Alexandre Galopin, né le à Gand et assassiné à son domicile à Etterbeek le , est un ingénieur belge et le gouverneur de la Société générale de Belgique, à partir de . Il est considéré comme une figure marquante du patronat belge de la première moitié du . Biographie Alexandre Marie Albert Galopin, né le à Gand, est le fils de Gérard Galopin, professeur à l'Université de Liège, et de Marie Céline Schindeler. Galopin est issu d’une famille intellectuelle, son père ayant exercé les fonctions de professeur de droit civil puis recteur de l’Université d’Etat de Liège. Le , il épouse à Louvain Elisabeth Verriest, fille d'un professeur à l'Université catholique de Louvain.

Alexandre Galopin fait des études d’ingénieur civil à l’Université de Liège dont il sort diplômé en 1902. Il poursuit sa formation à Berlin, Londres et Paris. Il parle ainsi l’anglais et l’allemand .

De retour à Liège en 1904, il est engagé par la Fabrique nationale d'Armes de Guerre à Herstal (FN), où il côtoie le monde ouvrier en exerçant, à sa demande pendant deux ans, les fonctions d’ajusteur sur machines-outils et de dessinateur industriel. Dès le début de sa carrière, Galopin se montre sensible à la condition ouvrière. Il se fait remarquer grâce à ses talents d’organisation et dote la FN d’un laboratoire de pointe. En 1913, il devient directeur général de la FN. Á la veille du déclenchement de la guerre, la FN produit non seulement des fusils de chasse, mais aussi des armes de guerre, des munitions, des vélos, des motos, des automobiles et des camions. Galopin joue un rôle central dans cette diversification industrielle .

Première Guerre mondiale

Lors de la Première Guerre mondiale, le territoire belge est envahi par l'armée allemande à partir du . En raison du caractère stratégique de la production, le conseil d’administration de la FN décide l’arrêt des activités et la fermeture des usines. L’occupant allemand place la FN sous séquestre et transfère ses machines-outils vers les arsenaux allemands .

Alexandre Galopin quitte Liège pour Anvers, où l’armée belge se regroupe et constitue un réduit national jusqu'en . Il se réfugie alors en France au Havre, où s’est installé le gouvernement belge, auprès duquel il se met à disposition.

Entretemps, le gouvernement français désigne le socialiste Albert Thomas en tant qu’organisateur de la production du matériel de guerre. Nommé sous-secrétaire d’Etat de l’artillerie et des munitions, il négocie avec le Premier ministre belge Charles de Broqueville la mise à disposition de Galopin au profit de l’effort de guerre français. En échange de la fourniture de 15.000 fusils à l’armée belge stationnée sur l’Yser, le gouvernement belge y consent .

Galopin se voit confier par le ministre Thomas la coordination de l’ensemble de la production d’armements légers par les usines françaises dispersées dans l’Hexagone. S’inspirant du taylorisme, méthode nord-américaine en vogue dans les années 1900, Galopin met en œuvre une standardisation rigoureuse de l’usinage des pièces de fusils entre les diverses usines, ne requérant qu’un travail final d’assemblage. La « méthode Galopin » accroît considérablement la productivité et permet la fourniture dans des délais courts de l’armement indispensable au front. Galopin est ensuite chargé, avec l’appui de Winston Churchill (ministre britannique de l’Armement en 1917-1918), d’appliquer la même méthode à la production des pièces pour mitrailleuses. Et, à partir de 1917, Galopin se voit confier la mission de standardisation de la fabrication des moteurs d’avion

Á la fin de la guerre, Galopin participe activement au « Comité consultatif » créé en à Paris par le ministre des Affaires économiques Paul Hymans, en charge de planifier la politique économique d’après-guerre de la Belgique et de préparer les négociations de paix .

Entre-deux-guerres (1919-1939)

Conseiller économique du gouvernement belge à la fin de la Première Guerre mondiale en , il est participe à la préparation et à la mise en œuvre de la politique de relance de l’industrie belge après 1918.

En 1919, Paul Hymans, ministre des Affaires étrangères, appelle Galopin à participer en 1919 à la délégation belge qui négocie Traité de Versailles. Il fait partie des experts belges sur les questions économiques et financières, notamment au sujet des réparations belges à réclamer à l’Allemagne vaincue.

En tant que régent de la Banque Nationale de Belgique (BNB), Galopin participe aux réunions de la Banque des règlements internationaux (BRI) à Bâle, qui devient dans les années 1930 un lieu de concertation entre banques centrales .

Dans l'entre-deux-guerres, Galopin reprend ses fonctions de directeur général et administrateur de la Fabrique nationale (FN). L’actionnariat allemand est évincé au profit d’un ancrage belge. Galopin pousse au développement de la division « moteurs », en vue de diversifier les débouchés de l’entreprise suite au déclin des ventes d’armes. Il procède à l’engagement d’une nouvelle vague d’ingénieurs et de techniciens et crée, au sein de la FN, une école de formation professionnelle dès 1921. Galopin dote la FN de nouvelles machines-outils permettant la standardisation des pièces et l’augmentation de la productivité .

Depuis 1919, la Société Générale de Belgique (SGB), le principal holding du pays, est l’actionnaire majoritaire de la FN. Galopin est appelé par le gouverneur Jean Jadot à rejoindre la direction de la SGB. Il lui confie la réorganisation et la modernisation de l’industrie charbonnière belge, secteur dominé par la SGB. Pour remédier à la faible compétitivité des charbonnages du Borinage, Galopin restructure les sièges d’exploitation et crée un complexe industriel hennuyer. La valorisation du charbon est favorisée par la constitution des sociétés « Carbonisation centrale » et « Carbochimique ». Outre la rationalisation de la production, Galopin favorise la cartellisation de l’industrie charbonnière en accord avec Évence-Dieudonné Coppée III, responsable des intérêts de la « Banque de Bruxelles » dans le secteur. Galopin reste un des principaux décideurs de l’industrie charbonnière belge, et ce jusqu’à sa mort en 1944 .

Galopin représente la SGB dans de nombreuses entreprises industrielles, principalement dans le secteur de la métallurgie, notamment « S.A. John Cockerill » et « La Providence ». Son action s'étend dans le charbonnage, la métallurgie, la construction mécanique, etc. Il reste administrateur délégué de la FN jusqu’en 1932.

En 1932, Galopin devient vice-gouverneur de la SGB. En , il succède à Émile Francqui en tant que gouverneur de la SGB, holding contrôlant à l’époque près de 30% de l’économie belge. À ce titre, il préside à la fois le comité de direction et le conseil d’administration.

Dans la foulée des enseignements tirés du Krach de 1929 à la bourse de New York, le législateur belge scinde les activités de holding et les banques de dépôt. Galopin est amené à présider également la « Banque de la Société Générale » entre 1935 et 1939. Á ce titre, il s’implique dans les négociations avec le ministre des Finances Max-Léo Gérard relatives à la réforme monétaire. Il déjoue le projet du parti socialiste d’instaurer un contrôle des holdings .

En tant que membre du « comité permanent » de la Société nationale des chemins de fer belges (SNCB), entre 1926 et 1935, il initie un système d’assurances sociales interne et organise les relations paritaires avec les syndicats. Il s’implique également dans le Fonds national de la recherche scientifique (FNRS), fondé en 1928, où il promeut l’imbrication entre industries et universités. Il est en effet vice-président du Fonds national de la Recherche scientifique et président du Comité Science-Industrie .

De 1936 à 1940, il est président de l'Association belge des Banques.

Seconde Guerre mondiale

Sous l’impulsion de Galopin, la SGB prend des dispositions de sauvegarde de ses intérêts à l’approche du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Des capitaux importants font l’objet de transferts à l’étranger, notamment au Congo et aux États-Unis. Le gouverneur se propose de rester en Belgique occupée, tandis que des administrateurs ayant pleins pouvoirs sont désignés hors du territoire national, notamment pour assurer la direction des filiales situées au Congo belge. Galopin, ainsi que la direction de la SGB, est parfaitement informé de l’importance stratégique de l’uranium congolais en possession de l’Union minière du Haut Katanga (UMHK). Edgar Sengier, directeur de la SGB et de l’UMHK, est choisi par le conseil d’administration de la SGB et, doté de larges mandats de gestion, il part s’établir à New York. En 1938, Sengier ordonne que la moitié du stock d’uranium au Congo soit transféré dans un hangar au port de New York. Ces réserves d’uranium seront mises à disposition de l’armée américaine par ce dernier pour permettre la production des premières bombes atomiques .

Animateur de la politique de « présence » face à l’occupant nazi

Á la veille de son départ de Bruxelles, le gouvernement belge, représenté par les ministres Paul-Henri Spaak et Camille Gutt, convoque, le , des dirigeants du monde des affaires. Á l’occasion de cette entrevue, les banquiers Galopin (SGB), Max-Léo Gérard (Banque de Bruxelles) et Fernand Collin (Kredietbank) sont informés que le gouvernement, à la suite de l’avance allemande, désire maintenir en Belgique occupée des responsables de confiance qui suivront les événements de près et donneront des avis.  A une question de Galopin, Spaak et Gutt admettent que des concessions pourront être octroyées à l’occupant dans le domaine économique, pour assurer la survie du pays. Les banquiers reçoivent du gouvernement une « mission de confiance » d’ordre général, accompagnée d’une mission spécifique consistant à assurer le paiement des salaires du personnel de l’Etat. Pour ce faire, Gutt confie un Bon du Trésor en blanc à Galopin, pour couvrir les engagements financiers des banques au nom de l’Etat belge .

Les protagonistes ignorent les événements ultérieurs, imprévisibles : la capitulation de la France par l'Armistice du 22 juin 1940, la volonté du roi Léopold III de rester en Belgique occupée, le départ d’une partie du gouvernement pour Londres, etc…

Les banquiers, mandatés par le gouvernement exilé, se réunissent autour du gouverneur Galopin, dans un comité informel surnommé « comité Galopin ». Au cours des premiers mois de l’Occupation, le « comité Galopin » joue un rôle primordial dans le rétablissement des transports, de la logistique (poste, télégraphe et téléphone), et des réseaux de distribution (électricité, charbon, gaz, eau), de manière à enrayer le chômage massif et relancer l’activité économique. Dès le milieu du mois de , une entreprise publique, les PTT, annonce la reprise de ses activités en matière de communications postales, télégraphiques et téléphoniques. Galopin incite au rétablissement du trafic ferroviaire par la SNCB. Les départements ministériels, dirigés par les secrétaires généraux, travaillent normalement. L’objectif est non seulement de remettre en marche l’économie belge, mais aussi d’éviter une mainmise de l’occupant allemand sur l’ensemble des réseaux stratégiques, que le gouverneur Galopin et son entourage souhaitent maintenir dans des mains belges.