La Normande est une race bovine française originaire de Normandie. C'est une vache de grande taille, qui a une robe caractéristique, blanche (caille) avec plus ou moins de taches blondes ou bringées (marron foncé). Autre signe distinctif de ce bovin : ses « lunettes » (taches foncées autour des yeux).
C'est une race mixte, qui excelle tant dans la production laitière que dans la valorisation de sa viande. Son lait est particulièrement bien adapté à la transformation fromagère, du fait de ses forts taux protéiques, et de la nature des caséines qu'il contient. Il est également riche en taux butyreux pour la fabrication du beurre. Sa viande est reconnue pour sa saveur et son persillé. Grande mangeuse d’herbe, la Normande gagne les prairies dès la sortie de l’hiver, pour y pâturer l’essentiel de l’année.
Pour certains la Normande trouverait ses origines chez des bovins amenés dans la région par les Vikings. Même si cette hypothèse a peut-être une part de vérité, la Normande telle qu'on la connaît actuellement est proche d'autres races anglo-normandes, et est issue de la fusion de diverses races locales dont notamment la cotentine, de l'augeronne et de la Cauchoise. La race a été ensuite influencée par l'infusion de sang durham au , et a vu ses conditions d'élevage et donc sa morphologie s'améliorer avec les progrès de l'agriculture. Le herd-book de la race est créé en 1883, et la sélection de la race s'organise petit à petit. Le herd-book devient UPRa Normande (Unité Nationale de Sélection et de Promotion de la race Bovine Normande) en 1976, puis Organisme de Sélection depuis 2008.
La Normande est aujourd'hui la troisième race laitière française sur le plan des effectifs. Elle est en outre un animal emblématique de la Normandie. Elle étend toutefois son influence dans les régions avoisinantes depuis déjà longtemps, et est présente un peu partout dans le monde.
Historique Origine La race Normande est issue principalement de la fusion de trois races locales au cours du : La cotentine, race à laquelle on prête souvent une origine germanique et qui pourrait selon certains avoir été importée par les Vikings. Les archives antérieures à 1850 montrent que deux types de vaches cotentines coexistaient en Normandie. La « grande race » se distinguait par des proportions étonnantes. En effet les descriptions de l'époque indiquent que les bœufs mesuraient 1,90 à de haut pour de long et un poids compris entre et . Ces dimensions qui laissent aujourd'hui perplexes ont été validés par les « Inspecteurs de l'Agriculture » de l'époque. Toutefois, ces animaux étaient très mal conformés et peu précoces. Leur robe était rouge bringée. La « petite race » présentait des mensurations plus raisonnables : de haut pour de long et un poids moyen de pour les bœufs, et de haut pour de long et un poids moyen de pour les vaches. Également bringée, cette race très présente dans la Manche était une bonne laitière. Plusieurs sources semblent confirmer que la cotentine formait une population de bovins à la robe bringée et à la conformation et la taille supérieure aux autres races de la région. Elle avait de bonnes aptitudes laitières et s'engraissait rapidement mais était peu précoce, exigeante en nourriture et peu douée pour le travail ; L'augeronne, est une vache de couleur blanc truitée, plus petite que la cotentine, plus fine et plus apte à l'engraissement. Elle est issue de croisements des bovins locaux avec des animaux « hollandais », introduits dans le pays d'Auge dans les années 1720 et depuis régulièrement croisés avec les vaches du Cotentin ; La cauchoise, une vache pie rouge avec une tête toute blanche ou majoritairement blanche. Cette vache d'origine flamande haute en taille et peu musclée, n'était pas réputée pour ses qualités laitières. D'autres races locales ont certainement plus ou moins contribué à la création de la Normande. Certaines sources recensent notamment la race du Bocage dans la région de Coutances, une petite vache au poids compris entre , de couleur bringée ou caille, rustique et apte au travail, la race du pays d’Avranches, rustique et travailleuse mais médiocre laitière et mal conformée, la race à basse corne de la région de la Hague, la mayennaise, la Sarlabot (sans cornes par croisement d'introgression avec des animaux britanniques) et les animaux de Bessin, de petite taille. Toutes ces races ont progressivement disparu, victimes des croisements avec la cotentine et la durham, et peu à peu assimilées aux autres races.
Structuration de la race Au début du , l'apport de sang durham, ancien nom de la shorthorn, a été effectué, afin d'améliorer la précocité, la conformation bouchère, la finesse de la viande et l'aptitude à l'engraissement. Ces croisements étaient encouragés par le gouvernement pour améliorer la production de viande des races françaises, en s'appuyant sur cette race anglaise très bien conformée et spécialisée dans la production de viande. D'abord timides, les apports d'animaux Durham deviennent petit à petit très importants, et des vacheries comme celle du Pin, dans l'Orne, permettent d'accueillir les taureaux anglais qui sont diffusés dans les élevages. Ces croisements ne font toutefois pas l'unanimité, et de nombreux éleveurs reprochent la moindre production laitière et la moindre aptitude au travail des animaux croisés. Ils sont finalement abandonnés au milieu du , les éleveurs jugeant que les races locales comme la cotentine n'avaient nul besoin d'être améliorées par du sang durham, qui avait un effet très négatif sur sa production laitière, mais nécessitaient plutôt une sélection drastique. Ce court épisode de croisements n'a duré qu'une vingtaine d'années, mais il a permis aux éleveurs d'appréhender ce qu'était une race améliorée comme la Durham, et de préparer les améliorations de la sélection, mais aussi des techniques d'élevage et d'alimentation, nécessaires pour voir progresser les performances de leurs animaux.
Ainsi, la seconde moitié du est marquée par les importants progrès réalisés par l'agriculture, au niveau de la reproduction des animaux qui est de plus en plus raisonnée, des techniques d'élevage et de l'alimentation animale, mieux réfléchie et bénéficiant de l'importante amélioration des rendements des prairies via l'utilisation d'engrais et d'amendements, de nouvelles espèces fourragères et de nouveaux outils pour les récolter en quantité. Par ailleurs, l'agriculture se structure fortement à cette époque, avec la création des écoles d'agriculture, des comices, des sociétés d'Agriculture et de diverses organisations locales, dans lesquelles l'élite de l'époque a une place importante. Ainsi, dans les années 1830 est créée à Bayeux à l'initiative d'Arcisse de Caumont l'Association Normande, sorte d'académie locale regroupant toutes les compétences de l'époque (industrie, commerce, agriculture…). Celle-ci s'intéresse de près à l'élevage à partir de 1840, et organise dès lors un concours agricole annuel, couplé au grand congrès de l'association. Cet évènement auquel peuvent participer tous les animaux de Normandie est l'occasion de récompenser les meilleurs éleveurs et leurs bêtes, mais également pour l'association d'évaluer la qualité du cheptel local et observer son évolution au fil des ans. C'est au cours d'un congrès de cette Association Normande en 1847 que le comte Hervé de Kergorlay exprime son souhait de voir le concours s'intéresser également à la production laitière des vaches et aux capacités des taureaux à engendrer des femelles à forte production laitière, et la nécessité de raisonner les accouplements et les enregistrer pour obtenir des races bien fixées. Il exprimait ainsi les grandes lignes de ce qui deviendra le contrôle laitier et le herd-book normand.
Il faut tout de même attendre 1883 pour voir apparaître le herd-book de la race bovine Normande, à l'initiative de diverses associations agricoles locales et du gouvernement. La commission qui le crée est chargée dans un premier temps de fixer les conditions d'inscription des animaux. Dans un premier temps on inscrit les mâles âgés de plus de 12 mois et les femelles de plus de deux ans, à condition qu'ils présentent une morphologie adéquate et une ascendance de race pure. Les inscriptions sont gratuites et les demandes nombreuses durant les deux premières années, puis le herd-book est fermé, n'acceptant plus que des animaux issus de ceux déjà inscrits, même si les exceptions demeurent courantes. Cette sélection qui s'organise obtient rapidement de bons résultats, et la race Normande, qui se démarque par sa bonne conformation bouchère et ses excellentes aptitudes laitières et beurrières, se développe rapidement au début du . Le contrôle laitier se développe en Haute-Normandie, et certaines zones se démarquent par la qualité de leur sélection comme la Manche (Val de Saire, Cotentin), le Calvados (Bessin), l'Orne et la Seine inférieure (Pays de Caux, Pays de Bray). La race gagne également les régions voisines, et même l'étranger, et semble promise à un bel avenir.
Réorganisation durant l'entre deux guerres Le herd-book normand est réorganisé après la Première Guerre mondiale. Il devient une association loi de 1901 qui regroupe outre les éleveurs tous les acteurs intéressés par l'amélioration de la race Normande : les syndicats des contrôles laitiers, les syndicats d'élevage, les mutuelles bétail, les sociétés d'agriculture, les syndicats agricoles, les comices y sont ainsi représentés. Il a pour objectifs principaux de tenir le livre généalogique de la race Normande et garantir le maintien de la pureté de cette race, l'amélioration de ses aptitudes à produire du lait, du beurre et de la viande, et la diffusion des reproducteurs de la race partout en France et à l'étranger. Dans les années 1920 la tenue du livre généalogique était la principale préoccupation du herd-book, et de très nombreuses inscriptions ont été réalisées à cette époque. L'inscription de nouveaux animaux étant possible, et les nouvelles conditions d'entrée au herd-book étant peu restrictives, pas moins de sont inscrits à titre initial entre 1924 à 1938, en plus des qui y entrent au titre de leur ascendance. Cette politique d'ouverture du livre à de nombreux animaux était critiquée, certains l'accusant de s'intéresser surtout à l'intérêt financier immédiat de ces inscriptions qui étaient payantes plutôt qu'à l'amélioration de la race. Par ailleurs les taureaux inscrits à cette époque l'étaient uniquement sur leur aspect extérieur et leur conformation, et très peu furent à l'origine de bonnes souches de vaches. On reprochait également le peu d'effort fait par l'association pour diffuser la race, son action se limitant à l'époque à délivrer quelques certificats d'exportation (900 taureaux ont été exportés, principalement vers l'Amérique du Sud, entre 1920 et 1939). De plus, le contrôle laitier n'est pratiqué que par un petit noyau d'éleveurs et mal utilisé dans la sélection, et les progrès dans la production laitière à l'époque sont plus le fruit de l'alimentation qui s'améliore que de l'amélioration génétique.
En 1929 est créé un livre d'élite, qui rassemble les animaux aux aptitudes bouchères et laitières au-dessus du lot : chaque animal du livre généalogique se voit attribuer une note sur 100 suivant des critères tels que la conformation, les aptitudes laitières et beurrières et la pureté de la race (robe et morphologie correspondant parfaitement aux standards), et seuls les animaux qui obtiennent une note supérieure à 80 rejoignent le livre d'élite, soit et entre 1929 et 1938. Le herd-book normand rejoint le registre des livres généalogiques des grandes races françaises en 1938. Il est alors dans une très bonne situation financière, et compte un grand nombre d'animaux, mais derrière cette apparente bonne santé se cache une sélection peu efficace et une race qui s'est peu développée au-delà de sa région d'origine, contrairement à d'autres races concurrentes.