Zviad Konstantines dze Gamsakhourdia (en (en Zviad Konstantinovitch Gamsakhourdia.), né le et mort le , est un homme politique géorgien qui fut président de la République du au .
Premier président démocratiquement élu d'une ex-république soviétique, Zviad Gamsakhourdia fut aussi un professeur, un écrivain, un dissident soviétique et enfin un homme politique, craignant et accusant sans cesse le Kremlin de comploter contre son gouvernement. Son ultranationalisme ethnique virulent, dénoncé comme xénophobe par la majorité des analyses historiques, repose sur une exclusion systématique des minorités (Ossétiens, Abkhazes, Arméniens...) qu'il refuse de reconnaître comme peuples distincts, les qualifiant de "traîtres" et niant leur identité propre au profit du slogan "La Géorgie pour les Géorgiens". Considéré comme le père de la Géorgie indépendante, il occupe cette place dans l'histoire paradoxalement, autant à cause de son discours haineux, qui a galvanisé le sentiment national face à l'occupant, que malgré celui-ci, tant il a précipité le pays vers la guerre civile et l'isolement.
En raison de son style de gouvernance jugé autoritaire et de ses dérives nationalistes, Gamsakhourdia ne parvint pas à obtenir le soutien diplomatique ou financier des puissances occidentales. Isolé sur la scène internationale, il dut se trouver un solide allié en Djokhar Doudaïev, président tchétchène dont la république fut reconnue par Gamsakhourdia.
Victime d'un coup d'État qui mena la République de Géorgie à une terrible et sanglante guerre civile, Zviad Gamsakhourdia fut également à l'origine des actuelles dissensions entre l'Abkhazie et la Géorgie mais se rapprocha d'autres pays caucasiens, telle que l'Arménie.
Jeunesse Zviad Gamsakhourdia est né dans la capitale, Tbilissi, le , au sein d'une éminente famille géorgienne originaire de ZougdidiGamsakhourdia a 4 jours pour quitter la Géorgie dans le Los Angeles Times du 19 janvier 1992. Son père, l'académicien Constantin Gamsakhourdia (1893 - 1975), était l'un des plus célèbres écrivains géorgiens du et un ancien diplomate de la République démocratique de Géorgie. Zviad a suivi des cours de philologie avant de commencer une carrière de traducteur et de critique littéraire.
Le dissident Gamsakhourdia Début de carrière Bien que Joseph Staline fut géorgienJoseph Staline était né à Gori, le 18 décembre 1878, sous le nom de Iossif Djougachvili (ou peut être à cause de ce fait), les autorités soviétiques ont été particulièrement sévères envers la Géorgie durant les années 1950Déstalinisation sur l'Encyclopédie Universalis, essayant de restreindre l'expression de la culture géorgienne sous le régime de Khrouchtchev. En 1955, Zviad Gamsakhourdia créa un groupe de jeunesse clandestin qu'il baptisa Gorgassaliani en référence à l'ancien roi géorgien Vakhtang Gorgassali. Ce groupe essayait de faire circuler des rapports sur les violations des Droits de l'homme. En 1956, Gamsakhourdia fut arrêté lors d'une manifestation organisée à Tbilissi contre la politique soviétique de russification de la RSS de Géorgie. Il fut à nouveau arrêté en 1958 pour avoir distribué des documents anti-soviétiquesMémorial du Président Zviad Gamsakhourdia sur geocities.com. Il fut enfermé six mois dans un hôpital psychiatrique de Tbilissi où on lui diagnostiqua une « psychopathie avec décompensation ». Il devint ainsi une des nombreuses victimes de la politique soviétique consistant à utiliser la psychiatrie à des fins politiques.
Combat pour les Droits de l'homme thumb|upright=0.8|left|Chota Roustaveli. Gamsakhourdia fut le plus réputé des Roustvelologistes de son temps. En 1972, lors de la campagne contre la corruption, Gamsakhourdia atteignit une plus grande notoriété en rencontrant le nouveau Catholicos de l'Église orthodoxe de Géorgie (Catholicossat-Patriarcat de toute la Géorgie), dont il était un ferventKolstø, Pål. Political Construction Sites: Nation-Building in Russia and the Post-Soviet States, p. 70. Westview Press, Boulder, Colorado, 2000. adhérent, David V Devdariani. Il cofonda le Groupe d'initiative pour les Droits de l'Homme en 1973, devint le premier Géorgien membre d'Amnesty International en 1974 et cofonda le Groupe géorgien d'Helsinki en 1976Times du 10 juillet 1978 (renommé l'Union géorgienne d'Helsinki en 1989). Gamsakhourdia a été le président de cette organisation militant pour les Droits de l'homme. Il fut très actif au sein des éditeurs du réseau clandestin Samizdat, contribuant à une grande variété de périodiques politiques clandestins tels que Okros Satsmisi (la Toison d'Or), Sakartvelos Moambe (le Messager géorgien), Sakartvelo (Géorgie), Matiane (Annales) et Вестник Грузии (le Journal de Géorgie). Il participa également au journal clandestin de Moscou Хроника текущих событий (Chronique des évènements actuels) édité par Sergueï Kovalev. Zviad Gamsakhourdia fut également le premier Géorgien membre de la Société internationale des Droits de l'homme (ISHR-IGFM).
Tout comme son père Constantin, Zviad Gamsakhourdia poursuivit également une carrière universitaire. Il fut chercheur à l'Institut de Littérature Géorgienne de l'Académie Géorgienne des Sciences (1973-1977, 1985-1990), professeur associé à l'Université d'État de Tbilissi (1973-1975, 1985-1990) et membre de l'Union des écrivains géorgiens (1966-1977, 1985-1991). Il obtint un doctorat en philologie en 1973 et un doctorat en sciences en 1991. Il écrivit de nombreux travaux littéraires et des monographies, ainsi que des traductions d'œuvres littéraires britanniques, françaises et américaines telles que les travaux de T. S. Eliot, William Shakespeare et Charles Baudelaire. Il était également un « roustvelologiste » exceptionnel (de Chota Roustavéli, un grand poète géorgien du ) et un spécialiste de la culture ibéro-caucasienne de l'Antiquité.
Bien qu'il ait été fréquemment harcelé et occasionnellement arrêté pour dissidence, Gamsakhourdia, pendant longtemps, échappa à de trop lourdes peines, probablement grâce au prestige de sa famille et à ses relations politiques. Mais sa chance tourna en 1977, lorsque les activités des différents Groupes d'Helsinki présents en Union soviétique devinrent une gêne sérieuse pour le gouvernement de Léonid Brejnev. Une répression nationale à l'encontre des activistes militant pour les Droits de l'homme débuta alors dans toute l'URSS. En Géorgie, le gouvernement d'Edouard Chevardnadze (alors premier secrétaire du Parti communiste géorgien) fit arrêter Gamsakhourdia ainsi que son compagnon dissident Merab Kostava. Les deux activistes furent condamnés à trois ans de travaux forcés ainsi qu'à trois ans d'exil pour « activités anti-soviétiques ». Leur emprisonnement attira l'attention de la communauté internationale« U.S. vs. U.S.S.R.: Two on a Seesaw », TIME Magazine, 10 juillet 1978, conduisant les membres du Congrès des États-Unis à proposer Gamsakhourdia et Kostava pour le prix Nobel de la paix de 1978 (ce prix revint finalement à Anouar el-Sadate et Menahem Begin). Kostava fut déporté en Sibérie alors que Gamsakhourdia fut exilé au Daghestan.
À la fin du mois de juin 1979, Gamsakhourdia fut relâché et gracié dans des circonstances controversées après avoir purgé seulement deux années de sa peine (Kostava resta en prison jusqu'en 1987). Les autorités soviétiques déclarèrent qu'il avait avoué les charges pesant contre lui et renié ses convictions ; une vidéo fut même diffusée par la télévision soviétique pour le prouverGEORGIA 1992: Elections and Human Rights sur le site du Groupe d'Helsinki pour les Droits de l'homme britannique. Dans une copie publiée par l'agence soviétique d'information TASS, Gamsakhourdia dit j'ai fait fausse route quand j'ai diffusé des documents hostiles à l'État soviétique. La propagande bourgeoise a profité de mes erreurs et a créé un vacarme autour de moi, ce qui me donne des remords. J'ai réalisé l'essentiel de la campagne lancée par l'Occident, camouflé sous le slogan de la défense des Droits de l'homme. vignette|droite|Zviad Gamsakhourdia et Merab Kostava à Tbilissi en 1988. Photo de George Barateli.
Ses défenseurs, sa famille et Merab Kostava, ont soutenu que sa rétractation avait été soutirée par le KGB, et que bien qu'il ait publiquement reconnu que certains aspects de sa lutte anti-soviétique étaient erronés, il n'avait pas renoncé pour autant à diriger le mouvement dissident en Géorgie. Kostava et Gamsakhourdia ont tous les deux déclaré plus tard, et indépendamment l'un de l'autre, que la dernière rétractation avait été une manœuvre tactique. Dans une lettre ouverte à Edouard Chevardnadze, datée du , Gamsakhourdia a écrit .
Gamsakhourdia reprit ses activités de dissident peu de temps après sa sortie de prison, continuant à contribuer aux journaux de Samizdat et militant pour la libération de Merab Kostava. En 1981, il devint le porte-parole des étudiants et des autres manifestants qui protestaient contre les menaces pesant sur l'identité et l'héritage culturels géorgiens. Il envoya un exemplaire des « Demandes du peuple géorgien » à Edouard Chevardnadze à la fin du mois de mars 1981, ce qui lui valut une autre condamnation et un emprisonnement.
Marche vers l'indépendance thumb|upright=0.8|left|Ilia Tchavtchavadzé, dit Ilia le Juste, qui inspira Gamsakhourdia. Après la mise en place de la politique de Glasnost par le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev, Gamsakhourdia joua un rôle clef dans l'organisation de manifestations de masse pour l'indépendance de la Géorgie entre 1987 et 1990, rejoint par Merab Kostava, libéré en 1987Mais qui mourut en 1989 dans un accident de voiture : Dennis DeConcini, sénateur de l'Arizona, Tribute to Merab Kostava, 19 octobre 1989, Bibliothèque du Congrès. En 1988, Gamsakhourdia devint l'un des fondateurs de la Société de Saint Ilia le Juste (SSIR), organisation combinant société religieuse et parti politique qui devint la base de son propre mouvement politique. L'année suivante, la répression brutale par les forces soviétiques d'une grande manifestation pacifique organisée à Tbilissi du 4 au fut un élément crucial, rendant impossible le maintien du pouvoir soviétique sur la Géorgie. Le processus de réformes démocratiques s'accéléra par la suite, conduisant aux premières élections géorgiennes libres, démocratiques et multipartites le . Le parti SSIR de Gamsakhourdia et l'Union d'Helsinki géorgienne s'allièrent avec d'autres groupes d'opposition pour former une coalition réformiste appelée « Table ronde - Géorgie libre » (« Mrgvali Magida — Tavisupali Sakartvelo »). La coalition remporta une victoire écrasante, obtenant 64 % des voix contre seulement 29,6 % pour le Parti communiste géorgien. Le , Zviad Gamsakhourdia fut élu à une large majorité président du Conseil suprême de la République de GéorgieZviad Gamsakhurdia élu président du Soviet Suprême de Géorgie sur SLTtoday.com.
Le 98% of Georgians Vote to Declare Republic Independent Soviet Union sur le Times de Los Angeles du 2 avril 1991, la Géorgie organisa un référendum au cours duquel 90,08 % des votants se prononcèrent en faveur d'un rétablissement de l'indépendance du pays. Le parlement géorgien proclama l'indépendance le Secession decreed by Soviet Georgia sur le New York Times du 10 avril 1991, rétablissant dans les faits l'État géorgien indépendant de 1918 à 1921. Cependant l'indépendance ne fut pas reconnue par l'Union soviétique et, bien que de nombreuses puissances étrangères l'aient reconnue rapidement, la reconnaissance mondiale n'eut lieu que l'année suivante. Zviad Gamsakhourdia fut élu président de la République lors des élections du Separatist Wins Soviet Georgia Vote sur le New York Times du 28 mai 1991 avec 86,5 % des voix (participation de plus de 83 %).
Président de la République Arrivée au pouvoir