Le raid israélien contre le quartier général de l'OLP à Tunis ou opération Jambe de bois ( ou ) selon le nom de code donné par Israël, est une opération de bombardement par l'armée de l'air israélienne du quartier général de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Hammam Chott en Tunisie réalisé le sur ordre du Premier ministre israélien de l'époque, Shimon Peres. Il est considéré par le Conseil de sécurité des Nations unies comme un .

Il cause la mort de 50 Palestiniens et de 18 Tunisiens.

Contexte L'un des objectifs de l'intervention militaire israélienne au Liban de est de repousser l'OLP hors du Liban du Sud, région qui est utilisée comme base pour lancer des attaques contre le territoire israélien. Après avoir quitté le Liban, Yasser Arafat choisit la Tunisie pour y installer le quartier général de l'OLP. Il s'y installe le ..

Le , trois civils israéliens sont assassinés sur leur yacht au large de la côte chypriote, à Larnaca. L'opération est revendiquée selon le site de Tsahal par la de l'Organisation de libération de la Palestine., mais est officiellement condamnée par l'OLP.. Cet assassinat se voulait de la part de ses auteurs comme une vengeance contre une décennie de politique israélienne basée sur des détournements dans les eaux internationales.. Le cabinet israélien décide alors immédiatement de venger cette attaque et choisit de viser les bureaux de l'OLP à Hammam Chott (au sud de Tunis). D'après Noam Chomsky, Israël a par la suite concédé que les auteurs de cet assassinat étaient probablement lié à la Syrie et que, même si la Tunisie n'y était pas liée, elle constituait néanmoins une cible bien plus facile et sans défense.

Déroulement de l'opération

vignette|F-15D Baz , avec une marque de victoire de l'opération Jambe de bois apposée à côté de son nom. vignette|redresse=0.5|Dessin de la marque de victoire.

Le , à du matin, dix F-15D décollent en direction de la Tunisie pour une mission longue visant un objectif distant de . Il s'agit de F-15D Baz (, « faucon »), des modèles modifiés pour l'armée israélienne.

{| class="wikitable" |+ Liste des dix F-15D Baz impliqués.. ! scope="col" | ! scope="col" | Nom en hébreu ! scope="col" | Translittération ! scope="col" | Traduction littérale |- | 223 | align="right" | | | « tigre volant » |- | 280 | align="right" | | | « main explosive » |- | 408 | align="right" | | | « char de feu » |- | 450 | align="right" | | | « épée à double tranchant » |- | 455 | align="right" |

| 530 | align="right" | | | « flèche » |- | 840 | align="right" |

| 957 | align="right" |

| 965 | align="right" | | | « oiseau de feu » |- | 970 | align="right" | | | « biche de l'aurore »

Deux d'entre eux ne sont pas armés de bombe et sont chargés de l'escorte, tandis que les autres emportent des bombes guidées GBU-15. Ils sont accompagnés de deux ravitailleurs, avec l'appui d'une base américaine en Sicile, selon Jeune Afrique.. Le ravitaillement des avions se fait en vol à mi-chemin vers . Un hélicoptère de secours est prépositionné à Malte.

Les avions ne trouvent aucune opposition pour les empêcher de pénétrer l'espace aérien tunisien et de bombarder en deux vagues le quartier général de l'OLP en bord de mer d'où Arafat est absent (car se recueillant sur la dépouille de l'ancien ministre tunisien Abdallah Farhat). La Tunisie dénombre ( et .), tués par les : ., avec une centaine de blessés et des dégâts matériels estimés à six millions de dollars.

Après l'arrestation de l'agent double Jonathan Pollard en aux États-Unis, on apprend l'objectif d'utiliser des photos satellites américaines que ce dernier a transmises secrètement aux services israéliens..

Selon Noam Chomsky, les États-Unis, de par leurs six navires de guerre en Méditerranée et leurs agences de renseignement, ne pouvaient ignorer l'approche des F-15 en direction de la Tunisie. Cependant, bien qu'elle fût leur alliée, ils ne l'ont pas prévenue.

Après le raid Réactions tunisiennes

vignette|redresse|Mémorial érigé à Hammam Chott en hommage aux victimes de l'opération.

La question qui préoccupe dès lors le président Habib Bourguiba, ami fidèle des États-Unis, demeure la position de ce pays vis-à-vis du raid à un moment où l'opposition tunisienne, toutes tendances confondues, reproche au gouvernement son alliance avec Washington et exige la rupture des relations diplomatiques avec les États-Unis, où le sentiment antiaméricain se renforce dans l'opinion publique exaspérée par le manquement des médias vis-à-vis de la couverture de la tragédieSaâdeddine Zmerli, communiqué de la Ligue tunisienne des droits de l'homme, . et où le différend avec la Libye ainsi que la situation sociale du pays risquent de mettre le feu aux poudres. La Maison-Blanche approuve en effet, le jour même de l'attaque, le raid israélien en le qualifiant de , déclare le porte-parole de la Maison-Blanche, Larry Speakes, qui tient à ajouter à la fin de sa déclaration .

Bourguiba, préoccupé par le rôle qu'auraient joué les États-Unis dans l'opération et étonné par la position américaine aurait déclaré à l'ambassadeur américain à Tunis qu'il avait fait convoquer au lendemain de l'agression : (Le Quotidien de Paris du ). Mahmoud Mestiri, numéro deux de la diplomatie tunisienne, demande aux États-Unis, le , de . Répondant à la demande, Washington finit par réviser son jugement. Tout en exprimant sa « compréhension » envers l'opération israélienne présentée comme une « expression d'autodéfense », la Maison-Blanche s'abstient de reprendre ses affirmations du présentant le raid comme légitime. commente le journal Le Soir ().

Conseil de sécurité de l'ONU

Tout de suite après l'attaque, la Tunisie porte plainte auprès de l'ONU. Des négociations sont rapidement entamées sur un texte de résolution. Elles aboutissent à la résolution 573, dans laquelle le Conseil de sécurité .. C'est une résolution qui ne mentionne pas les Palestiniens et condamne le raid sans toutefois s'attaquer directement à son auteur, la formulation initiale ayant été remplacée par , et la référence à un terrorisme d'État ayant été supprimée..

À la suite des pressions internes aux États-Unis, de la condamnation ferme des Européens et de l'intervention de Bourguiba, les États-Unis optent pour l'abstention. Le texte adopté par contre 0 et une abstention., outre la condamnation de l'attaque, demande des compensations financières pour les dommages subis par la Tunisie et exige des États membres des mesures pour éviter la répétition de cette agression. À cela, Mestiri répond : (Réalités'' du ). Toutefois, cette résolution ne manque pas de provoquer une réaction d'hostilité de la part d'Israël qui, dans une déclaration du dont elle demande l'intégration dans le rapport du secrétaire général de l'ONU sur l'application de la résolution, considère le texte comme et, en particulier, rejette .

En , la Tunisie présente à l'ONU un rapport détaillé sur les dégâts causés par le raid israélien. Dans ce rapport de , élaboré par une commission d'enquête spéciale constituée par le gouvernement, la Tunisie avance le chiffre de ( et ) et de dégâts matériels. Le gouvernement tunisien se réserve compte tenu du fait que, selon la commission, il est impossible d'évaluer l'ampleur du préjudice subi. Toutefois, la partie de la résolution estimant que la Tunisie a droit à est resté lettre morte, puisque Israël n'avait toujours pas versé de réparation en 2023.

Attentats Les attentats des aéroports de Rome et de Vienne, effectués le par le Fatah-Conseil révolutionnaire, sont des représailles à l'opération.

Notes et références

Bibliographie . .

Articles connexes

Relations entre Israël et la Tunisie

Jambe de bois Catégorie:Crime de guerre israélien Catégorie:Bombardement Catégorie:Conflit israélo-arabe Catégorie:Histoire contemporaine de la Tunisie Catégorie:Octobre 1985 Catégorie:1985 en Tunisie Catégorie:1985 en Israël Catégorie:1985 en Palestine Catégorie:Nom de code Catégorie:Relations entre Israël et la Tunisie