Antoine François Bertrand de Molleville, né à Montesquieu Volvestre (commune située à une cinquantaine de km au sud de Toulouse) le et mort à Paris le , est un homme politique français.
Il fut conseiller au Parlement de Toulouse en 1766, puis maître des requêtes en 1774 et finalement Intendant de Bretagne, en 1784.
Bertrand de Molleville est chargé en 1788 de la mission de dissoudre le parlement de Bretagne. Favorable à la réunion des États généraux de 1789, il conseille par la suite au roi la dissolution de l’Assemblée. Nommé ministre de la Marine et des Colonies, il organise l’émigration des officiers en masse. Du fait de nombreuses dénonciations, il démissionne de ses fonctions et devient le chef de la police secrète royaliste. Avant et après la journée du 10 août 1792, il essaie de faire évader le roi, mais il doit se résoudre à fuir en Angleterre.
Biographie Jeunesse Antoine François de Bertrand de Molleville est reçu conseiller au Parlement de Toulouse en 1766. Il a comme secrétaire Bernard-François Balssa, futur père d’Honoré de Balzac. On retrouve ce Bernard François Balssa en 1771 à Montesquieu-VolvestreJean-Louis Dega, Un séjour inconnu du père de Balzac à Montesquieu-Volvestre, dans « Revue de Comminges », , 1999, pages 177 à 187, puis en 1773 à Paris, toujours au service de Bertrand de Molleville, devenu conseiller du roi.
Antoine François de Bertrand de Molleville fait son apprentissage à l'école du ministre Maupeou. Il est maîtres des requêtes en 1774. Il défend, en 1775, la mémoire du chancelier Jean de Bertrand, seigneur de Frazin, frère de son ancêtreAntoine-Vincent Arnault, A. Jay, E. Jouy, J. Norvins, Biographie nouvelle des contemporains, 2 (B-BEZ), 1821, 448, attaquée par Condorcet dans son Éloge du chancelier de L'Hôpital, mais il ne publie cette apologie qu'après l'avoir communiquée à Condorcet lui-même France, dictionnaire encyclopédique, de Philippe Le Bas, . Antoine François de Bertrand de Molleville est nommé Intendant de Bretagne en 1784.
Intendant de Bretagne de 1784 à 1789
thumb|left|250px|La Bretagne en 1789 L'intendance de Bretagne est créée en 1689 par Louis XIV, après deux tentatives en 1636 et 1647. Le gouverneur de Bretagne n'ayant plus qu'un rôle de prestige, l'intendant est le relais essentiel de la volonté de la monarchie.
L’intendant de Bretagne, Caze de La Bove, partisan idéologique de la physiocratie, était ouvertement hostile aux corporations. Bertrand de Molleville lui succède en 1784 (Marc Antoine Le Fèvre de Caumartin Provinces of France before 1791 : Rennes sera brièvement intendant au début de l'année) partageant cette idéologie, et prône par l'écrit la liberté que chacun puisse choisir sa profession et son lieu d'exerciceThierry Hamon (université de Rennes I), Guy-Charles Le Chapelier et la question corporative, Revue Historique de Droit Français et Étranger, Sirey, , 1996, 4, (), 10.
Bertrand de Molleville (1784-1789) se préoccupe d'encourager ses subdélégués, de les défendre et de leur faire acquérir des grâces du roi. N'ayant pu leur faire accorder un traitement régulier, il les fait récompenser par des gratifications gouvernementales. Les tensions existantes entre l'intendant et le parlement de Bretagne conduisent Bertrand de Molleville à envisager le transfert de l'intendance à Nantes. Dans le temps même où le pouvoir royal songe à faire enregistrer d'autorité l'édit concernant les corporations bretonnes, un autre conflit, très sérieux, l'oppose au parlement de Rennes, à propos d'une réforme des droits perçus sur le tabac. Dans un rapport global adressé à Calonne le , Bertrand de Molleville, ne peut qu'affirmer que Henri Fréville, L'intendance de Bretagne (1689-1790) : essai sur l'histoire d'une intendance en pays d'états au XVIIIe siècle, 3, 1953, .
Le pouvoir opte alors une nouvelle fois pour la négociation, Bertrand de Molleville jugeant, tout comme Calonne, plus à propos d'attendre la prochaine assemblée des États de Bretagne<ref>Lettre de l'intendant de Bretagne au contrôleur général des Finances, . A.D.I.V., C 1439.</ref>. Répondant à Calonne, Bertrand de Molleville, conclut, le , que les États de Bretagne ne sont pas fondés à former opposition, mais ne masque pas qu'il est certain que le principal privilège de la province consiste en ce qu'on ne peut y faire une levée sans le consentement des États de Bretagne A.D.I.V., C 1439..
Molleville reçoit, avec le titre de commissaire du roi, la dangereuse mission de faire enregistrer les édits du chancelier de France restreignant les pouvoirs des parlements du royaume. Bientôt les parlements opposent au ministère une résistance qui finit par leur exil. Molleville prend une part active dans les évènements politiques, lors de la division qui éclate entre le parlement et le ministère Biographie nouvelle des contemporains, de Antoine-Vincent Arnault, .. Quelque cinq cents jeunes gens conduits par Jean Victor Marie Moreau les molestent fort. C’est la première journée révolutionnaire, avant 1789. Il n'échappe qu'avec peine, ainsi que le comte de Thiars, aux bâtons de la jeunesse bretonne, qui s'arme pour défendre ses magistrats et ses franchises provinciales.
Lors de l’élection des députés aux États généraux, en mai 1789, Henri de Thiard de Bissy, commandant des armées du roi en Bretagne, doit affronter des combats de rues à Rennes, et n’arrête l’effusion de sang qu’au péril de sa vie. De Thiard et Bertrand de Molleville sont lapidés par la foule et contraints de se réfugier au palais du gouverneur.
Ministre de la Marine et des Colonies Molleville est favorable à la réunion des États généraux de 1789, mais par la suite il conseille au roi la dissolution de l’Assemblée. Il veut faire revenir les émigrés en France pour réorganiser le parti royaliste et augmenter la popularité de Louis XVI Histoire de la révolution française, d’Adolphe Thiers, ..
Il est ministre de la Marine et des Colonies, de Louis XVI du au . Il succède à Claude Antoine de Valdec de Lessart (1741-1792). Bertrand de Molleville est aux yeux des constitutionnalistes un ministre contre-révolutionnaire, et un peu trop préféré par la cour à tous les autres. Bertrand de Molleville, détestant la Constitution, s'enveloppe avec art dans le texte pour en attaquer l'esprit Histoire de la révolution française, d’Adolphe Thiers, .. À peine est-il nommé qu'une opposition très vive éclate contre lui dans le sein de l'Assemblée législative. L’opposition du côté gauche est souvent soutenue par celle du côté droit, qui, voulant transiger avec la révolution et faire succéder au roi par la grâce de Dieu un roi constitutionnel, se défie du zèle de Molleville et des traditions du ministère Maupeou. Bertrand de Molleville présente, le , à l'Assemblée législative un état des forces navales de la France, et un projet d'améliorations à introduire dans le service des ports et des arsenaux ; mais ses plans ne sont pas adoptés par le Comité de la marine et des colonies.
Au mois de décembre 1791, le conseil général du Finistère le dénonce à l'Assemblée législative, comme ayant donné des renseignements mensongers sur le nombre des officiers de marine présents Ferstel Louis, Histoire de la responsabilité criminelle… . . Une seconde dénonciation du Comité de la marine et des colonies est pour Bertrand de Molleville le sujet d'une nouvelle défense qui ne paraît pas satisfaisante à l'Assemblée législative : il s'agit des congés accordés aux officiers de marine, qui en profitent pour émigrer. Molleville est, par décret de l'Assemblée, dénoncé au roi, qui ne tient aucun compte de cet avertissement. M. Bertrand de Molleville est très attaché à Louis XVI, mais il reste imbu de cette fausse maxime, que la liberté des peuples est nécessairement orageuse Biographie nouvelle des contemporains, de Antoine-Vincent Arnault, et suivantes..
Simon-Nicolas-Henri Linguet et beaucoup d’autres députés portent des accusations contre le ministre Antoine François Bertrand de Molleville, mais Antoine Chrysostome Quatremère de Quincy et Jacques Claude Beugnot, le , le soutiennent.
L'expédition de Saint-Domingue lui vaut bien des critiques. On reproche au ministre, tantôt de n'avoir choisi pour cette expédition que des aristocrates, tantôt de s'opposer secrètement à l'émancipation des noirs. Bertrand de Molleville, dans un discours mieux accueilli que les autres par l'Assemblée législative, attribue les maux de Saint-Domingue à la Société des amis des Noirs. La perte de Saint-Domingue lui est attribuée, même si l'Assemblée législative use d'équité peut-être autant que d'indulgence en refusant de donner suite à l'accusation proposée à ce sujet contre le ministre de la marine.
Le lendemain même du jour où l'Assemblée l'absout, Hérault de Séchelles est chargé par elle de faire sur la conduite de Bertrand de Molleville un rapport qu'on met sous les yeux du roi. Celui-ci se déclare naturellement pour son ministre de la Marine et des Colonies, mais cédant aux instances de ses collègues, Bertrand-Molleville doit quitter le ministère de là marine. Son départ permet à l'assemblée législative de faire voter les 24 et 28 mars 1792 un décret qui impose dans les colonies l'égalité entre les Blancs et les hommes de couleur libres et aux nouveaux ministres jacobins Roland, Clavière -ce dernier membre fondateur de la Société des Amis des Noirs- de convaincre le roi de le sanctionner le 4 avril.
Bertrand-Molleville est jaloux de la popularité du ministre de la guerre, Louis Marie Narbonne Lara et blâme ses condescendances pour l'Assemblée législative. Narbonne se plaint de la conduite de Bertrand de Molleville, de ses dispositions inconstitutionnelles, et demande au roi de le faire sortir du ministère Histoire de la révolution française, d’Adolphe Thiers, p.52. En février 1792, Bon-Claude Cahier de Gerville, autre ministre du roi, a eu une violente dispute avec Bertrand de Molleville.
La police secrète royaliste Armand Marc de Montmorin Saint-Hérem sorti du ministère le , forme avec Pierre-Victor Malouet, et Antoine François Bertrand de Molleville et quelques autres une sorte de conseil privé que Jean-Louis Carra dénonce dans son journal sous le nom de comité autrichien. C'est effectivement Molleville, avec aussi Rivarol et Arnaud de Laporte, qui coordonnent l'effort des royalistes pour calmer la fureur de la révolution et servir leur roi. Plus de 1500 personnes (auteurs, chanteurs et lecteurs publics) sont employées à cet effet pour lesquels ils dépensent plus de livres par mois. En ce temps, Arnaud de Laporte, crée un club appelé "Le National" au Carrousel. Les appartements au Louvre occupés par La Porte sont le centre de stratégie où le roi et ses fidèles discutent et lancent leurs efforts. Après la journée dite des poignards () il réussit à gagner Mirabeau à la cause royale. Mais c’est le roi qui l’oblige à travailler avec Marguerite-Louis-François Duport-Dutertre, un constituant Histoire de la révolution française, d’Adolphe Thiers, ..
Cette police secrète, surnommée donc « comité autrichien », a surtout comme but de payer des ouvriers du faubourg Saint-Antoine Histoire de la responsabilité criminelle… . pour s’emparer des tribunes, comme le font les révolutionnaires. Mais dans la majorité des cas uniquement par conviction, et faire applaudir et crier pour le roi. Dans le courant de juin, Bertrand de Molleville présente à Louis XVI un plan conçu par un sieur Buot, juge de paix, que ce prince lui avait adjoint comme agent principal. Ce projet n'a d'autre résultat que la mort de son auteur Biographie nouvelle des contemporains, de Antoine-Vincent Arnault, ..