Bathilde (dite aussi autrefois Bathieult, Bateuch ou Baudour), née vers 630 et morte le à Chelles (Seine-et-Marne), est une reine des Francs, épouse de et régente du royaume de Neustrie-Burgondie pendant la minorité de Clotaire III. Reconnue sainte par l'Église catholique, elle est commémorée le selon le Martyrologe romain.
Sources
Les chroniques mérovingiennes (Chronique de Frédégaire et Liber historiæ Francorum) disent très peu de choses sur Bathilde. La principale source biographique est une anonyme, écrite dès la fin du , peu après sa mort (dite Vita A). Une version remaniée de cette hagiographie a été produite au début du (la Vita B) : le remaniement porte sur le style, mais consiste aussi en l'ajout de détails dans le sens de l'exaltation du personnage.
Ces Vies ont eu une postérité littéraire dès le Moyen Âge : on conserve une Vie de sainte Baltelt roine, en ancien français et en prose, datant du , et un Miracle de sainte Bauteuch du . Bathilde apparaît aussi comme personnage dans des romans médiévaux comme Theseus de Cologne ou Ciperis de Vignevaux ().
Biographie L'incertitude des origines
Des origines modestes ?
La Vita A, source primaire, est très succincte sur ses origines : elle vint en Gaule vendue comme esclave (« vili pretio venumdata »), et sa provenance est indiquée par les expressions « de partibus transmarinis » et « ex genere Saxonum » (§ 2). Cette dernière information est confirmée par le Liber historiæ Francorum (« accepitque uxorem de genere Saxonorum nomine Bathilde »). On en déduit qu'elle était d'origine saxonne, un peuple germanique continental ayant colonisé le sud-est de la Grande-Bretagne. L'hagiographe développe le thème religieux des petits et des humbles élevés aux honneurs par la Providence divine (« qui de parvis efficit magnos, immo qui de stercore elevat pauperem », etc.), ce qui fait penser à une origine très modeste du personnage.
Des origines aristocratiques ?
L'idée d'une origine plus illustre est glissée au passage parmi les ajouts de la Vita B (« Claro namque sanguine, licet alterius gentis serviret obsequiis » : « de sang illustre, bien qu'elle servît une autre famille »), mais rien n'est précisé. Dans la Vie de sainte Baltelt roine du , on passe à l'idée d'un lignage royal, dans un scénario romanesque : « Cheste dame fut nee de Sessoigne et estraite de roiale lignie, et fut en sa jonece ravie des mescreans ». Ce qui n'empêche pas l'auteur, peu gêné par la contradiction, de reprendre le même thème religieux que l'hagiographie : « Car il fait des petiz grans [...], si comme nous veons qu'il est aempli en ceste glorieuse roine ». Selon ce même texte, Bathilde serait née en « Sessoigne », un terme désignant en vieux français la Saxe continentale, confirmant ainsi ses origines ethniques saxonnes germaniques.
Épouse du roi
Bathilde fut acquise par Erchinoald (ou Archambaut), maire du palais qui la fit entrer dans sa maisonnée.Christian Bouyer, Dictionnaire des Reines de France, Librairie Académique Perrin, 1992 , .. Selon la Vie de Bathilde, le maire du palais l'employait pour lui servir à boire dans sa chambre (« eam instituit ut sibi in cubiculo pocula porrigeret » : « il la fit servir à boire dans sa chambre »). Après la mort de sa femme, Erchinoald voulu l'épouser, mais elle se déroba en se cachant... ce dernier fait est peu crédible.
Erchinoald, figure dominante de la cour, présenta Bathilde au jeune Clovis II, roi de Neustrie et de Bourgogne qui l'épousa peu après 648Selon , ., ce qui permit à Erchinoald de renforcer ses liens avec le roi.
Avec Clovis II, Bathilde eut cinq enfants, dont , roi de Neustrie et de Bourgogne, , roi d'Austrasie, et qui succéda à .
Sans doute malade depuis un certain temps, Clovis II s'éteignit en 657. La question de la succession se posait car les trois fils du roi défunt étaient de jeunes enfants. Sa veuve, Bathilde, devait donc se battre pour garder le trône de Neustrie-Burgondie à son fils aîné et assurer la régence pendant sa minorité.
Régente de Neustrie (657-664)
Une habile politique
À sa mort, laissait trois fils en bas âge, seule, le jeune fut reconnu roi. Le maire du palais Erchinoald soutint sa mère, Bathilde, à devenir régente de Neustrie. À la mort d'Erchinoald, en 658, un comité de régence se mit en place où siégeaient entre autres des évêques et le nouveau maire du palais Ebroïn. Bathilde parvint à y prendre l'ascendant. Elle apparut comme une solution de compromis pendant la minorité de alors qu'aucun clan n'était en mesure de l'emporter et pour que le royaume de Neustrie ne s'affaiblissât pas.
La reine s'entoura de conseillers ecclésiastiques, l'évêque de Rouen, Ouen, l'évêque de Noyon, Éloi, l'évêque de Paris, Chrodobert. Elle fit venir au Palais de jeunes nobles et leur attribua des postes pour s'assurer de leur fidélité. Elle usa des consécrations épiscopales pour placer des fidèles dans des régions mal contrôlées n'hésitant pas à faire exécuter le gouverneur de la région de Lyon, à faire arrêter son frère, l'évêque Aunemund qui mourut assassiné et à nommer à sa place, un de ses proches, Genès. L'assassinat de plusieurs ecclésiastiques pendant cette période fut à l'origine de l'impopularité de Bathilde, qualifiée de nouvelle JézabelVita sancti Wilfrithi.
En 662, fut reconnu roi d'Austrasie, Bathilde était ainsi parvenue à placer ses deux fils aînés sur un trône renforçant ainsi sa position, sans pour autant rééditer la prouesse politique de Brunehaut qui garda le pouvoir pendant 33 ans.
La recherche constante de l'appui de l’Église catholique
Dans la suite de la réforme du pape Grégoire le Grand, Bathilde s'employa à améliorer la conduite du clergé en luttant contre la simonie. Utilisant les ressources du fisc, elle combla l’Église de bienfaits, relevant des monastères, en fondant de nouveaux (abbaye de CorbieDom Grenier, Histoire de la ville et du comté de Corbie (des origines à 1400), fin , Amiens, Yvert et Tellier, Paris, Picard fils et , 1910 - ., abbaye de Chelles...) et resserra les liens avec l'abbaye de Luxeuil, s'associant ainsi aux entreprises religieuses de l'aristocratie. La générosité royale créait des liens personnels avec les abbés en accordant le privilège de l'immunité qui limitait l'intervention des évêques dans certains monastères.
Répondant à une demande du pape, Bathilde interdit la vente de captifs chrétiens à l'intérieur du royaume. L'historien Laurent Feller, dans son ouvrage, Église et société en Occident : , précise :
De nombreux établissements religieux furent également soutenus par la reineJean Heuclin, Les Mérovingiens, éd Ellipses, 2014 : abbayes royales de Saint-Denis, de Saint-Martin de Tours ; abbayes de Jumièges, de Saint-Wandrille de Fontenelle, de Luxeuil, de Jouarre, de Saint-Benoît-sur-Loire, de Montier-la-Celle ; basiliques de Saint-Germain d'Auxerre, de Saint-Médard de Soissons, de Saint-Aignan d'Orléans.
On assista dès lors à une sacralisation de la fonction royale, Clovis II et Bathilde réunissant un important trésor d'objets liturgiques qui contribua à donner, à l'oratoire royal, un très grand prestige.
La fin d'une grande reine
La dernière intervention politique de la reine est mentionnée dans une charte de l'évêque d'Amiens, Berthefrid, datée de 664, au sujet de l'abbaye de Corbie.
Dès 664, Ouen de Rouen et les grands de Neustrie reprirent leur indépendance profitant des désordres dans l'Église de Paris et de l'arrivée à la majorité de Clotaire III. Refusant l'affrontement, Bathilde se retira au monastère de Chelles et ne jouant plus aucun rôle politique, elle y mourut en 680.
Bathilde fut la dernière reine mérovingienne à jouer un rôle politique de premier plan.
Moniale vignette|130px|Abbaye de Chelles.
La Vita Bathildis ne précise pas la raison pour laquelle la reine quitta le pouvoir, après un complot fomenté par Ébroïn, maire du palais de Neustrie. La situation autour d'elle devenait de plus en plus violente. Vers 665, l'évêque de Paris Sigebrand (Sigobrandus), l'un de ses conseillers, fut assassiné..
Bathilde se retira alors à Chelles dans le monastère qu'elle avait fondé, avant 646. L'abbaye de Chelles avait reçu un soutien constant de cette reine. Elle agrandit l'oratoire de Clotilde et fit bâtir une nouvelle église consacrée à la Sainte-Croix.
Bathilde n'a semble-t-il jamais prononcé de vœux monastiques. Elle entra à Chelles sous l'abbatiat de Bertille, nommée par Bathilde elle-même.
Mort de Bathilde
Retirée à l'abbaye de Chelles, Bathilde mourut le ou 681Selon Robert Folz, le 30 janvier 680 ou 681, car au Moyen Âge, le changement d'année se faisait souvent à Pâques., vers l'âge de cinquante ans. vignette|100px|gauche|Blason de la ville de Chelles. Ses obsèques se résument à un simple office chanté par les moniales.. Elle est inhumée dans un tombeau placé au fond de l'abside orientale de l'église de la Sainte-Croix près de l'abbaye de Chelles et canonisée peu après par le pape .
Jacques de Voragine, dans La Légende dorée, raconte qu'à sa mort elle a la vision d'une échelle dressée devant l'autel de la Vierge Marie, touchant ainsi le ciel et pénétrant ses secrets en compagnie des angesDictionnaire encyclopédique de Marie par Pascal-Raphaël Ambrogi.. Même si ce récit n'est qu'une légende, l'échelle figure aujourd'hui sur le blason de la ville de ChellesChelles Mag' , novembre 2016, consulté le 7 novembre 2016..
Un personnage controversé
La vie et l'action de Bathilde nous sont connus soit par des hagiographes, soit par des détracteurs. Les récits la concernant varient donc selon le point de vue duquel on se place.
Selon les uns : Elle évite les conflits, veille à l’application de la justice, et envoie des missionnaires en Allemagne . Elle rend la vente et l'achat d'esclaves définitivement illégaux, sans toutefois obliger les propriétaires des grandes exploitations (souvent d'ancienne origine gallo-romaine), à affranchir les leurs immédiatement. L'esclavage, dans les royaumes francs, perdura cependant durant la période carolingienne et même au-delà. Quant aux captifs venus de l'étranger et proposées à la vente, elle décrète qu'ils deviennent obligatoirement libres sur le sol des Francs. Elle s'efforce d'interdire la vente des enfants, et essaie aussi de faire interdire la vente d’esclaves chrétiens sur les marchés extérieursSite internet "Compilhistoire", Servitude, esclavage, servage et travail forcé. Article de Jean-Paul Coudeyrette.. La reine rachète alors de nombreux captifs. De plus, elle libère de nombreux chefs de famille emprisonnés pour dettes fiscales, dénonçant le principe de l'impôt payé en fonction du nombre de personnes au foyer, ce qui a parfois pour conséquence qu'on laissait mourir les nouveau-nésLaurent Feller, L’Église et la Société en Occident. Pouvoir politique et pouvoir religieux du , Paris, Éditions CDU-Sedes, coll. « Regards sur l'histoire », 2001, 320 p. ; Enfin, elle combattit la simonie dans le clergé. La Chronique de Frédégaire qualifie Bathilde de « reginam prudentem et elegantem » (« reine sage et raffinée »). Selon la tradition, elle aurait grandement influencé son époux pour qu'il mène le royaume d'une main ferme. D'après une légende apparue vers le , dite des « énervés de Jumièges », elle le poussa à sanctionner durement ses deux plus jeunes fils qui s'étaient rebellés contre lui : les nerfs des jambes brûlés, ils furent abandonnés dans une barque sur la Seine, et recueillis à l'abbaye de Jumièges. Clovis et Bathilde auraient été présents lors de leur entrée à l'abbaye. Cette histoire est invraisemblable de bout en bout (leur fils aîné avait cinq ans à la mort de son père), mais elle fut insérée à la fin du Moyen Âge dans les Vies latines et françaises de Bathilde.
Selon les autres :