Jacques Dubois, né le à Liège et mort dans la même ville le , est un universitaire, intellectuel et homme de presse belge.

Docteur en philosophie et lettres de l’université de Liège, il y est assistant en 1964, puis chargé de cours associé en 1970. Nommé professeur en 1978, il a enseigné les auteurs français des ainsi que la sociologie de la littérature ; il est admis à l’éméritat en 1998. Il est professeur invité dans différentes universités, spécialement aux États-Unis, au Québec et en France.

Il fait partie du Groupe µ, cet auteur collectif d’une Rhétorique générale mondialement reconnue. Il s’oriente ensuite vers la sociologie littéraire. Ses études sur les « romanciers français du réel » font autorité. Il se tourne également vers le roman policier et devient un spécialiste de l’œuvre de Georges Simenon. Depuis son Pour Albertine consacré à une héroïne de Marcel Proust, il se tourne vers la « critique-fiction ».

Biographie

Jeunesse et études Jacques Dubois naît à Liège le . Son père est professeur de français, résistant communiste durant la Seconde Guerre mondiale, et sa mère est institutrice, socialiste.

Il est diplômé docteur en philologie romane de l’université de Liège en 1961.

Carrière académique Après un mandat FNRS, il est engagé par l'université en 1964 comme assistant. Il est nommé chargé de cours associé en 1970 et en 1978, devient professeur, poste qu'il occupe jusqu'en 1998. Il enseigne la littérature française des et siècles et la sociologie des institutions culturelles. Durant sa carrière, il est professeur invité dans diverses universités aux États-Unis, en France et au Québec (Montréal).

Il est l’un des fondateurs en 1972 de la section Information et Arts de Diffusion de l'université de Liège, appelé à l'époque la Huitième section. Cette section est initialement consacrée à l'enseignement et à la recherche sur les médias, les arts du spectacle, la communication et l'animation culturelle. En 1990, cela devient le département des Arts et Sciences de la Communication et par la suite Médias, culture et communication, d'où sont sortis nombre de journalistes liégeois. La création de cette section lui vaut de nombreuses critiques de collègues plus conservateurs.

Groupe µ - de la rhétorique à la sociologie de la littérature Au milieu des années 1960, avec cinq collègues, il forme le collectif Groupe µ, qui s'intéresse à rhétorique nouvelle. Les membres de ce collectif transdisciplinaire et suivent la vague structuraliste. En 1970, le Groupe publie Rhétorique générale (Larousse, 1970). Il s'agit d', traduite en neuf langues et qui . Ce livre est suivi d'une Rhétorique de la poésie (1977).

Après sa contribution au Groupe µ, Dubois reprend une certaine autonomie et à la littérature. Il élargit l'approche de l'analyse des textes en adoptant une approche sociologique. Il entre en dialogue avec Robert Escarpit, qui, à l'université de Bordeaux, promeut la sociologue de la littérature et il contribue au recueil collectif Le littéraire et Le social (Flammarion, 1970).

En 1978, il publie sa principale contribution théorique L'institution de la littérature.

Il y déconstruit les mythes et le monde de la littérature des et siècles.

Par la suite, il se reconnaît dans les travaux de Pierre Bourdieu et coordonne avec Pascal Durand et Yves Winkin un colloque à Cerisy (2001) sur la réception internationale de l'œuvre du sociologue.

Sur la littérature, il a pratiqué une triple analyse : une approche institutionnelle de l’espace littéraire, une prise en compte des productions grand public, un commentaire interne de la socialité des textes.

Des romanciers du réel à la critique fiction Jacques Dubois s'attache spécialement à commenter et interpréter la tradition réaliste du roman français auquel il consacre un ouvrage de synthèse Les romanciers du réel et différentes monographies sur Stendhal, Zola, Simenon, Proust.

Il s'intéresse également à la parallitétarure, dont il défend la légitimité dans l'étude du fait littérare, et s'intéresse en particulier le récit policier, auquel consacre un ouvrage universitaire, Le Roman policier ou la modernité, en 1996.

Son intérêt pour la littérature réaliste va le conduire à accorder un intérêt particulier à deux romanciers en contraste : Proust et Simenon. À propos de Simenon, il édite avec Benoît Denis trois volumes de romans dans la bibliothèque de la Pléiade, après avoir fondé et animé un Centre d’études Simenon à l’université de Liège. Il est considéré comme l'un des meilleures spécialistes au monde de l'auteur liégeois, faisant . Il convint également Georges Simenon de confier ses archives à l’université de Liège, qui rejoignent le Centre d'études.

S’agissant de À la Recherche du temps perdu, son Pour Albertine a connu un réel succèsJacques Dubois sociologue de Marcel Proust. : il y pratique une forme de critique-fiction que l’on retrouve dans Figures du désir. Pour une critique amoureuse.

Jacques Dubois forme et influence divers chercheurs en sociologue de la littérature (Jean-Pierre Bertrand, Pascal Durand), constituant ce qui est désormais désigné comme l'École de Liège.

De 2015 à 2022, il contribue régulièrement à la revue littéraire Diakritk. Les soixante billets qu'il publie dans cette revue « comme autant de lectures minutieuses d’À la recherche du temps perdu […] sont, en une certaine manière, sa dernière œuvre, comme un hommage à l’écrivain qu’il lisait presque au quotidien et comme un retour aux fondamentaux ».

Son combat pour le journalisme Dans les années 1950, encore étudiant, il fonde la revue La Penne.

En 1982, il contribue au lancement de la revue culturelle liégeoise Le Carré.

Il est de 1990 à 1993, le directeur politique du quotidien socialiste liégeois La Wallonie, aujourd’hui disparu. En 1994, il fonde, au sein de l'université de Liège, Le Quinzième jour, qui retrace l'actualité universitaire et qui est alors rédigée par des étudiants en journalisme.

Engagements divers Il est le premier Président, en 1986, de la Commission de sélection des films de la Communauté française de Belgique, mise en place en 1985, qui soutient notamment Falsch, le premier film de Jean-Pierre et Luc Dardenne. Il a ensuite été membre de la Commission des lettres.

Il préside l’Association liégeoise pour la promotion de l’art contemporain (Alpac), qui est en liaison avec le Musée d'Art moderne et d'Art contemporain de Liège, jusqu'en 2015.

Déjà directeur d'une collection Médias aux Editions Labor, il contribue en 1983 au lancement de la collection Espace Nord, qui se fixe pour objectif de faire redécouvrir en format accessible la littérature belge d'expression française. Le premier numéro est évidemment de Simenon, et il s'agit de Le bourgmestre de Furnes. Il est le premier Président du Comité éditotial de cette collection, qui, au début de 2026, compte plus de quatre cent titres. Au début des années 2000, il dirige également la collection "Points-Lettres" aux Editions du Seuil. En parallèle,

En 1983 également, il est à l'initiative, avec Jean-Jacques Andrien, Julos Beaucarne, José Fontaine, Jean-Marie Klinkenberg et Jean Louvet du Manifeste pour la culture wallonne, qui est signé par quatre-vingt personnalités wallones et qui entend affirmer l'autonomie culturelle wallonne en énonçant que . En 2003, il ne renouvele pas sa signature au bas de l’édition du Manifeste après.

Ce manifeste aura un écho important jusqu'au Québec. Engagé, il suit le mouvement d'indépendantisme au Québec et, anime, avec son collègue Jean-Marie Klinkenberg, le Centre d'Études québécoises fondé par Maurice Piron. Il devient d'ailleurs en 2006 titulaire de l'Ordre des francophones d'Amérique.

Décès Jacques Dubois meurt à Liège le à l'âge de . Comme son père, il lègue son corps à la science.

Publications 1963 : Romanciers français de l'instantané au , Bruxelles, Académie royale de langue et littérature françaises 1970 : Rhétorique générale (avec le Groupe μ), Paris, Larousse, ; rééd. Paris, Seuil, , 1982 1970 : "Pour une critique littéraire sociologique", in Robert Escarpit , Le littéraire et le social, Flammarion, 1970. 1973 : L'Assommoir de Zola, Paris, Larousse, ; rééd. Paris, Belin, , 1993 1977 : Rhétorique de la poésie (avec le Groupe μ), Bruxelles, Complexe ; rééd. Paris, Seuil, , 1990 1978 : L'Institution de la littérature, Bruxelles, Labor, ; rééd. Bruxelles, Espace Nord/Références, 2005 1991 : Le Roman policier ou La modernité, Paris, Nathan, ; rééd. Paris, Armand Colin, , 2005 1996 : Le Roman célibataire (avec J.-P. Bertrand, M. Biron et J. Paque), Paris, Corti 1997 : Pour Albertine : Proust et le Sens du social, Paris, Seuil, ; rééd. 2011 2000 : Les Romanciers du réel, Paris, Seuil, 2003-2009 : Simenon, Romans (éd., avec Benoît Denis), 3 volumes, Paris, Gallimard, 2005 : Le Symbolique et le Social : la réception internationale de la pensée de Pierre Bourdieu (avec Pascal Durand et Yves Winkin), actes du Colloque de Cerisy-la-Salle, éditions de l'Université de Liège, « Sociopolis » 2007 : Stendhal : une sociologie romanesque, Paris, La Découverte, 2010 : Le Tournant des années 1970 : Liège en effervescence (dir., avec Nancy Delhalle et Jean-Marie Klinkenberg), Bruxelles, Les Impressions nouvelles 2011 : Figures du désir : pour une critique amoureuse, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, 2015 : Sexe et pouvoir dans la prose française contemporaine, Liège, Presses universitaires de Liège 2018 : Le Roman de Gilberte Swann, Paris, Seuil 2018 : Tout le reste est littérature : entretiens avec Laurent Demoulin, Bruxelles, Les Impressions nouvelles, Articles Jacques Dubois, Francis Édeline, Jean-Marie Klinkenberg, Philippe Minguet, "La chafetière est sur la table", 1976 Jacques Dubois, Francis Édeline, Jean-Marie Klinkenberg, Philippe Minguet, « La chafetière est sur la table », dans Communication et langages, , 1976, sur le site Persée - CNRS, sur une affiche de Julian Key

Distinctions et récompenses 1963 : Prix d'encouragement du Ministre de la Culture pour l'essai et la critique 2002 : Prix quinquennal de l’essai du Ministère de la Communauté française 2006 : Ordre des francophones d'Amérique 2014 : Prix de consécration de la SCAM Belgique (essai) 2015 : 2019 : Prix de la Madeleine d'Or, prix du Cercle Littéraire Proustien de Cabourg-Balbec, pour Le roman de Giberte Swan 2019 : Prix Quinot-Cambron de l'Académie royale pour Le roman de Giberte Swan

Notes et références

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