David est une sculpture de la Renaissance réalisée par Michel-Ange entre 1501 et 1504. Elle mesure de hauteur (sans le piédestal) et elle est tirée d'un bloc de marbre blanc de Carrare qui avait été laissé à l'abandon après l'échec d'autres sculpteurs. Michel-Ange a su tirer parti de l'étroitesse du bloc de marbre et contourner un de ses défauts (une brèche dans laquelle il a creusé l'espace entre le bras droit et le torse). L'œuvre représente David, une fronde (lanière de cuir servant de lance-pierre) à la main, juste avant son combat contre le géant Goliath.

Initialement placé devant le palazzo Vecchio pour symboliser la détermination d'une jeune république face au tyran, l'original est, depuis 1873, exposé dans la Galleria dell'Accademia de Florence. Le David que l'on peut désormais voir devant la façade du palazzo Vecchio est une réplique installée en 1910.

Histoire Avant Michel-Ange En 1464, une commande est faite à Agostino di Duccio pour sculpter la figure géante d’un prophète qui prendrait sa place dans une des niches de la tribune nord à l'extérieur de la cathédrale Santa Maria del Fiore de Florence, aux côtés des deux prophètes réalisés par Nanni di Banco (Isaïe) et Donatello (Josué). Elle devait être le pendant de la statue de Josué conçue par Donatello cinquante ans plus tôt. Duccio a extrait et dégrossi un bloc de marbre des carrières de Carrare, mais il abandonne au bout de trois ans devant l'ampleur de la tâche. Dix ans plus tard, Antonio Rossellino entreprend d’achever son travail, puis renonce à son tourCharles Seymour, Jr., MichelAngelo's David : A search for identity, 1967.. C'est que le bloc de marbre « n'était pas assez compact, il présentait beaucoup de veinures, et par-dessus tout il était très étroit ; il convenait mieux aux sculptures gothiques qu'à celles, musculeuses et massives de la Renaissance »Laura Ciuccetti, il David. Le bloc reste ainsi quarante ans dans l'atelier de la cathédrale, à moitié travaillé.

1501 - 1504 : genèse du David thumb|right|upright|David, détail. thumb|right|upright|David, détail. thumb|right|upright|David, détail. thumb|right|upright|David, détail. Le , les responsables de l'Opera del Duomo (le conseil de fabrique, chargé de superviser la construction et l'aménagement de la cathédrale Santa Maria del Fiore) se réunissent pour décider du sort du bloc de marbre. On apprend dans leur délibération que celui-ci, « mal dégrossi » (male abrozarotum) gisait « sur le dos » dans une cour de l'Opera del Duomo. Ils prennent la décision, d’abord de le redresser, et ensuite de désigner un sculpteur capable de l'achever. Bien qu'Andrea Sansovino se soit montré intéresséAscanio Condivi, dans sa Vita di Michelagnolo Buonarrotti (1553) en fait le récit suivant : « Puisque d’un tel morceau de marbre, ils [les responsables de l'Opera del Duomo] ne pouvaient tirer chose qui fut bonne, il parut possible à un Andrea del Monte a Sansavino de l’obtenir d’eux, et il sollicita qu’ils lui en fassent présent, promettant qu’en y rajoutant certaines pièces, il en extrairait une figure : mais, eux, avant de se disposer à le lui donner, envoyèrent chercher Michel-Ange, et lui narrant le désir et l’avis d’Andrea, et ayant entendu l’opinion qu’il avait d’en tirer une bonne chose, finalement c’est à lui qu’ils le confièrent », c’est Michel-Ange qui reçoit la commande du David, le , de l'Opera del Duomo, et de l'Arte della Lana (la plus importante maison de commerce et de banque de Florence au , liée aux tisserands). Il érige une structure en bois autour du bloc pour le cacher et travaille ainsi jusqu'au (fête de la saint Jean-Baptiste, patron de Florence), jour où la statue est dévoilée.

Cependant, l’emplacement initialement prévu, au sommet de l’un des piliers du Dôme de Florence, n’était plus envisageable, « ne serait-ce que pour des raisons techniques et statiques, eu égard aux dimensions gigantesques de l’œuvre, et qu’en outre, la nudité du personnage paraîtrait peut-être déplacée en pareil lieuRolf C.Wirtz, Art et Architecture, Florence, Könemann, 1999. »

Le , une commission composée des plus grands artistes florentins (entre autres, Léonard de Vinci, Piero di Cosimo, Simone del Pollaiolo, Filippino Lippi, Cosimo Rosselli, Sandro Botticelli, Giuliano et Antonio da Sangallo, le Pérugin et Lorenzo di Credi) est chargée de déterminer l'emplacement du David de Michel-Ange. Léonard de Vinci et Giulano da Sangallo se prononcent pour l'intérieur de la Loggia dei Lanzi, mais on décide finalement, devant l’insistance de Michel-Ange, de l'installer devant le Palazzo VecchioVecce, C., Léonard de Vinci, Flammarion, 1998.. Sa statue prend ainsi la place de la Judith et Holopherne de Donatello, qui rejoint, elle, l'intérieur du Palais. Cet emplacement est aussi adopté pour replacer l'œuvre de Donatello, prise par la ville aux Médicis au moment de leur expulsion et mise en face du palais avec une inscription célébrant la victoire du courage et de l'énergie sur la tyrannie. Ces allusions politiques sont essentielles dans l'effet produit par le David sur les Florentins ; Vasari le considère comme un symbole du bon gouvernement.

Le David quitte, le , de nuit, car il avait de nombreux détracteurs, l'atelier de Michel-Ange à Santa Maria del Fiore pour rejoindre le Palazzo Vecchio. Au bout de quatre jours, la statue atteint la place et il faut encore attendre pour qu'elle soit correctement installée sur l'ancien socle de la Judith. Elle est inaugurée le .

Depuis la mort de Savonarole en 1498, Florence connaissait une parenthèse républicaine. Le nouveau gonfalonier, Piero Soderini, voit donc dans le David l'exaltation des valeurs républicaines. La statue devient le symbole de Florence, cette Cité-État menacée de tous les côtés par des états rivaux puissants, cette interprétation étant renforcée par son emplacement devant le Palazzo Vecchio, siège municipal de Florence.

De la Piazza della Signoria à la Galleria dell'Accademia vignette|Réplique du David de Michel-Ange devant le Palazzo Vecchio. Le , le peuple florentin s’empare du Palazzo Vecchio, contraignant la Seigneurie à déclarer les Médicis rebelles. Ceux-ci rassemblent cinq mille soldats qui investissent la Piazza della Signoria. Les assiégés se défendent en lançant divers projectiles sur les troupes des Médicis. L'un d'eux atteint le David de Michel-Ange, brisant son bras gauche en trois morceaux. Vasari, accompagné de son ami Francesco Salviati, les aurait récupérés. En 1543, sur ordre du grand-duc Cosme Ier de Toscane, le bras gauche de la statue est restauré à l'aide d'épingles de cuivre.

On prend conscience, dès le début du , de l'état de dégradation du David, causé par son exposition en plein air. Entre 1808 et 1815, des restaurateurs croient le protéger en le traitant à l'encaustique. Trente ans plus tard, en 1843, Aristodemo Costoli constate les dommages ainsi créés. Malheureusement, le remède est pire que le mal : il nettoie la statue avec une solution composée à 50 % d'acide chlorhydrique, détruisant ainsi la patine d'origine de la statue.

Une commission décide en 1866 que le David trouverait désormais refuge au coeur de la Galleria dell'Accademia. Il faut cinq jours, du au , pour déplacer la statue de la Piazza della Signoria à l'Accademia, sur un chariot spécialement conçu pour l'occasion par les ingénieurs Porra et Poggi. Une copie est ensuite placée devant la façade d'entrée du Palazzo Vecchio. À son arrivée à la Galleria dell’Accademia, la Tribune conçue par l’architecte Emilio De Fabris est inachevée. Le David restera neuf ans dans une caisse en bois avant l’ouverture de la salle en 1882, devenant ainsi le centre du parcours muséal consacré à Michel-Ange.

L’une des dernières mésaventures de la sculpture remonte à 1991 lorsqu’un visiteur muni d’un marteau endommagea le gros orteil et deux autres orteils du pied gauche de la statue.

Analyse

L’adolescent qu’a sculpté Michel-Ange est un athlète puissant, « magnification du nu virilAndré Chastel, les Ignudi de Michel-Ange, in Fables, formes, figures, 1978. », là où l’on avait vu dans le David de Donatello, sculpté soixante ans plus tôt, « un héros androgyne à la beauté d’éphèbeRolf C. Wirtz, Art et architecture, Florence, Könemann, 2000.. » Le David de Donatello et celui de Verrocchio montrent le jeune héros exhibant le glaive avec lequel il vient de trancher la tête de Goliath, et foulant celle-ci à ses pieds. Michel-Ange, lui, a choisi de représenter David avant le combat, au moment où il défie le géant Goliath. Son attitude, un contrapposto nerveux (le poids du corps repose sur une seule jambe et la ligne des hanches fait opposition à celle des épaules), trahit une « violence contenueKenneth Clark, le Nu, édition française, 1969. ». Il s'apprête à lancer, avec sa fronde (dont la courroie passe au-dessus de son épaule et le long de son dos), la pierre qui va frapper au front son ennemi.

La statue de Michel-Ange devint l'incarnation de la virtus fiorentina, la vertu républicaine florentine, au sens où l'entendait Leonardo BruniLeonardo Bruni, Historiarum Florentini populi libri XII, 1420., lorsqu'il écrivait que « les vertus ancestrales des Romains et des Étrusques avaient été préservées dans les lois sacrées de Florence. » Du reste, le David fut lui-même comparé aux modèles de l'Antiquité. Pourtant, sur le moment, des citoyens florentins avaient reproché à la Seigneurie d'avoir déplacé la Judith de Donatello, qui leur semblait être le vrai symbole de la République.

Symbole donc de la vertu civique florentine très prisée de la Force, David est figuré sous l'aspect d'un adolescent dégingandé, gonflé de la fierté et de la force de la jeunesse, mais aussi un peu de son hésitation et de son côté farouche. Il est très différent des David à la confiance plus courtoise de Donatello et Verrocchio. L'idéalisation de la tête s'accompagne d'une étonnante justesse anatomique. La pose détendue rappelle l'Antiquité et exprime le concept médiéval des affinités des deux côtés du corps : le côté droit est fermé et protégé, le côté gauche ouvert et vulnérable.

Le bloc dans lequel le David est sculpté a été entamé en 1464 et abandonné ; de côté, la largeur impressionnante manque d'une profondeur correspondante : la réalisation représente un véritable tour de force. La position définitive du David est choisie avec soin à cause de sa frontalité marquée.

Dans le droit fil de l'esthétique de l'inachevé (non finito)Propos et analyses de Delacroix, propre à Michel-Ange, le sommet de la tête montrerait un peu de la surface initiale du bloc avec une lézarde, non travaillée. De même Michel-Ange utilise de la disproportion dans les mains.

Répliques Parmi les principales répliques, on peut citer : Piazza della Signoria, devant le Palazzo Vecchio, réplique en marbre Piazzale Michelangelo, réplique en bronze Statue de David à Marseille, réplique en marbre (et une autre dans le couloir principal du Palais Carli actuel conservatoire de musique de Marseille) Victoria and Albert Museum, réplique en plâtre. Statue de Yohan à Audun, réplique en argile (version censurée avec feuille de vigne) par La Louve d'Exception

Sources d'inspiration Alors que le David médiéval est écrivain et musicien, dessiné barbu, c'est à la Renaissance qu'il est représenté juvénile et fier, d'abord entre 1430 et 1440 par Donatello avec une statue en bronze de de haut. Andrea del Verrocchio réalise autour de 1476 une autre statue en bronze (), enfantine et presque androgyne, avec la tête de Goliath à ses pieds.

Le David de bronze vignette|Michel-Ange, Esquisse pour un David de profil à gauche, le pied posé sur la tête coupée de Goliath, vers 1502-1503, cabinet des dessins du Louvre, inv. 714 vignette|Château de Bury (la statue est au centre de la cour)|alt=|350x350px