Les Nivkhes (aussi nommés Nivkh ou Guilyak / Gilyak) sont un peuple indigène de Russie habitant l'estuaire du fleuve Amour et l'île de Sakhaline. Le recensement russe de 1989 a dénombré , dont (23,3 %) parlaient la langue nivkhe, une langue paléo-sibérienne considérée comme un isolat. Toutefois, certains linguistes ont émis l'hypothèse d'une parenté entre les langues altaïques et le nivkhe.

Pendant plusieurs siècles, les Nivkhes ont été tributaires de l'empire mandchou. Après la signature du traité de Nertchinsk en 1689, ils se mirent à fonctionner comme intermédiaires entre les Russes, les Mandchous et les Japonais (via l'ethnie des Aïnous dont ils sont linguistiquement assez proches).

Les Nivkhes subirent sévèrement la conquête russe, l'occupation japonaise de 1904 à 1905 et de 1920 à 1925.

Démographie thumb|250px|left|Répartition des Nivkhes en Russie en 2010 en pourcentage de leur population totale. Les Nivkhes vivent à l'embouchure du fleuve Amour dans le Kraï de Khabarovsk et au Nord de l'île Sakhaline. Ils parlent principalement le Russe et le Nivkhe. En 2010, la population Nivkhe en Russie comptait 4652 individus.

Historique de la démographie des Nivkhes en Russie :

Principaux points de peuplement des Nivkhes en 2002 :

+Kraï de Khabarovsk Point de peuplement Nivkhes Population totale Pourcentage de Nivkhes Nikolaïevsk-sur-l'Amour40728 4921,4 % Khabarovsk131583 0720,02 % Innokentyenva (village)12966419,4 % Takhta (village)11893712,6 % Lazarev (village urbain)11719546,0 % Tyr (village)8972912,2 % Kalma (village)8513961,2 % Nijnee Prongue (village)8246117,8 % Pouir (village)7726928,6 % Bogorodskoe (village)7741191,9 % Mnogovershinny (village)7327982,6 % Soussanino (village)628827,0 % Krasnoe (village)6012514,8 % Mago (village urbain)5622442,5 % Oremif (village)5432516,6 % Aleevka (village)496575,4 % Oukhta (village)4517525,7 % Nijnaya Gavan (village)4037710,6 % Voskresenskoe (village)3611431,6 % Konstantinovka (village)359083,9 % Tneïvakh (village)335560,0 % Boulava (village)3022261,3 % Beloglinka (village)308933,7 % Makarovka (village)222684,6 % Tchnyrrakh (village)214554,6 % Tchlya (village)209332,1 % Solontsy (village)185703,2 % Vlasievo (village)113928,2 % Oktyabrsky (village)111706,5 % Sakharovka (village)108511,8 %

+Oblast de Sakhaline Point de peuplement Nivkhes Population totale Pourcentage de Nivkhes Nogliki (village urbain)64710 6046,1 % Nekrasovka (village)572112650,8 % Okha29927 7951,1 % Tchir-Oundv (village)20029168,7 % Poronaïsk11617 8440,7 % Ioujno-Sakhalinsk98170 3560,1 % Rybnoe (village)568466,7 % Trambaous (village)4510542,9 % Moskalvo (village)448075,5 % Aleksandrovsk-Sakhalinski2912 6930,2 % Viakhtou (village)262869,1 % Loupolovo (village)212875,0 % Val (village)1912111,6 % Katangli (village urbain)178961,9 % Rybobaza-2 (village)113432,4 % Jusqu'en 1945, dans la partie Sud de Sakhaline (en ce temps japonaise) vivaient environ 100 Nivkhes, qui parlaient un dialecte du Sud de SakhalineNivkhe, Gruzdeva Ekaterina. Publié par Lincom Europa en 1998, série Langues du monde, p.6—7.. Après la guerre, la plupart d'entre eux s'installa à Hokkaidō. Le dialecte du Sud de Sakhaline est considéré de nos jours comme disparu. Il n'existe pas de données sur le nombre de représentants de l'ethnie au Japon.

Histoire Les Nivkhes de Sakhaline s'y sont installés au cours du Pléistocène supérieur, quand l'île était encore rattachée au continent. Lorsque la période glaciaire s'acheva et que le niveau des océans monta, les Nivkhes furent séparés en deux groupesFitzhugh, William, et Durbreuil p32..

On estime que la première mention des Nivkhes provient des chroniques chinoises au début du . Ils ont été appelés guilyami () quand ils étaient en contact avec la dynastie YuanMattissen, p.515. Les premiers contacts avec des explorateurs russes remontent au . La première mention des Nivkhes dans les écrits russes a été faite en 1643 par l'explorateur Vassili Poïarkov, qui les appelait guilyaks. Cette appellation a été longtemps utilisée. Entre 1849 et 1854, l'expédition de Guennadi Nevelskoï fonde la ville de Nikolaïevsk. Un an plus tard, des paysans russes ont commencé à s'y installer. L'Empire russe a totalement pris le contrôle des terres des Nivkhes après le traité d'Aigun en 1856 et la convention de Pékin en 1860.

Les territoires de Nivkhes s'étendaient le long de la côte nord de la Mandchourie depuis la forteresse russe de Tugur, à l'Est jusqu'à l'embouchure de l'Amour à Nikolaïevsk, au Sud à travers le détroit de Tartarie jusqu'à la baie de De-Castries. Anciennement, leurs territoires s'étendaient vers l'ouest jusqu'à l'Ouda et aux Îles Chantar, avant d'être repoussés par les Mandchous, et plus tard, les Russes.

Durant de nombreux siècles, les Nivkhes furent tributaires de l'Empire mandchou. Après le traité de Nertchinsk en 1689, ils servirent d'intermédiaires entre les Russes, les Mandchous et les Japonais (avec ces derniers par le biais de leurs vassaux, les Aïnous. Les premiers contacts avec les Aïnous au Sud de Sakhalin étaient généralement hostiles, même si des échanges commerciaux apparaissent entre les deux peuples.

Les Nivkhes furent sévèrement affectés par la conquête cosaque et l'imposition des Russes tsaristes, qu'ils appelèrent par la suite kinrsh (diables). L'Empire russe obtint une domination totale sur les territoires Nivkhes après le traité d'Aigun en 1858 et le traité de Pékin en 1860. Les Russes établirent un camp de travail à Sakhaline, qui fonctionna de 1857 à 1906. Ils y envoyèrent de nombreux criminels russes et des exilés politiques, dont Lev Sternberg, un des premiers ethnographes les plus importants des Nivkhes. Les Nivkhes étaient en minorité ; ils furent parfois employés en tant que gardes de prisons et pour traquer les détenus évadés. Ils souffrirent d'épidémies de variole, de peste et de grippe, apportées par les immigrants et amplifiées par l'environnement insalubre des prisons surpeupléesTCHEKHOV à Sakhaline, sur Le temps revient, 23 mars 2012..

Même si l'empire du Japon n'a jamais contrôlé la partie Nord de Sakhaline, le Japon et la Russie ont gouverné conjointement l'île conformément au Traité de Shimoda de 1855. Entre 1875, avec le Traité de Saint-Pétersbourg, et 1905, avec le Traité de Portsmouth, la Russie a gouverné seule la totalité de Sakhaline. De 1905 à 1945, Sakhaline était divisée entre le Japon et la Russie de part et d'autre du . La Russie autorisa les pêcheurs japonais à pénétrer sur les territoires nivkhes de 1880 à 1948, où ils furent expulsés. Les autorités russes de l'Amour avaient des difficultés à trouver de la main d’œuvre russe, et autorisèrent les Nivkhes et les Japonais à développer la région, tout en leur imposant de lourdes taxes. Les autorités russes empêchèrent les Nivkhes de pêcher sur la côte et dans les rivières par des arrêtés et un système de taxes élevé. Le premier des incidents de surexploitation des ressources halieutiques par les Japonais (et plus tard par les Russes) dans le détroit de Tartarie et l'embouchure de l'Amour eut lieu en 1898. Il mena de nombreux Nivkhes à la famine, et ils durent importer de coûteux aliments russes.

Après la Révolution bolchevique, la Russie devint membre de l'Union soviétique en 1922. Le nouveau gouvernement changea l'ancienne politique de l'Empire russe envers les Nivkhes en adéquation avec l'idéologie communiste. Les Soviétiques leur attribuèrent le nom de Nivkhes pour remplacer l'ancien nom Guilyaks comme un symbole de leur nouvelle autodétermination. Un district autonome fut brièvement créé pour eux. Le gouvernement leur accorda des droits de pêche étendus, qui ne furent restreints qu'en 1960. Mais d'autres politiques soviétiques se sont révélées dévastatrices. Les Nivkhes furent forcés de prendre part à la collectivisation et de rejoindre des kolkhozes agricoles et industriels. Les pêcheurs nivkhes eurent des difficultés à se convertir aux pratiques agricoles, car une de leurs croyances était que labourer la terre est un péché. Les Nivkhes ne furent bientôt plus qu'une minorité de seconde classe au sein de la main d’œuvre russe massive.

Cette collectivisation a irrémédiablement altéré le style de vie des Nivkhes. Leur tradition de chasseur-cueilleur disparut. Les autorités soviétiques présentèrent les Nivkhes comme un "modèle" pour la nation d'une culture transitionnant rapidement de l'âge de pierre au socialisme industriel. Ils interdirent l'usage de la langue nivkhe dans les écoles et autres espaces publics. Le russe était obligatoire, et la russification des Nivkhes fut accélérée. Beaucoup d'histoires nivkhes, de croyances et de liens claniques furent oubliés par les nouvelles générations. De 1945 à 1948, beaucoup de Nivkhes, ainsi que la moitié des Oroks et tous les Aïnous de Sakhaline, qui vivaient sous la juridiction japonaise dans la moitié Sud de Sakhaline, furent forcés de migrer vers le Japon avec les colons japonais. Un certain nombre de ces indigènes retournèrent plus tard à Sakhaline.

Chuner Taksami , anthropologue, est considéré comme la première figure moderne de la littérature nivkhe et du soutien aux droits sibériens. Dans la communauté de nations de la Russie post-soviétique, les Nivkhes s'en sont mieux tirés que les Aïnous ou les Itelmènes, mais moins bien que les Tchouktches ou les Touvains. En 1962, le gouvernement soviétique a déplacé de nombreux Nivkhes dans des foyers de peuplement plus nombreux et plus densément peuplés ; un résultat de ce remaniement est la réduction du nombre de foyers de peuplement de Sakhaline de 82 à 13 en 1986. Cette relocalisation a été menée par les kolkhozes, dont les Nivkhes étaient devenus dépendants. La fermeture d'installations financées par le gouvernement, comme les écoles ou les générateurs d'électricité, incitait les citoyens à déménager vers des colonies préférées par le gouvernement.

Les kolkhozes furent abandonnés lors de la chute de l'URSS en 1991. Les Nivkhes, population pauvre dépendant des collectivités financées par l’État, souffrirent rapidement de difficultés économiques. De nos jours, les Nivkhes vivant au Nord de Sakhaline voient leur avenir menacé par les mégaprojets d'extraction pétrolière en mer Sakhaline I et Sakhaline II, exploités par des compagnies occidentales. Depuis , les Nivkhes, menés par leur représentant Alexeï Limanzo , ont entamé des actions de manifestations non-violentes, exigeant une évaluation ethnologique indépendante des plans de Shell et ExxonMobilA Sakhaline, le pétrole chasse le poisson et menace le peuple des Nivkhs, sur RTL info, 27 février 2009.. Des actions de solidarité ont eu lieu à Moscou, New York, et plus tard Berlin. Le journal mensuel, Nivkh Dif, établi en 1990, est publié dans un dialecte de l'Ouest de Sakhaline, et a son siège à Nekrassovka .

Anthropologie des Nivkhes L'anthropologie des Nivkhes est activement étudiée. . Sur le plan anthropologique, les Nivkhes sont assez homogènes.

Subdivisions ethnologiques Les Nivkhes sont historiquement divisés en deux groupes en fonction de leur localisation : ceux de l'Amour et ceux de Sakhaline. Ils ont des dialectes et des coutumes différents. La majeure partie des Nivkhes vit dans le Kraï de Khabarovsk (dans le bassin inférieur de l'Amour, sur les rives de ce fleuve, et sur les littoraux de la mer d'Okhotsk et du détroit de Tartarie) et forme le groupe continental. Le groupe insulaire vit principalement au Nord de SakhalineChemin ghiliak de la connaissance, Études mongoles et sibériennes, cahier 13, 1982, p .117, Marie-Lise BEFFA..

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