vignette|310px|, « La flotte romaine brûle la flotte opposée » : un navire byzantin utilise du feu grégeois contre celui de Thomas le Slave, 821. Illustration de la Chronique de Skylitzès de Madrid, seconde moitié du .

Le feu grégeois (du latin græcus, grec) est un mélange inflammable, brûlant même au contact de l'eau, employé au Moyen Âge pour la fabrication d'engins incendiaires utilisés au cours des sièges et des combats navals [consulté le 2017]. [consulté le 2017].. Son invention est datée de la fin du et est attribuée à Callinicus d'Héliopolis, un architecte réfugié à Constantinople. Les Byzantins employèrent cet ancêtre du lance-flamme lors des batailles navales avec des effets dévastateurs pour la marine adverse. Cela leur procura un avantage technologique qui contribua à leur faire remporter plusieurs victoires décisives, notamment lors des premier et deuxième sièges de Constantinople par les Arabes, qui permirent d'assurer la survie de l'Empire.

L'impression faite par le feu grégeois sur les croisés occidentaux est telle que le terme est utilisé pour n'importe quelle sorte d'arme incendiaire, y compris celles utilisées par les Arabes, les Chinois et les Mongols. Cependant, celles-ci sont différentes et ne reprennent pas la formule du feu grégeois byzantin, qui était un secret militaire très bien gardé, au point qu'elle s'est perdue. La composition du feu grégeois reste purement spéculative : l'hypothèse la plus probable est qu'il ait été principalement constitué de pétrole et/ou de naphte moins visqueux, bien que d'autres évoquent des mélanges de résine de pin, de naphte, d'oxyde de calcium (chaux vive), de soufre ou du salpêtre. L'utilisation par les Byzantins de mélanges incendiaires se distingue par l'usage de siphons pressurisés pour projeter le liquide contre l'ennemi.

Le feu grégeois aurait été introduit en Europe occidentale au et utilisé pour la première fois en en France par lors du siège de Montreuil-Bellay, puis en 1203 au siège de Château-Gaillard.

Terminologie Les Byzantins désignaient le feu grégeois par diverses appellations en grec médiéval. La plus ancienne est ( ou ). La plus courante est () qui dénote sa consistance de même que (). Une autre appellation est ( ou ) qui dénote la provenance de la naphte. Les autres sont (), ( ou ), ().

L'adjectif masculin grégeois est une altération de l'ancien français , (), issu d'un latin vulgaire *, lui-même dérivé, avec le suffixe -, du latin classique ().

Histoire vignette|Siphon à main (χειροσίφωνες, « cheirosiphōnes ») pour la projection du feu grégeois. Détail d'illustration de la Poliorcétique de Héron de Byzance, vignette|Reconstitution (en partie conjecturelle) d'un dromon d'après les descriptions de l'empereur : à l'avant, la plate-forme portant le siphon à feu grégeois, sous laquelle se trouvait le chaudron contenant la mixture. Les armes incendiaires et inflammables sont utilisées en guerre bien des siècles avant l'apparition du feu grégeois. Parmi ces armes figurent plusieurs mélanges à base de soufre, de pétrole ou de bitume. Les flèches enflammées et les pots contenant des substances combustibles sont utilisées dès le par les Assyriens ainsi que dans le monde gréco-romain.

En outre, Thucydide mentionne l'usage de formes antiques de lance-flammes lors du siège de Délium en 424 .. Ainsi, selon Jean Malalas, contemporain et chroniqueur d'Antioche, la flotte de guerre de l'empereur byzantin a utilisé un mélange à base de soufre pour mater la rébellion de Vitalien en 515, sur le conseil d'un dignitaire nommé Proclus..

Cependant, le feu grégeois proprement dit est décrit aux alentours de 672 et son invention est attribuée par Théophane le Confesseur à Kallinikos, un architecte originaire d'Héliopolis (une ville située aujourd'hui au Liban) dans l'ancienne province de Phénicie, conquise par la suite par les musulmans.. L'exactitude et la précision chronologique de ce récit sont sujettes à caution car Théophane rapporte l'utilisation de navires transportant du feu grégeois disposant de siphons chez les Byzantins quelques années avant l'arrivée supposée de Kallinikos à Constantinople. Si cette approximation n'est pas causée par la confusion chronologique concernant les événements du siège, elle pourrait suggérer que Kallinikos a simplement développé une version améliorée d'une arme existante.. L'historien James Partington va plus loin et pense qu'il est probable que le feu grégeois n'ait pas été créé par une personne en particulier mais .. Ainsi, Georgios Kedrenos, le chroniqueur du , rapporte que Kallinikos vient d'Héliopolis en Égypte mais la plupart des historiens considèrent que c'est une erreur. Kedrenos mentionne aussi l'histoire, considérée là encore comme peu probable par les historiens modernes, des descendants de Kallinikos. Ceux-ci (une famille nommée Lampros ce qui signifie « brillant ») détiendraient le secret de la production du feu grégeois et cela encore à l'époque où Kedrenos écrit.

Le développement du feu grégeois par Kallinikos intervient à un moment critique de l'histoire byzantine. En effet, l'empire est affaibli par ses longues guerres avec les Sassanides alors qu'il doit faire face aux invasions musulmanes contre lesquelles il ne parvient pas à résister efficacement. En une trentaine d'années, la Syrie, la Palestine et l'Égypte tombent aux mains des Arabes. Vers 672, ceux-ci décident de prendre d'assaut la capitale impériale. Le feu grégeois est alors utilisé avec une grande efficacité contre les flottes musulmanes. Lors des deux sièges arabes de Constantinople (en 674-678 et en 717-718), cette arme joue un rôle majeur dans la victoire byzantine.. Par la suite, les mentions de l'utilisation du feu grégeois dans des batailles navales contre les Arabes sont plus sporadiques. Cependant, il permit encore de remporter plusieurs victoires, notamment lors de l'expansion byzantine à la fin du et au début du .. Son utilisation est aussi très courante dans les guerres civiles byzantines, notamment lors de la révolte des flottes thématiques en 727 et lors de la grande rébellion de Thomas le Slave en 821-823. Dans les deux cas, les flottes rebelles sont vaincues par la flotte impériale de Constantinople qui se sert du feu grégeois.. Enfin, les Byzantins ont aussi fait usage de cette arme avec des effets dévastateurs contre les différents raids de la Rus' dans le Bosphore et plus particulièrement ceux de 941 et 1043 ; ainsi que durant la guerre contre l'Empire bulgare en 970-971 quand des navires utilisant du feu grégeois servent à bloquer le Danube..

L'importance prise par le feu grégeois dans les guerres arabo-byzantines conduit à ce que sa découverte soit attribuée à une intervention divine. L'empereur , dans son livre De administrando Imperio, enjoint à son fils et héritier de ne jamais révéler les secrets de la production du feu grégeois qui furent et que l'Ange lui fit jurer . rajoute comme avertissement qu'un dignitaire aurait été frappé par des flammes venues du ciel en entrant dans une église après avoir dévoilé des éléments sur le feu grégeois aux ennemis de l'empire. Néanmoins, le récit de cet événement illustre le fait que les Byzantins ne parviennent pas à éviter que leur précieuse arme ne tombe aux mains de leurs ennemis. Ainsi, en 827, les Arabes parviennent à s'emparer d'au moins un navire incendiaire intact et les Bulgares s'emparent de plusieurs siphons et de la substance elle-même vers 812-814. Toutefois, il semble que cela soit insuffisant pour permettre à leurs adversaires de reproduire le feu grégeois. Les Arabes emploient effectivement plusieurs substances incendiaires similaires à celle des Byzantins mais jamais ils ne réussirent à copier la méthode byzantine de projection par un siphon. À la place, ils utilisèrent des catapultes et des grenades.

Le feu grégeois est encore mentionné au : Anne Comnène donne ainsi une description éclatante de son usage lors d'une bataille navale contre les Pisans en 1099. Toutefois, bien que l'utilisation d'un navire incendiaire hâtivement improvisé lors du siège de Constantinople en 1203 par la Quatrième croisade soit rapportée, il n'est plus fait que de rares mentions de l'usage du feu grégeois. Cela pourrait être dû au déclin militaire de l'empire lors des vingt ans qui précédèrent le siège ou encore à la perte par les Byzantins des territoires dont sont issues les matières premières nécessaires à la production de cette arme.

Le 20 avril 1453, lors de l'ultime siège de Constantinople, une flottille de renforts, d'armes et de vivres composée de trois galères génoises affrétées par le pape et d'un navire de transport impérial, parvient dans le Bosphore. La marine ottomane tente de l'intercepter, et le navire byzantin, qui transportait plusieurs tonneaux de liquide inflammable, fait usage du feu grégeois, occasionnant d'importants dommages à ses ennemis.

La composition du feu grégeois fut perdue après la chute de la ville, en mai 1453.

Fabrication Caractéristiques générales Comme le montre l'avertissement de Constantin Porphyrogénète, les ingrédients et le processus de fabrication et de déploiement du feu grégeois sont précieusement gardés secrets. Celui-ci est si bien conservé que la composition exacte du feu grégeois a été perdue. De ce fait, le mystère de la formule a longtemps été l'élément clé des recherches autour du feu grégeois.. Toutefois, malgré cette forte préoccupation, le feu grégeois est mieux connu comme un système d'arme complet comprenant plusieurs éléments. Tous devaient fonctionner ensemble pour que le feu grégeois soit efficace. Ces éléments divers comprennent d'autres éléments que la formule exacte de la composition comme des dromons spécialisés permettant de le transporter pour la bataille, le mécanisme permettant de préparer la substance en la chauffant et en la pressurisant, le siphon pour la projeter et l'entraînement spécial des siphōnarioi qui manient ces siphons.. La connaissance du fonctionnement de l'ensemble du système est très compartimentée. Ainsi, les personnes affectées à une tâche en particulier n'ont connaissance que des secrets propres à cette mission pour éviter que l'adversaire ne puisse acquérir une parfaite connaissance du feu grégeois et de son maniement.. Ainsi, lorsque les Bulgares s'emparent de Mesembria et de Debeltos en 814, ils prennent possession de 36 siphons et de feu grégeois mais sont incapables d'en faire un quelconque usage...

Les informations disponibles sur le feu grégeois sont exclusivement indirectes et fondées sur des références dans les manuels militaires byzantins ainsi que sur des sources historiques secondaires comme le texte d'Anne Comnène ou les chroniqueurs occidentaux. Cependant, ces textes manquent souvent de précision. Dans son Alexiade, Anne Comnène fournit une description d'une arme incendiaire qui a été utilisée par la garnison byzantine de Dyrrachium en 1108 contre les Normands. Ce texte a souvent été perçu comme la formule au moins partielle du feu grégeois..

Les écrits des chroniqueurs occidentaux de la même époque ne sont guère fiables car l'ignis graecus est le nom donné à toutes les formes de substances incendiaires.

Dans le but de reconstruire le système du feu grégeois, les preuves concrètes qui apparaissent dans les références littéraires contemporaines fournissent les éléments suivants : Le feu grégeois brûle sur l'eau et selon certaines interprétations, c'est l'eau qui déclenche la combustion. En outre, de nombreux textes témoignent du fait que le feu ne pouvait être éteint que par certaines substances comme le sable (qui prive le feu d'oxygène), du vinaigre fort ou de la vieille urine, probablement par le biais d'une réaction chimique particulière. Cette caractéristique amène à penser qu'il s'agit de magnésium. C'est une substance liquide et non une forme de projectile comme le prouvent les descriptions et le nom parfois donné au feu grégeois de .