Le néo-conservatisme ou néoconservatisme est un courant de pensée politique d'origine américaine apparu à la fin du .

Il s'agit d'une conception ayant émergé aux États-Unis par opposition au relativisme culturel et à la contre-culture de la Nouvelle gauche (« New Left ») des années 1960. Cette philosophie a influencé les politiques menées par George W. Bush, signifiant un réalignement de la politique américaine, et le passage de quelques libéraux sociaux à la droite du spectre politique, d'où le terme qui fait référence aux « nouveaux » conservateurs.

Les premiers écrits du courant néo-conservateur sont apparus dans le mensuel juif new-yorkais Commentary, publié par l'American Jewish CommitteeMurray Friedman, The neoconservative revolution: Jewish intellectuals and the shaping of public policy (Cambridge University Press, 2005)Benjamin Balint, Running Commentary: The Contentious Magazine that Transformed the Jewish Left into the Neoconservative Right (PublicAffairs, 2010).

À l'origine, le terme néo-conservateur était utilisé pour critiquer les sociaux-libéraux initialement proches du Parti démocrate mais qui se rapprochèrent du Parti républicain, assimilés à des renégats. Michael Harrington, un social-démocrate, a forgé l'usage du mot néo-conservateur en 1973 dans Dissent, un magazine sur les politiques de protection sociale Cited in: . Le premier théoricien néo-conservateur à avoir adopté ce mot et qui est considéré comme le fondateur de cette idéologie est Irving Kristol, père de William Kristol et fondateur du think-tank « néo-conservateur » Project for the New American Century. Irving Kristol a été un militant trotskyste actif pendant sa jeunesse et a exposé ses vues néoconservatrices en 1979 dans l'article Confessions of a True, Self-Confessed 'Neoconservative'. Les idées de Kristol sont influentes depuis les années 1950 quand il a cofondé et édité le magazine Encounter. Un autre idéologue de ce mouvement était Norman Podhoretz, éditeur au magazine Commentary de 1960 à 1995. En 1982, Podhoretz se désignait déjà comme un néo-conservateur dans un article du New York Times Magazine intitulé The Neoconservative Anguish over Reagan's Foreign Policy. Selon , le néo-conservatisme est né sur le principe que le social-libéralisme a échoué.

L'influence néo-conservatrice s'est manifestée avec la doctrine Reagan guidée par l'anticommunisme et l'opposition à l'influence mondiale de l'URSS mais elle a atteint son apogée ultérieurement avec la doctrine Bush d'exportation de la démocratie si besoin par l'invasion militaire.

Les journaux néo-conservateurs prééminents sont Commentary et The Weekly Standard. Il existe aussi des cercles de réflexion néo-conservateurs sur la politique étrangère dont American Enterprise Institute (AEI), le The Heritage Foundation, JINSA (Jewish Institute for National Security Affairs) et enfin Project for the New American Century (PNAC).

Histoire

La presse américaine désigne souvent les néo-conservateurs par le diminutif de « neocons ». Très rapidement, les médias ont essayé de rechercher les origines des neoconservatives. Étant donné la perméabilité des institutions américaines (on peut passer de l'université à un poste de conseiller dans l'administration et réciproquement), certains ont cru reconnaître dans un certain nombre d'universitaires de Chicago l'origine de la pensée politique néo-conservatrice, ainsi que leurs influences principales. Mais cela est contesté.

Genèse Dans les années 1960, de jeunes intellectuels américains se rapprochent progressivement de la droite, alors représentée par la National Review. Comme Irving Kristol qui est souvent présenté comme le fondateur du néo-conservatismeDaniel Vernet, Irving Kristol, fondateur du néoconservatisme américain, Le Monde, le 22 septembre 2009. et qui est le premier à avoir assumé le terme inventé pour dénigrer des renégats , ils viennent souvent de la gauche, ne sont pas devenus systématiquement hostiles au New Deal, mais ils critiquent le libéralisme de la « Grande Société » ; ils axent leurs réflexions sur les questions stratégiques, à l'instar du géopolitologue Albert WohlstetterCraig Unger, The Fall of the House of the Bush, London : Pocket Books, 2008, .. Ses adeptes sont parfois d'anciens démocrates, voire, parfois, d'anciens trotskistes, déçus par l'évolution culturelle et intellectuelle depuis les années 1960. C'est le cas d'Irving Kristol ou de Martin Diamond, spécialiste de la Constitution américaine.

Le mouvement se développe autour des revues comme The Public Interest, The National Interest, Commentary. Ils seront rejoints dans les années 1970 par Norman Podhoretz, alors rédacteur en chef de la revue Commentary journal de la gauche anti-stalinienne fondée en 1945 par l'American Jewish Committee avant de devenir une revue proche du parti républicain et un porte-voix de l'anticommunismeBenjamin Balint, , (2010).. Parmi ces intellectuels, on trouve des essayistes, comme Nathan Glazer, Daniel Patrick Moynihan, Martin Seymour Lipset, Daniel Bell, Michael Novak, James Q. Wilson ou Midge Decter.

Aux origines du mouvement, on trouve des intellectuels new yorkais, auxquels se joignent des universitaires et des activistes politiques démocrates de Washington, qui se considèrent comme les gardiens du « centre vital » théorisé au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale par l’historien Arthur Schlesinger. Ils fondent en 1972 la Coalition for a Democratic Majority et que l’on retrouve en 1976 à la direction du Committee on the Present Danger, qui milite pour une forte augmentation des dépenses militaires. Se réclamant de la gauche libérale américaine tout en défendant une politique étrangère intraitable face à l'Union soviétique, ils soutiennent alors la campagne présidentielle du sénateur démocrate Henry Scoop Jackson ; celui-ci est à la fois un partisan du New Deal et un « faucon » hostile à toute forme de détente vis-à-vis de l’URSS. Richard Perle et Paul Wolfowitz sont alors des collaborateurs du sénateur démocrateKit Oldham, Jackson, Henry M. "Scoop".. Rejoignent alors la mouvance des personnes particulièrement sensibles aux questions internationales, comme Elliott Abrams et .

Essor Le néo-conservatisme se constitue véritablement dans les années 1980, quoique l'on puisse trouver des éléments précoces de ce qui peut apparaître comme une école de pensée politique dans les années 1960 et 1970, autour de personnalités comme Charles Krauthammer, Francis Fukuyama, Irving Kristol, James Burnham, , Norman Podhoretz ou Wilmoore Kendall. Une nouvelle génération émerge alors, principalement représentée par Paul Kagan, Douglas Feith, William Kristol, Daniel Pipes, Jeane Kirkpatrick et d'autres. Ce sont les problèmes extérieurs qui concentrent leur attention. Déçus par la mollesse des premières années de Jimmy Carter et par le pragmatisme de son secrétaire d'État Cyrus Vance, beaucoup rejoignent le camp républicain avec l'élection de Ronald ReaganHadrien Desuin, « Les géopolitiques américaines », Conflits : histoire, géopolitique, relations internationales (revue dirigée par Pascal Gauchon), hors série , Automne 2016, . Les néoconservateurs contestent la légitimité de l'ONU, défendent l'État d’Israël et se rapprochent du camp républicain, attirés par la personnalité et certaines idées de Reagan, lui-même ancien membre du Committee on the Present Danger, et qui manifeste alors des sentiments d'hostilité radicale à l'« empire du Mal » soviétique. Richard Perle, Jeane Kirkpatrick, Eugene Rostow, Elliott Abrams, intègrent l’administration du nouveau président.

Un grand nombre de néoconservateurs adhèrent alors au parti républicain, même si certains, comme Richard Perle ou Madeleine Albright, restent membres du parti démocrate. L'influence du néo-conservatisme a été patente avec Ronald Reagan et sa décision d'engager l'épreuve de force avec « l'empire du Mal », c'est-à-dire l'URSSvoir les travaux de Norman Podhoretz et ceux de la revue Commentary. Mais cette décision bénéficie du soutien de l'ensemble du mouvement conservateur américain y compris de paléo-conservateurs et n'est pas la marque du seul courant néo-conservateur.

Après la présidence Reagan, les néoconservateurs connaissent une traversée du désert. Partisan d’une politique internationale « réaliste », George Bush père les tient à l’écart, notamment lorsqu'ils l'incitent à renverser Saddam Hussein dès la première guerre d'Irak. Mais la montée de l'islamisme leur permet de revenir sur le devant de la scène politique. À la fin des années 1990, le néoconservatisme entre encore dans une nouvelle période grâce à une nouvelle génération d'activistes comme Robert Kagan, éditeur avec William Kristol de l’hebdomadaire The Weekly Standard, Max Boot, Michael Ledeen, Lawrence Kaplan, Charles Krauthammer, etc.

En 1996, William Kristol et Robert Kagan publient dans la revue Foreign Affairs un essai intitulé « Vers une politique étrangère néoreaganienne », où ils affirment que « les buts moraux et les intérêts nationaux fondamentaux de l’Amérique sont presque toujours en harmonie ». En 1997, les néo-conservateurs Paul Wolfowitz, Richard Perle, Bill Kristol créent le « Project for the New American Century » (Projet pour le nouveau siècle américain), explicitement destiné à organiser l'hégémonie américaine sur le monde pour le nouveau siècle en empêchant l'émergence dans le monde de toute puissance rivale, de créer un nouvel ordre mondial fondé sur le consensus moral, de multiplier les interventions militaires en s'appuyant sur des coalitions de circonstance. Figurent à leurs côtés plusieurs politiciens républicains comme Dick Cheney, Donald Rumsfeld, et Robert Kagan, « le » théoricien de l'unilatéralisme américainDominique Audibert, Les faucons noirs de Bush, Le Point, 28 mars 2003..

Apogée vignette|250px|Le président George W. Bush et Paul Wolfowitz, en mars 2005. C'est avec l'élection de George W. Bush et la nomination de Paul Wolfowitz et Richard Perle, deux représentants du mouvement néo-conservateur, à des postes de responsabilité importants (secrétaire adjoint à la Défense et président de la commission de la politique de défense), que l'influence néo-conservatrice atteindra son apogée. Ils bénéficient de la protection du vice-président, Dick Cheney, qui leur permet de s’imposer par rapport aux d'autres courants comme la droite chrétienne, évangélique et morale, ou l'aile « réaliste » du parti républicain, représentée par Colin Powell ou George Bush père.

L'invasion de l'Irak en 2003 et la doctrine Bush identifiée à la promotion d'un « wilsonisme botté » sont des produits de l'influence néo-conservatrice ; en , un article de The New Republic parlait de George W. Bush comme du président « le plus wilsonien depuis Wilson lui-même », faisant référence à la pensée du président Woodrow Wilson. Cette comparaison ne visait naturellement pas le multilatéralisme de Wilson, chantre de la Société des Nations, mais bien son internationalisme et surtout la conviction que le modèle américain de démocratie libérale est moralement supérieur et doit être exporté (« make the world safe for democracy »), conviction qu'on retrouve dans les textes des néo-conservateurs. , le néo-conservatisme a réorienté la politique américaine dans le sens d'un internationalisme et d'un messianisme démocratique. Afin de mettre en exergue les aspects interventionnistes et militaire du « wilsonisme » de la doctrine Bush, le politiste Pierre Hassner a, en 2003 parlé de « wilsonisme botté »Charles Zorgbibe, Le second Bush, un « Wilson botté », Libération, 4 mars 2003.. La politique étrangère néo-conservatrice de George W. Bush fut en effet marquée par la conjonction entre des racines idéalistes, une méfiance profonde à l'égard des institutions internationales et l'idée que la force est in fine un moyen légitime et efficace de parvenir à ses fins.