La Vie sexuelle des Belges 1950-1978Interview de Claude Devos dans Première Belgique, n° 200, page 18. « L'idée en filigrane du film, c'est que l'art doit être en toutes les mains, il faut que ça cesse d'être privilégié. Vous aussi vous pourriez transposer votre vie sexuelle au cinéma. Si moi je peux le faire, tout le monde peut le faire! ». est un film réalisé par Jan Bucquoy et produit par Francis De Smet, sorti en 1994.
C'est un film qui parle de la jeunesse d'un écrivain qui quitte son village natal (Harelbeke) en Flandre profonde pour tenter sa chance dans la capitale de la Belgique, Bruxelles. Il sera déçu sur le plan sentimental autant que sur le plan professionnel. Dans ses moments de solitude, il pensera à sa mère qui le tenait si tendrement dans ses bras quand il était encore un bébé...
Il a remporté le prix André-Cavens du meilleur film belge de l'année 1994.
Synopsis Le film débute en relatant la vie de famille flamandeVoir le livre de l'auteur La vie est belge, le paradis, là, maintenant, tout de suite !, Paris : éditions Michalon, 2007, page 164, .. Il aborde ensuite l’enfance du protagoniste Jan dans une ville de province ainsi que son adolescence marquée par diverses expériences sexuelles. À l'école, il assiste aux déconvenues de son premier amour, surnommée "sale culotte". Sa tante Marta l'emmène voir le western Johnny Guitare (1954) avec Joan Crawford, qui devient pour lui l'incarnation de la femme idéale.
Le protagoniste ne se laisse ni séduire par le nationalisme flamand, ni par l'homosexualité, comme en témoigne une scène dans un camping à Dixmude, où il refuse les avances d’un camarade plus âgé, avec en arrière-plan la tour d'YserTour de l'Yser.. Sa première conquête amoureuse a lieu lors d'un bal de village où Will Tura interprète Ik ben zo eenzaam zonder jou ("Je me sens si seul sans toi").
Jan rencontre sa première épouse à l'Université libre de Bruxelles lors d'une distribution de tracts contre la guerre du Vietnam. Ils se promènent ensemble sur le brise-lames de Blankenberge. Leur mariage donne naissance à un enfant, mais le bonheur n'est pas au rendez-vous.
En parallèle, il entretient une liaison avec une femme qui lui enseigne les bases du marxisme tout en lisant Le Capital nue sur son canapé. Il tente ensuite sa chance à Bruxelles dans les années 1960, en pleine révolution sexuelle : divorce, rencontres multiples et fréquentation du café d’artistes Le Dolle MolCafé situé rue des Éperonniers, dans le centre de Bruxelles.. Malgré cette effervescence, il ressent une solitude grandissante.
Le décès de sa mère marque un tournant. Sur fond de Requiem de Peter Benoit, un ange de la mort lui reproche son obsession pour le sexe et lui impose une pénitence. Elle lui rappelle que Mozart considérait la mort comme une libération, ce à quoi il répond qu'il doit d’abord achever son livre.
Le film se clôture par une image du protagoniste bébé dans les bras de sa mère, écho à la scène d’ouverture où elle descend un escalier avec lui dans les bras. Cette séquence fait référence aux théories de Jacques Lacan et à l'anecdote de Saint Augustin sur la jalousie du frère de lait. La bande-son accompagne cette scène avec la chanson Wherever You Are, You Will Always Be My Johnny Guitar, suivie de l'hymne de l'Union soviétique, annonçant la suite de l'hexalogie de La Vie sexuelle des Belges : Camping Cosmos.
Fiche technique thumb|Entrée de l'U.L.B. : c'est là que le protagoniste diffusera des tracts contre la guerre du Viêt Nam et qu'il rencontrera sa fiancée.
Titre : La Vie sexuelle des Belges 1950-1978 Réalisation : Jan Bucquoy Photographie : Michel Baudour Costumes : Mariska Clerebaut, Sabina Kumeling Storyboard : Jean-Philippe Vidon Scénographie : Nathalie André et Nicole Lenoir Montage : Matyas Veress Musique : Francis De Smet, Marc Aryan, Gene Vincent, Will Tura, Peter Benoit, Les Dominos. Son : Gérard Rousseau et Jean-Grégoire Mekhitarian Production : Francis De Smet Société de production : Transatlantic Films Bruxelles Pays d'origine : Langue : français Format : 1.85:1 - son stéréo - Genre : Comédie romantique, film d'aventures Durée : 89 minutes Date de sortie : , Bruxelles
Distribution
Jean-Henri Compère : Jan Noé Francq : Jan adolescent Isabelle Legros : La mère du petit Jan Jacques Druaux : Le père Sophie Schneider : Thérèse, sa première femme Sabrina Leurquin : Adjani Morgan Marinne : L'enfant Noël Godin : Pierre Mertens Jan Bucquoy : Le poète dada. Marlène Duelz : Marlène
Commentaires thumb|upright|Le roman qui a influencé le scénariste.
Ce film culte raconte avec une voix off tantôt ironique tantôt réaliste, les déboires d'un jeune écrivain qui s'approche de la vie d'une façon naïve. Un Pip dans Les Grandes Espérances de Charles Dickens ou un Julien dans Le Rouge et le Noir de Stendhal ? L'histoire se développe dans la perspective de la première personne et dans la progression d'un Bildungsroman comme David CopperfieldEntre autres Tante Marta ressemble à aunt Betsey Trotwood. Voir: Betsey Trotwood. Tout comme dans Oliver Twist ou David Copperfield, Dickens met en scène un narrateur très jeune, luttant contre l'adversité, aux prises avec des événements qui le dépassent.. Basé sur la bande dessinée écrite par Bucquoy et dessinée par Jean-Philippe Vidon: La vie de Jean-Pierre L'Heureux, Tout va bien Jean-Pierre Lheureux ou L'écrivain face à son terrible destin. « Désargenté perpétuel, Lheureux en arrivera même à offrir, contre rémunération, son corps à un autocar de Suédoises. Là encore, les idées toutes faites, les préjugés faciles devront être revus à la baisse... Ces petits récits, intitulés Brèves rencontres, en dépit de leur contenu poignant dont vous aurez immédiatement saisi la portée, sont malgré tout une suite de variations sur le thème de galipette avec pour élément moteur le rondouillard Lheureux. Galipette besogneuse parfois et souvent déconcertante. C'est une bande dessinée riche d'enseignements. Et d'un intérêt culturel évident. Car Marguerite Duras n'est pas la seule à être ainsi impliquée dans les tentatives voltigeuses de notre cher héros. » Article de Robert Rouyet dans Le Soir.La Meuse 24 janvier 1989: Première mondiale en B.D. : « Le personnage principal sera mis en scène et interprété par son créateur. Jean-Pierre Leureux est le nom du personnage créé par Marc Hernu sur un scénario de Jan Bucquoy. Ce dernier se sent tellement bien dans son personnage qu'il a décidé de le mettre en scène. ». La voix-off donne un sentiment de stream of consciousness Stream of consciousness writing et étale les états d'âme du protagoniste. Première partie de la trilogie La Vie sexuelle des Belges suivie par la deuxième partie : Camping Cosmos. La Vie sexuelle des Belges 1950-78 est un film qui marque une période d'après-guerre où un optimisme chaleureux dominait la Belgique. Cet optimisme sera contrarié par la suite dans les films Camping Cosmos et Fermeture de l'usine Renault à Vilvoorde. La vie sexuelle est en fait une métonymieL'auteur avait l'intention de faire tout un catalogue de « Vies sexuelles » : La Vie sexuelle du pape, La Vie sexuelle des Schtroumpfs, La Vie sexuelle d'Hergé, La Vie sexuelle du Congo belge, etc. Voir Grabuge de ainsi que La vie est belge, op. cit., p. 118. de la vie sentimentaleLe titre du film n'a en fait rien à voir avoir avec la pornographie, il s'agit plutôt d'une biographie sentimentale d'un jeune écrivain, les actes sexuels étant limités. Le rapport avec les films de Catherine Breillat (Romance (film, 1999)) se situe dans quelques scènes ou on voit apparaître le sexe masculin. De la même façon, on pourrait juger que Une liaison pornographique est un film sentimental.. La chronique 1950-1978, qui est mentionnée dans le titre du film, parle surtout de l'enfance et de la vie d'un jeune homme qui fuit sa Flandre petit esprit pour commencer sa carrière dans la capitale belge. « des Belges » fait figure de style de taxinomie comme si « la vie sexuelle des Belges » serait différente des autres peuples. Il s'agit bien de « vie sexuelle » et non de sexualité tout court, le mot « vie » sous-entend un développement, une évolution. L'affiche du film représente les nouveaux mariés comme un couple classique des années cinquante en Belgique. Le mot « sexuel » cache les mots « politique », « art », « désir », « communication ». Ce premier film montre 28 ans de la vie d'un homme qui essaie de trouver la meilleure réponse à la seule question philosophique vraiment importante, comme l'auteur Albert Camus a écrit (en particulier dans Le Mythe de Sisyphe) : la vie vaut-elle la peine d'être vécue ?
Comparaison avec d'autres films thumb|upright|Portrait du compositeur Peter Benoit né à Harelbeke et compositeur du requiem qu'on entend à la mort de la mère du protagoniste.
Avec des clins d'œil aux films de Godard : Masculin féminin (1966), par exemple dans la scène des deux amoureux au café : la femme qui mange une pomme (symbole d'Ève du paradis, malum en latin étant un homonyme pour pomme et pour le mal), et à La Chinoise (1967) avec la scène de la distribution de tracts à sa future femme à l'ULB. Le film fait penser à Huit et demi (Otto e mezzo ou 8½) (1963)Pour la comparaison avec Huit et demi : . de Fellini par son introspection, sa fantaisie autodérisoire et ses images du passé et de la jeunesse ainsi qu'à Amarcord (1973) du même réalisateur. La référence au film Les Quatre Cents Coups Particularité démonstrative: Jan Bucquoy avait 14 ans lors de la sortie du film donc l'âge d'Antoine Doinel. Ainsi que dans Camping Cosmos, Eve Bucquoy (sa fille) et son copain (Noé Vandeputte, le fils de madame Vandeputte, Lolo Ferrari), ont tous les deux 14 ans. est évidente si on sait que Bucquoy a été moniteur de mineurs placés sous le contrôle de la justiceEntretien de Giovanni Ambrosio du 22 mars 2003 à Bruxelles. Thèse de l'université de Naples, département littérature, 2002-2003.. La différence est que Truffaut a besoin de la série de cinq films du cycle Antoine Doinel pour en arriver au divorce, qui par contre chez Bucquoy, est au milieu de La vie sexuelle des Belges 1950-78. Il a donc le temps de développer le côté provocateur-anarchiste dans les films suivants: Camping Cosmos comme animateur culturel sur une plage belge à Westende et dans Fermeture de l'usine Renault à Vilvoorde. Peur du réalisateur, qui au moment de la sortie du film s'approchait de la cinquantaine, de ne pas aboutir son projet de la trilogie? Finalement le film fait penser à La Maman et la Putain par le jeu des couples et les dialogues subversifs. Comme dans Mon oncle d'Amérique La vie sexuelle des Belges se déroule en permanence sur trois niveaux : l'histoire racontée, les représentations mentales des protagonistes influencées par le cinéma et par leurs souvenirs propres, et des images d'expériences des protagonistes n'ayant pas de rapport évident sur le moment, mais qui deviennent éclairantes ou sont simplement absurdes.
Accueil Il reçoit le prix André-Cavens de l’Union de la critique de cinéma (UCC) en 1994. Le film fut bien accueilli par la critique et le public d'amateurs de cinéma d'auteur. Il est vendu dans seize pays entre autres le Royaume-Uni et dans le circuit d’art cinema de New York.
Accueil critique
"The cinematography is an unusual blend of the surreal and the mundane, infused with a quirky comic style which flitters between self-mockery and farce. Bucquoy's portrait of his own mother provides the film with its most enduring image, the possessive house-proud woman who casually quips when she notices her husband has died, "it isn't time", and repeatedly states when she finds a way to save money: "it's cheaper that way". If the film is an accurate reflection of the truth, Bucquoy must have had one Hell of an upbringing...". (James Travers 2002, voir lien externe).