thumb|Illustration de Sinbad le marin par René Bull.
Sinbad le marin, en persan Sindibad (aussi épelé du ), est un conte surtout connu grâce au recueil Les Mille et Une Nuits, dans lequel il est généralement présent. Il narre les aventures de son personnage éponyme, un marin de la ville de Bagdad du temps de la dynastie des Abbassides (aux environs de 781-835 d'après René R. Khawam). Durant ses voyages dans les mers de l'est de l'Afrique et du sud de l'Asie, Sinbad vit de nombreuses aventures fantastiques.
Nom du héros
Variantes Le nom du héros a différentes orthographes selon les traducteurs. Il est nommé Sindbad chez Antoine GallandVoir en ligne dans l'édition d'Antoine Galland., Joseph-Charles MardrusVoir en ligne dans l'édition de Joseph-Charles Mardrus., René R. Khawam, ainsi que Jamel Eddine Bencheikh et André Miquel, par exemple. Il est appelé Sind-Bâd chez Louis-Mathieu LanglèsLouis-Mathieu Langlès, Les voyages de Sind-Bâd le Marin, et la ruse des femmes (lire en ligne)., ainsi que Sind-Bad chez Édouard Gauttier d'Arc(voir en ligne) dans l'édition de Joseph-Charles Mardrus..
Étymologie
Plusieurs étymologies au nom « Sindbad » sont proposées et il est difficile de dire avec certitude d'où vient ce nom. On sait que l'Inde eut son Sindibad Nameh (le Livre de Sindibad), traduit très tôt en PerseLes Mille et Une Nuits, édition revue et augmentée par Michel Léturmy, d'après la traduction d'Antoine Galland, notes 56 à 80.. Voici quelques hypothèses : « Siddhapati », mot sanscrit qui signifie « le seigneur des sages » ; « Bidpai » (Bidyápati) ; « Sind » ou « Sindh », le nom d'origine de l'Indus et d'une région du Pakistan « Sîn-dabâne » (l'homme attiré par la Chine) « Sanbao » signifiant littéralement « Trois Joyaux » (vertus capitales indissociables communes aux principales philosophies que sont L'Éveil, l'Altruisme et l’Équité, soit « Apprendre, comprendre et partager »), est le surnom honorifique du grand-amiral musulman Zheng He, grand-eunuque à la cour de l'empereur chinois Ming Yongle et planificateur des sept expéditions transocéaniques lancées sous le règne de celui-ci. « Sound-bad », nom iranien assez répandu ; les voyages du héros aux Indes lui auraient fait changer ce nom en celui de Sundbad (Sind étant le nom arabe de l'Inde).
Les aventures de Sinbad le marin Les Mille et Une Nuits est un recueil qui narre les nuits où la jeune Shéhérazade, fille de vizir, invente une multitude de contes pour distraire son mari et échapper à la mort. On y trouve en particulier, depuis la traduction d'Antoine Galland, les aventures de Sinbad le marin.
Vers la fin de la , Shéhérazade débute l'histoire de Sinbad : à l'époque de Hâroun ar-Rachîd, calife de Bagdad, un pauvre livreur du nom de Hindbad, ou Sindbad, homonyme de Sindbad le marin, fait une pause sur un banc près de la grille de la maison d'un riche marchand. Alors qu'il se plaint à Allah des injustices d'un monde qui permet aux riches de vivre pleinement, tandis que lui doit travailler d'arrache-pied et demeurer pauvre, le propriétaire des lieux l'entend et l'envoie chercher. Le riche Sinbad dit au pauvre Hindbad qu'il est devenu riche par la chance, au cours de ses sept voyages fantastiques, faits en partant de Bassorah, qu'il va maintenant lui raconter. Il rencontre des rats, des chevaux et des hippopotames. Les détails changent selon les éditions, qui s'appuient sur des manuscrits différents.
Le premier voyage Sindbad et ses compagnons voyagent à travers l'océan Indien, qui est décrit notamment dans la version de Galland comme étant très spacieux, ayant d’un côté pour bornes les côtes d’Abyssinie et quatre mille cinq cents lieues de longueur jusqu’aux îles de Vakvak. Les marins accostent sur une petite île à fleur d'eau pour se reposer, ne se doutant de rien : c'est en fait le dos d'une baleine. Quand elle se réveille et s'apprête à replonger, Sindbad n'a pas le temps de rejoindre le bateau, qui repart en catastrophe. Accroché à une pièce de bois, il accoste sur une autre îleEdward William Lane, dans une note de sa traduction du conte datant de 1855, présent dans le troisième volume des Nuits (lire en ligne en anglais sur Internet Archive), dit à ce propos :.
Les palefreniers travaillant pour le compte du roi Mihrage (ou al-Mihradjân) y attachent leurs pouliches de pur-sang sur les plages de l'île à chaque nouvelle lune, puis se cachent dans une grotte voisine. Attirés par l'odeur des femelles, arrivent des chevaux marinsEdward William Lane, dans une note de sa traduction du conte datant de 1855 (lire en ligne en anglais sur Internet Archive), dit à ce propos : qui se croient seuls, les fécondent et tentent de les dévorer ; les employés sortent alors de leur cachette pour les mettre en fuite. Le poulain qui résultera de l'accouplement, unique au monde, vaut une fortune et appartient aux souverains. Les palefreniers conduisent Sindbad à la ville. Songeant à rentrer chez lui, il interroge régulièrement des marins de passage et rencontre un jour des Indiens qui lui explique qu'il appartiennent à différentes castes. Certains s’appelant ShakiriyahD'après Richard Francis Burton (lire en ligne, en anglais), la seconde caste, celle des guerriers (Kshatriya), aurait été anéantie par Rāma à la hache de guerre (Parashu Ráma). Mais plusieurs tribus de Rajputs et d'autres races revendiquent une généalogie honorable. Le colonel Watson expliquait le mot par « Shakháyát », ou noble Káthis (Kathiawar-men), ou par « Shikári », le chasseur professionnel faisant ici office de palefrenier.Jamel Eddine Bencheikh, dans une note de sa traduction du conte de Sindbâd de la mer (Les Mille et Une Nuits, Tome II, pages 998 à 100), dit autre chose. Ce nom désigne des milices privées au service des princes de la dynastie au pouvoir, ou à celui des commandants de la classe nobiliaire sous les Omeyyades ou les Abbassides., les plus nobles de leurs castes, n’opprimant ni ne faisant violence à personne. D’autres sont les Brahmanes, peuple qui s’abstient de vin, mais vit dans le bonheur, le réconfort et la joie, et possède des chameaux, des chevaux et du bétail. De plus, ils m’ont dit que le peuple de l’Inde est divisé en soixante-dix-deux castes. De là, Sindbad visite l'île de Kâbil (ou CasselEdward William Lane, dans une note de sa traduction du conte datant de 1855 (lire en ligne en anglais sur Internet Archive), dit à ce propos :L'ouvrage de Bartolomé Leonardo de Argensola évoqué, Histoire de la conquête des Moluques, est disponible en anglais ici.), avec certains poissons longs de plus de 100 coudées craints par les pêcheursRichard Francis Burton (lire en ligne, en anglais) estime que cet animal est tiré des descriptions d'Al-Kazwini : il s'agit d'une description exagérée de la baleine., d'autres à tête de hibouEdward William Lane, dans une note de sa traduction du conte datant de 1855 (lire en ligne en anglais sur Internet Archive), souligne que ce poisson était déjà mentionné chez Al-Kazwini et Ibn El-Wardee. Ils considèrent dans la mer d'El-Kulzum se trouve également un poisson d'une longueur d'un muhit, dont le corps ressemble à celui d'un poisson et son visage à celui d'un hibou.. Chaque nuit s'y fait entendre un vacarme de percussion, faisant ainsi croire aux marins de passage que l'île est habitée par Degial. Quelque temps plus tard, le bateau qui l'avait abandonné accoste chez le roi Mihrage : Sindbad retrouve sa cargaison de marchandises et peut rentrer chez lui.
Le deuxième voyage thumb|Sinbad le marin et la vallée des diamants (Maxfield Parrish). Durant le deuxième jour de l'histoire de Sinbad, il raconte comment il s'est lassé de sa vie de plaisirs puis a repris la mer, possédé par l'idée de voyager dans le monde des hommes et de visiter leurs villes et leurs îles.
Accidentellement abandonné par son équipage, il se retrouve seul dans une inaccessible vallée de serpents géants et d'oiseaux encore plus gigantesques, des rokhs. Piégé dans le nid d'une de ces créatures à l'œuf grand comme un bâtiment, il attache son turban à sa patte pour s'envoler avec elleEdward William Lane, dans une note de sa traduction du conte datant de 1855 (lire en ligne en anglais sur Internet Archive), dit à ce propos :. Atterrissant sur un plateau, il se rend compte que le sol de la vallée voisine est tapissé de diamants.
On y apprend que des marchands récoltent les diamants en lançant de carcasses d'animaux dans la vallée, blocs que les oiseaux ramènent dans leurs nids : les diamants se collent à la viande et les marchands les récoltent en ramenant la viande à l'aide d'une cordeLouis-Mathieu Langlès, dans une note de sa traduction datant de 1814 ( Les Voyages de Sind-Bâd le marin et La Ruse de femmes. Paris: Imprimerie Royale (digitalisé)), dit :Edward William Lane, dans une note de sa traduction du conte datant de 1855 (lire en ligne en anglais sur Internet Archive), dit à ce propos :Léturmy, dans sa note 68 page 720 de son édition des Mille et Unes Nuits, établit un parrallèle de cepassage avec le Livre des merveilles de l'Inde d'Ibn Shahriyar, dans le chapitre LXXVII (77) (lire en ligne) :. Afin de sortir de la vallée, Sinbad s'attache à une pièce de viande, emportant avec lui un gros sac de diamants.
Rencontrant des marchands, il explore l'île et finit par découvrir une zone où poussent des camphriers. Son camphre se récolte par une incision sur le tronc : le liquide se solidifie alors comme de la cire et la plante s'assèche et meurt. Il y rencontre aussi des karkadanns (ou rhinocéros, selon les traductions), possédant une corne sur laquelle est gravée la figure d'un hommeLéturmy, dans sa note 70 page 720 de son édition des Mille et Unes Nuits, explique que lorsqu'on sectionne cette corne, apparaissent des lignes représentant une figure humaine.. Il est capable de tuer un éléphant en l'encornant et de courir avec sa dépouille sans même s'en rendre compte. Seulement, la graisse de l'animal mort fond alors au soleil et coule dans les yeux de son tueur, qui finit par devenir aveugle et s'affalerLouis-Mathieu Langlès, dans une note de sa traduction datant de 1814 (Les Voyages de Sind-Bâd le marin et La Ruse de femmes. Paris: Imprimerie Royale (digitalisé)), dit :Edward William Lane, dans deux notes de sa traduction du conte datant de 1855 (lire en ligne en anglais sur Internet Archive), dit à ce propos :. Le rokh s'empare alors des deux bêtes et les amène à son nid pour nourrir ses oisillons.
Le troisième voyage vignette|Page du manuscrit Walters W.659 du Walters Art Museum (Baltimore, États-Unis) figurant un Karkadann. Sans cesse en quête d'aventures, Sinbad repart de Bassora.
Par malchance, lui et ses compagnons échouent sur les rivages de la Montagne des singes, où ces animauxLouis-Mathieu Langlès, dans les notes 19 et 20 de sa traduction datant de 1814 (Les Voyages de Sind-Bâd le marin et La Ruse de femmes. Paris: Imprimerie Royale (digitalisé)), dit :Et : assaillent quiconque s'y aventure. Leur échappant, ils sont emprisonnés dans le château d'une créature humanoïde gigantesque, noire de peau, aux yeux étincelants, avec des lèvres longues et pendantes comme celles des chameaux, les oreilles lui couvrant les épaules, aux dents comme des défenses de sanglier et les ongles des mains pareilles aux griffes d'un lion.