Anna Anderson, morte le à Charlottesville, aux États-Unis sous le nom d'Anastasia Manahan, serait, selon une théorie populaire, la princesse Anastasia de Russie, la quatrième fille du tsar Nicolas II, qui aurait échappé à la mort lors du massacre de sa famille le à Iekaterinbourg. Après enquête, elle serait en fait une Polonaise du nom de Franziska Schanzkowska, née à une date inconnue (peut-être le ). C'est la plus célèbre des avoir survécu au massacre de la famille impériale Romanov de Russie.
En 1920, hospitalisée après une tentative de suicide à Berlin, elle refuse de révéler son identité. D'abord appelée , elle utilise ensuite le nom de Tchaïkovski, puis Anderson. En , apparaît une théorie selon laquelle elle serait une princesse russe, fille de Nicolas II. Les membres survivants de la famille impériale et des personnes qui connaissaient la princesse, dont son précepteur Pierre Gilliard, affirment qu’il s’agit d’une imposture, mais la thèse prend de l’ampleur.
En 1927, Ernest-Louis de Hesse mène une enquête et conclut qu'Anna Anderson est Franziska Schanzkowska, une ouvrière polonaise avec un historique de maladie psychologique. Après plusieurs années de procès, la cour allemande juge qu’elle n’est pas Anastasia, mais la presse continue à relayer l’affirmation.
De 1922 à 1968, Anderson vit en Allemagne, voyageant régulièrement aux États-Unis où elle a de nombreux soutiens et visite plusieurs sanatoriums et au moins un hôpital psychiatrique. En 1968, elle émigre définitivement aux États-Unis. Peu avant la péremption de son visa, elle épouse le professeur d’histoire Jack Manahan, qui l’appelle . À sa mort en 1984, ses cendres sont enterrées à Seeon-Seebruck, en Allemagne, sous le nom d'Anastasia Manahan.
Après la chute de l’URSS, la localisation des corps de la famille impériale russe est révélée et leur identité est confirmée par tests d’ADN. Des tests d’ADN conduits sur Anderson montrent que son ADN ne correspond pas à celui des Romanov, mais à celui de Karl Maucher, un petit-neveu de Franziska Schanzkowska. Le consensus scientifique, historique et journalistique est qu’Anna Anderson était bien Schanzkowska.
Biographie
Tentative de suicide vignette|droite|upright=1.2|Ancien asile d'aliénés de Dalldorf, aujourd'hui clinique psychiatrique Bonhoeffer.Le , une jeune femme tente de se suicider à Berlin, en se jetant du pont du Bendlerblock dans le Landwehrkanal. Elle est sauvée par un policier qui l’emmène aux urgences de l’hôpital Élisabeth, sur la . N’ayant pas de papiers d’identité et refusant de parler, elle est admise sous le nom dans un hôpital psychiatrique de Berlin-Wittenau, à l’époque appelée Dalldorf. Elle y reste internée deux ans. La patiente est couverte de cicatrices, sur sa tête et sur son corps, et parle allemand avec un accent que les médecins estiment être russe. Elle a sur le pied une cicatrice en forme de triangle qui, selon l'examen effectué par les experts en 1960, pourrait correspondre à un coup de baïonnette, semblable à celles qu’avaient utilisées les bolcheviks pour exécuter la famille impériale.
Début 1922, Clara Peuthert, une autre patiente, affirme que l’inconnue est Tatiana Nikolaïevna de Russie, une des quatre filles du tsar Nicolas II. Sortant de l’hôpital, Peuthert dit au Russe blanc Nicholas von Schwabe qu’elle a vu la princesse Tatiana à Dalldorf. Schwabe visite l’hôpital et confirme qu’il s’agit de Tatiana. Il persuade d’autres Russes blancs, dont Zinaida Tolstoï, amie d’Alexandra de Saxe-Altenbourg, de rendre visite à la femme. La baronne , ancienne dame de compagnie de la tsarine, se rend à l’asile. Elle déclare que la femme est trop petite pour être Tatiana, et part de l’hôpital en affirmant qu’il ne s’agit pas d’une princesse russe. Quelques jours plus tard, l’inconnue affirme : .
Une infirmière, Thea Malinovsky, affirme des années plus tard que la femme a dit être une autre princesse, Anastasia Nikolaïevna de Russie, dès l’automne 1921. Cependant, la patiente elle-même ne s'en souvient pas. Ses biographes ont soit choisi d'ignorer l'affirmation de Malinovsky, soit de l'intégrer à d'autres témoignages.
Vie en Allemagne et en Suisse En , Peuthert, Schwabe et Tolstoï estiment que l'inconnue est Anastasia, et Buxhoeveden affirme qu'elle ne lui ressemble absolument pas. L'inconnue est relâchée et hébergée à Berlin par le baron Arthur von Kleist, un Russe blanc qui était commissaire de police au sein du Royaume de Pologne avant la chute du tsar. Le policier berlinois qui a géré l'affaire, Franz Grünberg, estime qu'il espère des faveurs pour avoir protégé la princesse si l'empire russe est rétabli.
L'inconnue commence à se faire appeler Anna Tchaïkovski ; selon les archives de la police de Berlin, citées par Krug von Nidda, choisissant ainsi une abréviation courante du prénom Anastasia, bien que d'autres personnes, dont Peuthert, choisissent de l'appeler Anastasia. Tchaïkovski se fait héberger par des connaissances allemandes, dont Kleist, Peuthert, une famille ouvrière du nom de Bachmann, et chez l'inspecteur Grünberg près de Zossen. Grünberg organise une visite entre la femme et Irène de Hesse-Darmstadt, sœur de la tsarine, mais Irène ne la reconnaît pas. Grünberg arrange également une visite de Cécilie de Mecklembourg-Schwerin, à qui Tchaïkovski refuse d'adresser la parole, et qui s'en va perplexe. Dans les années 1950, Cécilie déclare que Tchaïkovski est bien Anastasia, une déclaration réfutée par sa famille qui laisse entendre qu'elle souffre de démence.
En 1925, Tchaïkovski est touchée par une infection tuberculeuse de son bras et est soignée dans plusieurs hôpitaux à la suite. Très malade et proche de la mort, elle perd énormément de poids. Elle reçoit la visite d'Alexei Volkov, valet de la tsarine, du tuteur d'Anastasia Pierre Gilliard, de sa femme Shura, qui était une servante d'Anastasia, et de la sœur du tsar, Olga Alexandrovna de Russie. Tous expriment de la sympathie pour la malade et s'abstiennent de faire une déclaration publique immédiate, mais chacun nie plus tard que la malade ait été Anastasia. En , elle est soignée à Lugano avec Harriet von Rathlef. Le prince Valdemar de Danemark paie pour la convalescence par le biais de l'ambassadeur danois en Allemagne, Herluf Zahle, le temps que son identité soit confirmée. Pour l'autoriser à voyager, le bureau de l'immigration berlinois lui fournit un certificat temporaire portant le nom d'Anastasia Tchaïkovski et les informations personnelles de la princesse Anastasia. Après une dispute avec Rathlef, Tchaïkovski est envoyée au sanatorium de Sillachhaus à Oberstdorf en et Rathlef retourne à Berlin.
À Oberstdorf, Tchaïkovski reçoit la visite de Melnik, née Tatiana Botkina, la nièce de Serge Boktin, qui est à la tête du bureau des réfugiés russes de Berlin et la fille du médecin de la famille royale, Evgueni Sergueïevitch Botkine, tué avec la famille du tsar en 1918. Melnik a déjà rencontré Anastasia et l'a vue pour la dernière fois en . Elle estime que Tchaïkovski ressemble à Anastasia, mais observe que Dans une lettre, elle écrit : Elle déclare ensuite que Tchaïkovski est bien Anastasia, et suppose que son incapacité à se souvenir des événements et son refus de parler russe sont causés par sa maladie mentale et physique. Melnik apprend à Tchaïkovski de nombreuses informations sur la vie de la famille impériale.
En 1927, Valdemar est poussé par sa famille à cesser de soutenir Tchaïkovski financièrement. Le duc Georges Maximilianovitch de Leuchtenberg l'héberge au château de Seeon. Tchaïkovski cite pour se justifier « l'oncle Ernie », c'est-à-dire Ernest-Louis de Hesse, frère de l'ex-tsarine, et révèle l'avoir vu la dernière fois en en Russie. Cette allégation sous-entend un grave secret politique : ce prince allemand, par cette visite clandestine, aurait envisagé de trahir ses alliés par une paix séparée avec la Russie. Ernst de Hesse nie farouchement et engage un détective privé, Martin Knopf, pour enquêter sur la véritable identité d'Anna Tchaïkovski. Knopf affirme que Tchaïkovski est en réalité une ouvrière polonaise, Franziska Schanzkowska. Schanzkowska a travaillé dans une usine de munitions pendant la Première Guerre mondiale ; peu après la mort de son fiancé au front, elle lâche accidentellement une grenade qui explose, la blessant à la tête et tuant un contremaître sous ses yeux. Elle devient dépressive et apathique, est déclarée folle le , et est internée dans deux asiles consécutifs. Début 1920, elle est déclarée disparue à Berlin et sa famille n'a plus jamais de nouvelles d'elle. En , le frère de Franziska Schanzkowski, Felix, est présenté à Tchaïkovski à Wasserburg. Le fils de Leuchtenberg, Dmitri, est convaincu que Tchaïkovski est une usurpatrice et que son frère l'a reconnue, mais sa sœur Natalie croit le contraire. Leuchtenberg lui-même ne parvient pas à se faire un avis. D'après un témoignage, Felix aurait d'abord déclaré que Tchaïkovski est bien sa sœur Franziska, mais dans son témoignage écrit, il ne parle que d'une , il souligne des différences physiques et dit qu'elle ne l'a pas reconnu. Plusieurs années plus tard, la famille de Felix affirme qu'il a reconnu sa sœur mais a décidé de la laisser vivre sa nouvelle vie, bien plus confortable que tout ce qu'elle aurait pu vivre en temps normal.
Félix Ioussoupov se rend au château et écrit à son ami Andreï Vladimirovitch de Russie : Cependant, d'autres soutiennent cette thèse, dont Felix Dassel, un officier qui a reçu une visite d'Anastasia dans un hôpital en 1916, et Gleb Botkin, le frère de Tatiana Melnik, qui a connu Anastasia enfant.
Vie aux États-Unis En 1928, la cause de Tchaïkovski commence à être connue aux États-Unis, où Gleb Botkin a publié plusieurs articles en sa faveur. Une cousine éloignée d'Anastasia, Xenia Leeds, s'y intéresse. Botkin et Leeds organisent un voyage de Tchaïkovski aux États-Unis à bord du Berengaria aux frais de Leeds. Pendant son voyage, elle s'arrête à Paris, où elle rencontre Andreï Vladimirovitch de Russie, qui est convaincu qu'elle est la véritable Anastasia. Tchaïkovski vit six mois chez les Leeds à Oyster Bay. lien=File:Rachmaninoff seated at Steinway grand piano.jpg|alt=Black and white photograph of a thin, clean-shaven man seated at a piano|droite|vignette|Le pianiste et compositeur Sergueï Rachmaninov offre à Anna Tchaïkovski un séjour au Garden City Hotel de Long Island. Peu avant le dixième anniversaire de la mort du Tsar en , Botkin engage un avocat, Edward Fallows, et lui demande d'organiser le transfert des possessions du tsar en dehors de l'Union des républiques socialistes soviétiques. La mort du tsar n'ayant jamais été prouvée, ce patrimoine ne peut être distribué que dix ans après la date supposée de son exécution;. Fallows monte une entreprise, la Grandanor Corporation (un acronyme de ). Tchaïkovski affirme que le tsar aurait stocké de l'argent à l'étranger, ce qui fait naître des rumeurs sur une potentielle fortune des Romanov cachée en Angleterre. Les parents survivants des Romanov accusent Botkin et Fallows de chasser la fortune du tsar ; en retour, Botkin affirme qu'ils essaient de déposséder la princesse de son héritage. Aucun montant important n'a été trouvé, en dehors d'une petite somme en Allemagne distribuée aux parents proches du tsar. Après une dispute, peut-être causée par la volonté de Tchaïkovski de toucher une part de l'héritage (mais pas causée par son affirmation qu'elle est Anastasia), Tchaïkovski quitte les Leeds et va vivre au Garden City Hotel de Hempstead à l'invitation de Sergueï Rachmaninov, puis dans une petite maison de campagne. Pour éviter la presse, elle commence à se faire appeler Anna Anderson.