thumb|Les principales villes de Mésopotamie au millénaire

La ville est apparue en Mésopotamie au cours de la seconde moitié du millénaire avant notre ère, à la période d'Uruk, comme l'aboutissement des premières sédentarisations effectuées au cours du Néolithique dans les régions alentour (Syrie, Anatolie, Levant, Zagros), suivies de divers stades locaux de type proto-urbain (notamment la période d'Obeïd).

La ville a dès lors occupé une place privilégiée dans l'esprit des anciens Mésopotamiens. Elle a été au centre de leur civilisation, qui s'est toujours polarisée autour de cités de très grande taille pour leur époque (Uruk, Ur, Babylone, Ninive), qui ont été à la fois des centres politiques, religieux et économiques.

Aux origines des villes mésopotamiennes

L'étude de l'apparition de la ville se heurte à la nécessité de définir celle-ci. Il ne suffit pas d'une agglomération de maisons, même encadrée par une muraille, même organisée selon un plan défini avec ses lieux de sociabilité et de pouvoir, pour pouvoir dire qu'on est en présence d'un espace urbain. Une ville est à la fois : un espace géographique, qui peut se définir par sa taille ; un environnement démographique spécifique, avec une population suffisamment nombreuse pour qu'on ne soit plus en présence d'un village ; et un lieu symbolique, parce qu'il faut que ses habitants aient la perception d'habiter un milieu à part (le milieu urbain), détaché du monde rural auquel appartiennent encore les établissements « proto-urbains ». Concrètement, les citadins n'apparaissent que quand l'agriculture est suffisamment performante pour permettre à une partie notable de la population d'exercer des activités non agricoles, artisanat et commerce, et également administrative, car la ville est avant tout liée à un pouvoir étatique, quel que soit le lieu depuis lequel il s'exerce, ou bien un de ses relais.

Les causes de l'apparition des villes, comme de la « civilisation » en général, sont débattues. On postule souvent des causes commerciales ou militaires (désir de se protéger). On se trouve dans un long processus entamé depuis le Néolithique, qui a vu la sédentarisation des hommes, et l'élaboration d'agglomérations qui constituent de plus en plus un milieu propre, bien qu'elles ne se détachent jamais des campagnes, même quand elles deviennent de véritables villes. Ce processus s'accompagne de la création de sociétés de plus en plus complexes et hiérarchisées, avec la mise en place progressive d'un cadre étatique, au sein d'agglomérations où son pouvoir se matérialise le mieux.

La Mésopotamie de la seconde moitié du millénaire, durant la période d'Uruk récent, réunit les conditions d'apparition de la ville : d'importants centres urbains y apparaissent, en premier lieu Uruk, qui dépasse de loin tous les autres par sa taille, et dispose en son cœur d'un véritable centre politique et religieux, qui nécessite une administration importante en raison de sa taille et de ses activités économiques, contexte dans lequel apparaît l'écriture. Cette dernière nous montre les premiers signes idéographiques représentant les centres urbains, qui occupent dès lors une place prépondérante dans les mentalités. Les habitants de basse Mésopotamie exportent déjà leur « modèle urbain », comme l'attestent les sortes de colonies qu'ils fondent sur le Moyen Euphrate, comme Habuba Kabira et Djebel Aruda. Le sud mésopotamien est le premier à atteindre le stade urbain. Cela parvient plus tard dans la vallée de la Diyala (Tell Asmar/Eshnunna, Khafadje). En Haute Mésopotamie, la chronologie est particulière : il y a déjà des établissements de taille comparable à ceux de basse Mésopotamie durant la période d'Uruk, comme Tell Brak, qui se développe de façon endogène (et non exogène comme pour Habuba Kabira). Le mouvement d'urbanisation est fort au début du millénaire (Mari, Tell Leilan, période de Ninive V), période pour laquelle on parle de « seconde urbanisation » de la région, partagée avec la Syrie du nord (fondations d'Ebla, de Tell Mozan, etc.).

La plupart des villes qui ont marqué l'histoire de la Mésopotamie sont déjà peuplées au millénaire, certaines depuis longtemps. Il y a donc une certaine permanence dans le maillage urbain de la région, même si la taille et l'importance de ces villes peut varier. Certaines, comme Mari ou Eshnunna, disparaissent sans faire place à une autre ville importante ; d'autres, à l'opposé, sont présentes pendant de plusieurs millénaires : Uruk, Ninive et Suse à la périphérie. Peu de villes sont créées ex nihilo. Des exceptions sont Dûr-Kurigalzu, Kar-Tukulti-Ninurta ou Dur-Sharrukin, toutes édifiées par un roi, pour sa prospérité. Mais on met rarement en avant le fait qu'il s'agit d'une ville nouvelle : M. Van de Mieroop y voit là une défiance envers la nouveauté, car il était jugé meilleur de se placer dans la continuité de la tradition, et plutôt que d'innover. Des villes de taille réduite ont également été construites ou reconstruites de façon planifiée (Harradum à la période paléo-babylonienne par exemple).

La quasi-totalité des villes est bâtie près de cours d'eau, d'autant plus nécessaires que la ressource hydrique est peu abondante dans le sud mésopotamien. Les cités du nord sont souvent construites d'abord sur des hauteurs, pour des besoins défensifs selon toute vraisemblance, ce qui est rarement possible au sud où le relief est plus plat.

La ville, au cœur de la civilisation mésopotamienne

Dès la fin du millénaire, les textes littéraires sumériens permettent d'entrevoir combien le milieu urbain est porté en haute estime, car on estime alors que les villes ont été créées par les dieux avant toute autre chose, et que la ville est donc nécessaire à l'apparition d'une société, dont elle assure la stabilité par rapport au monde au-delà des murailles, la steppe, symbolisant le chaos. Il y a clairement une opposition entre ce qui est à l'intérieur et ce qui se trouve au-delà des murailles.

Première civilisation urbaine avec l'Égypte antique, la Mésopotamie a donc donné à la ville une place prééminente. De fait, les centres urbains sont alors des centres polarisant sur eux l'activité des campagnes environnantes, les principaux étant eux-mêmes à la tête de réseaux englobant d'autres villes. On peut distinguer trois principales fonctions de la cité : politique, religieuse et économique.

thumb|left|La ziggurat de Chogha Zanbil, Iran, seconde moitié du millénaire

Les plus anciens centres urbains présentent des lieux plus importants aisément identifiables par la taille monumentale de leurs bâtiments. Le plus représentatif est sûrement le niveau IV du palais de l'Eanna à Uruk, datant de la seconde moitié du millénaire, constitué par un ensemble de bâtisses identifiées comme des "temples" (même si rien ne le prouve, il peut aussi bien s'agir de palais), voisinant les lieux où furent retrouvées de nombreuses tablettes administratives, témoignant de l'importance de ce quartier dans la vie de la cité. Cet ensemble est aux époques historiques le cœur d'Uruk, son quartier sacré, avec l'autre ensemble cultuel, Kullab. Ils restent les deux poumons de la cité jusqu'à son déclin au millénaire avant notre ère. Comme la plupart des grands quartiers religieux des principales villes mésopotamiennes, ils sont dotés d'un temple principal, et d'une ziggurat. Dans certaines cités, comme Nippur ou Babylone, le quartier sacré peut être protégé par une muraille. Les cités mésopotamiennes sont pour la plupart de grands lieux de culte, et parfois on peut même parler de véritables "villes saintes", comme pour Nippur ou Babylone. Elles abritent les principaux centres cultuels, considérés comme les résidences terrestres des dieux (matérialisés par leurs statues placées dans les cellae des temples), à côté d'une multitude de lieux de cultes de plus petite taille, et on y effectue les grandes cérémonies religieuses qui jalonnent l'année des anciens Mésopotamiens.

thumb|Cour intérieure du palais de Mari

Les palais royaux connaissent un grand développement durant l'âge du bronze, où leur plan, au départ calqué sur celui des résidences normales, se complexifie considérablement, jusqu'à constituer des bâtiments très élaborés dont le plus fameux exemple est le palais des rois de Mari. On trouve aussi des complexes palatiaux notables à Kish, Eshnunna, Ur, Larsa, Tell Leilan, et également à Ebla et Ugarit en Syrie. À partir de la fin du millénaire, les rois assyriens développent de grands palais royaux dans leurs capitales, Assur, Kalkhu, et enfin Dur-Sharrukin et Ninive, aux . Le dernier grand palais royal bâti en Mésopotamie est celui des rois néo-babyloniens à Babylone (s). À une dimension plus réduite, on trouve des palais de roitelets ou de gouverneurs provinciaux dans des villes secondaires comme Nuzi, Dur-Katlimmu ou Til Barsip. Ce sont les rois qui entreprennent les aménagements urbains principaux, la construction ou réfection des grands palais, temples, canaux, murailles, faisant partie de leurs devoirs régaliens.

Ces deux catégories d'édifices, ou plutôt d'ensembles d'édifices, palais et temples, sont les principaux centres de l'économie mésopotamienne, puisqu'ils sont les plus grands propriétaires de terres agricoles, les principaux commanditaires de travaux artisanaux et d'expéditions commerciales. Leur seule présence suffit donc à faire de la ville un centre économique. Il faut y ajouter le fait que les principaux notables impliqués dans l'artisanat ou le commerce (et accessoirement grands propriétaires terriens) ont aussi leurs résidences dans les cités. Ainsi Ur-Meme à Nippur sous la Troisième dynastie d'Ur, Tehip-Tilla à Nuzi et Urad-Sherua à Assur durant la seconde moitié du millénaire, ou encore les membres des "firmes" familiales de basse Mésopotamie à l'époque néo-babylonienne, comme les Egibi à Babylone et les Murashu à Nippur. On est souvent en présence de personnes travaillant dans l'administration du palais ou du temple, ou amenées à travailler avec eux à l'occasion, et œuvrant pour leur propre compte à côté de cela, et pouvant également prendre part aux affaires politiques de la cité. Ils étendent leur influence sur la campagne environnante, où ils ont généralement des propriétés.

L'activité économique des villes mésopotamiennes se déroule généralement dans les rues, sur lesquelles ouvrent les boutiques des artisans, en plus des temples, palais, et résidences de marchands qui sont aussi des lieux de transactions commerciales et des ateliers. Il existe des lieux dédiés spécialement aux échanges, comme les marchés (mahīru(m)), dont on a du mal à saisir l'aspect réel, et les "quais" (kāru(m)), situés au bord de l'eau, véritables quartiers marchands où on trouve des entrepôts, où on effectue diverses transactions et où les taxes commerciales sont prélevées, et qui sont de ce fait contrôlés étroitement par le pouvoir.

Les pouvoirs dans la ville mésopotamienne

L'organisation politique et sociale des cités mésopotamiennes est difficile à saisir en l'absence de sources explicites. On voit cependant le pouvoir s'exercer dans l'espace urbain à plusieurs niveaux.

À la base de la société urbaine se trouve la famille, qui est sans doute généralement nucléaire, avec un ou plusieurs esclaves voire d'autres membres de la famille. Chaque cellule familiale est dominée par un chef (un homme), qui exerce l'autorité patriarcale. La coutume mésopotamienne lui donne une grande autorité sur les membres de sa famille : il dirige les affaires de sa maisonnée, qui peut fonctionner comme une unité économique.