Le est le principal vêtement traditionnel japonais. Sa structure est rectiligne, composée de rectangles de tissus pliés et cousus sans être recoupés. Il se porte traditionnellement en croisant le côté gauche sur le côté droit, maintenu par une large ceinture nommée obi. Les caractéristiques du vêtement varient selon le statut social, l'âge et la saison : on distingue ainsi le yukata ou le hitoe pour l'été, et luchikake doublé pour l'hiver. Le furisode, caractérisé par ses manches très longues pouvant mesurer jusqu'à 110 centimètres, est le modèle le plus formel pour les jeunes femmes célibataires.
Son origine remonte au début du , période marquée par l'influence des vêtements chinois de la période Tang, les hanfu. D'abord adopté par la cour impériale durant l'époque de Heian (794-1185), le vêtement évolue sous la forme du kosode (aux emmanchures étroites) et de l'''osode (aux manches larges). Ce n'est qu'à partir du que le terme « kimono » apparaît, devenant synonyme de kosode à l'époque Azuchi Momoyama. Au fil des siècles, le kimono est passé d'un vêtement de dessous aristocratique à un habit quotidien pour l'ensemble de la population aisée, avant de connaître un déclin marqué à partir de l'ère Meiji. L'adoption progressive des costumes occidentaux par les institutions publiques, l'armée et les écoles, ainsi que l'obligation de l'uniforme national en 1940, ont restreint son usage. Aujourd'hui, bien que remplacé par le costume occidental dans la vie professionnelle, il reste présent lors de moments symboliques comme le seijin shiki (fête des vingt ans) ou la cérémonie du thé.
La fabrication d'un kimono met en œuvre des tissus très variés : lin, chanvre, soie, coton… pour les matériaux ; taffetas, sergé, satin … pour les tissages ; broderies ou techniques diverses de teinture pour la mise en couleurs, dont le shibori et la teinture yûzen.
Histoire Différences des vêtements selon saisons ou textiles Le kimono de soie se nomme aussi . Les premiers kimonos ont été largement influencés par les vêtements traditionnels chinois de la période Tang, connus aujourd'hui sous le nom de . L'établissement d'ambassades en Chine a favorisé l'adoption par le Japon de nombreuses traditions chinoises depuis le début du . Les traditions vestimentaires, dont une forme de « proto-kimono», ont commencé à être copiées dès la période Asuka et surtout pendant la période Nara.. Le kimono était de base principalement porté par les nobles de la cour impériale (794-1185.).
Cependant, c'est surtout au cours du que la mode chinoise devient populaire au Japon, notamment avec l'adoption du décolleté féminin. Au cours de la période Heian au Japon (794-1192), le kosode désigne un vêtement aux emmanchures étroites., au contraire de losode, aux manches longues. Les aristocrates portaient un kosode de soie comme vêtement de dessous, recouvert par une ou plusieurs robes à larges manches. Aux époques Kamakura (1185-1333) et Muromachi, les guerriers portent l' osode pour les cérémonies et le kosode, en soie décorée, pour le quotidien. Pendant la période Muromachi (1392-1573), le kosode a commencé à être utilisé sans le pantalon (hakama). À l'époque Momoyama (1573-1603) certains marchands se sont considérablement enrichis et ils commencent à porter un type de kosode semblable à ceux des guerriers, sans autre vêtement dessus. C'est à cette époque que l'art des textiles s'épanouit.. Le dos du kosode, toujours visible, favorise le recours aux grands motifs. À la fin du , le kosode est devenu le vêtement le plus porté, hommes et femmes confondus, parmi la population très aisée.
Le terme « kimono » apparaît au . Ce mot, à l'époque Momoyama (1573-1603), tel qu'il est employé dans les rapports de missionnaires portugais, permet de supposer qu'il est devenu synonyme de kosode. Au cours de l'époque d'Edo (1600-1868), le terme kosode reste quasiment le seul employé. Il désigne un vêtement aux « manches courtes », des manches tubulaires dont l'ouverture était juste assez grande pour le passage de la main et du bras. L'''osode a des manches longues.À la période Edo (1603-1867) et dès le , de grands magasins spécialisés apparaissentIntérieur du grand magasin de kimono Echigo-ya. Okumura Masanobu, v. 1745. Estampe à la planche de bois, encre, avec couleurs à la mains et nikawa, double format oban : 43.7 x 62.2 cm : Museum of Fine Arts, Boston.. À cette époque les manches se sont allongées, spécialement pour les jeunes filles : c'est le furisode. Le obi est devenu plus répandu dans de nombreux styles suivant les modes. Depuis lors, la forme basique du kimono, tant chez la femme que chez l'homme, n'a presque plus évolué. Ceux réalisés avec talent dans des matériaux précieux sont considérés comme des œuvres d'art. Ce sont des objets de luxe, aujourd'hui comme hier.
Le kimono est adapté à chaque saison selon son type et peut ainsi se décliner selon ses composants. : le yukata, de coton non doublé pour l'été, et qui pour ancêtre le katabira, en fibre de raphia, utilisé autrefois pour le bain, le hitoe, en soie, non doublé, pour l'été, l'uchikake, en soie, doublé et matelassé, sans ceinture, pour l'hiver.
Le furisode est un kimono à manches longues. Souvent en soie, doublé, il possède un fin matelassage et des manches pendantes. On emploie souvent le terme kimono pour désigner un furisode« Les uchikake ont souvent les manches pendantes furisode » : . « La forme des manches (furisode) nous indique que [cette femme] était célibataire » : ..
Déclin et usage actuel Le kimono, en tant qu'habit professionnel, a été maintenant remplacé par le costume occidental comme vêtement de tous les jours. Après un édit de l'empereur Meiji ., les policiers, les agents des transports publics et les professeurs ont adopté la tenue occidentale. Ces vêtements ont ensuite été adoptés par l'armée et les écoles. Après le tremblement de terre de Kantō en 1923, les personnes portant des kimonos ont souvent été victimes de vol à la tire. L' a promu les vêtements occidentaux.
Entre 1920 et 1930, l'habit de marin remplace le port du hakama à l'école. L'incendie de l'entrepôt de Nihonbashi à Shirokiya en 1923 est parfois considéré comme le catalyseur du déclin du port du kimono en vêtement de tous les jours (même si cela est probablement un mythe urbain).. L'uniforme national, le , vêtement occidental, est rendu obligatoire pour les hommes en 1940....
Désormais, les Japonais portent couramment des vêtements occidentaux, bien que la tradition du kimono reste ancrée dans la culture, déclinée dans sa version simplifiée très usitée, le yukata. En Occident, les kimonos sont devenus un article de mode dans les années 2010... Un kimono neuf est particulièrement onéreux, son prix pouvant s’élever à plusieurs millions de yens (plusieurs milliers d'euros), et le porter est particulièrement compliqué.. Dans la période contemporaine, le kimono est surtout connu par le biais du , où les jeunes Japonaises portent un furisode pour la photographie traditionnelle. Parmi les plus chers, le furisode porté à cette fête est souvent loué pour l'occasion. Un usage plus courant du kimono est réservé aux membres de la « très grande bourgeoisie », qui peuvent s'offrir les différents kimonos correspondant aux phases de la vie (jeunesse, âge mûr) et parfois aux saisons. Cependant, ces dernières années ont vu naître un engouement pour les kimonos d'occasion. Le marché du kimono, selon une étude de l'institut de recherche Yano, a culminé à de yens (près de 14 milliards d'euros) en 1975, mais est tombé à de yens en 2016 (2,1 milliards d'euros)..
Décoration Création contemporaine : Kimonos, par Inagaki Toshijirō, 1961.|vignette vignette|gauche|Hitoe à décor de rideaux de bambous, pins et . H. . Début . Collection Matsuzakaya, Tokyo. Teinture yuzen, pochoir suri bitta et broderie de soie sur crêpe de soie kinuchijimi (un tissu « à l'air ridé ») blanc..
Le kimono est formé de rectangles de tissus pliés et cousus, mais jamais recoupés ; il est rectiligne, tombant jusqu'aux pieds ou chevilles, suivant la formalité de l'ensemble et la personne qui le porte. Sa particularité consiste dans ses manches très longues, pouvant aller jusqu'au sol pour les kimonos des jeunes femmes (furisode). Le kimono se porte toujours côté gauche sur côté droit : d'une part cela permettait autrefois de cacher une arme (tantō), d'autre part, les morts sont habillés en croisant les pans dans le sens inverse. Il est tenu en place par une large ceinture appelée obi qui permet de distinguer certains groupes dans la société ; habituellement nouée dans le dos, elle était nouée sur le devant pour les prostituées..
Les tissus sont variés., comme le lin ou la soie, mais aussi la ramie, la fibre de mûrier, le chanvre, et les modes de tissage très nombreux aussi : taffetas, sergé, satin, satin damassé, crêpeSur le crêpe de soie kinuchijimi : . ou gaze. Le choix des tissus et le fait qu'ils soient superposés ou ouatés permettent de produire des vêtements adaptés aux saisons.
Les kimonos offrent de vastes surfaces qui ne tiennent pas compte de l'anatomie, pas plus de la femme que de l'homme, et ces surfaces sont le support privilégié de l'expression artistique japonaise. Les kimonos anciens sont décorés par des motifs traditionnels (pin, bambou, tortue, libellule, roue, cerisiers, pivoines, mauves, iris, rochers, eau courante, vagues, paysages dont certaines vues célèbres, jeux de go, etc.), symboles des vertus pour certains et permettant d'inclure aussi des motifs qui sont, eux-mêmes, des scènes parfois très complexes, comme paravents, rideaux portables, éventails et peintures sur rouleau vertical, qui mettent ces images en abyme. Le décor permet aussi d'introduire des motifs géométriques simples tels que quadrillages, losanges, hachures de rideau en lattes de bambou déroulé, ou complexes comme les nœuds cérémoniaux (noshi). Tous ces motifs étant dispersés ou groupés, voire superposés, mais avec de larges espaces vides qui font « respirer » ces compositions.
Les peintres japonais ont donc créé des catalogues de décor pour kimonos (hinagata bon), comme Moronobu et Sukenobu, dès le premier quart du . Ces catalogues étaient édités chaque année. Pour les dessins les plus en vogue on procédait à des éditions spéciales. Après que la cliente eut choisi le motif parmi les catalogues qu'on lui proposait, le vendeur notait précisément la commande dans un carnet. Puis il faisait un dessin, grandeur nature, en spécifiant tous les détails et il transmettait ce dessin aux artisans avec le tissuCartel de l'exposition « Kimono : au bonheur des dames », Musée national des arts asiatiques - Guimet, Paris, 2017..
Les pratiques décoratives sont nombreuses : la teinture (elles sont nombreuses, en particulier l'indigo qui a un très grand succès au Japon comme dans tout l'Extrême-Orient) peut être appliquée directement au pinceau ou au pochoir, ou bien en (protégeant) certaines zones qui resteront blanches, soit par nouage, soit en liant l'étoffe à l'aide d'un fil (), soit en appliquant la couleur à l'intérieur de zones limitées par de l'argile, de la cire ou par un filet de colle de riz. Il s'agit alors du procédé yuzen, qui permet de tracer les lignes de contour et intérieures au motif. Le yuzen permet de peindre dans ces zones limitées, en appliquant éventuellement des dégradés et en fonction des traits du motif, à l'intérieur de ces zones, qui resteront blancs (la colle de riz étant lavée après le fixage des teintures). Le yuzen permet aussi de protéger de larges surfaces qui ne prendront pas la teinture appliquée à la pièce de tissu.
Types Pour les femmes vignette|Motif sur un kurotomesode. vignette|gauche|redresse|Manche de furisode (manches longues, de jeune fille non mariée). vignette|Exemple d'un motif Edo komon vu de près.