Le gemmage vise à récolter l'oléorésine sur un pin vivant (en France principalement Pinus pinaster, le pin maritime). L'oléorésine mêlée d'eau, provenant principalement des pluies, et d'impuretés solides, prend alors le nom de « gemme ». La gemme, après clarification, porte le nom de térébenthineDescription des machines et procédés pour lesquels des brevets d'invention ont été pris sous le régime de la loi du 5 Juillet 1844. L'Imprimerie Nationale, 1889.

Le professionnel qui effectue la saignée du pin est appelé résinier ou gemmeur.

Le gemmage à mort vise à récupérer la totalité de la résine d'un pin destiné à être coupé.

Cet article s'attache à décrire la pratique ancienne du gemmage dans les Landes de Gascogne. Présentation La résine circule dans les canaux résinifères, ou trachéides, qui se situent dans l'aubier. Elle participe au phénomène de compartimentation (CODIT), en bouchant physiquement les trachéides lors d'un dommage accidentel et au contact de l'air. Elle est composée à 70 % de colophane (ou arcanson en gascon, dérivé du nom de la ville d’ArcachonDictionnaire Français-occitan (Gascon) AK, Per noste, 2003, p.91.), 20 % d’essence de térébenthine, et 10 % d’eau.

L'invention du gemmage remonte à l'époque gallo-romaine, mais le procédé amorça en France sa phase industrielle au , pour se généraliser dans les landes de Gascogne à partir du milieu du avec la fin du système agro-pastoral et le boisement massif de la plaine sableuse des Landes.

On distingue couramment le gemmage à vie, modéré et qui permet la croissance de l'arbre, du gemmage à mort qui l'épuise en quelques années avant son abattage.

Le gemmage est une activité très caractéristique de l'exploitation traditionnelle de la forêt de pin des Landes. On retrouve également la pratique du gemmage en Amérique, en Chine (premier pays producteur de résine), au Brésil et en Europe en Espagne, au Portugal, en Allemagne

L'origine du mot gemmage provient de la « gemme » : résine du pin maritime.

Une technique ancestrale : le gemmage au « cròt »

Depuis plus de 2000 ans, des îlots de forêt spontanée occupaient une grande partie de la région. On retrouvait ces forêts millénaires sur la côte, comme à Lacanau, Le Porge, La Teste de Buch, Biscarrosse, et en Marensin. Les Romains y exploitaient déjà la résine, notamment pour le calfatage des bateaux. La pratique connue la plus ancienne est celle du gemmage au « cròt » (trou en Gascon).

Pour récolter la résine, les anciens gemmeurs creusaient un trou au pied du pin, en général entre les racines, qu’ils tapissaient de mousse. Ils réalisaient ensuite une incision dans l’arbre appelée care avec le hapchòt (hache en gascon, ayant l’extrémité recourbée). De cette blessure coule la résine qui sera récoltée trois à quatre fois par an, c’est l’amassa. Il fallait régulièrement reprendre l’incision, car l’arbre cicatrise rapidement. La care pouvait ainsi s’élever jusqu'à . À cette hauteur, les résiniers utilisaient le pitèir, sorte d’échelle à un seul montant qui nécessitait un bon sens de l’équilibre ! Vers la fin de la saison (au mois de novembre), on grattait la care pour récupérer la résine cristallisée. Cette méthode n’était pas vraiment optimale car la résine obtenue contenait beaucoup d’impuretés (sable et brindilles) et l'essence de térébenthine s’évaporait lorsque la résine coulait le long de la care.

Invention du pot de résine, le gemmage traditionnel

Pierre Hugues, avocat et agriculteur bordelais breveta vers 1840 un nouveau système pour récolter la résine qu'il mit au point à Pessac. Une partie seulement de son procédé, quelque peu compliqué, sera reprise : l’utilisation d’un pot en terre cuite coincé entre une lamelle de zinc et un clou au bas de la care pour récolter la résine. Ce pot était dit ascensionnel car il suivait chaque année la montée de la care. Le principal avantage était que la résine récoltée contenait moins d’impuretés, et c’est ainsi que durant la deuxième moitié du ce procédé se généralisa. Le hapchot aussi évolua, la lame devint plus étroite et son tranchant était orthogonal à l’axe du manche, par opposition à la hache traditionnelle, où le tranchant est parallèle.

Le gemmage à l'activée Une autre technique fut introduite en France dans les années 1950, celle du gemmage à l’activée qui consistait à pulvériser de l’acide sulfurique sur la care augmentant le rendement, mais attaquant le pin en profondeur. Cette technique fut mise au point en Russie et en Allemagne durant la Première Guerre mondiale. La saison chaude étant très courte, et la main-d'œuvre faisant défaut à cette époque, des recherches permettant d'augmenter les rendements et de diminuer le temps passé par les opérateurs sur les arbres furent développées, consistant à appliquer des activants sur les cares. Les Américains reprirent ces travaux et exportèrent le gemmage à l'acide sulfurique en France dans la seconde moitié du . L'acide sulfurique maintient les canaux conducteurs de résine ouverts et ralentit la cicatrisation. Le pin réagit à la blessure en produisant davantage de résine. Les piques peuvent être pratiquées à intervalles moins réguliers (15 jours au lieu de 7 au hapchot) pour une récolte plus rapide (15 jours au lieu d'un mois au hapchot). L'outil utilisé est une « rainette », incorporant à la fois une lame tranchante de de large, servant à pratiquer une pique horizontale sur , avant de pulvériser l'acide grâce à un bidon à embout aérosol fixé sur le manche de l'outil. Cette technique a coexisté avec le gemmage au hapchot dans l'ensemble du massif gascon, jusqu'à la disparition du gemmage en 1990.

Déroulement d’une campagne de gemmage

Une campagne de gemmage se déroule tous au long de l'année et peut varié d'un département à un autre; dans les années 1930, la campagne se déroule du mois d'avoir jusqu'au mois de mars de l'année suivante. Du printemps jusqu'à l'automne, les pins sont gemmer de manière régulière. Chaque pin donne en général un litre de résine par an.

Traditionnellement, l'ont prépare le pin à gemmer début février par la préparation de la future care, que l’on place à l’est car elle est à l’abri des intempéries. Pour cela on utilise le sarcle à peler, outil en acier, recourbé qui va permettre de racler l’écorce sans abimer le pin. Le pelage est une opération délicate car il faut laisser une fine épaisseur d’écorce en évitant de blesser le pin prématurément. On dit qu'un pin est prêt à être résiné dès que l’on peut l’entourer de son bras sans apercevoir sa main.

Vient ensuite le cramponnage, qui consiste à placer une lame de zinc incurvée dans le pin (le crampon), grâce au pousse-crampon, pièce en métal présentant une extrémité convexe et tranchante, que l’on cogne avec un maillet. Le crampon va retenir le pot et surtout guider la gemme à l’intérieur. Pour préparer le bassot (la première care que l’on ouvre au pied du pin) on place le zinc un peu au-dessus du sol pour pouvoir placer le pot juste en dessous. Pour les arbres dont la care a déjà au moins un an, on place le crampon à environ du haut de la care de l’année précédente, ainsi qu’une pointe un peu plus bas, pour retenir le pot que l’on coince entre le zinc et le clou.

Blessure La care ou carre (du gascon careDictionnaire de la Lande française, Charles Daney, Éditions Loubatières : visage) est le nom donné dans les Landes de Gascogne à une entaille faite au tronc du pin maritime pour en extraire la résine lors du gemmage, pratiqué jusqu'au début des années 1990 en France. On peut distinguer deux types de cares, correspondant aux deux principales techniques de gemmage utilisées : le gemmage au crot (technique ancestrale, utilisée avant le ) ou le gemmage traditionnel (système Hugues) sont des procédés où le gemmeur réalise une entaille dans les fibres périphériques de l'arbre, immédiatement sous l'écorce, grâce au hapchot. La résine coule directement de l'entaille et coule progressivement vers le pot.

Le procédé du gemmage à l'activée, introduit en France dans les années 1950, utilise un outil que l'on appelle la « rainette », qui entaille le pin sur une hauteur n'excédant pas . Les gemmeurs pulvérisent ensuite un nuage d'acide sulfurique sur la blessure. Les cares obtenues par ces deux procédés sont différentes par nature.

La profondeur de la care ne doit pas excéder afin d'éviter un saignement trop abondant de l'arbre. Le but du gemmeur et de conserver son pin durant une longue période.

Gemmage traditionnel thumb|150px|La pique La care est une blessure verticale réalisée par les gemmeurs. Ces derniers sectionnent à l'aide d'un hapchot les canaux conducteurs de la sève élaborée du pin maritime. Pour réagir à cette agression, l'arbre sécrète la gemme (ou résine) destinée à la cicatrisation. Au bout d'une semaine, la cicatrisation s'opère et les canaux sont refermés. Afin d'assurer un débit régulier de la gemme, le résinier pratique la pique consistant à agrandir la care vers le haut de quelques centimètres en blessant à nouveau l'arbre. La partie active de la care, celle qui produit effectivement de la résine, est constituée uniquement des premiers centimètres de la blessure.

La pique se pratique de bas en haut, car la sève élaborée circule de haut en bas, en entaillant l'aubier dans le sens des fibres (verticalement). La care est incurvée dans sa largeur, et le haut de l'entaille prend la forme d'une ogive. La blessure ne dépasse pas de profondeur et varie entre 6 et en largeur. Le copeau ainsi décollé par le hapchot est une gemelle ou galip, qui s'accumule au pied du pin, avant d'être ramassé pour démarrer le feu domestique.

Gemmage à l'acide sulfurique thumb|150px|Care gemmée à l'acide dans les années 1980. Plus large et rectangulaire au sommet. La cicatrisation est difficile. La technique du gemmage à l'acide sulfurique, issu de techniques étatsuniennes est introduite en France dans les années 1950, afin de permettre d'augmenter les rendements et de diminuer le nombre de piques par rapport au gemmage traditionnel.

Le gemmeur pratique toujours le pique dans le haut de la care, mais il entaille le pin uniquement sur deux centimètres de hauteur, en pelant l'aubier horizontalement (contrairement au gemmage traditionnel), grâce à une rainette. Il pulvérise ensuite un nuage d'acide sulfurique sur la pique. L'acide sulfurique maintient les canaux conducteurs de la sève élaborée ouverts et retarde la cicatrisation. Ainsi, le débit de résine est plus important et dure plus longtemps en comparaison au système traditionnel : la pique est pratiquée tous les 15 jours, contre 7 jours pour le gemmage au hapchot.

Les cares, réalisées dans le cadre du gemmage à l'acide sulfurique, sont plus larges et moins hautes que celles du système Hugues traditionnel. Le haut des cares est rectangulaire au lieu d'être en forme d'ogive. L'inconvénient de ce système est que, bien souvent, les pins étaient blessés à cœur par l'acide et la cicatrisation à long terme se faisait beaucoup plus difficilement, comme on voit sur la photo ci-contre.

Cicatrisation thumb|120px|right|Care parfaitement cicatrisée, gemmage traditionnel La première étape de la cicatrisation est la fermeture des canaux conducteurs de résine. Elle s'opère en sept jours environ dans le cadre du gemmage traditionnel, et en une quinzaine dans le cadre du gemmage à l'acide. Avec le temps, l'arbre grossit et la care cicatrise, elle se referme sous des bourrelets qui se forment de part et d'autre de l'entaille, longitudinalement. Avec le temps ces bourrelets viendront refermer entièrement l'entaille, et les gemmeurs pourront à nouveau gemmer par-dessus. Certains arbres cicatrisent difficilement, c'est notamment le cas pour de nombreux arbres gemmés à l'acide (attaqués à cœur) ou pour des pins gemmés trop jeunes. On aperçoit clairement la care et les bourrelets de cicatrisation à l'abattage d'un arbre, cf illustration ci-dessous.

Pique