vignette|upright|Six présidents radicaux: Yrigoyen, Alvear, Frondizi, Illia, Alfonsín, de la Rúa.

L'Union civique radicale (, abrégé en UCR) est un parti politique argentin, membre de l'Internationale socialiste depuis 1996, et de la COPPPAL. Fondé par Leandro N. Alem le , c'est le plus ancien parti argentin. Regroupant des libéraux centristes et des sociaux-démocrates, il donna plusieurs Présidents à la République argentine dont Raúl Alfonsín à la fin de la dictature militaire argentine en 1983. Il a été marqué par des relations ambiguës avec le péronisme, tantôt allié, tantôt adversaire, et de même avec une attitude à la fois de négociations et d'opposition aux différentes juntes militaires ayant pris le pouvoir à l'issue de coups d'État successifs.

Comme d'autres mouvements radicaux (l'UCR est d'ailleurs lié au Parti radical de gauche français), il commença par se situer à l'extrême-gauche du champ politique avant d'accéder au pouvoir lors de la Première Guerre mondiale, puis se divisa entre conservateurs, représentés par la figure du président Marcelo Torcuato de Alvear (1922-1928) et progressistes, représentés par Hipólito Yrigoyen, président à deux reprises (1916-1922 et 1928-1930). Durant les années 1930, la « Décennie infâme », le parti se divisa entre ceux qui s'opposaient frontalement au régime dictatorial et la tendance prônant une attitude plus conciliante. Malgré quelques tergiversations, l'UCR rejoint finalement, après la Seconde Guerre mondiale, le camp anti-péroniste, donnant son appui à la dictature issue de la Révolution libératrice de 1955. Négociant simultanément avec les péronistes et avec la junte, les radicaux scissionnèrent plusieurs fois et obtinrent la présidence deux fois dans les années 1960, la première fois grâce à l'appui des voix péronistes qui permirent en 1958 l'élection d'Arturo Frondizi, dirigeant de l'Union civique radicale intransigeante (UCRI), tandis que la seconde fois, c'est le camp anti-péroniste de l'UCRP qui l'emporta, portant à la présidence, en 1963, Arturo Illia. Après une brève alliance contre la dictature du général Juan Carlos Onganía, l'UCR, dominée par la figure de Ricardo Balbín, échoua à s'allier durablement avec les péronistes lors de la crise des années 1970, et devint l'allié implicite de la junte militaire de Videla (bien que la répression ait aussi touché certains de ses membres). L'UCR négocia ensuite la transition démocratique, son candidat, Raúl Alfonsín, étant élu président en 1983 et organisant la transition dans un contexte politique encore fragile. Évincé par la suite par le Parti justicialiste, il revint brièvement au pouvoir avec Fernando de la Rúa, qui ne put faire face à la grave crise économique de 1998-2001. Sa démission à la suite du cacerolazo de conduisit au retour au pouvoir des péronistes, avec bientôt la victoire de l'aile gauche.

Depuis 2015, l’UCR parti fait partie de la coalition conservatrice Ensemble pour le changement.

Fondation de l'Union civique, soulèvements armés vignette|Manifestation radicale de 1901, commémorant la révolution du Parc.

En 1890 face à la crise du gouvernement de Miguel Juárez Celman, est créée l'Union civique (Bartolomé Mitre, Leandro Nicéforo Alem).

L'Union civique s'opposa violemment au régime corrompu de la fin du , en effet les élections se faisaient alors au vote à voix haute () ce qui suscitait un grand nombre de fraudes. L'Union civique initia trois soulèvements armés, en 1890, 1893 et 1905.

La révolution du Parc de 1890 vit des figures importantes de l'Union civique (Leandro Nicéforo Alem, Bartolomé Mitre, Aristóbulo del Valle, , Bernardo de Irigoyen) se rejoindre dans le soulèvement contre le régime qui, malgré son échec, mena toutefois à l'éviction du président Miguel Ángel Juárez Celman, remplacé par le vice-président Carlos Pellegrini.

L'année suivante, l'Union civique se scinda en deux, avec d'un côté l'UCR qui emmena avec soi les partisans d'Alem, et de l'autre l' (UCN) qui regroupait les partisans de Mitre. La division entre les deux fut colmatée en 1916, l'UCN fusionnant au sein de l'UCR, tandis qu'une nouvelle division apparaissait.

vignette|Le jeune Lisandro de la Torre, membre de l'UCR ayant participé aux soulèvements armés, adversaire d'Hipólito Yrigoyen et fondateur du Parti démocrate progressiste, l'une des figures populaires de l'histoire argentine en raison de son combat contre la corruption lors des années 1930.

La , elle, s'effectua en deux temps: un premier soulèvement dirigé par le jeune Hipólito Yrigoyen et Aristóbulo del Valle, et un second par Leandro N. Alem.

La était dirigée par Yrigoyen, qui s'opposait au sénateur Bernardo de Irigoyen, ce dernier, plus âgé, prônant une attitude plus conciliante envers le régime.

En 1909, alors qu'Yrigoyen prônait l'abstention en protestation contre la corruption du régime, Leopoldo Melo regroupait les radicaux en faveur d'une participation aux élections. Le radical Lisandro de la Torre crée en 1914 le Parti démocrate progressiste. Lors des années 1930, de la Torre deviendra une figure populaire de la lutte contre la corruption du régime

À la suite de la promulgation de la loi Sáenz Peña de 1912 établissant le suffrage « universel » masculin, secret et obligatoire, le candidat radical Hipólito Yrigoyen fut élu en 1916, initiant une période de quinze ans de présidence radicale : d'abord Yrigoyen, de 1916 à 1922, puis son rival au sein du parti, Marcelo Torcuato de Alvear, de 1922 à 1928, et enfin Yrigoyen de nouveau, jusqu'au coup d'État militaire de 1930 qui porta le dictateur José Félix Uriburu au pouvoir.

Première présidence d'Yrigoyen (1916-1922) Durant la première présidence d'Yrigoyen (1916-1922), les radicaux étaient toutefois minoritaires au Congrès. En raison de l'opposition conservatrice, qui contrôlait la majorité des provinces et continuait à utiliser le régime électoral à voix haute, en contradiction avec la loi de 1912, Yrigoyen eut souvent recours au pouvoir d'intervention fédérale (seules les provinces de Santa Fe, Buenos Aires et de Jujuy y échappèrent).

Il rompt avec le libéralisme en prônant l'intervention de l'État dans l'économie, en mettant en œuvre une politique sociale volontariste, et en tentant d'assurer le contrôle de l'État sur les ressources primaires de la nation, l'Argentine étant alors largement sous la mainmise de la Cité de Londres. Par ailleurs, il crée en 1922 l'entreprise pétrolifère nationale Yacimientos Petrolíferos Fiscales (YPF); il poursuit également une politique vigoureuse contre les monopoles. En outre, il crée la marine marchande nationale, fait de l'État l'intermédiaire obligé pour toute exportation de céréales, renforce le réseau ferroviaire, et soutient en 1918 l'importante réforme universitaire initiée sous la poussée des étudiants de l'université nationale de Córdoba. Il promulgue aussi les premières lois sur le travail, tout en se heurtant souvent au Parti socialiste qui disposait de nombreux sièges au Congrès. Il refusa cependant, en 1919, à la Fédération ouvrière régionale argentine (FORA) le droit de représenter les travailleurs argentins à l'Organisation internationale du travail (OIT). C'est aussi durant son gouvernement, pourtant progressiste, que des massacres sanglants eurent lieu, notamment durant la Semaine tragique de à Buenos Aires et en Patagonie en 1920-1921 (la dénommée Patagonie rebelle). Le mouvement anarcho-syndicaliste argentin, alors puissant, fut ainsi violemment réprimé.

Sur le plan international, il maintient la neutralité argentine lors de la Première Guerre mondiale, et défend, avec peu de succès, l'autodétermination des peuples.

Charismatique, Yrigoyen se mettait en avant, ce qui conduit à qualifier son style de présidence de « personnaliste », suscitant au sein du Parti l'opposition de l'aile alvearista.

Présidence d'Alvear (1922-1928) vignette|, une figure radicale importante de Mendoza, opposée à la fois au camp « personnaliste » d'Yrigoyen et à l'aile conservatrice d'Alvear. C'est l'adversaire d'Yrigoyen au sein de l'UCR, Marcelo Torcuato de Alvear, qui remporta l'élection présidentielle d', avec , contre pour la coalition conservatrice (), pour le Parti socialiste et pour le Parti démocrate progressiste. Le style et les lignes directrices de la politique alvéariste étaient très différents de ceux d'Yrigoyen. Si Alvear négociait beaucoup plus avec les autres forces, y compris de gauche, et accordait une plus grande autonomie aux différents ministères, il mit aussi en œuvre une politique bien plus conservatrice, revenant même sur plusieurs acquis, en particulier ceux de l'importante réforme universitaire de 1918.

À partir de ce moment, l'UCR se divisa en deux tendances opposées : les « bleus », des classes bourgeoises supérieures de la ville de Buenos Aires, soutenaient Alvear, tandis que les « gris », d'extraction plus populaire et davantage représentés dans la province de Buenos Aires, appuyaient Yrigoyen. Le camp yrigoyéniste comprenait des personnalités telles que , qui devint ministre des Relations étrangères d'Yrigoyen lors de son second mandat; , ex-ministre de la guerre d'Yrigoyen, président de l'UCR en 1921, et imposé par les Yrigoyénistes en tant que candidat (victorieux) à la vice-présidence lors des élections de 1922, et qui fut enfin nommé ministre de l'Intérieur lors du second mandat d'Yrigoyen; ou encore , directeur de l'organe de presse de l'UCR, La Época, durant le premier mandat d'Yrigoyen; et , nommé par le président en tant qu'interventor de la province de Buenos Aires en 1917, puis intendant de la ville de Buenos Aires, avant d'être élu gouverneur de la province de Buenos Aires en 1922.

Beaucoup des suivants de Leandro Alem rejoignirent le camp alvéariste, dont , Torino, , Gouchon Cela culmina dans la scission de 1924, avec la création de l'Union civique radicale antipersonnaliste par Leopoldo Melo et . L'UCRA arrive deuxième aux élections législatives de 1926, avec contre pour l'UCR, les conservateurs n'obtenant que . Ces résultats incitaient l'UCRA à s'allier aux conservateurs afin de remporter la victoire pour la présidentielle de 1928. Cette alliance est concrétisée en 1927, l'UCRA choisissant Melo en tant que candidat à la présidence et pour la vice-présidence, choix appuyé par une alliance avec la : le camp conservateur était alors uni derrière une candidature commune, contre Yrigoyen.

Enfin, dans les provinces, des tendances autonomes se créaient, dont celle de donnant lieu au lencinismo, à Mendoza. Opposé au camp « personnaliste », le lencinismo ne parvint cependant pas à s'allier avec les adversaires d'Yrigoyen, en raison de la politique sociale prônée par Lencinas (journée de 8 heures, salaire minimum, création de caisses de retraites) qui le rapprochait objectivement d'Yrigoyen plutôt que d'Alvear.

Seconde présidence d'Yrigoyen (1928-1930) vignette Alors que l'Argentine était une puissance mondiale au sortir de la Première Guerre mondiale, exportant notamment de la viande et des céréales dans le monde entier, tandis que les investissements britanniques affluaient dans le pays, au risque de soumettre l'industrie nationale au contrôle des capitaux de Londres, la Grande Dépression et la mise en place des barrières protectionnistes par les pays industrialisés du Nord l'affecta durement. Élu président pour la seconde fois, Yrigoyen ne put faire face à la crise, tandis que les affrontements entre la majorité et l'opposition, y compris au sein du parti, se durcissaient, conduisant même à l'assassinat, en , de par des militants yrigoyénistes.

L'UCR perdit beaucoup de terrain aux élections du , l'opposition gagnant contre pour les radicaux. Dans la capitale, le Parti socialiste indépendant et le Parti socialiste dépassaient (dans l'ordre) l'UCR.