Le siège de Constantine de 1836 est une tentative française de prendre la ville aux mains de Hadjj Ahmed Bey, bey de Constantine, dernier dignitaire de la régence d'Alger. Elle est conduite par le maréchal Clauzel, conseillé par Joseph Vantini. Mal préparée, et sous-estimant les forces du Beylik de l'Est, elle se solde par une catastrophe pour les Français. La retraite est également chaotique sous l'effet de la météo rude et du manque de discipline des soldats.

Expédition (8-21 novembre 1836)

190px|thumb|left|L'oued Rhummel. 1899. Le corps expéditionnaire français s'élève à , repartis en quatre brigades, appuyées par l'artillerie et quatorze pièces de campagne.

L’armée partit de Annaba le ; le , elle franchit le col de Râs-el-Akba et n’était plus qu’à deux marches de Constantine. Après un campement à Sidi Tamtam, l'armée française subit des conditions climatiques difficiles. L'armée était parvenue dans des régions très élevées ; pendant la nuit, la pluie, la neige et la grêle tombèrent. L'armée se mit toutefois en marche le , et Hadjj Ahmed Bey lança une première offensive à Akbet el-Achary. Les Français éprouvèrent des pertes sensibles, aggravées par le mauvais temps. Transis par le froid, affamés, découragés, vivant dans la hantise permanente d'une attaque algérienne, un certain nombre de soldats français préférèrent se suicider plutôt que de continuer.

Par la suite, ce phénomène du suicide alla en s'amplifiant jusqu'à Constantine, et même au cours de la retraite.

Le au matin, entre deux ondées, l'armée française regroupée à la Somâa, découvrit au loin la ville de Constantine pour la première fois. Tout le monde croyait, et le maréchal Clauzel plus que les autres, qu'un bon accueil les y attendait. Après avoir passé une nuit épouvantable dans ce qu'ils avaient surnommé le « camp de la boue », les soldats français quittèrent le campement. Témoignage du commandant Changarnier : L'armée française se trouvait étirée sur une distance de près de , tellement son Commandant en chef était pressé d'arriver à Constantine pour y recevoir sans problèmes les clés de la ville :

Cependant, ce fut par des boulets de canon bien ajustés, tirés de Bab el-Kantara et de la Casbah, que l'état-major français fut salué dès son arrivée sur Stah el-Mansourah. Les habitants de Constantine démontrèrent de cette manière leur farouche détermination à défendre leur ville : Il ne restait plus au maréchal Clauzel qu'à organiser le siège de la ville, perspective désagréable qu'il n'avait pas sérieusement envisagée. Et la bataille commença réellement après les quelques escarmouches de la veille.

Siège (21-24 novembre 1836)

thumb|190px|left|Le pont El-Kantara de Constantine (reconstruit sous Napoléon III). 1899. Constantine, capitale du Beylik de l'Est, ville bâtie sur un rocher et peuplée en 1836 de plus de , était parfaitement protégée, de manière naturelle, par les gorges du Rhumel, gorges creusées par l'oued à la suite d'un phénomène d'antécédence.

On ne pouvait y accéder que de deux côtés : Bab el-Kantara, le seul pont qui existait à l'époque, bâti selon toute probabilité durant la période romaine, tombé en ruines aux , et restauré en 1792 sur ordre de Salah Bey. Ce pont s'élevait à de hauteur; son tablier comptait une longueur de , et une largeur de . Il reliait la partie basse de la ville aux dernières pentes du Mansourah. Coudiat Aty, mamelon faisant face aux trois autres portes de la ville dans sa partie haute, Bab el-Djedid, Bab el-Oued et Bab el-Djabia, auxquelles il était relié par un isthme de terre. Sur la partie gauche de l'isthme, au-dessus de Ouinet el-Foul, existait un faubourg constitué essentiellement de boutiques qui s'échelonnaient de Bab el-Djedid jusqu'au pied du Coudiat Aty. Ce faubourg remontait à l'époque de Salah Bey, marquée par de grandes transformations urbaines. L'essentiel de la bataille allait se dérouler sur ces deux fronts: Bab el-Kantara et Coudiat Aty.

Disposition des forces françaises L'état-major installe son poste de commandement au Mansourah (actuellement siège de la région militaire), et décide de la répartition des forces. Deux brigades, dirigées par le général Trézel, s'installeront sur les pentes du Mansourah pour attaquer la ville du côté de Bab el-Kantara. Les deux autres, placées sous le commandement du général Derigny, traverseront l'oued Rhumel, au-delà de sa confluence avec l'oued Boumerzoug, à l'endroit appelé Mejez el-Ghenem, remonteront les pentes du Bardo, pour tenter d'occuper le mamelon du Coudiat Aty.

Dispositions des forces constantinoises Conformément à la tactique mise au point par Ahmed Bey les forces constantinoises, quant à elles, se trouvaient déjà être réparties en deux corps distincts :

Le premier statique, dirigé par Benaïssa, et composé de ventilés le long des remparts de la ville, principalement au-dessus des portes, avait pour mission de soutenir le siège mis en place par les Français.

Le second mobile, commandé par Ahmed Bey en personne, comptait, et .

Ce deuxième corps battait la campagne autour de Constantine, de manière à enfermer les troupes françaises entre la défense et l'attaque.

Le plus souvent, Ahmed Bey dirigera les opérations à partir d'un poste de commandement installé au-dessus des Arcades Romaines (emplacement actuel de l'université de Constantine), d'où il pouvait contrôler les mouvements de l'ennemi tout au long du demi-cercle Mansourah-Coudiat Aty en passant par Mejez el-Ghenem.

Déroulement de la bataille

21 novembre 1836 (après-midi) Afin de tenter d'empêcher les Français de s'installer, Benaïssa, quittant sa position statique, conduit successivement deux sorties à la tête d'un millier d'hommes. Il sort une première fois du côté de Bab el-Oued pour disputer le mamelon de Coudiat Aty aux troupes françaises qui viennent de remonter le BardoBardo. Des femmes, et même des enfants, en grand nombre, suivent le mouvement quittant la ville, pour encourager de l'arrière par des you-you et des cris, les hommes sortis pour combattre les Français :

L'armée française enregistre ses premières pertes importantes, ce qui l'amène à lancer une charge de cavalerie contre les assiégés devenus assaillants. Benaïssa n'insiste pas et ordonne le repli, lequel s'effectue dans un certain désordre à cause des femmes et des enfants qui étaient sortis imprudemment de la ville.

Benaïssa se rend aussitôt du côté de Bab el-Kantara pour organiser sa deuxième offensive, dirigée celle-là contre les troupes qui commençaient à s'embusquer sur les pentes du Mansourah. A la tête de plusieurs groupes de volontaires, il glisse le long des ravins situés au-dessous du quartier juif (Charaâ), passe au-dessus du Rhumel, empruntant les voûtes naturelles épargnées par le travail millénaire de l'oued, et remonte les coteaux, guidant ses hommes à travers les rochers et les cactus. Au même moment, d'autres groupes de combattants constantinois effectuent une sortie soudaine par Bab el-Kantara. Le général Trézel, qui était en train d'installer son dispositif d'attaque de la porte, est surpris par cette soudaine offensive. Les Constantinois sortant brusquement du ravin et de la porte, infligent de nouvelles pertes aux troupes françaises, cela le jour même de leur arrivée devant la ville.

Survient la nuit, qui accorde un certain répit aux Français leur permettant de regrouper leurs forces, et surtout d'installer les batteries de siège.

Ahmed Bey en profite aussi pour procéder à un rééquilibrage de ses forces. Il décide en effet d'affecter une partie de ses fantassins, soit environ, au renforcement de la défense de la ville.

Et c'est ainsi que, contournant les forces françaises, les fantassins désignés s'infiltrent en ville en empruntant un passage difficile et dangereux du côté du Tabia, et se mettent aux ordres de Benaïssa qui dispose alors de plus de . Durant toute la nuit, les Mouadin lancent des appels du haut des minarets des mosquées, invitant la population à rester éveillée et vigilante, pour contrer toute offensive de l'armée française. Ces appels devaient se répéter chaque nuit, aussi bien lors de la première que de la deuxième attaque de Constantine.

Complot pour la reddition Entre-temps, les représentants des notables qui s'opposaient à Ahmed Bey, fomentèrent un complot pour favoriser la prise de la ville par les soldats français. L'état-major ennemi, mis au courant de l'existence d'une tendance favorable à la reddition, fit parvenir un message en ville. L'âme du complot était M'Rabet El Arbi, un adversaire de vieille date que le Bey avait gracié, et nommé caïd des Ouled Merouane. Il entretenait des relations suivies avec tous les ennemis du Bey, en vue de le faire destituer. Et il finit par entrer en contact avec les Français, et notamment le juif renégat Youssouf. Le Cheikh al-Islam, partisan lui aussi de la reddition, céda aux sollicitations de M'Rabet El Arbi, et convoqua une assemblée générale à Djemaâ el Kebir. Le message envoyé par les Français fut communiqué à la population, et les partisans de la reddition essayèrent de convaincre les autres. Mais la majorité de la population s'opposa fermement à ce projet. Le message fut déchiré, piétiné, et les capitulards furent insultés, méprisés et menacés.

22 novembre 1836 Après les mouvements préliminaires de la veille, la bataille s'engage sur tous les fronts dans la matinée du . Aux bombardements de l'armée française, les Constantinois répliquent par des coups de canon et une vive fusillade. Pendant ce temps, Ahmed Bey continuant à harceler l'arrière-garde qui n'a pas encore atteint le Mansourah, réussit à anéantir l'escorte, et s'empare de la majeure partie du convoi de vivres et de munitions.

Chargeant les fantassins qui lui restent de veiller sur le butin, il revient sur Constantine, et s'emploie à harceler les troupes françaises, aussi bien du côté de Coudiat Aty, que du côté du Mansourah. L'état-major français apprend avec stupeur la nouvelle de la perte du convoi de vivres et de munitions :

Ne disposant plus de ressources suffisantes pour soutenir un siège de plusieurs jours, l'armée française se trouve acculée à une seule alternative : prendre la ville rapidement ou se retirer en direction de Annaba.

Nuit du 22 au 23 novembre 1836 Risquant le tout pour le tout, les Français tentent, au cours de la nuit, de forcer la porte d'El-Kantara qu'ils avaient réussi à endommager sérieusement durant la journée par un bombardement intensif. Mais ils constatent avec une grande amertume que si la première porte avait cédé en s'inclinant à l'arrière, une deuxième encore plus solide barrait le passage. La vigilance des défenseurs constantinois, la fatigue, et l'heure avancée de la nuit, obligent les troupes françaises à revenir à leur point de départ, renonçant à cette tentative désespérée.

23 novembre 1836 Après les essais infructueux de la nuit, l'état-major français met au point une nouvelle tactique qui consiste à attaquer simultanément au cours de la nuit suivante les deux points névralgiques de Constantine : la partie haute du côté de Coudiat Aty et la partie basse du Côté de Bab el-Kantara.

La première attaque ne serait qu'une manoeuvre de diversion, destinée à couvrir la véritable tentative de Bab el-Kantara. Durant toute la journée du , les Français livrent une guerre de position. Ils cherchent à occuper les zones stratégiques d'où seront déclenchées les opérations projetées pour la nuit. Flairant le danger, Benaïssa fait colmater au fur et à mesure les brèches ouvertes dans la muraille, lout en renforçant la défense au-dessus des portes qui sont gardées en permanence de jour comme de nuit :

Au cours de la bataille, Ahmed Bey réussit personnellement avec son escorte à faire prisonnier quinze soldats français. Il leur accorda la vie sauve, se contentant de leur confier les travaux les plus difficiles.

Nuit du 23 au 24 novembre 1836