L’expédition d'Alger est menée par Charles Quint entre le et le .
Conforté par son succès lors de la conquête de Tunis en 1535, Charles Quint décide d’attaquer Alger et d’en finir avec les barbaresques qui sèment la terreur en Méditerranée occidentale. Toutes les nations de la Méditerranée occidentale, hormis la France, alliée du sultan Soliman, participent à cette expédition et plusieurs de ses alliés mettent en garde l'empereur contre le fait d'attaquer tard dans l'année : aucune entreprise navale d'importance ne peut se faire en automne et en hiver, entre septembre et mars. Mais l'empereur passe outre et organise cette expédition pour s'assurer le contrôle de la Méditerranée occidentale. Cette expédition se terminera mal du fait d'une forte tempête qui jettera à la côte une partie de la flotte de Charles Quint. Celui-ci fera retraite en bon ordre jusqu'au cap Matifou pour rembarquer et se réfugier à Bougie.
Contexte vignette|upright|La bataille de Lépantepar Véronèse|alt= vignette|upright|Prise de possession de Malte par les Hospitaliers|alt= La Reconquista de la péninsule Ibérique se termine le par la reddition de Grenade par le roi nasride Boabdil. Vaincu, il signe un traité et livre la ville au roi Ferdinand d’Aragon et à la reine Isabelle de Castille.
Pour conforter leur reconquête territoriale face aux Maghrébins, les rois espagnols n'ont de cesse de vouloir contrôler la côte maghrébine. Les Portugais s'étaient déjà emparés de Ceuta en 1415, de Tanger en 1471. Les Espagnols s'emparent de Melilla en 1497, de Mers el-Kébir en 1505, d’Oran en 1509, de Bougie, de Tripoli et el Peñón de Argel en 1510 mais échouent devant Djerba la même année. Ils s'installent à Honein en 1531, à La Goulette, Bizerte, Africa et Bône en 1535. Ils ont installé l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem à Tripoli et à Malte en 1530 et rétabli leurs alliés à Tunis en 1535. Ils possèdent donc des ports sur toute la côte barbaresque à l'exception d'Alger depuis qu'ils ont perdu el Peñón de Argel en 1529. De la Reconquista à la bataille de Lépante, en passant par les expéditions au Maghreb, ce serait « une dernière lame de fond des croisades ».
En Méditerranée, la piraterie, qui n'est pas que barbaresque, est le fait de marins sans foi, de renégats sans pays, tous capitaines de navire qui gagnent ou perdent leur vie à la pointe de leurs sabres. Les routes de commerce entre toutes les rives de la Méditerranée sont innombrables comme les besoins en marchandises de toutes sortesDaniel Dordman (2011) . Des représentations, des blancs-seings, des sauf-conduits se jouent des souverainetés et des religions. Les pirates trouvent sur toutes les côtes de la Méditerranée des repaires inexpugnables sur des îles perdues, au fond des criques sauvages, dans des ports sous contrôle. Des complicités de puissants locaux, l'appui de leurs clientèles, la barbarie de leurs mœurs se jouent des souverainetés et des religions. Quand ils sont faits prisonniers, des marchands et leurs obligés, payent rançon, sont tenus en otages ou vendus en esclavage ou, s'ils n'ont pas de valeur par eux-mêmes, simplement exécutés sans scrupule ni remords. Seuls comptent les bénéfices des marchands ou les prises des pirates. À partir de 1516 avec les , « commence alors la dure, sanglante, inexpiable conquête des royaumes des Maures par les Turcs, leurs janissaires et leurs corsaires. Cette entreprise (fit) de la course [...] une entreprise d’État, décidée et encouragée par le sultan [...] Tout se décidait à Constantinople, à la cour ou au harem. »
En Méditerranée orientale, la police maritime est assurée par l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem à partir de leurs possessions rhodiennes. Depuis la perte de la Terre sainte, Rhodes est en ce le seul territoire héritier des croisades. La flotte de La Religion mène une guerre de course, d'abord contre les pirates turcs, puis contre les corsaires ottomans. Les Hospitaliers font face en 1440 puis en 1444, au sultan d'Égypte, mais les chevaliers repoussent ces deux attaquesB. Galimard Flavigny (2006) 331.. En 1480, le siège est mis autour de Rhodes et le grand maître Pierre d'Aubusson repousse à trois reprises l'assaut des troupes de Mesih Pacha, ancien prince byzantin converti à l'Islam. Le siège décisif a lieu en 1522 lorsque Soliman le Magnifique assiège pendant cinq mois Rhodes et expulse l'Ordre le .
Si Charles Quint fait la paix avec Soliman en 1530, il renforce ses positions par deux décisions importantes pour le contrôle de la Méditerranée : il cède, en 1530, Tripoli et l'archipel maltais à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem pour que celui-ci puisse continuer ses contre-courses contre les Barbaresques et les Ottomans ; il intervient pour préserver la dynastie hafside de Tunis en redonnant Tunis en suzeraineté à Abû `Abd Allâh Muhammad V al-Hasan en 1535 et pour conforter sa position, il occupe La Goulette, Bizerte, Africa et Bône. Cette victoire personnelle de Charles Quint sur Khayr ad-Din Barberousse, donné un moment pour mort, ce qui empêche Charles Quint de le poursuivre jusqu'à Alger, lui fait sous-estimer les ressources de cet allié de Soliman.
Enfin il faut aussi prendre en compte la situation maghrébine à cette époque. Cette zone géographique, coincée entre le désert et la mer, cumule de graves lacunes : la sécheresse, le manque de mise en valeur des terres, l'extension de l'élevage pastoral rétrécit la culture sédentaire, mais aussi l'agressivité des nomades, le déclin démographique, les famines et les épidémies, et aussi le détournement des circuits commerciaux hors du Maghreb. Cela a pour conséquence la faiblesse de l'État, de l'armée et de l'administration.
Trois puissances s'affrontent en Méditerranée vignette|upright|Soliman le Magnifiquepar Titien vignette|upright|gauche|François par Titien
En Méditerranée occidentale, trois puissances s'affrontent sur fond de piraterie barbaresque : François devient roi de France en 1515 ; Charles Quint, petit-fils des Rois catholiques d'Espagne, devient, conjointement avec sa mère Jeanne de Castille, roi des Espagnes en 1516 et empereur du Saint-Empire en 1519 ; enfin Soliman le Magnifique devient le sultan de l'empire ottoman en 1520.
Le roi de France cherche d'abord la neutralité, dans les , d'Henri VIII d'Angleterre et de Charles de Habsbourg futur Charles Quint sans pouvoir l'obtenir. François est vainqueur à la bataille de Marignan et défait et prisonnier de Charles Quint à la bataille de Pavie en 1525. Il est en compétition avec Charles Quint pour la couronne du Saint-Empire. La France et le Saint-Empire romain germanique s'opposent pour la possession, pour l'une, du duché de Milan, pour l'autre, du duché de Bourgogne. Finalement la France se fait l'alliée des Ottomans en obtenant en 1536 des privilèges commerciaux, les « Capitulations ».
Charles Quint et Soliman s'affrontent sur deux fronts : territorialement en Europe centrale, en 1526, les Ottomans défont les Hongrois à la bataille de Mohács et s'emparent de Budapest mais échouent devant Vienne en 1529 ; et aussi pour le contrôle de la Méditerranée occidentale, les Espagnols veulent préserver le commerce maritime face aux actes de piraterie des Barbaresques qui inscrivent leurs actions dans le cadre de l'expansion de l'Empire ottoman dès les premières années du . En 1531, le Génois Andrea Doria qui a quitté François pour Charles Quint, attaque Cherchell et les Espagnols se rendent maîtres de Honein.
La Ligue de Nice vignette|gauche|upright|Le pape Paul III par Titien vignette|upright|Le doge Andrea Grittipar Titien En mer Adriatique, confrontée aux deux empires après l'avoir été à la république de Gênes, la république de Venise tente de préserver sa puissance économique. Les comptoirs vénitiens s'étendent du nord et de l'est de la mer Adriatique, que la Sérénissime nomme le golfe de Venise, à la mer Égée et à l'île de Candie jusqu'à la mer Noire. Si la République perd Négroponte en 1470, elle acquiert le royaume de Chypre en 1489. Devant la montée des prises en mer, la République impute sur ses profits la construction d'une flotte de galères et de « coques de guerre » pour faire face aux Ottomans. Après une période de mutuelle réserve, pendant lequel les Portugais, les Espagnols, les Français, les Hongrois et les Hospitaliers sont incapables de s'entendre et laissent seule Venise face à la défaite en 1501.
En 1529, la république de Venise entre en guerre contre l'Empire ottoman. Cela engage alors le pape Paul III à créer, en 1538, la Ligue de Nice qui réunit aux forces temporelles du pape celles des républiques de Venise et de Gênes, du Portugal, du Saint Empire et de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem sous le commandement de l'amiral génois Andrea Doria au service du Saint Empire. La défaite de Préveza en 1538 désorganise la Ligue malgré la prise de Castelnuevo. Venise en revendique la possession, refusée par Charles Quint, Venise retire sa flotte et de plus Andrea Doria abandonne trop facilement la partie. Les Vénitiens résignés signent en 1540 la paix avec les Ottomans et les dédommagent des frais de guerre mais préservent leur commerce.
Diplomatie vignette|upright|Duc d'Albe par Titien vignette|upright|gauche|Andrea Doriapar Sebastiano del Piombo vignette|upright|Khayr ad-Din Barberousse vignette|upright|gauche|Charles Quint par Titien
La montée en puissance des frères Barberousse et de la piraterie barbaresque à partir d'Alger pose problème à Charles Quint. C'est alors que l'empereur pense à soumettre Barberousse en réduisant Alger, le port de piraterie le plus actif de la côte maghrébineH. D. de Grammont, (1874) , et de mettre fin à l'expansion ottomane ; à défaut de toucher Constantinople, il s'attaque au plus proche conseiller du sultan. L'expédition d'Alger se situe dans un vaste contexte diplomatique.
Les premiers historiens à faire la relation de cette expédition sur Alger se sont tous posés la question du choix de la période fixée par Charles Quint pour une aussi lourde opération militaireH. D. de Grammont, (1874) . Mettre à la mer, au début de la mauvaise saison, une flotte aussi importante de navires de charge, qui ne tiennent pas aussi bien la mer que les galères, est par bien des aspects incompréhensible de la part d'un marin éprouvé comme le , Andrea Doria, comme le fait d'accumuler autant de bâtiments sur une côte sans abri que les vents de nord-est rendent très dangereuse. Ne pas mettre à terre tous les moyens de guerre à disposition, vêtements, vivres, tentes, artillerie de siège, quand l'état de la mer le permettait est tout aussi incompréhensible de la part d'un militaire expérimenté comme Charles Quint. Lancer des attaques de façon si imprudente, sans préparation, sans garder de réserves, en laissant les cavaliers arabes venir sur les arrières est encore plus incompréhensible de la part d'hommes de guerre comme le duc d'Albe, Ferdinand Alvare de Tolède, l'hospitalier, Camille Colonna, ou le conquistador Fernando Cortez. Comment a pu être pris le parti d'étendre sur une aussi longue ligne les forces autour d'Alger. Tout cela fait écrire à Sander-Rang et Denis, cités par Grammont, « La constance avec laquelle il [Charles Quint] persista dans son entreprise paraîtra toujours une chose fort étrange ; c'est que, selon toute probabilité, on n'en a jamais bien connu le véritable motifH. D. de Grammont, (1874) , note 2. »
Charles Quint sait que Khayr ad-Din Barberousse s'est volontairement placé sous la dépendance des Ottomans pour avoir l'appui des janissaires et ainsi maintenir ses possessions autour d'Alger. En effet, à la suite de la tentative de l'Empire espagnol de prendre Alger en 1518, Khayr ad-Din prend conscience de la nécessité de s'appuyer sur l'aide ottomane.