Le mont Aigoual est un sommet situé dans le Sud du Massif central, à la limite entre les départements du Gard et de la Lozère. Il culmine à d'altitude. Cela en fait le point culminant du Gard et le second point le plus haut de la Lozère (ainsi que des Cévennes) après le sommet de Finiels () situé dans le mont Lozère.
Bastion sud-est du Massif central, le mont Aigoual est remarquable par son panorama, son climat et son observatoire météorologique. Autrefois couvert de forêts puis de forêts et de bons pâturages (), la forêt et les sols surexploités s'y dégradent brutalement au , engendrant des crues catastrophiques (1844, 1856, 1861, 1868 notamment). C'est alors sur ce mont et dans son massif qu'a été entreprise au la première grande opération de reboisement antiérosif en France (constitution d'une forêt de protection sur les sols érodés par la déforestation et le surpâturage, appuyées par les premières bases scientifiques de la phytosociologie et de la pédologie).
Haut lieu de l'histoire des camisards et maquisards, le mont Aigoual a inspiré de nombreux écrivains cévenols tels André Chamson, Jean-Pierre Chabrol ou Jean Carrière.
Toponymie Le mot Aigoual est attesté dans divers contextes aux environs : ad stratam Aigoaldi en 1228 désignant une route, marcha Algoaldi en 1238 désignant une limite territoriale et enfin mons Aigoaldi en 1249 désignant le montPaul Fabre, Dictionnaire des noms de lieux des Cévennes, éditions Christine Bonneton, Paris, 2009, p. 16ab. ; on trouve également aigual (sans mention de date).
Le mont Aigoual est nommé Augal en occitan.
La forme occitane est conforme à la mention [marcha] Algoaldi de 1238. En effet, [al] s'est vocalisé devant [g], d'où *Augoal après chute de la consonne finale [d], réduit à Augal en occitan moderne. Il s'agit d'un anthroponyme germanique *Algwald, *Algoald (on trouve plusieurs personnages nommés Algoldus, qui semble être une variante latinisée du nom, dans les textes anciens) ou encore Aigoald porté par un personnage de la région. Le i final d’Aigoaldi, Algoaldi est la désinence latine du génitif masculin à partir de la latinisation Aigoaldus, Algoaldus. Les formes de type Aig- s'expliquent par une attraction analogique du terme aiga « eau » ou par la forme Aigoald de l'anthroponyme.
Géographie et géologie Géographie et géomorphologie thumb|left|upright|Vue de la face est. Située sur les communes de Valleraugue (Gard) et Bassurels (Lozère), la partie sommitale de l'Aigoual forme un plateau d'altitude supérieure à sur environ . Il est ponctué par trois sommetsLe Massif de l'Aigoual, édition Association des Amis de l'Aigoual à savoir, d'est en ouest : le pic de la Fageolle ou pic Ferrège () dominant le versant sud-est ; thumb|upright|Antennes de télécommunication sur le mont Aigoual. le signal de l'Hort de Dieu ou Tourette de Cassini (), situé dans le Gard, point culminant qui porte l'observatoire météorologique dont la table d'orientation, située au sommet de la tour crénelée, culmine à . Environ à l'ouest, à la cote , se dressent les deux pylones de télécommunications haubanés d'une hauteur de ; le Portalet (), situé à environ 1 km au nord-ouest, en Lozère. À plus grande échelle, le massif de l'Aigoual comprend au sud-ouest les sommets du Lingas () qui s'achèvent par le dôme rocheux du Saint Guiral (), le plateau de l'Espérou directement en face au sud (), et s'étend vers l'ouest jusqu’aux plateaux calcaires des Grands Causses en passant par le col de Prat Peyrot () qui abrite une station de ski, et unique point de passage vers la route du col du Perjuret.
alt=Vue générale du hameau de Cabrillac|vignette|Vue du hameau de Cabrillac depuis La Draille.
La ligne de partage des eaux entre l'océan Atlantique et la mer Méditerranée traverse le plateau sommital, se prolongeant au nord et au sud de celui-ci. Les versants méditerranéens et atlantiques ont des morphologies très différentes. Vers l’ouest et le nord-ouest, les crêtes arrondies, aux pentes plus douces sont séparées des Causses par les gorges et canyons du Tarnon, de la Jonte, du Trèvezel et de la Dourbie, affluents du Tarn. Sur le versant nord de l'Aigoual se trouve le hameau de Cabrillac (), dont les habitations se répartissent entre deux communes, Gatuzières et Rousses. À l'est et au sud-est, au-dessus des sources de l’Hérault et de ses affluents, les pentes sont raides et très escarpées. Le dénivelé direct, un des plus importants du Massif Central, atteint entre le village de Valleraugue (cote 300-) au fond de la vallée et au pied du sommet. La route est obligée, d’ailleurs, d’emprunter les longs lacets de la face nord du plateau de l’Espérou qui mènent au petit village de l'Espérou (), d’où l’on peut aussi venir par Le Vigan en passant par le col du Minier à , puis rejoint le col de la Sereyrède (, ligne de partage des eaux), passe par le col de Prat-Peyrot () afin de gagner le sommet au bout de d'une longue ascension.
Panorama vignette|Relais radioamateur F1ZOL, installé depuis 1985. thumb|Panorama (en direction de la mer) depuis le mont Aigoual. Par temps clair, le panorama exceptionnel permet d'avoir une vue qui s’étend des Alpes aux Pyrénées, du puy de Sancy à la Méditerranée. Cette possibilité de visibilité est rare et souvent de courte durée car le sommet est soumis à des conditions climatiques rudes, violentes et soudainesObservatoire du Mont Aigoual, sur le site de l'office de tourisme (consulté le 6 juillet 2017).
Une table d'orientation a été installée sur la tour par le Touring club de France en 1908. Cette dernière indique les directionsLa table d'orientation de l'Aigoual, publié le 26 novembre 2012 par Marc Lemonnier sur le site rêveéveillé.net (consulté le 6 juillet 2017) des lieux en vision possible dont : le littoral languedocien, la mer Méditerranée au sud, tout le golfe du Lion de Marseille au cap de Creus en Espagne. À l'est, une partie du massif alpin, notamment le mont Ventoux, la montagne Sainte-Victoire, le Luberon et jusqu'au Grand Margès dans les Préalpes de Castellane. Plus loin, on distingue le mont Blanc, la barre des Écrins, le Grand Paradis et le mont Viso en Italie, le massif du Parpaillon, le Vercors, la Chartreuse et les Grandes Rousses. Côté Massif central, on peut déceler la barre massive du mont Lozère au nord, la Margeride, les Grands Causses, les monts du Cantal et le puy de Sancy. Au sud-ouest se distinguent plusieurs sommets de la chaîne des Pyrénées, du massif des Albères jusqu'au pic d'Aneto en Espagne voire au pic du Midi de Bigorre, en passant par les Corbières et le massif du Canigou, le tout dans un rayon pouvant atteindre .
Géologie Le massif de l'Aigoual est formé de granite, d'âge paléozoïque (mise en place entre 330 et 300 millions d'années), intrusif dans les roches métamorphiques de la série des schistes des CévennesAtlas du Parc national des Cévennes - Géologie. Le sud du massif (Lingas) est principalement granitique, alors qu'au sommet de l'Aigoual affleurent les micaschistes qui constituent le toit du pluton granitique. Entre l'Aigoual et le Lingas, une faille de direction est-ouest (faille du Bonheur) isole un petit plateau formé de calcaires mésozoïques dans lesquels est creusé l'abîme de Bramabiau.
Les schistes des Cévennes Ils proviennent de sédiments argileux et sableux déposés il y a près de d’années au fond d’un océan « Sud-armoricain », situé vers 45° de latitude dans l’hémisphère sud, qui séparait la plaque Gondwana au sud de la plaque Armorica au nord. À la suite de la fermeture de cet océan et de la collision des deux plaques continentales, la chaîne de montagnes hercynienne s’est formée. Vers 340 millions d'années, les sédiments sont impliqués dans la collision, enfouis à 15 km de profondeur et métamorphisés en schistes sous des conditions de température de et de pression de . Les schistes qui affleurent dans le massif de l'Aigoual correspondent à la série des micaschistes quartzeux, riche en quartz.
Le granite de l’Aigoual Il est appelé granite à « dent de cheval » car il contient de grands cristaux blancs rectangulaires, les feldspaths potassiques, pouvant atteindre plusieurs centimètres. Le granite de l’Aigoual se prolonge vers le nord, par plusieurs filons puis un seul qui rejoint le mont Lozère en passant sous la Can de l’Hospitalet, petit causse calcaire.
Le granite de l'Aigoual se forme à la suite de la collision intracontinentale responsable de l'orogenèse varisque qui a pour effet de doubler l’épaisseur de la croûte continentale pouvant atteindre alors 60 km. Sous l’effet de la pression et de la température élevée, la résistance de la croûte diminue et à partir de 335 millions d'années, la chaîne de montagnes s’effondre sous son propre poids, s’étire, s’affaisse et s’érode jusqu’à retrouver son épaisseur initiale de 30 km. En profondeur, la croûte continentale et une partie du manteau fond, des magmas visqueux et légers remontent le long de failles, traversent les schistes et cristallisent vers et 5 kilomètres de profondeur alors que la chaîne hercynienne a déjà été érodée de 10 km.
Les cornéennes et schistes tachetés Ils proviennent des schistes recuits par le métamorphisme de contact lors de la mise en place du granite entre 330 et 300 millions d'années. Ces roches s’observent dans l’auréole de contact qui entoure le granite. Proches des granites, les schistes sont transformés et métamorphisés en roches dures appelées les cornéennes. Plus loin, le métamorphisme de contact provoque l'apparition de nouveau minéraux, telle l’andalousite, et les schistes sont alors appelés «schistes tachetés».
La formation du paysage : Soulèvement et érosion Les schistes et le granite formés en profondeur ont été ramenés en surface il y a 250 millions d'années à la suite de l’érosion de la chaîne de montagnes hercynienne. Puis la mer a progressivement envahi la région, déposant plus de de calcaires. Enfin, dès d’années mais surtout à partir de 60 millions d’années, la région est soulevée à la suite de la formation de la chaîne de montagnes pyrénéo-provençale et est soumise à l’érosion. La couverture calcaire est érodée et vers le socle de granite et de schiste est soumis à l’érosion. Cette érosion s’intensifie à partir de avec la formation des Alpes qui entraîne un basculement vers l’ouest de l’ensemble du Massif central et le jeu de la faille des Cévennes surélevant la région des Causses et des Cévennes de plusieurs centaines de mètres. Les soulèvements associés à cette érosion sont à l'origine du paysage observé de nos jours.
Climat thumb|L'observatoire Météo France sous le givre. thumb|Givre au sommet. Au sommet de l'Aigoual, les conditions météorologiques sont souvent extrêmes, l'air océanique et l'air méditerranéen étant sans cesse en confrontationObservatoire du mont Aigoual et Association Les Amis de l'Aigoual. Ceci vaut, entre autres, au mont Aigoual d'être un des endroits les plus arrosés de France avec un peu plus de deux mètres de pluie par an en moyenne et une moyenne de de brouillard par an. Le sommet est, en général, enneigé de la mi-novembre à avril ; les névés peuvent persister sur la face Nord jusqu'en juin.
Quelques relevés recordsMeteofrance : Température maximale : le , dépassant de cinq dixièmes la température relevée le ; minimale : le ; Vitesse maximale du vent : en moyenne sur la journée du ; vitesse maximale de vent enregistrée au sommet : le Les plus fortes rafales de vent dans le monde, mise à jour publiée le , sur le site de GéoClimat (consulté le 6 juillet 2017) ; rafales dépassant les soit au cours d'une tempête par vent de sud ; Quantité de pluie maximale en : entre le à et le à ; Hauteur maximale de neige fraîche cumulée en : le . Il est également tombé de neige en trois jours à l'Aigoual en . est le mois civil le plus enneigé depuis le début des observations météorologiques (1896) avec un cumul de . Hauteur maximale de neige fraîche cumulée en un an : (hiver 1995-1996) ;