libelle anti-fayettiste Le Furet parisien. En réponse, il publie un texte polémique, Sur la servitude de la presse, problème à résoudre, où il conteste le droit de la municipalité à fouiller les imprimeriesCatalogue Charavay, Paris, 1900, p. 162.. Admirateur fervent de Marat, Momoro est un membre actif du district des Cordeliers et proche du Cercle socialGary Kates, The Cercle Social, the Girondins and the French revolution, Princeton University Press, 1985, p. 165, 280.. En 1790, il se fait remarquer par son opposition déterminée à l’administration municipale, en particulier au maire Bailly. Il joue un rôle central dans la section du Théâtre-Français, où il exerce successivement les fonctions d’imprimeur, de secrétaire, de délégué, puis de président. Cette section, particulièrement active dans les premières années de la Révolution, devient l’un de ses principaux lieux d’engagement politique. En 1791, il devient un adversaire déclaré de la monarchie constitutionnelle et de la religion catholique. Son engagement révolutionnaire lui vaut la concession exclusive des travaux de typographie et d’imprimerie de la Commune de Paris.
Un membre influent du Club des Cordeliers