Le château d'Anet (prononcé ) est un château de style Renaissance, situé à Anet (Eure-et-Loir) que Diane de Poitiers a fait construire au .

Historique Le château avant Diane de Poitiers Charles le Mauvais, comte d'Évreux, avait construit un château fort à Anet au sur un plan quadrangulaire, cantonné d'une tour à chacun de ses angles et cerné de profonds fossés. Charles V le Sage le fit démanteler et détruire en partie en 1378.

Par lettres données en 1444, Charles VII remit les seigneuries d'Anet, de Bréval, Montchauvet et Nogent-le-Roi au grand sénéchal de Normandie, Pierre de Brézé en remerciement pour avoir chassé les Anglais de Normandie.

Jacques de Brézé, également grand sénéchal de Normandie, succéda à son père Pierre de Brézé, tué en 1465 à la bataille de Montlhéry. Il épousa Charlotte de Valois, fille du roi Charles VII et d'Agnès Sorel en 1461. Leur fils, Louis de Brézé, aussi grand sénéchal de Normandie, hérita ensuite d'Anet en 1494. Mort en 1531, il laissa une veuve beaucoup plus jeune que lui et d'une grande beauté, Diane de Poitiers.

Le château de Diane de Poitiers vignette|Dessin de du Cerceau dans Les plus excellents bastiments de France, 1552. vignette|La série des apôtres, Léonard Limosin.|alt=Cinq de la série des 12 apôtres par Léonard Limosin, 1547.

Le roi François nomma en 1530 Diane de Poitiers, très en vue à la cour, préceptrice de son second fils, le futur roi Henri II. Elle resta sa confidente après le mariage de celui-ci avec Catherine de Médicis en 1533 et devint sa favorite vers 1538. Vers 1540, elle entreprit de faire reconstruire le château d'Anet. Connaisseuse en art, elle s'assura la collaboration des meilleurs artistes de son temps, l'architecte Philibert Delorme, le sculpteur Jean Goujon, le peintre Jean Cousin.

L'édifice qu'ils réalisèrent comportait trois corps de bâtiments, disposés en « U », face à l'entrée, autour d'une cour d'honneur. En arrière de chacune des ailes, une cour latérale desservait des dépendances. Dans la cour ouest, sur la droite, étaient les restes de l'ancien château de Charles le Mauvais et de Louis de Brézé avec au centre une fontaine.

Des murs écrans et des cours intermédiaires permettaient d'éloigner visuellement les écuries du logis principal..

En arrière du logis central, s'étendait un jardin dans le style de la Renaissance, composé de parterres carrés alignés, entouré d'une galerie d'arcades couverte, comportant à chacun de ses angles un pavillon.

Seuls subsistent aujourd’hui, de son plan originel, l'aile gauche, modifiée au milieu du , et la chapelle qui était enclavée dans l'aile droite, les deux autres corps de bâtiment (à l'exception de la chapelle) ayant été détruits pendant la Révolution.

Un des dessins du Primatice annoté « a annet » (Phèdre et Hippolyte, musée du Louvre) est sans doute un projet pour les vitraux commandés au maître verrier Nicolas Beaurain en 1548. À Anet, le style de Primatice était également visible dans les anges porteurs des instruments de la Passion sculptés en bas-reliefs à la voûte de la chapelle in situ et dans le groupe de la Diane chasseresse qui surmontait l'une des fontaines, aujourd’hui au Louvre.

Philibert Delorme plaça, au-dessus du portail du château, la « nymphe de Fontainebleau », relief de bronze semi-circulaire que François avait commandé à Benvenuto Cellini pour ce château et qui n'y fut pas installéehttps://www.flickr.com/photos/73553452@N00/27907220001. Au-dessous, on peut lire la devise : « PHOEBO SACRATA EST ALMAE DOMUS AMPLA DIANAE, VERUM ACCEPTA CUI CUNCTA DIANA REFERT »« Phébus consacra cette magnifique demeure à la bonne Diane », « qui l'accepta et elle lui offre en retour tout ce qu'elle en a reçu »...

En , peu après la mort de François , le peintre Léonard Limosin livra à Saint-Germain-en-Laye douze apôtres peints en émail d'après des cartons en couleur de Michel Rochetel, eux-mêmes faits d'après des dessins de Primatice (Étude de drapé pour saint Paul et Étude de drapé pour saint Thomas). Selon les souhaits de François , dont les plaques émaillées portent le « F », ces douze apôtres auraient dû orner les douze pilastres de la chapelle Saint-Saturnin du château de FontainebleauThomas Clouet, « Fontainebleau de 1541 à 1547. Pour une relecture des Comptes des Bâtiments du roi », Bulletin monumental, 2012, (résumé).. Le nouveau roi, Henri II, en décida autrement et les fit placer, dès 1552, dans des boiseries de la chapelle du château d'Anet. Ils sont aujourd'hui au musée des Beaux-Arts de Chartres. Leurs cartons servirent à la réalisation d'une seconde série, non plus au chiffre de François mais à celui d'Henri II (musée du Louvre).

Alexandre Lenoir fit acheter quelques fragments d'architecture et de sculpture aux démolisseurs pour nourrir le musée des Monuments français à Paris, alors situé dans l'actuelle École des Beaux-Arts ; en particulier, le portique du corps de logis central, qui orne toujours la façade de la chapelle de la cour des Beaux-Arts de Paris..

La sculpture en bronze qui orne le portail d'entrée, figurant Diane, un cerf et quatre chiens, était à l'origine un automate : le cerf remuait la tête et les chiens remuaient la patte arrière gauche pour marquer les heures ; le groupe actuel est une reproduction, l'original ayant été fondu à la Révolution.

L'ère des Princes vignette|Dessin à la plume du château par Rigaud, .|alt=Le château d'Anet au par Rigaud. vignette|Proposition de restitution du Cabinet des Glaces du château d'Anet, fin du . vignette|Schéma de l'illumination pour le Grand Dauphin au château d'Anet, 1686, avec la pyramide au centre du parterre.

À Diane de Poitiers, morte en 1566, succède sa fille, Louise de Brézé, épouse de Claude de Lorraine, duc d'Aumale. En 1576, lorsqu'il épouse Marie de Lorraine d'Elbeuf, leur fils Charles de Lorraine, duc d'Aumale, reçoit le château d'Anet de sa mère. Engagé au sein de la Ligue dont il est l'un des principaux chefs, Charles de Lorraine contracte d'importantes dettes. Poursuivi par ses créanciers, il doit les laisser saisir le château d'Anet, qui est vendu en 1615 à sa parente Marie de Luxembourg, épouse de Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercoeur.

Ces derniers laissent pour héritière leur fille unique, Françoise de Lorraine, qui apporte Anet par mariage en 1609 à César de Bourbon, duc de Vendôme. Ils font d'Anet leur résidence principale en dehors de leur hôtel parisien. Notamment durant des exils comme celui de César en 1631, suite à son emprisonnement avec la Conspiration de Chalais, et avant son exil en Hollande. Ou encore en 1643 suite à l'arrestation de leur fils cadet le duc de Beaufort, instigateur de la Cabale des Importants. Durant cet exil, les Vendôme recueillent divers protagonistes de la cabale, tels Henri de Campion, Beauregard, Brillet, Granseville, ou le baron des Essarts. D'autres personnes allaient et venaient également, faisant d'Anet un lieu de rendez-vous privilégié des anciens de la cabale.

Le duc et la duchesse de Vendôme meurent respectivement en 1665 et 1669, laissant Anet à leur petit-fils. En effet, leur fils, Louis de Bourbon, duc de Vendôme, meurt quelques mois avant sa mère en 1669. C'est donc son propre fils, Louis-Joseph de Vendôme, dit « le Grand Vendôme », qui récupère le domaine. Celui-ci apprécia beaucoup Anet, en faisant sa résidence principale.

Éclaboussé par l'affaire des poisons, Vendôme se retira à Anet en . Fin de la même année, le duc de Vendôme, en route pour son gouvernement de Provence, attrapa la petite vérole à la Charité-sur-Loire. Il choisit de passer l'hiver à Anet pour sa convalescence, échappant miraculeusement à la maladie, il se rendit enfin à Aix-en-Provence et Marseille en octobre et . En un scandale le concerna. Il était impliqué dans l'affaire des mœurs homosexuelles du comte de Vermandois, bâtard de Louis XIV, qui avait été séduit par le chevalier de Lorraine. Louis-Joseph choisit à nouveau de se retirer à Anet pour apaiser les tentions et retrouver grâce auprès du roi.

À Anet, le duc de Vendôme s'entoure de nombreux artistes, Jean de La Fontaine, Guillaume Amfrye de Chaulieu, Jean Galbert de Campistron. De plus le duc parvint à se faire apprécier du Grand Dauphin, qu'il fit venir à cinq reprise à Anet entre 1685 et 1687, pour des chasses au loup, dont il raffolait. Son passage le plus célèbre reste celui de . Il fut reçu à Anet avec grand luxe. Jean-Baptiste Lully avait composé un opéra, Acis et Galatée. Un soir, le fils de Louis XIV soupe devant une illumination de tout le parterre, devant une grande pyramide de lumière (d'après le Mercure Galant).

Les grands travaux du duc de Vendôme (v. 1680–1702) vignette|Aile ouest du château, qui abrite le grand escalier de Claude Desgots. vignette|L'hémicycle et ses pavillons, construit sous le grand Vendôme.

Le duc de Vendôme apporta des modifications nombreuses au château dans les années 1680 : l'architecte Claude Desgots fut chargé de la modification du château lui-même, remplacement et destruction des vitraux en , il fit retirer les meneaux des fenêtres et les cordons de pierre passant d'une à l'autre, transformer les fenêtres du rez-de-chaussée en portes-fenêtres, plaquer une façade en bossage et orner l'étage d'une ordonnance de huit pilastres à chapiteaux ioniques au centre décoré d'un trophée guerrier de style Louis XIV, et exhausser de moitié les combles afin d'y gagner des appartements (état actuel). On lui doit aussi le vestibule, élément le plus pur et authentique avec son sol carrelé en noir et blanc et son escalier à rampe en fer forgé à son chiffre, réalisé par un maçon local sur les plans de Claude Desgots. Y fut placée une série de huit bustes d'empereurs romains dont on perd la trace après la vente de . La gravure de Rigaud montre quatorze autres bustes ornant le mur extérieur du bâtiment principal face au jardin. Roux (1913) en signale huit en marbre blanc ou rose à la Bibliothèque de Chartres et à la Société archéologique d'Eure-et-Loir, et quatre peut-être de même origine dans une collection Champagne, à Dreux. Claude Audran III imagina quant à lui un décor de plafond, aujourd'hui conservé au National Museum de StockholmNotice du catalogue de la BnF : https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb40267198k.

André Le Nôtre fut chargé de dessiner de nouveaux jardins qui amenèrent au déplacement de la fontaine de Diane, à la transformation du parc et démolition de certaines de ses dépendances et de la galerie qui entourait les jardins, permettant de l'agrandir considérablement ; par la création du grand canal il accrut les nappes d'eau. Il fit bâtir les deux pavillons et l'hémicycle entre l'aile gauche et la chapelle funéraire.

Entre 1695 et 1702, le duc de Vendôme prévoit de nouveaux travaux, dont les plans furent dressés par Robert de Cotte, ceux-ci montrent l'adjonction, de part et d'autre du portail d'entrée, de vastes communs et écuries. Mais tous cela ne fut jamais réalisé.

Le les derniers fastes (1712–1793) vignette|Restitution 3D du grand parterre du château d'Anet, depuis le premier étage, état en 1761.

Le « Grand Vendôme » meurt sans postérité en 1712, laissant Anet à sa veuve, Marie-Anne de Bourbon-Condé, fille d'Henri-Jules de Bourbon, prince de Condé. Celle-ci meurt en 1718, laissant Anet à sa mère, Anne de Bavière, princesse de Condé, morte en 1723. En 1723, la huitième fille de la princesse de Condé, dont le patrimoine était resté indivis pendant neuf ans, Louise-Bénédicte de Bourbon, duchesse du Maine, hérite d'Anet. Le règlement de cette succession fit vendre la bibliothèque, dont sur vélin ayant appartenu à Diane de Poitiers, qui y étaient conservés depuis sa mort.