Paul Klee (prononcé Ne pas prononcer « pol kli », car le nom n'est pas anglais mais allemand.), né le à Münchenbuchsee (près de Berne en Suisse) et mort le à Locarno (canton du Tessin en Suisse), est un peintre allemand.

C'est un des artistes majeurs de la première moitié du . Il connaît ses premiers grands succès en 1917, pendant la Première Guerre mondiale. C'est un peintre et un pédagogue apprécié : dès , il est appelé à enseigner au Bauhaus de Weimar fondé par Walter Gropius, en 1919. En 1931, il est professeur à l'Académie des beaux-arts de Düsseldorf, d'où il est congédié en 1933 par les nazis qui l'attaquent violemment. Exilé en Suisse à partir de 1934, il demande sa naturalisation, mais elle n'est accordée qu'en 1940, quelques jours après sa mort.

Ses cendres ont été inhumées en 1946, au cimetière de la Schosshalde de Berne. C'est également à Berne que l'architecte Renzo Piano a édifié le Centre Paul-Klee, ouvert depuis le , et où l'on trouve une très grande variété des œuvres du peintre, depuis ses dessins jusqu'à ses marionnettes.

Son œuvre, que son fils Felix définit comme « énigmatique », a posé bien des questions aux critiques d'art, car elle suit un cheminement peu commun. De constructive qu'elle était au temps du Bauhaus, elle devient graduellement plus intuitive et, selon Antoni Tàpies, plus spirituelle :

Biographie Années de formation Ernst Paul Klee est né en Suisse, à Berne, tout en étant, comme son père, de nationalité allemande. Il est issu d'une famille de musiciens. Sa mère, Ida Klee-Frick, Suissesse de Besançon, a reçu une formation de chanteuse classique au conservatoire de Stuttgart. Son père, Hans Wilhelm Klee (1849-1940), est originaire de Basse-Franconie. Il enseigne la musique à l'école normale du canton de Berne. La famille s'établit à Berne, au d'Ostbergweg. Il est gaucher..

La plupart des biographies rapportent que c'est sa grand-mère maternelle qui l'a initié très tôt au maniement de la mine de plomb, du crayon et des pinceaux. Ses dessins d'enfant ont été en grande partie conservés et sélectionnés dès 1911 par Klee lui-même, qui les a inscrits dans le catalogue de ses œuvres en les qualifiant de dessins .

Klee entre à l'école en 1886. À l'âge de sept ans, il commence l'étude du violon chez Karl Jahn. Très vite, il sait en jouer et il fait partie de l'orchestre des concerts par abonnement de la société de musique de Berne. Plus tard, au gymnase, le jeune homme a une prédilection pour les caricatures irrévérencieuses qu'il trace dans les marges des livres de classe. Adolescent rebelle, Paul se défoule dans le dessin, comme le montre un dessin à l'encre de Chine réalisé sur son cahier de littérature en 1897 (), collection Felix Klee.

À l'automne 1898, ayant terminé ses « examens de maturité » (baccalauréat), il est refusé à l'Académie des beaux-arts de Munich ; on le dirige vers l'atelier d'Heinrich Knirr (1862-1944), où il étudie le dessin figuratif. Klee devient très vite le , selon les dires du maître. En , Klee est admis à l'Académie des beaux-arts de Munich, dans l'atelier de Franz von Stuck. Il est dans la même classe que Vassily Kandinsky, toutefois les deux artistes n'ont pas d'affinité. Ils se rapprocheront vers 1911. Il s'y lie également d'amitié avec le Fribourgeois Jean-Édouard de Castella. Klee suit des cours d'histoire de l'art, d'anatomie et il apprend la technique de la gravure et de la sculpture.

En 1900, le jeune artiste se lie d'amitié avec la pianiste Lily Stumpf (*1876-†1946), fille d'un médecin munichois, avec laquelle il se fiance en 1901, avant de quitter Munich pour un séjour en Italie avec son camarade d'études, le sculpteur Hermann Haller. Il visite Rome, Naples, Florence, Gênes et il découvre que . Il se laisse prendre par le charme de l'architecture de la Renaissance, de Michel-Ange et des premiers maîtres du Quattrocento. Quelques voyages occasionnels le conduisent à Munich où il découvre, en 1904, Aubrey Beardsley, William Blake, Francisco Goya et James Ensor. À Berne, il voit des œuvres de Jean-Baptiste Corot.

À Paris, en 1905, il passe une quinzaine de jours en compagnie de Hans Bloesch et de Louis Moilliet. Il fait la connaissance des impressionnistes, à l'exception de Paul Cézanne et certains contemporains modernes, comme Henri Matisse ou André Derain. Il admire en particulier Édouard Manet, Claude Monet, Pierre Puvis de Chavannes et Auguste Renoir, mais aussi Francisco de Goya et Diego Vélasquez qu'il voit au musée du Louvre et au musée du Luxembourg.

C'est durant cette période qu'il réalise ses premiers fixés sous verre en gravant dans des plaques de verre peintes en noir. Il retourne à Munich à la fin de 1906 pour y épouser Lily Stumpf, avec qui il aura un seul fils, Felix, né en 1907 et mort en 1990.

Premières œuvres À Munich en 1907, Paul Klee visite de nombreuses expositions, dont celle des impressionnistes. À partir de là, le peintre se tourne davantage vers la peinture à l'huile. vignette|gauche|Vue de Saint-Germain (1914), aquarelle sur papier, Columbus Museum of Art (Columbus). Ses premières expositions ont lieu en 1910 au musée des Beaux-Arts de Berne, à la Kunsthaus de Zurich et à la galerie de Winterthur. Il y présente 56 œuvres, pour la plupart des eaux-fortes qu'il nomme « peinture-dessins » et qui s'éloignent progressivement de ses dessins linéaires à la plume et des gravures. En cela, Intérieur (crédence) est caractéristique du tournant dans le style de l'artiste (1910), plume et taches de lavis ().

Lorsque l'exposition de Berne est transférée à Bâle en 1911, Alfred Kubin achète un dessin de Klee, qui fait cette année la connaissance d'August Macke. À Munich, Klee se fait connaître en même temps que d'importants artistes : Vassily Kandinsky, Franz Marc, Hans Arp, Marianne von Werefkin. Ceux-là mêmes participent à une exposition montée par Marc et Kandinsky : « Der Blaue Reiter », titre également donné à un livre paru en 1912. Cette exposition présente 43 tableaux dont ceux d'Henri Rousseau et de Robert Delaunay, qui attirent l'attention de Klee. Plus tard, le peintre sera lui-même très impliqué dans la recherche de la couleur, tout comme Delaunay.

Après la deuxième exposition du « Cavalier bleu », Klee sort de son isolement et se rend à Paris, chez Wilhelm UhdeWilhem Uhde est le premier mari de Sonia Delaunay., où il voit les œuvres de Robert Delaunay, Henri Rousseau, Georges Braque, Pablo Picasso, Maurice de Vlaminck. Un dialogue s'instaure entre Delaunay et lui. Klee traduit en 1913 une communication de Delaunay intitulée De la lumière, et il achève des illustrations pour le Candide de Voltaire. Dans la période qui suit, Klee mettra en pratique dans ses œuvres les principes exposés par Robert Delaunay dans sa communication.

En 1913, Paul Klee est cofondateur du mouvement artistique, la Münchner Neue Secession (Nouvelle Sécession de Munich) Deutsche Kunst und Dekoration, Darmstadt, tome 38, juin 1916, ., à l'instigation d'Albert Weisgerber, président, Wilhelm Hausenstein, Gustav Jagerspacher, et comprenant Alexi von Jawlensky, Vassily Kandinsky, Gabriele Münter et Alexander Kanoldt, notamment. La même année, il fait un voyage en Tunisie avec August Macke et Louis Moillet. C'est là qu'il a la « révélation de la couleur ». C'est l'aboutissement d'une recherche menée pendant dix ans, d'expériences et de luttes avec la couleur. Klee obtient des résultats satisfaisants qu'il consigne dans un journal de voyage. À Kairouan, il note : « La couleur me possède […] Je suis peintre. » (Journal )Pour l'Art, numéro spécial consacré à l'exposition Paul Klee..

Premiers succès et la guerre

gauche|vignette|Paul Klee en soldat, 1916. vignette|Mythe des fleurs (1918). Klee retourne à Berne au moment de la déclaration de la Première Guerre mondiale. Jawlensky et Kandinsky s'exilent, tandis que Marc, Macke et Heinrich Campendonk sont mobilisés. Marc et Macke, engagés volontaires, sont tués. Klee reste à Munich et continue à peindre jusqu'en 1916, date à laquelle il rejoint l'armée où il est admis dans un régiment de réserve, ce qui lui laisse encore la possibilité d'exercer son art, de participer à des expositions et de vendre des tableaux. Klee accompagne en 1917 un convoi de troupes à Nordholz, ville située en Basse-Saxe et, au retour, il rend visite au collectionneur Bernhard KoehlerBernhard Koehler (1849-1927), industriel et mécène. Son immense collection a été transférée au musée de l'Ermitage par les troupes soviétiques, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. de Berlin.

Une exposition des tableaux de Klee est organisée en 1917 à la galerie Der Sturm de BerlinDer Sturm est également le nom d'une revue expressionniste, créée en 1910, à laquelle ont collaboré notamment Franz Marc, Wassily Kandinsky, Oskar Kokoschka et August Macke., ses œuvres obtiennent un grand succès, et le journal de la Bourse de Berlin fait paraître un article élogieux sur son travail. Klee a surtout envoyé des aquarelles de 1916 avec des motifs figuratifs. Mais le peintre dans lequel la critique voyait n'a plus jamais connu un succès pareil par la suite.

Cette exposition est un grand succès de vente pour Klee, qui ne semble pas concerné par la guerre. La critique parle de , ce qui est un malentendu. Klee a été initié aux idées du socialisme par son ami Fritz Lotman, professeur de droit, qui lui a fait connaître l'essai d'Oscar Wilde, L'Âme humaine et le socialismeLire sur wikisource.. Klee a intégré la révolution dans son art. Sa correspondance avec Kandinsky montre qu'il est préoccupé par la guerre, mais qu'il s'attend comme beaucoup de gens à une rapide victoire des Allemands, dont il espère . Son point vue sera modifié après la mort de Macke.

Les conditions économiques et financières de l'Allemagne sont favorables aux classes possédantes qui se sont enrichies grâce à la vente d'armement, ce qui les pousse à placer leur capital dans l'art moderne, comme le souligne Otto Karl Werckmeister, qui considère que ce moment est celui dans lequel .

vignette|« Jadis surgi du gris de la nuit », 1918, 17. En 1916, Klee a renoncé à l'abstraction et il s'est lancé dans l'illustration de poèmes chinois que lui a envoyés Lily. Il ne poursuivra pas cette expérience au-delà de quelques essais, dont le plus souvent montré est Jadis surgi du gris de la nuit, aquarelle, plume crayon sur papier, découpé et combiné avec du papier d'argent ().

gauche|vignette|Avec l’aigle, 1918, 85.

À Gersthofen, en 1917, Klee a été marqué par le passage des avions. Le thème du vol et de l'aspiration à voler se retrouvera dans de nombreuses œuvres notamment Mythe des fleurs (1918), aquarelle sur fond de craie, gaze, papier journal, papier bronze argenté sur carton, ou Avec l'aigle (1918).

La Révolution munichoise et le Bauhaus vignette|Angelus novus (1920).

Le , la république communiste est déclarée. En décembre, Klee demande à quitter le conseil de la révolution. Il est mis en congé et nommé secrétaire de la Nouvelle Sécession munichoise. Le gouvernement communiste approuve l'art moderne. Entre 1918 et 1919, le peintre s'engage alors en politique de l'art dans la révolution munichoise. En 1918, il a déjà rédigé une analyse théorique des lois de la forme picturale, qui est publiée dans l'anthologie de Kasimir Edschmid en 1920.

Cependant, Klee souhaite enseigner dans une école des beaux-arts de Berlin. Oskar Schlemmer essaie d'obtenir pour lui une nomination à Stuttgart, mais l'assemblée des enseignants se prononce contre lui. À partir de 1919, le peintre loue un atelier au petit château Suresnes de Schwabing. C'est là qu'il consacre son activité à de nombreux genres nouveaux : peinture à l'huile, aquarelle, pastels, dessins, sculpture. Début 1920, 160 de ses œuvres sont exposées chez Hans Goltz.