Saint Janvier (San Gennaro en italien ou Januarius en latin), évêque de Bénévent, est un saint martyr reconnu par les traditions catholique et orthodoxe, surtout célèbre pour ses reliques qui sont conservées dans la cathédrale Notre-Dame de l'Assomption, à Naples. Il mourut exécuté en 305 près de Pouzzoles, durant la Grande persécution de Dioclétien.

Saint Janvier est célébré le , et il est l’un des saints patrons de la ville de Naples.

La vie de saint Janvier Les sources

Saint Janvier est évoqué par plusieurs sources anciennes : la liste épiscopale de Bénévent ; une lettre du prêtre Uranius qui relate la mort de saint Paulin en 431 ; une peinture du qui orne sa catacombe à Capodimonte (Naples) et représente le saint nimbé entre deux cierges ; sa Passion est décrite dans les Acta Bononiensia ( ?) ainsi que dans les Acta Vaticana ( ?).

Par ailleurs, Alexandre Dumas a consacré trois chapitres à saint Janvier dans son ouvrage Le Corricolo qui relate le voyage de l’écrivain de Rome à Naples en 1835.

La légende

Saint Janvier serait né vers 270 à Naples et serait le descendant d’une ancienne famille romaine patricienne, la gens Januari. Il aurait été ordonné prêtre puis élu évêque de Bénévent en 302.

Vers 303-304, au début de la Grande persécution de Dioclétien, deux de ses diacres, Sosius diacre de Misène et Proculus, diacre de Pouzzoles, furent arrêtés avec deux gentilshommes, Eutyche et Acuce et jetés dans les prisons de Cumes par Dragonce (Dragontius), proconsul de Campanie.

En 305, lorsque Constance et Galère succédèrent à Dioclétien et Maximien, Dragonce fut rappelé à Rome et remplacé par Timothée, et les chrétiens emprisonnés à Cumes furent relâchés.

Apprenant cette libération, saint Janvier, qui avait partagé la douleur des prisonniers, quitta son diocèse accompagné du diacre Festus et du lecteur Desiderius pour venir partager leur joie. Ils se rejoignirent dans une église aux environs de Pouzzoles et l’évêque, assisté de Sosius et Proculus y célébrait la messe quand il se fit au-dehors un grand bruit, suivi d’un long silence : une voix lisait le décret de persécution de Dioclétien que Timothée avait remis en vigueur.

À la sortie de l’église, Janvier guérit une de ses parentes paralytique et lui confia les deux burettes qui lui servaient à célébrer la messe ; alors, avec ses compagnons et la foule, il se rendit à Nola lors d’une marche qui parut un triomphe. Mais Timothée l’attendait sur la place de Nola et l’interrogea. Condamné à mort à l’issue de cet interrogatoire, saint Janvier sortit indemne du bûcher où on l’avait précipité ; il fut alors fouetté jusqu'au sang et jeté en prison avec Sosius, Proculus, Eutyche, Acuce, Festus et Desiderius. Puis les sept condamnés furent menés à l’amphithéâtre de Pouzzoles. pour être donnés en pâture aux fauves mais les lions, les tigres et les hyènes, bien qu’affamés, se couchèrent à leurs pieds. Timothée, pris d’un coup de sang, en perdit la vue mais Janvier la lui rendit. Devant ce miracle, environ cinq mille des trente mille spectateurs présents demandèrent à être baptisés par le saint ; Timothée, quelque peu agacé, ordonna alors qu’on coupe la tête de Janvier, Proculus et Sosius et rentra dans son palais à Nola.

Les deux diacres furent ainsi décapités le dans le forum proche du volcan Vulcano de Pouzzoles., puis il en fut de même pour Janvier après que le saint eut demandé, ordonné et prié le bourreau, car ce dernier ne trouvait plus de forces pour faire sa funeste besogne ; ainsi revigoré, le bourreau coupa non seulement la tête du saint mais également un de ses doigts. Le bourreau et les hommes de troupe, partis faire leur rapport à Timothée, l’auraient trouvé dans son palais pillé et déserté : le proconsul n’était plus qu’un cadavre informe et pourri. Le bourreau et ses comparses auraient péri asphyxiés par les émanations pestilentielles qu’exhalait le corps de Timothée.

La nuit qui suivit le martyre, la parente paralytique que Janvier avait soignée (la tradition cite sa nourrice Eusébia.) recueillit du sang de l’évêque martyr avec une éponge, comme il était d’usage à l’époque, et en remplit les deux fioles qui avaient servi à Janvier à célébrer sa dernière messe, puis elle emmena les ampoules chez elle, à à Naples. Un aveugle de Pouzzoles à qui saint Janvier avait rendu la vue à l’issue de son martyre récupéra la tête, le corps et le doigt du martyr et les plaça dans un coffre qu’il emporta à l’Agro Marciano (Fuorigrotta) à Naples ; puis, le corps fut ultérieurement transféré dans les catacombes dite de Saint Janvier, toujours à Naples.

Selon la tradition, cela se serait passé le samedi précédant un premier jour de mai au début du . Ce jour-là, sur le chemin de Capodimonte, lorsque la relique passa à Antignano, la femme plaça les ampoules près du corps et le sang desséché du saint se liquéfia. Selon une autre tradition, c’est le pape qui fit placer les restes du saint dans cette catacombe au début du .

Alexandre Dumas a raconté cette histoire, avec de nombreux autres détails, dans le chapitre XIX de son ouvrage Le Corricolo..

Le culte de saint Janvier

Dans son récit de la vie de saint Paulin, évêque de Nola (353-431), le prêtre Uranius indique que Paulin reçut, la veille de sa mort, la vision de saint Janvier et de saint Martin, évêque de Tours, venus le chercher pour le conduire au ciel.

Dès le début du , les Napolitains vénéraient les reliques de saint Janvier comme l'atteste la peinture d’époque représentant le saint nimbé entre deux cierges, dans les catacombes à Naples.

Saint Janvier vient en tête de la petite centaine de saints patrons que les habitants de Naples se sont donnés. Ceux-ci considèrent que le saint leur a accordé sa protection en 1497 contre la peste de même qu’en 1631, 1698, 1767, 1779… et contre les destructions qu’auraient pu causer les éruptions du Vésuve.

Les pérégrinations du corps du saint vignette|240px|Reliquaire de saint Janvier sous le maître-autel de la chapelle du Succorpo. La dépouille de saint Janvier fut placée en 306 dans un cimetière de Capodimonte, puis portée au dans des catacombes à Naples qui vont être dédiées au saint évêque martyr.

En 831, Sicon, prince de Bénévent, assiégea Naples et, victorieux, laissa la vie sauve aux habitants car ceux-ci acceptèrent de lui donner le corps de saint Janvier.

À Bénévent, le corps de saint Janvier changea d’église en 1129, puis fut secrètement caché et muré en 1156 sous le maître-autel de l'abbaye de Montevergine à Avellino où on le redécouvrit en 1480 en restaurant l’autel.

En 1490, le roi ne parvint pas à obtenir du pape l'autorisation de ramener le corps de saint Janvier dans la cathédrale Notre-Dame de l'Assomption de Naples. Ce n'est qu'en 1497 que le cardinal napolitain Oliviero Carafa obtint du nouveau pape, , la permission de procéder à la translation ; les reliques entrèrent solennellement dans la cathédrale napolitaine le et furent déposées dans une urne de bronze dans la , crypte de style Renaissance spécialement aménagée à cet effet par le cardinal Carafa. Sous le maître-autel, la « Confessio de San Gennaro » (appelée aussi Cappella Carafa) abrite toujours les os du saint, à l'exception de son crâne.

En effet, le crâne et les fioles contenant le sang du saint furent transférées dans la chapelle San Gennaro (chapelle de Saint Janvier appelée aussi chapelle du Trésor) dont la construction fut décidée le par les notables napolitains dans le but d’épargner leur ville de la peste. Cette date voit en effet la conclusion d'un contrat insolite établi devant notaire entre le saint protecteur et le peuple de Naples (représenté par ses notables) qui s’engage à travers lui à constituer un trésor et à lui construire une nouvelle chapelle. Les gardiens de cette chapelle appartiennent à la Députation (Deputazione), institution laïque créée en 1601 et constituée de dix représentants de la noblesse et de deux du peupleExposition « Les trésors de Naples : les joyaux de San Gennaro » du 19 mars au 20 juillet 2014, musée Maillol.

Le , le cardinal Alfonso Castaldo fit l'inventaire de l'urne. Un vase de terre qui portait l'inscription calligraphiée « Corpus Sancti Jannuarii Ben EP. » contenait des ossements analysés par le professeur G. Lambertini qui établit en 1965 que le squelette correspondait à un homme d’environ et d’une taille approximative de ..

La chapelle San Gennaro Les fresques

La chapelle terminée, les notables de la ville décidèrent de l’orner de fresques représentant les principales actions de la vie du saint en faisant appel aux plus grands peintres de l’époque. Mais selon le récit d’Alexandre Dumas (chapitre XXI du Corricolo), les peintres napolitains décidèrent que la chapelle ne serait décorée que par des artistes indigènes et jurèrent que tout rival qui répondrait à l’appel s’en repentirait cruellement :

On trouve ainsi les fresques suivantes dans la chapelle : Femme guérissant une foule de malades avec l’huile de la lampe qui brûle devant saint Janvier du Dominiquin, Résurrection d’un jeune homme du Dominiquin, Saint Janvier sortant indemne de la fournaise de l’Espagnolet (José de Ribera), Possédée délivrée par saint Janvier de Massimo Stanzione, et la décoration de la coupole par Giovanni Lanfranco à laquelle il refusa de travailler tant que les fresques commencées par le Dominiquin aux angles des voûtes ne seraient pas entièrement effacées). thumb|170px|Buste-reliquaire de saint Janvier.

Le reliquaire

Les reliques de saint Janvier sont conservées dans une niche qui se trouve derrière le maître-autel de la chapelle séparée en deux par une cloison de marbre : une demi-niche contient les ossements du saint, l’autre un ostensoir en argent offert par Robert d'AnjouUn pied et une couronne avec une émeraude à son sommet ont été ajoutés au . et exposant les deux ampoules dans lesquelles, selon la tradition, le sang desséché du saint est collé sur les parois. Cette niche est close par deux portes d’argent massif sculptées aux armes du roi et fermées par deux clefs dont l’une est gardée par le cardinal archevêque de Naples et l’autre par une compagnie tirée au sort qu’on appelle les Députés du Trésor (de la Deputazione).

Une des fioles en verre est remplie aux 3/4, tandis que l'autre est à moitié vide depuis que la partie supérieure de son contenu a été volée par le roi d'Espagne ..

La « cour » de saint Janvier

Saint Janvier, d’origine patricienne, se devait d’avoir sa cour en tant que saint patron de Naples : il a donc un cortège de saints inférieurs qui reconnaissent sa suprématie et l’accompagnent quand il sort en procession ; ce sont les patrons secondaires de la ville de Naples.

Voici comment se recrute cette armée de saints « courtisans » : toute confrérie, tout ordre religieux, toute paroisse ou tout particulier qui tient à faire déclarer un saint qu’il affectionne patron de Naples (sous la présidence de saint Janvier) doit faire fondre une statue de ce saint en argent massif et d'un poids requis et à en faire don à la chapelle du Trésor de la cathédrale.

Le miracle de saint Janvier

La légende du saint (voir plus haut) raconte qu’à Antignano, le samedi précédent le de mai du début du , lors du transfert de son corps vers sa catacombe, le sang se liquéfia lorsque les deux ampoules contenant le sang desséché furent approchées de sa dépouille par sa parente.

Ce phénomène a ensuite été attesté pour la première fois à Naples le . La liquéfaction ne nécessita pas ce jour-là que les fioles soient approchées de la dépouille puisque, de 1156 jusqu’en 1480, celle-ci était secrètement dissimulée sous le maître-autel de l'abbaye territoriale de Montevergine. Depuis, le phénomène se produit régulièrement lors de cérémonies organisées spécifiquement à Naples..

Néanmoins, à ce jour, l’Église ne s’est pas prononcée officiellement sur le caractère miraculeux du phénomène.