Frank Jack Fletcher, né le à Marshalltown, Iowa, et mort le à Bethesda, Maryland, est un amiral de la Marine des États-Unis qui a combattu pendant la guerre du Pacifique, principalement comme commandant supérieur à la mer des forces américaines, lors des batailles de la mer de Corail, de Midway, à l'attaque de Guadalcanal et à la bataille des Salomon orientales.
Il n'a plus exercé ensuite de commandements à la mer en première ligne, alors que dans les quatre batailles qu'il a livrées pour aucune perdue, six porte-avions japonais ont été détruits contre quatre porte-avions américains. Selon John B. Lundstrom,
Carrière Frank J. Fletcher, né en 1885, est entré à l'Académie navale d'Annapolis en 1902. Diplômé en 1906, il est classé sur 116. Nommé enseigne de vaisseau (ensign) en 1908, il embarque sur les cuirassés , , et , ainsi que sur le yacht USS Eagle et la frégate à vapeur USS Franklin. En 1909, il est affecté au destroyer USS Chaucey, qui fait partie de la Flottille de Torpilleurs d'Asie. En 1910, il reçoit le commandement du destroyer USS Dale et en 1912 de l'USS Chaucey. Transféré peu après sur le cuirassé , le lieutenant Fletcher participe à l'occupation de Veracruz en et reçoit la Médaille d'Honneur (Medal of Honor) pour sa conduite dans cette opération. Il devient, en , aide de camp () à l'état-major du commandant-en-chef de la Flotte de l'Atlantique (c'est à l'époque, son oncle, l'amiral Frank Friday Fletcher). Au bout d'un an, il rentre aux États-Unis, à l'Académie Navale d'Annapolis, au Département ExécutifFJ Fletcher militaryhistory.about.com.
Première Guerre mondiale et entre-deux-guerres vignette|gauche|Le destroyer USS Benham (DD-49) quittant le port de Brest, le 22 octobre 1918. Après l'entrée en guerre des États-Unis, Fletcher sert comme officier de tir sur le cuirassé à partir de , puis exerce le commandement du yacht USS Margaret (SP-527), dont il fait constater l'état déplorable. En , il est affecté au destroyer USS Allen, puis le lieutenant commander Fletcher commande le destroyer USS Benham, et pour son action au cours de patrouilles dans les eaux européennes, il reçoit la Navy Cross.
D' à , il concourt à l'achèvement du destroyer USS Crane à San Francisco. Il devient alors commandant du destroyer USS Gridley. En , il est affecté au Bureau of Navigation de lU.S. Navy, jusqu'en . Il rejoint alors la flotte d'Asie (United States Asiatic Fleet), où il exerce le commandement du destroyer , de la canonnière USS Sacramento (PG-19), du ravitailleur de sous-marin USS Rainbow (AS-7), enfin de la base de sous-marins de Cavite. Il est affecté à l'arsenal de Washington, de 1925 à 1927. En 1928, il souhaite recevoir une formation de pilote, mais ne peut l'obtenir pour une faiblesse d'acuité visuelle. Le commander Fletcher est nommé alors commandant-en-second du cuirassé et suit les cours de l'École de guerre navale (Naval War College) en 1929-1930, puis de l'École de guerre de l'Armée des États-Unis (United States Army War College) en 1930-31, pour se préparer à des responsabilités de commandement stratégique.
Promu captain en 1931, il devient chef d'état-major du commandant-en-chef de la flotte d'Asie en . À partir de l'été 1933, il exerce les fonctions d'aide-de-camp du secrétaire d'État à la Marine, Claude A. Swanson. En , il est nommé commandant du cuirassé , navire amiral de la division de cuirassés. Après avoir été chef-adjoint du bureau de la navigation de lU.S. Navy, en 1938, il est promu contre-amiral en , et regagne le Pacifique, où il exerce le commandement de la division de croiseurs, puis de la division de croiseurs en Frank J. Fletcher The Pacific War Online Encyclopedia.
Seconde Guerre mondiale
En ces premiers jours de , la division de croiseurs, avec les croiseurs lourds , , , et et commandée par le contre-amiral Fletcher, fait partie de la Task Force 3 ou force d'éclairage de la flotte du Pacifique avec l' qui porte la marque du vice-amiral Wilson W. Brown, la division de croiseurs, une division de destroyers, et une division de dragueurs de minesTF 3. Le contre-amiral Kinkaid qui devait prendre la suite du contre-amiral Fletcher n'est pas encore arrivé à Hawaï, lors de l'attaque de Pearl Harbor, à laquelle échappe la Task Force 3, en manœuvres, le , au sud d'Oahu.
La participation aux raids de porte-avions (décembre 1941-mars 1942)
Les Japonais ont aussitôt entrepris d'accroître leur périmètre défensif en débarquant à Guam, possession américaine au sud de l'archipel des Mariannes, ainsi que dans le protectorat britannique des îles Gilbert et sur l'atoll de Wake. Ils y ont partout réussi rapidement, sauf à Wake, où la défense des marines a repoussé un débarquement le . Dès le 12, un renfort d'avions y était acheminé par l'. Le , l' est arrivé à Pearl Harbor, venant de San Diego, et une Task Force 17 est constituée aux ordres du contre-amiral Fletcher avec ce porte-avions et la division de croiseursTF 17 Wake. Le contre-amiral Flechter, qui a sa marque sur l', appareille le 15, avec le ravitailleur d'hydravions , chargé de matériel pour Wake, et le pétrolier pour atteindre Wake le 24. Mais la progression est lente, et le 21, il est encore à de Wake, car la vitesse du pétrolier ne dépasse pas 12 nœuds et le ravitaillement à la mer n'est pas encore une technique bien maîtrisée. Sur la foi d'un renseignement annonçant l'arrivée dans les parages de Wake de porte-avions japonais, le vice-amiral Pye, qui assure par intérim le commandement en chef de la flotte du Pacifique annule finalement l'opération, le , au grand désappointement du contre-amiral Fletcher. Les marines de Wake sont contraints à la reddition le lendemain, les porte-avions Sōryū et Hiryū assurant la couverture de l'attaque.
Le , le contre-amiral Kinkaid prend la tête de la division de croiseurs. Courant janvier, le contre-amiral Fletcher, au commandement de la Task Force 17 constituée autour l'USS Yorktown (CV-5) DANFS, escorte un convoi qui renforce en troupes les Samoa, puis va bombarder Jaluit, dans les îles Marshall et Makin dans, les îles GilbertTF 17 Jaluit-Makin. En février, opérant conjointement avec la TF 11TF 11 Lae & Salamaua, il va exécuter des raids sur des positions japonaises du Pacifique central, en Nouvelle-Guinée à Lae et SalamauaTF 17 Lae & Salamaua, puis couvre, en mars, les communications Hawaï-Australie.
La bataille de la mer de Corail (3-8 mai 1942)
Début , l'amiral Yamamoto qui souhaitait, en attaquant l'île de Midway, attirer la flotte américaine du Pacifique dans une « bataille décisive », a accepté, à la demande de l'État-Major de l'Armée, de distraire la division de porte-avions (les Shōkaku et Zuikaku), aux ordres du contre-amiral Hara, pour couvrir l', qui consistait à aller débarquer à Port Moresby, sur la côte sud-est de la Papouasie, pour assurer la sécurité de la base que les Japonais avaient installée à Rabaul en Nouvelle-Bretagne, contre une contre-offensive australienne, et débarquer à Guadalcanal et à Tulagi, dans l'archipel des îles Salomon, pour attaquer la liaison entre Hawaï et l'Australie. vignette|Le Shōhō touché par une torpille d’un avion de l’ (7 mai 1942) thumb|left|Le Neosho (en haut au centre ) en train de bruler et coulant lentement après l'attaque des bombardiers en piqué japonais. Renseigné, grâce au déchiffrage du code japonais, sur les objectifs de l'ennemi, l'amiral Nimitz a envoyé deux Task Forces prendre position au sud-est des îles Salomon, en mer de Corail, la TF 11 constituée autour du porte-avions commandée par le contre-amiral Fitch qui avait remplacé en avril le vice-amiral Brown, et la TF 17 constituée autour du porte-avions , commandée par le contre-amiral Fletcher, désigné comme commandant supérieur à la mer du côté américain, en attente de l'arrivée du vice-amiral Halsey, qui se hâtait depuis Pearl Harbor, avec la TF 16 (porte-avions et ) de retour du raid sur Tokyo.
vignette|gauche| Explosion sur l'USS Lexington, dans l'après-midi, du 8 mai 1942 L'aviation embarquée de l' a frappé le premier coup en bombardant, dès le au matin, devant Tulagi, la force d'invasion commandée par le contre-amiral Shima. Le 5, les grands porte-avions japonais arrivant de Truk, accompagnés de deux croiseurs lourds aux ordres du vice-amiral Takagi, entraient en mer de Corail, en contournant l'île de San Cristóbal, à l'est de Guadalcanal. Le 6, un porte-avions japonais était repéré, à côté de Bougainville. L'aviation embarquée américaine le coulait le lendemain dans l'archipel des Louisiades. Mais ce n'était que le porte-avions léger Shōhō, qui devait assurer la couverture aérienne du convoi qui devait attaquer Port Moresby. Ce convoi se trouvant privé de couverture aérienne, le vice-amiral Inoue, commandant en chef de la flotte, responsable de l'ensemble de l', a décidé de différer cette attaque. Dans le même temps, les grands porte-avions japonais à qui un porte-avions et un croiseur américains avaient été signalés de façon erronée, sont passés à l'attaque. Ils ont immobilisé le pétrolier et coulé son destroyer d'escorte, l'USS Sims. Une attaque de l'aviation embarquée japonaise a été lancée en fin d'après-midi, le , par les amiraux Takagi et Hara, mais n'a pas réussi à repérer les porte-avions américains.
Le , enfin, les aviations embarquées des deux camps ont repéré et attaqué les grands bâtiments adverses. Le Shōkaku a été endommagé gravement, le Zuikaku plus légèrement. Les et ont été sévèrement touchés. Avec le secours d'un de ses destroyers d'escorte, l', les équipes de sécurité de Lady Lex ont lutté plusieurs heures contre les incendies, mais la situation empirant, il fallut se résoudre à l'abandonner et le destroyer lui a finalement envoyé trois torpilles. Les pertes se sont élevées à 216 tués sur un équipage de plus de personnes, sans aucun noyé. Les porte-avions japonais sont rentrés à Truk, escortés de deux croiseurs lourds Furutaka et , puis au Japon. L' a regagné Pearl Harbor, où il a été réparé à temps pour être présent à la bataille de Midway, ce qui ne fut pas le cas des Shōkaku et Zuikaku.
Au total, la bataille de la mer de Corail, première bataille de l'histoire entre porte-avions combattant « au-delà de l'horizon », a été une victoire tactique de l'aéronautique navale japonaise, qui a coulé un porte-avions lourd américain, et n'a perdu qu'un porte-avions léger. Mais ce fut un double échec stratégique pour les Japonais, qui ne sont pas parvenus à perturber la liaison Hawaï-Australie, et ont été privés de leurs deux plus puissants porte-avions pour la bataille « décisive » de Midway.
La bataille de Midway (4-6 juin 1942)
La maladie qui a frappé alors le vice-amiral Halsey a abouti à confier au contre-amiral Spruance le commandement de la TF 16 (c'est-à-dire des , commandé par le captain Murray, et commandé par le captain Mitscher), et au contre-amiral Kinkaid le commandement du TG 16.2TF 16 Midway. La TF 16 a quitté Pearl Harbor le . La TF 17, aux ordres du contre-amiral Fletcher, a appareillé le , aussitôt que l' a été de nouveau opérationnel. C'est le contre-amiral Fletcher qui, étant le plus ancien, était le commandant supérieur à la mer.