La guerre des Malouines ou guerre de l'Atlantique Sud ( en anglais, en espagnol) est un conflit militaire opposant l'Argentine au Royaume-Uni dans les îles Malouines et dans la Géorgie du Sud-et-les îles Sandwich du Sud en 1982.

Cette guerre commence le avec le débarquement de l'armée argentine aux Malouines, suivi le lendemain par l'invasion de la Géorgie du Sud, et se termine le par un cessez-le-feu. Elle se conclut par une victoire du Royaume-Uni qui affirme ainsi sa souveraineté sur ces territoires.

C'est la première guerre conventionnelle entre deux puissances importantes depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le conflit est causé par la volonté de la dictature militaire argentine de faire valoir par la force ses prétentions sur la souveraineté de ces archipels, placés par les Nations unies sur la liste des territoires contestés. Ce conflit s'inscrit dans la continuité des controverses qui commencent dès la découverte de ces îles qui ont été occupées successivement par la France, l'Espagne puis le Royaume-Uni.

Sur le plan humain, le bilan de cette guerre est de dont argentins, britanniques et trois insulaires. Politiquement, la déroute argentine a de lourdes conséquences puisqu'elle précipite la chute de la junte militaire qui gouvernait jusqu'alors le pays. Elle est remplacée par un gouvernement démocratiquement élu. De son côté, le gouvernement de Margaret Thatcher sort renforcé de cette victoire et le parti conservateur remporte les élections en 1983.

En 2012, l'Argentine vote la déclaration d'Ushuaïa demandant le respect des résolutions de l'ONU.

Depuis, malgré les tentatives répétées de conciliation, l’Organisation des Nations unies considère toujours les archipels comme des territoires , dont la souveraineté n'a pu être départagée entre l'Argentine et le Royaume-Uni.

Conflits diplomatiques autour d'un archipel oublié qui passe de main en main

Les îles apparaissent sur des portulans dès 1502. Le , Amerigo Vespucci passe par un archipel qui semble être les Malouines. La première carte complète des îles est réalisée en 1520 par Andrés de San Martín, lors de l'expédition de Magellan. Le , un bateau espagnol commandé par Alonso de Camargo accoste aux Malouines et y reste jusqu'au de la même année.

Cinquante ans plus tard, en 1592, les îles sont abordées par le navigateur anglais John Davis qui voyage sur le . John Strong explore les îles en 1690 et baptise le détroit . Des Malouins fréquentent l'archipel de 1700 à 1716 puis en 1749, un amiral britannique, George Anson, publie un récit de son voyage dans l'archipel et évoque leur position stratégique. Une expédition est conduite par le capitaine de vaisseau français Louis-Antoine de Bougainville qui débarque à Port Louis en 1764. Il est suivi l'année suivante par celle de l'officier de marine et navigateur britannique John Byron qui débarque à Port Egmont..

La souveraineté sur ces îles, qui figurent aujourd'hui sur la liste des territoires non autonomes de l'ONU, est depuis lors disputée. La France est la première à les revendiquer. Mais en 1765, la cour d'Espagne, informée de la colonisation de ces îles situées dans sa zone d'influence, fait valoir ses droits auprès de la cour de France. En 1766, le ministre des Affaires étrangères français Étienne-François de Choiseul confie une mission diplomatique à Bougainville pour se rendre en Espagne et essayer de conserver les îles ou, à défaut, de les remettre à l'Espagne à la condition qu'elles soient physiquement occupées, pour que les Britanniques ne puissent pas les reprendre et de ce fait contrôler la route de la mer du Sud. Finalement, en 1767, la France les cède à l'Espagne qui les renomme . L'année précédente, l'Espagne avait créé une vice-royauté du Rio de la Plata en Uruguay dont le territoire englobait le nord de la future Argentine, les deux tiers de la future Bolivie, le nord du Chili, le Paraguay et l'Uruguay.

Dans le contexte de la guerre d'indépendance américaine, de la Révolution française et des campagnes napoléoniennes, les guerres d'indépendance hispano-américaines permettent l'émergence de nouveaux États dont l'Argentine indépendante de l'Espagne en 1810. Celle-ci reprend alors à son compte les revendications sur l'archipel. Une révolution éclate en Uruguay avec l'arrivée en mai d'une junte qui décide d'évacuer les îles Malouines qui demeurent inoccupées jusqu'en , avec l'arrivée de la frégate argentine commandée par le colonel corsaire qui hisse le pavillon argentin sur les ruines de Port Louis.

La colonisation argentine commence en 1823 et un gouverneur est nommé trois ans plus tard. En 1833, des colons britanniques débarquent de la , expulsent les colons argentins et rétablissent la souveraineté britannique. Depuis 1833, l'Argentine maintient sa revendication territoriale.

Le conflit diplomatique est discuté à l'ONU à partir de 1960 après l'adoption par l'Assemblée générale, de la .

En 1965, l’ONU reconnaît que la situation des Malouines constitue une forme de colonialisme qui doit prendre fin et demande aux deux pays de s’asseoir à la table des négociations. Londres a cependant toujours refusé tout dialogue..

Dans la deuxième moitié du , marquée par plusieurs coups d’État successifs en Argentine, une junte militaire s’arroge un rôle politique de plus en plus grand et finit par prendre officiellement le pouvoir en 1966. Cependant, un accord est conclu en 1971 pour la construction par les Britanniques d'un aéroport et la création d'une ligne aérienne permanente entre les Malouines et l'Argentine, permettant ainsi aux britanniques d'accéder aux écoles et aux hôpitaux argentins. Juan Perón revient au pouvoir en 1972 et le conflit pour la souveraineté sur les îles Malouines est à nouveau soumis aux Nations unies par l'Argentine. En , un rapport rédigé par Lord Shackleton confirme les potentialités de développement économique des îles Malouines et de leur environnement naturel (pêche, pétrole, traitement industriel des algues…), après qu'en et dans les eaux britanniques, le destroyer argentin a ouvert le feu sur le navire de recherches RRS Shackleton et tenté sans succès de l'arraisonner. En conséquence de cet incident, la Royal Navy détache temporairement à Port Stanley la frégate et diffère le désarmement de l'aviso .

En , une nouvelle junte d'officiers généraux des trois armées chasse du pouvoir Isabel Martínez de Perón, veuve de l'ancien président Perón et établit une dictature militaire dont la politique est de plus en plus autoritaire et répressive, avec à son actif plus de . L'Argentine fait face à des problèmes économiques graves et lorsque le général Leopoldo Galtieri parvient au pouvoir en 1981, l'inflation est de 140 % par an. Le gouvernement est très impopulaire et en , pour redorer son blason, le général Galtieri ordonne à son armée d'envahir les îles Malouines ce qui place l'Argentine en situation de guerre ouverte avec le Royaume-Uni, l'un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, membre de l'OTAN et quatrième puissance nucléaire mondiale« Argentine », Encyclopédie larousse.fr en ligne, consulté le , ..

Du côté britannique, le gouvernement conservateur, dirigé par la « Dame de fer » Margaret Thatcher, refuse tout compromis. Le tempérament de la Première ministre n'explique pas tout car le parti souhaite remporter les élections législatives qui doivent avoir lieu l'année d'après..

Les relations entre la junte militaire argentine et le gouvernement de Margaret Thatcher sont pourtant amicales dans un premier temps. Des membres de la junte sont invités à Londres, dont l'ancien chef de la marine Emilio Massera, responsable de centaines de disparitions, ou le ministre argentin des Finances, José Martínez de Hoz, qui défend des conceptions économiques proches du thatchérisme. Margaret Thatcher met fin à un programme d'aide aux réfugiés latino-américains fuyant les persécutions, qui avait été introduit par le précédent gouvernement travailliste. Les ventes d'armes à l'Argentine ont augmenté avec l'arrivée au pouvoir des conservateurs. Quatre jours seulement avant l'invasion des Malouines par l'Argentine, le gouvernement britannique tentait de vendre des avions bombardiers à la junte..

Malgré le soutien du gouvernement américain à la junte, l'Argentine subit un embargo sur les armes de la part des États-Unis depuis 1978. L'URSS profite de cette contradiction pour lui apporter son appui.

La Royal Navy maintient une présence militaire dans la zone sous la forme d'une section d'une quarantaine de Royal Marines connue comme le groupe naval Naval Party 8901 et de l'aviso . Des négociations essentiellement formelles continuent entre les deux pays mais les mêmes arguments sont ressassés en permanence.

Données juridiques du conflit En 1946, avec le changement de statut de l'Empire colonial britannique qui devient le Commonwealth, et les colonies qui deviennent dominions, Londres considère ce différend territorial comme mineur. En 1965, sous l'effet de la résolution 2065 de l'Assemblée générale des Nations unies., qui exige l'application de la Déclaration sur l'octroi de l'indépendance aux pays coloniaux (1960), les négociations commencent ; dix-sept ans plus tard, très peu de choses ont changé.. En , le comité juridique interaméricain, organe consultatif de l'Organisation des États américains (OEA), déclare l'existence d'un de l'Argentine sur les Malouines. En , la du mouvement des non-alignés déclare l'Argentine .

Le différend est insolite. En effet, les deux États mettent en avant des droits issus du processus de décolonisation pour défendre leurs prétentions. Ainsi, le Royaume-Uni avance l'origine britannique des (seuls une trentaine d'Argentins habitaient ces îles) et invoque l'article 73 de la Charte des Nations unies et le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, tandis que l'Argentine invoque le droit des peuples à la décolonisation, affirmant qu'il s'agit d'une terre spoliée par les Britanniques depuis ; l'ONU se montre plutôt favorable à la position de l'Argentine sans pourtant en arriver à un consensus. La question des Malouines n'a jamais fait l’objet d’un règlement arbitral ni judiciaire.

Vers la guerre Causes de la guerre Les revendications historiques des Argentins sont partagées par l'ensemble de la classe politique y compris par la gauche péroniste. La junte militaire compte ainsi consolider sa légitimité en unissant le pays confronté à la crise. Pour cela, les militaires argentins développent le concept d'une « Argentine bicontinentale », qui comprend une partie du continent Antarctique, dotée de nombreuses ressources en matières premières. La possession des îles Malouines aurait été ainsi la première étape pour établir des « Antilles antarctiques » (îles Malouines, îles de Géorgie du Sud, les Orcades du Sud, les Sandwich du Sud, les Shetland du Sud), trait d'union maritime avec des territoires que l'Argentine aurait souhaité annexer en Antarctique. Pour les militaires au pouvoir, l'« Argentine bicontinentale » n'est pas seulement un rêve, mais une mission patriotique qui doit être accomplie un jourFrançois Thual, Géopolitique de l'Amérique latine, 1996 ..

vignette|Jorge Isaac Anaya, commandant la marine argentine, ayant encouragé l'invasion.

L’enjeu des îles Malouines n’est pas anodin pour les deux pays, car elles sont une ouverture vers le continent Antarctique encore inexploité. Selon le spécialiste en géopolitique sud-américaine Carlos Alberto Pereyra Mele, ni l’Argentine ni le Royaume-Uni ne peuvent se permettre de perdre les Malouines :