Charles-Timoléon de Beauxoncles, sieur de SigogneCe nom a été épelé de toutes les façons possibles : Sigognes, Cigognes, Sigoine, Gigoigne, Cigongnes, Segogne…, né vers 1560 à Dieppe où il est mort en 1611, est un poète satirique français.
Biographie Fils du gouverneur de la ville de Dieppe, le sieur de Sygogne a pris part aux guerres de religion dans les rangs de la Ligue avant de se rendre, lors de la bataille d'Ivry à Sully et de se rallier à Henri IV. Vers 1593, il devient gouverneur du Dunois et de Châteaudun. Gravitant dans l'entourage de la favorite d’Henri IV Henriette d'Entragues, marquise de Verneuil (1579-1633) dont il a fort probablement obtenu les faveurs, il était l’un des poètes favoris du roi qui le fit vice-amiral de Normandie. Devenu gouverneur de Dieppe en 1603, il sera celui qui transmettra les messages d’Henriette d’Entragues au roi en 1604 après l’échec de son complot pour faire reconnaître son fils Gaston-Henri comme dauphin au détriment du futur Louis XIII. Cependant, les faveurs du roi cessèrent lorsqu’on découvrit la nature de ses relations avec la marquise de Verneuil. Retiré à Dieppe dont il devient, comme son père, gouverneur, il y mène une vie de prodigalité. Compris dans le pardon accordé à Henriette d'EntraguesCatherine Henriette de Balzac d'Entragues, Sygogne n’en profitera cependant guère, le roi ayant entre-temps rompu avec la favorite.
Histoire Origines et contexte historique du Sieur de Beauxoncles La maison de Beauxoncles de Sygogne (Cigoigne, Cigongnes, Cygognes, Sigongnes, Sigoigne, Sigognes ou Sygognes), l'une des plus anciennes de l'Orléanais, portait de gueules à trois coquilles d'or au chef d'argent. Ils tiraient ce nom de Sigogne, qu'ils n'ont ajouté à leur patronymique qu'aux environs de 1505, d'une terre sise au village de Sigogne, paroisse de Saint-Léonard, à quelques lieues de Blois, et que Jean de Beauxoncles, écuyer, seigneur du Fau, époux de Jeanne de Saint-Martin, semble avoir acquise par mariage vers 1400. Cependant, ce n'était point là le plus important de leurs fiefs, qui, dans le Dunois seulement, s'élevaient jusqu'à trente-six. Le reproche qui leur fut fait de n'appartenir pas à la noblesse est d'autant plus mal fondé que le petit-fils de Pierre de Beauxoncles, écuyer et premier seigneur de CigognesOu, du moins, premier Beauxoncles, seigneur de Sigogne, car l'on rencontre des Sigoygnes au . En 1374, une demoiselle de Sigoygnes épouse Philippon Voyer, escuyer ; et, en 1391, Guillaume d'Alvigny, chevalier, [Liste des seigneurs de Rochefort|seigneur de rochefort] et de la Millandiére, partage, le jour de la Quasimodo, avec Pierre de Sigongne, escuyer, la terre de la Millandiére. Nous croyons que les Beauxoncles et les Sigogne se sont alliés par la suite, bien qu'il ne soit fait mention d'aucun Sigogne dans les preuves de noblesse de Charles-Timoléon. Le blason des Sigogne se compose de trois oiseaux et d'un chevron, armes que la famille des Beauxoncles semble avoir momentanément portées. H. Adrien Thibault a tenté avec nous, mais sans y réussir, de résoudre ce petit problème héraldique.,Jean de Beauxoncles, lieutenant de la Bande des Archers françois de la Garde du Boy sous M. de Chavigny, mourut Chevalier de Saint-Michelcf Ordre de Saint-Michel en 1572. L'on sait que la réception dans l'Ordre impliquait les seize quartiers. Les Beauxoncles devaient être promus à de plus hautes dignités.
Le , sur les sollicitations de M. de Brissac, messire René de Beauxoncles, chevalier, seigneur de Sigoignes, Rocheux, les Rivaudières, l'Archerie, Aulnay, Yieuvy, etc., etc., capitaine de deux cents hommes de pied des Vieilles Bandes du Piémont (et, sous Henri III, chambellan de France et de Pologne), fut nommé par Charles IX gouverneur du hâvre et château de Dieppe, en remplacement de M. de la Curaye, gentilhomme religionnaire, qui, cédant aux remontrances de Catherine de Médicis, venait de se démettre de sa charge. Il ne convenait pas, en effet, que le roi fût servi « en ses bonnes villes » par d'autres capitaines que de religion romaine.
Esprit délié, persuasif, plein d'adresse et de politique, René de Beauxoncles devait mieux que personne servir les desseins de la reine mère. Il est cependant assez difficile de le juger. Les historiens catholiques, tels que Desmarquets, Asseline et l'abbé Cochet, le représentent comme un homme vertueux, sage et modéré, tandis que les protestants, tels que les frères Daval, Samuel Hardy et le Rév. Charles Merk, en font un sectaire ambitieux et sans pitié. Les seconds donnent même à entendre qu'il aurait été valet de Brissac, le confondant avec son frère Jean, qui avait exercé les fonctions de gouverneur du jeune Comte, et dans la feinte ignorance que les deux familles s'étaient alliées.
Son premier soin fut de ne laisser paraître aucune prédilection pour le catholicisme, de faire mille avances aux protestants et de capter ainsi leur affection. C'est qu'il n'était pas sans savoir que si l'amiral de Châtillon, qui avait la haute main sur le port de Dieppe, rentrait en crédit, il ne voudrait laisser qu'à l'un des siens le gouvernement de la citadelle.
Ce qu'il avait redouté se réalisa : l'amiral obtint sa grâce et fit bientôt connaître aux Dieppois son intention de leur donner un gouverneur dont il fut plus assuré. M. de Sigogne dut à la ruse de conserver son siège. Il alla sur-le-champ trouver les échevins et en obtint aisément une requête en sa faveur. Coligny, surpris, hocha la tête : «Messieurs les Dieppois, dit-il, me font l'effet de ne savoir ce qu'ils demandent : je crains qu'il ne leur advienne comme aux grenouilles, et que leur Cigogne ne leur fasse un mauvais parti. » Il acquiesça cependant, pensant que si ce gouverneur leur donnait quelque défiance, ils le remplaceraient quand ils le voudraient. Quand ils le voulurent, il était trop tard...
Sitôt que M. de Sigogne fut certain de sa place, il se dévoila catholique ardent et ne manqua pas une occasion de sévir contre les réformés. En 1567, pendant la prise d'armes du prince de Condé, un coup d'arquebuse qui lui fut tiré par un milicien excita sa colère. Dès lors, il exagéra les conséquences des édits de rigueur et restreignit celles des édits favorables, refusa l'entrée de Dieppe aux ministres et fidèles qui en étaient sortis précédemment, bien que la Déclaration du . autorisât dans le royaume l'exercice de la religion nouvelle, et fit décider que tous les enfants, sans distinction, seraient baptisés immédiatement après leur naissance. Bref, il fut odieux. Un gentilhomme de la contrée, Jacques Malderée, sieur de Cateville, se mit à la tête d’un complot. Le complot découvert, Cateville fut décapité, avec cinq partisans nobles et dix-neuf bourgeois. La sévérité du gouverneur ne connut plus de bornes. Les flagellations, les pendaisons, les supplices furent remis en usage. On leva des impôts énormes, qui, en quelques jours, produisirent plus de trente mille écus. Enfin, une partie des pauvres diables abjura le schisme à l'autre se résigna à gagner l'Angleterre.
La ville soumise, ce soudard, qui servait aveuglément son roi, usa cependant de clémence en préservant du massacre de la Saint-Barthélemy les derniers calvinistes courbés sous la terreur. Sa mort, néanmoins, fut regardée comme un miracle, « une justice de Dieu ». Le , il était allé visiter des domaines confisqués sur les huguenots, près du village de Pourville; au retour, son cheval, qui avait appartenu à l'un des conspirateurs décollés, s'abattit dans une rivière et lui décocha une ruade à la poitrine. On l'inhuma dans l'église de Saint-Rémy. Sur le monument, qui le représentait tête nue, mains jointes, et portant le collier de Saint-Michel que le roi lui avait adressé en 1566, l'on grava cette épitaphe :
« J'eus mes honneurs guerriers en Piémont et en France. Mes grades à la cour et à Turin mon los La Beausse a eu mes biens, mes parens, ma naissance. Et Dieppe mon conseil, mon labeur et mes os. »
René de Beauxoncles, qui, en 1556, avait épousé Jeanne des Essarts, dame d'honneur de Marie de Médicis, laissait deux fils : Charles-Timoléon, le poète satirique et Anthoine de la Benaudière, qui épousa, par la suite, Jacqueline de Yendômois, sœur utérine de RacanHonorat de Bueil de Racan (1589-1670), poète et écrivain français. Aymard de Cermont de ChastesAymar de Clermont-Chaste, seigneur de Gessans et de La Bretonnière, mort en 1603, est un gentilhomme catholique et officier de marine français des s. Il sert durant les guerres entre l'Espagne et la France entre 1582 et 1598., chevalier de l'ordre de Malte, succéda à René de Beauxoncles de Sigogne, le . Il a peut-être paru oiseux de s'attarder à la vie de René de Beauxoncles. Pourtant, il n'était pas moins nécessaire d'étudier un gouvernement qui devait retourner aux mains dissipatrices du poète que de détruire une légende qui fait encore de Sigogne une sorte de baron de Foeneste, un faquin parvenu, petit-fils d'un barbier de village et fils d'un valet d'écurie aux gages du maréchal de BrissacCharles de Cossé, comte de Brissac (1505-1563), est un militaire et aristocrate français du . Il est élevé à la dignité de maréchal de France en 1550. Pour le distinguer de son frère cadet Artus de Cossé-Brissac, lui aussi maréchal de France, il est surnommé « maréchal de Brissac ».. De tous les écrivains de valeur que la Postérité a refusé d'enregistrer, de tous les aventuriers aujourd'hui sans renom, nul n'est plus oublié que Sigogne, nul n'échappe plus aux curieux, insuffisamment renseignés par le Journal de l'Estoilecf Pierre de L'Estoile, mémorialiste français et les Historiettes de Tallemant. On ne peut que regretter que Colletet n'ait point consacré à Sigogne, dans sa Vie des Poètes français, l'article qu'il méditait, bien que cet article ne nous fût peut-être pas parvenu... Les esprits imaginatifs, ou simplement perspicaces, ne s'attarderont pas à déplorer cette lacune : l'image du satirique, ses compagnons, ses amours et ses mœurs revivront à la lecture de ses vers.
Vie de Charles Timoléon de Sigogne On évoque aisément Villon dans son mauvais lieu. Charles-Timoléon de Beauxoncles, chevalier, seigneur de Sigogne, Rochereux, Oucques, Saint-Simon et autres lieux, gentilhomme ordinaire de la Chambre et Appartements de Sa Majesté, capitaine des Ordonnances du Roi et cornette au régiment de Mayenne, naquit, d'après dom Liron, dans le comté de Dunois, vers 1560.
Il est probable qu'il passa son enfance à Dieppe, ce qui expliquerait l'erreur d'Asseline qui l'y croit né, lui et son frère. Destiné à la carrière des armes, il dut servir de bonne heure, puisqu'en 1585, Agrippa d'Aubigné, qui escarmouchait avec les huguenots, dans le Poitou, la Touraine et l'Orléanais, contre les ducs d'Épernon et Joyeuse, surprit, près de Marchenoir, trente cavaliers de sa compagnie et en fit prisonnier le maréchal des logis, La Grand'Houssaye. La prise parut de si mince noblesse que l'on relâcha La Grand'Houssaye avec mépris.
Trois ans après la bataille de Vimory, où Sigogne fut blessé (B. N. Cabinet d'Hozier, ms. fr. 30, 916), l'armée de Mayenne, éclatante et fleurie comme la « chevalerie » de François , renforcée de deux mille Espagnols, dirigés par le comte d'Egmont et précédés d'un moine en habits sacerdotaux qui brandissait une croix de Saint-André, rencontrait à Ivry les onze mille soudards mal équipés du Béarnais. Le , au matin, l'artillerie royale ouvrit le combat. On sait le reste. Les reîtres, balayés par le roi, qui menait la charge « avec un grand pennache sur sa salade » (Charron), jetèrent le désordre dans les lanciers de Mayenne. Ceux-ci les repoussèrent avec leurs lances, et la confusion acheva la déroute du parti ligueur, qui perdit huit cents hommes de cheval, mille huit cents hommes de pied et cinq canons.