Le Climont, appelé autrefois Clivemont en ancien français, Winberg en vieil-alsacien qui a donné très récemment Weinberg en alsacien et en allemand, est un sommet gréseux de forme conique du massif des Vosges, reconnaissable de loin à sa forme trapézoïdale.
Aujourd'hui située dans la circonscription administrative du Bas-Rhin au sein de la collectivité européenne d'Alsace, au sud-ouest du Champ du Feu, cette gigantesque balise gréseuse culmine à 965 mètres d'altitude. La butte isolée en forme de tombe a longtemps constitué une borne repère au sud de la voie rectiligne des Saulniers, à l'instar du massif orienté de l'Ormont.
Géographie vignette|Le Climont depuis le sommet de la tour Julius. vignette|Le sommet du Climont avec la tour Julius.
Le Climont est entouré de diverses vallées. Quelques cours d'eau partent de ce sommet : la Fave, au nord-ouest, rejoint la Meurthe avant Saint-Dié ; la Bruche, et quelques ruisseaux ; la Climontaine qui rejoint la Bruche à Saint-Blaise-la-Roche par le Nord ; et au Sud-est, le Giessen allant vers Urbeis. Du haut du mont, un panorama à 360° permet de voir au nord le Donon et le val de Bruche, à l'est le val de Villé, au méridien les Vosges moyennes et à l'ouest le bassin de Saint-Dié.
Le massif, au-delà de 650 ou 700 mètres d'altitude selon les versants, appartient au territoire communal d'Urbeis ; il est très prisé des randonneurs. Le sentier GR 532 le contourne par le sud, mais deux chemins balisés par le Club vosgien mènent au sommet. Là se dresse la tour en l'honneur de Julius Euting, dénommée populairement Tour Jules.
Le Climont est à proximité du massif de l'Ungersberg sur la voie des Saulniers. Son observation depuis le bassin de Saint-Dié permet de tester l'humidité des couches d'air ou de prévoir l'évolution du vent en cas de changements de sens du vent, tels les bises hivernales les plus froides ou les vents d'est descendant des montagnes. Le cône du Climont est visible depuis la roche Saint-Martin et sur les hauteurs d'Hadremont, c'est-à-dire au nord ou à l'est du massif du Kemberg, mais aussi à différentes hauteurs au Sud de la vallée de la Fave. Aujourd'hui, les automobilistes qui empruntent la voie rapide contournant Saint-Dié ou rejoignant la vallée de la Fave en direction du tunnel de Lusse ou du col de Saales voient l'éclairement vespéral de ses faces.
Toponymie et légendes Le nom dialectal, qu'il soit d'origine germanique ou romane, indique la forme clivée ; il souligne que les pentes sont abruptes pour accéder au sommet en replat de cette butte gréseuse isolée. Winberg provient probablement de l'altération de Winkberg ou Winkleberg, comme Climont du latin clivus mons. Le terme le plus ancien des scribes est cilkenberg en 1195.
Les légendes associent le Climont aux célibataires, aux personnes esseulées ou solitaires, à défaut aux groupes en rupture de ban. Moines et religieux, notamment les anabaptistes, ont vécu sur les flancs de cette caeli montes (ou montagne qui s'isole dans le ciel) selon les anciens montagnards. Selon certains mythes, des êtres magiques, des esprits, des herbes, des arbustes et des arbres, s'y seraient implantés, et encourageraient l'union et la rencontre amoureuse. Les herbes récoltées à la Saint-Jean auraient été les philtres d'amour de Tristan et Iseult.
Géologie
Le Climont est une butte témoin de grès triasique, lambeau résultant d'une érosion efficace appuyé sur le socle de grès permien. Cette dernière formation à sa base correspond à la pénéplaine post-hercynienne caractéristique de la fin de l'ère primaire. Du col de Saales, on perçoit la similitude entre les buttes témoins que sont le Climont, le Voyemont, le Houssot, voire les collines continuant l'Ormont, selon le dégagement par érosion. L'érosion finale et la plus actuelle provient de failles encaissantes qui naissent transversalement au fossé d'effondrement alsacien et se prolongent vers le secteur de Saint-Dié. Elles ont provoqué l'effondrement de l'Ormont et, toujours actives, sont responsables de la vigueur du relief aux extrémités de ce massif gréseux orienté.
La contrée du Climont, modélisée au niveau des couches profondes, constitue un véritable isthme entre le bassin permien de Saint-Dié et du Villé.
La masse gréseuse du Climont n'est ni intensément ni profondément fissurée, ce qui lui a assuré une résistance à l'érosion. Les eaux, sur une proéminence conique à l'ouest, descendent en cascade vers le Hang, formant la source de la BrucheLa Bruche tire son nom du gaulois Buscu ou Bruscu, altéré ensuite en Bruxu. Le village à côté de Bourg provient de Brucke, altéré en Brusche, d'où la commune Bourg-Bruche. Au bas du Hang, un barrage permettait avant 1890 de constituer un étang. Rempli par les eaux du printemps, il était vidé pour un flottage à bûches perdues vers Schirmeck et Strasbourg.
À l'ouest du hameau du Climont, en allant vers Colroy-la-Grande, se localisent les plus vieilles roches des Vosges, sous forme de lame de roches observables en surface sur une centaine de mètres. Ces formations en écailles appartiennent au vieux socle précambrien, elles sont caractérisées par les schistes du Villé datés de plus de 600 millions d'années. Ces formations soumises à d'intenses pressions, frictions et broyages par l'action des failles contiennent des gneiss à amphibole et à grenat, dits gneiss du Climont, mais aussi des granites syénitiques. Ces roches broyées ou mylonites attestent un métamorphisme ancien, survenu bien avant les dépôts de schistes du VilléSur cet aspect géologique, lire les travaux de Pierre Fluck et de Jean-Paul von Eller. Par exemple de ce dernier, les pages 101 à 104 de son Guide géologique Vosges-Alsace, édition, Masson, Paris, 1984. ..
Histoire d'une contrée montagnarde Une ancienne chaume à vaches, autrefois plus vaste et aujourd'hui en friche, occupe ce sommet-balise de la voie des Saulniers. Les chèvres broutaient la pâture coriace des pentes en partie dénudées et couvertes de petits chênes pubescents ; les feuillus éclipsent en majeure partie les rares résineux subsistants, pins sur les sols ravinés et sapins dans les fonds ombreux. Aux abords de la butte, en particulier sous le versant oriental, se déploient les maisons du hameau du Climont ; prés, pâturages et champs montrent la vitalité agricole des communautés montagnardes pendant les périodes froides. Le hameau du Climont est un terroir à part, à l'est du finage d'Urbeis, centre paroissial puis communal. Il est traversé par un chemin reliant le col d'Urbeis au col de la Salcée.
La terram de cilkenbergh cultam and incultam, soit le terroir de Climont dans ses parties cultivables et incultes, figure dans la liste des biens de l'abbaye de Baumgarten en 1195. Outre les biens reçus du duc de Lorraine à Fouchy en 1172, l'abbaye cistercienne de Baumgarten a gardé la maîtrise sur le ban de Provenchères étendu aux limites de Saâles ; en témoigne la grangiam de Hanso (la grange du Hang devenu le Hang) et la grangiam de Fossa (la grange de la Fosse devenue La Grande-Fosse), deux autres terroirs de la même liste. La tradition orale attribue à ces trois terroirs une lointaine activité minière. Le finage propre du Climont est connu à partir du .
Une communauté mennonite après 1683, renforcée de familles anabaptistes, puis de familles protestantes réformées, trouvent refuge sous les versants de la montagne. Elles ont vécu en bonne harmonie avec les familles catholiques présentes. Pour respecter le terroir, l'habitat et des précisions familiales et communautaires (au sens large), les deux versants du Climont doivent être présentés séparément ; l'un appartient à Urbeis et l'autre à Bourg-Bruche et Saales. Sous l'Ancien Régime, cette distinction reste parfois pertinente, même si l'ensemble appartient à la seigneurie du Villé.
Hameau, fermes et censes du Climont
Le hameau du Climont, sis à une altitude de 670 mètres autour du petit temple, fait partie de la commune d'Urbeis. Son nom alsacien Winberg s'est altéré en Weinberg. Une communauté mennonite importante depuis 1690, puis, anabaptiste et réformée après des mariages mixtes au cours du , a germanisé les anciens lieux-ditsParmi ces lieux-dits : Schottsitt (le versant à l'ombre, l'envers) ; Schregsmatt ; Bientzigberg ; in den Mühren ; Sebastiansmatten (les prés de Sébastien) ; beim schürrel ; Obermittel ; Unterweid ; im Brechloch (Rainrupt) ; im Schlag (La Schlague) ; Hansmatten (les prés du Jean) ; Langematten (les grands prés) ; Kreutzweg (la croix du chemin) ; Maettel (le petit pré ou la prêle) ; Sonnesitt (le versant ensoleillé)..
L'altitude semble modeste ; la culture permanente des champs, au début du après l'optimum de froid reconnu en 1850, dépasse rarement 600 mètres d'altitude dans le massif des Vosges. Les fermes du Climont possèdent des champs et des jardins qui dépassent les 650 mètres d'altitude atteints par les cultures de Bellefosse. Les autres limites d'extensions des terroirs cultivés sont de 470 m à Plaine, 500 m sur le terroir de Bourg-Bruche, 550 m à Natzwiller et dans la clairière du Hang sur le versant au soleil, appartenant à Saales.
En 1760, un plan seigneurial, probablement levé par les Christiani, représente cinq bâtiments que l'on peut prendre comme de grosses fermes. Les censes du Climont ne peuvent être dénombrées ; une description, un siècle plus tard, (qui pourrait être celle des Reber), indique : maison bâtie en maçonnerie, couverte de bardeaux, comportant une cuisine, deux chambres, un cellier, une remise et un hangar. L'étage comporte deux pièces et deux chambres ; elles sont séparées d'un grenier, divisé en plusieurs compartiments, les uns pour les grains et les autres pour les fourrages. Trois bâtiments sont annexes : les écuries, l'étable, le ran des porcs surmontés des greniers à foin, près de la fontaine ; le four et la forge ; le logement ouvrier.
Une grosse ferme du Climont peut rassembler six habitations familiales. Les hommes sont à la fois laboureurs, cultivateurs d'avoine et de céréales ; des éleveurs soignent le gros bétail et aménagent leurs prairies irriguées de fauche fournissant le foin. Les terres labourables représentent 105 arpents, les prés 95 perches, jardins et vergers 316 pieds.
En 1780, un inventaire du bailliage du comté de Villé mentionne 90 représentants mennonites : 1 veuf, 17 couples, 29 garçons, 26 filles. Il pourrait aussi inclure les anabaptistes du ban d'Urbeis dont la majeure partie vit sur le terroir du Climont.
En 1796, six fermes sont vendues comme biens nationaux, plus la maison blanche qui appartient à François Joseph Choiseul.
En 1850, douze habitations sont recensées en plus d'une maison forestière. Les habitants ont un train de vie modeste ; les Mennonites du Climont ne s'imposent pas aux séances du conseil du Hang. Jean Dellenbach, laboureur au Climont, appartenant à une famille anabaptiste dirigeante, a laissé l'inventaire de ses biens auprès du notaire de Bœrsch, le . Le total s'élève à 223 FrancsLe détail donne : deux bois de lit en sapin pour 6 F ; un lit, une paillasse, un traversin, un dessous de plume (plumon) pour 18 F ; deux draps en chanvre et deux taies pour 10 F ; une table en cerisier pour 8 F ; un coffre en sapin fermant à clef (huche) ; des ustensiles de cuisine : un pot à feu, un poêlon ; 30 doubles-décalitres de pommes de terre à 45 F ; une vache estimée à 70 F ; de foin soit 52,5 F ; 20 bottes de paille ; des outils communs : une houe, une pioche, une pelle, une hachette, un couperet, un couteau..