Radegonde de Poitiers (Radegundis en latinDu vieux francique rad (conseil) et gunth (bataille), cf. Denis Montebello, Les deux vies de sainte Radegonde, L'actualité Poitou-Charentes et Bruno Dumézil, La reine Brunehaut, Paris, éditions Fayard, 2008, page 9.), née en 518 ou 521. en Thuringe, morte le à Poitiers, est une princesse thuringienne, devenue reine des Francs en épousant , fils de Clovis.

Connue pour ses extrêmes humilité et dévotion, elle fuit la cour royale et s'installe à Poitiers où elle fonde l’abbaye Sainte-Croix de Poitiers (aujourd'hui située dans la commune limitrophe de Saint-Benoît), dont elle devient simple religieuse. Elle est vénérée comme sainte par les Églises catholique et orthodoxe, et fêtée le nominis.cef.fr : sainte Radegonde de Poitiers.. Elle est la sainte patronne de Poitiers et anciennement patronne secondaire de la France. On possède trois vies de cette sainte, rédigées par Venance Fortunat, Baudonivie (nonne de Sainte-Croix) et Hildebert de Lavardin.

Biographie Princesse thuringienne thumb|250px|Radegonde menée auprès du roi Clotaire. Vie de sainte Radegonde, . Bibliothèque municipale de Poitiers..

Radegonde est la fille de Berthaire, roi de Thuringe..

À la mort de Basin de Thuringe, son royaume est partagé entre ses trois fils : , Hermanfred et Berthaire. Il s’ensuit une guerre fratricide. Berthaire est d’abord assassiné par ses deux frères. Puis Badéric est victime d’une coalition entre le Franc , fils de Clovis, roi de Metz, et Hermanfred. Radegonde est alors emmenée, à l’âge de trois ans, à la cour d’Hermanfred.

Mais , exigeant une partie du royaume de Thuringe en échange de son soutien, forme une alliance avec son frère Clotaire, roi de Soissons. Ils vainquent l’armée thuringienne en 531 et Hermanfred périt dans des circonstances obscures. Avec son frère, Radegonde devient, à onze ans, prisonnière de Clotaire, après tirage au sortPatrick Périn et Gaston Duchet-Suchaux, Clovis et les mérovingiens. Collection Historia, éditions Tallandier, 98 : Le nom du frère de Radegonde ne se trouve ni dans Grégoire de Tours, ni dans Venance Fortunat, ni dans Baudonivie. Patrick Périn et Gaston Duchet-Suchaux l'appelent par erreur Hermanfried, qui est en réalité le nom d'un oncle de Radegonde..

Prisonnière du roi Clotaire vignette|centre|300px|La fuite de Radegonde.

Quelque temps après, Radegonde est emmenée dans le royaume de Soissons, à Saint-Quentin, puis dans une villa royale située à Athies, dans le Vermandois.. Durant une dizaine d’années, Radegonde y reçoit une éducation religieuse et intellectuelle. Elle apprend le latin et approfondit sa foi par la lecture de textes religieux.

Ingonde meurt en 538. Radegonde est présentée au roi par un courtisanGeorges Duby, Le Moyen Âge 987-1460. Histoire de France Hachette, 1987, page 56. Remarque : cette phrase n'est pas claire. et Clotaire se rend alors compte qu’elle peut devenir sa quatrième épouse.

Radegonde semble n’avoir eu aucun désir de devenir reine des Francs, car elle aurait tenté de s’enfuir, mais fut rattrapée dans les alentours de Péronne.

La cérémonie de mariage, en présence de l’évêque Médard, a lieu à Soissons, vers 539Selon Régine Pernoud, vers 536..

Reine des Francs thumb|250px|« Sainte Radegonde en costume de reine à la table du roi Clotaire ». Scènes de la vie de sainte Radegonde (en haut : les noces de Radegonde. Radegonde en prière ; en bas : Radegonde en prière prosternée à côté du lit conjugal.) Vie de sainte Radegonde, , bibliothèque municipale de Poitiers. Le statut de reine rendait nécessaire le maintien de son rang par un vêtement illustrant sa puissance et confirmant la prospérité et la puissance du mari, qui utilisait ce « trésor animéP. Stafford, Queens and treasure in the Early Middle Ages, Tyler, York, 2000, pages 61-82. » comme une vitrine. Or la reine prit place à un banquet en vêtements simples, afin d’affirmer son humilité chrétienne. De mauvaises langues demandèrent à Clotaire s’il avait épousé une nonneVita Radegundis, , 5.. Durant le banquet, la discussion entre les époux fut presque violente et Clotaire tenta d’imposer sa volonté à son épouse, qui refusait de se conformer à l’édit royal. Pratiquant le jeûne, elle refusa de succomber au faste alimentaire du banquet, de sorte qu’un serviteur dut prendre le pain pour le donner aux pauvresGeorges Duby, Le Moyen Âge 987-1460. Histoire de France Hachette, 1987, page 60..

Radegonde s'éloigna progressivement de la vie de cour pour se consacrer à une vie pieuse et charitable auprès des pauvres. Elle obtint de Clotaire le pardon et la libération de plusieurs condamnés à mort.

Après que Clotaire eut assassiné son jeune frère, elle décida de ne plus vivre avec ce meurtrier, alors que le roi la voulait toujours comme épouse et comme reine. La reine Radegonde s’enfuit et trouva à Noyon son évêque, futur saint Médard.. En dépit de l’hésitation de ce dernier qu'elle menacera en lui disant «Si tu tardes à me consacrer et que tu craignes un homme plus que Dieu, le Pasteur te demandera compte de l'âme de ta brebis», elle réussit à être consacrée diaconesse et à devenir simple moniale. Si Clotaire tenta encore de la chercher, l’évêque de Paris, saint Germain de Paris, effectua son intervention sans qu’elle soit à nouveau capturéePhilippe Valode, Rois, reines et favorites de l'Histoire de France, , Éditions de l'Archipel, Paris 2006., en vertu du de concile de Paris (553) qui stipulait l’excommunication perpétuelle contre quiconque tenterait d’arracher une moniale à son abbayeSi le premier objectif de ce canon était la protection de Radegonde, le départ de la reine aurait dû être effectué avant ce concile, en 553..

En souhaitant se retirer, elle fit d’abord un pèlerinage à Tours sur le tombeau de saint Martin. Elle alla ensuite demander conseil à saint Jean de Chinon, qui vivait dans un ermitage troglodytique qui existe toujours au-dessus de la ville en la chapelle Sainte-Radegonde. Elle se rendit ensuite, entre Tours et Poitiers, sur la terre de Saix. que Clotaire lui avait donnée, et y fonda un oratoire et un hospice où elle s’occupait elle-même des malades. Ce fut l’un des premiers hospices de France.

Fondatrice de l’abbaye de Poitiers thumb|left|250px|« Radegonde se retire, accompagnée du peuple, dans le monastère dédié à la Vierge qu’elle fonda à Poitiers ». Vie de sainte Radegonde, . Bibliothèque municipale de Poitiers. Elle se rendit à Poitiers, où elle fonda le monastère Notre-Dame (devenu depuis Sainte-Croix). Le (ou 553), en présence d’une grande foule, elle entra dans le monastère Notre-Dame accompagnée de nombreuses jeunes filles. Elle donna à ses compagnes une règle stricte. Avec Agnès, sa sœur spirituelle qu’elle tint à choisir comme future abbesse, et Venance Fortunat, poète italien qui deviendra le biographe de Radegonde, elle alla à Arles pour se renseigner sur la règle de saint Césaire afin de l’adopter.. Elle se plaça sous la protection du Saint-Siège, pour être libre du pouvoir épiscopal.

Agnès devint abbesse du monastère et Venance Fortunat évêque de Poitiers en 597Notice Bnf Venance Fortunat .. D’après une autre biographie de Baudonivie, une moniale de Poitiers, composée vers 600, elle avait une grande vénération pour les reliques. Elle en rassembla un grand nombre qui seraient toujours au monastère Sainte-Croix. De l’empereur , elle obtint un fragment de la croix du Christ en 569, qu'elle reçut à SigonSite du diocèse de Poitiers :https://parvis.poitierscatholique.fr/bml/Mign%C3%A9-I.pdf(MignéSite de la Communauté urbaine du Grand Poitiers :https://www.grandpoitiers.fr/fileadmin/M%C3%A9dias_par_groupes_de_contributeurs/Culture_Patrimoine/HISTOIRE_PATRIMOINE_MIGNE.pdf, près de Poitiers). C'est à cette occasion que saint Venance-Fortunat composa l’hymne Vexilla regis prodeunt.

À la mort de Clotaire, elle usa de sa réputation et de son autorité pour établir la paix entre ses fils. Radegonde aura, durant le reste de sa vie, une grande influence sur les grands de son époque, notamment , successeur et fils de Clotaire. Elle adressa une lettre-testament aux rois et évêques pour la perpétuation de son œuvre. D’après Baudonivie, elle était pleine d’anxiété quand la paix était en question, très soucieuse du « salut de la patrie » et de l’unité du royaume des FrancsGeneviève Bührer-Thierry, Charles Mériaux, La France avant la France (481-888), éd. Belin, 2010, ..

thumb|left|Tombeau de sainte Radegonde à l'église Sainte-Radegonde de Poitiers. Elle mourut le , à environ , dans le monastère Notre-Dame. Elle fut enterrée dans l’église abbatiale Sainte-Mère-de-Dieu ou Sainte-Marie-hors-les-murs (aujourd’hui église Sainte-Radegonde) à Poitiers. Ses funérailles eurent lieu trois jours après, en présence de Grégoire de ToursGrégoire de Tours, Histoire des Francs, : « Dans la même année mourut la bienheureuse Radegonde, qui laissa en grande deuil le monastère qu'elle avait fondé ; j'assistai moi-même à ses funérailles. Elle mourut le treize du mois d'août, et fut ensevelie trois jours après. ».. Pendant les invasions normandes, sa dépouille fut emmenée à l’abbaye Saint-Benoît de Quinçay, puis ramenée à Poitiers en 868.

De nombreux miracles lui sont attribués, notamment des guérisons miraculeuses ; c'était notamment Venance Fortunat qui en décrivit quelques-unes. Ainsi, « C'est une dame nommée Bella qui, atteinte de cécité, se fait conduire à Poitiers ; elle parvient auprès de Radegonde, s'agenouille devant elle, et la reine trace sur ses yeux le signe de la croix en invoquant le Christ. Aussitôt, « la cécité s'enfuit, la lumière revint et le jour s'éclaira dans la nuit pour celle qui avait été longtemps privée de la lumière : il avait fallu la conduire, elle s'en retourna sans guide. » », ce qui attira de nombreux pèlerins.

Elle fut déclarée sainte peu de temps après sa mort. C’est un des rares saints à ne pas avoir été canonisé par le Saint-Siège, mais par la croyance populaire.

On raconte que des courtisans moururent honteusement en allant à la selle après avoir calomnié les mœurs de Radegonde auprès du roi et que des marins pris en pleine tempête l'invoquèrent de son vivant avant de voir une colombe à qui ils arrachèrent 3 plumes avant de tremper celles-ci dans la mer faisant apaiser celle-ci.

Le Duc de Berri fit ouvrir son tombeau en 1412 et y trouva le corps de Radegonde tel qu'il fut enseveli 820 ans plus tôt. Il voulait couper la tête de cette dernière pour l'emmener à la sainte chapelle de Bourges. Devant la frayeur des assistants qui l'accompagnaient, il renonça à ce projet et se contenta de son anneau nuptial.

Deux dictons concernent Radegonde : Le jour de la Sainte Radegonde (), en moisson, les minutes sont des secondes et que s'il pleut ce jour, la misère abonde sur le monde.

Postérité

Légendes autour de la sainte

Miracle des avoines

Le miracle des avoines est une légende apparue au .

Clotaire, qui avait d’abord accepté la vocation de la reine, changea d’avis : il envoya une troupe à Saix pour la ramener à la cour. Lorsque les soldats s’annoncèrent en vue de Saix, Radegonde s’enfuit vers le Sud à travers un champ d’avoine que des ouvriers étaient en train de semer. C’est alors que se produisit le miracle des avoines, la sainte reine fit instantanément pousser l’avoine pour s’y cacher. Questionnés par les poursuivants, les moissonneurs, purent affirmer qu’ils n’avaient vu personne dans le champ depuis le temps où cette avoine avait été semée. À partir de ce moment, Clotaire lui laissa suivre son chemin vers une vie consacrée à la religion.

Mort