L’aulos (prononcer ) est un instrument à vent très utilisé durant toute l'Antiquité au cours de rites religieux et sociaux. Appelé aulos dans la Grèce antique et dans la Rome antique, c'est un instrument à anche battante, simple ou double, composé principalement d'un tuyau percé de trous, joué le plus souvent par paire (ce qui lui a valu d'être décrit comme « flûte double », ce qui est totalement erroné). À partir du de notre ère, les Romains lui apportent quelques innovations techniques.
Le joueur d'aulos, appelé « aulète » (en latin ), avait un rôle central dans les sacrifices. Il était une des grandes vedettes des Jeux panhelléniques et détenait le rôle de chef dans l'« orchestre » antique.
L’aulos fait partie de la classe des auloï () qui désigne plusieurs instruments à vent de la Grèce antique, clarinette, hautbois et flûte, à l’exclusion des cors et des trompettes en raison d'une différence de contexte de jeu (surtout martial pour ces derniers).
Histoire thumb|Joueurs d'aulos et de harpe, statues cycladiques de marbre, - Musée national archéologique d'Athènes. L'origine de l'aulos grec remonterait à la civilisation des Cyclades qui s'est développée entre le et le , parallèlement à d'autres instruments à anche dont la provenance incertaine pourrait être située en Phrygie voire en Libye antique. Un instrument similaire à l'aulos à deux tuyaux apparaît plus d'un millénaire après, avec la qui a régné entre 1550 et . Les sources témoignant de son utilisation dans la civilisation grecque s'étalent historiquement du au de notre ère, ce qui représente au total une dizaine de siècles, et géographiquement sur toute l'étendue du monde antique de la France au Tadjikistan, et en Afrique jusqu'au Soudan). Quelques instruments complets et plusieurs centaines de fragments sont conservés dans les musées, surtout en Grèce et en Italie. Il en reste probablement de nombreux autres ailleurs qui ne sont pas encore répertoriés. Les fragments découverts sont généralement en os ou en ivoire, et les seuls exemplaires connus en bois sont exposés au musée du Louvre et au British Museum..
thumb|Mosaïque de la maison du Poète tragique (Pompéi), acteurs et musiciens se préparant - Musée archéologique national de Naples.
L'aulos n'a jamais été considéré par les Grecs et les Romains comme un instrument « national », mais il était associé à presque toutes les occasions de jeu dans un contexte social. Il a fait l'objet de nombreux concours : une épreuve de solo d'aulos a existé dès le début des Jeux pythiques, à partir de , alors que le solo de lyre n'a commencé qu'en 558 . L'aulos est utilisé dans les banquets, aux funérailles ou encore pendant les sacrifices religieux, mais aussi dans la marine de guerre pour rythmer les mouvements des rames. En Grèce tout le monde en joue, que ce soit un simple bambou ou roseau percé, ou un instrument de professionnel fabriqué par un luthier.vignette|Reconstitution d'aulosLa puissance artistique et émotive de l'aulos est fréquemment mise en avant dans l'Antiquité : Pythagore aurait ramené de jeunes gens ivres à la raison en faisant jouer un air de libation par un aulète, démontrant que l'aulos avait plus de pouvoir que les philosophes... Ses disciples lui ont consacré (comme pour la lyre) de nombreux écrits, c'était d'ailleurs en Grèce un élément essentiel de l'éducation aristocratique. Ce n'était pas le cas chez les Romains, mais la restait très utilisée dans les cérémonies religieuses. Cependant, entre et , l'aulos a été banni de l'éducation des citoyens d'Athènes, et un peu plus tard de l'école socratique. Les autres États ont suivi, à l'exception de la Béotie. Il devient alors un instrument de professionnels, principalement étrangers. La est chez les Romains l'instrument le plus courant ; Ovide écrit dans ses Fastes. : En latin : .. Elle bénéficie aussi de nombreuses innovations techniques à partir du . Les dernières mentions de cet instrument sont faites par des poètes aux avant qu'il ne disparaisse, probablement du fait de la difficulté de sa pratique liée à l'abaissement du niveau des études au moment de l'effondrement de l'Empire, et du rejet par l'Église chrétienne des cérémonies païennes auxquelles la était fortement associée.
Étymologie et terminologie thumb|Aulète et couples de danseurs, détail d'une loutrophore, 700 , musée du Louvre. L'aulos (, prononcer . plutôt [au̯ˈlos], ) est incorrectement traduit par « flûte ».. Le mot « » est étymologiquement apparenté à « » qui signifie souffler. Le terme « aulos », au singulier, désigne l’instrument : à la fois le monaule (tuyau joué seul), ou sa version double (auloi doubles) qui reste au singulier.. De même, le terme latin désigne en général les doubles beaucoup plus courantes. Le terme au pluriel, « auloi » (, La transcription du mot du grec ancien donne en français auloi qui se prononce « auloï » ; Jacques Chailley écrit auloï (avec le tréma) dans son livre La Musique grecque antique ; Annie Bélis confirme que le tréma est ajouté « artificiellement » pour que les lecteurs ne se trompent pas sur la prononciation., ), désigne à la fois la classe des instruments à vent, et plus spécifiquement celle des instruments à anche.
L'instrumentiste qui joue de l'aulos est appelé « aulète » ( en latin, pluriel )... Une joueuse d'aulos a un nom particulier : aulétris (au pluriel aulétrides et en latin ).. Les aulètes spécialisés avaient un titre : le choraule était un accompagné par un chœur, le pythaule ou aulète pythique était un participant aux concours des Jeux pythiques.
L'« aulétique » définit l'art de jouer de l'aulos.. L' « aulodie » est un chant accompagné par un joueur d'aulos., composé et chanté par un « aulode ».. L'aulos grec à tuyaux cylindriques était nommé hellenikos aulos, les autres types d'instruments étaient nommés selon leur composition, leur origine ou leur usage.. On distingue en particulier l'aulos phrygien, ou phrygiaulos, ou encore élymos (, en latin ou ) d'origine étrangère qui a toujours conservé sa connotation exotique. Autre exemple, le kéraulès ou le kérataulès (en latin , vient de kéras qui signifie « corne »), qui était utilisé pour les funérailles..
L'autre grande famille dauloi (ou de pour les Romains), dépourvue d'anche, est celle des syringes (, )..
Description thumb|upright=0.5|La muse Euterpe tenant un aulos comportant des tubulures, , musée du Louvre. L'aulos est un instrument à vent antique. C’est un instrument à anche battante, simple (du type de la clarinette) ou double (du type du hautbois.), composé de bulbes d'accord et d'un tuyau cylindrique percé de trous, joué le plus souvent par paires. Un aulos couvrait, selon sa longueur et la position de ses trous, une ou deux octaves..
Les instruments actuels les plus proches seraient : de type clarinette polyphonique, l'arghoul égyptien, à deux tuyaux, et la launeddas sarde à triples tuyaux.; de type hautbois, mais à tuyau simple, le duduk, joué dans le Caucase. Parmi les instruments anciens, de type hautbois à perce cylindre citons le cromorne.
La classe des auloi désigne l'ensemble des instruments à vent de la Grèce antique, ce qui inclut l'aulos, la clarinette (ancienne, de type chalémie) et la flûte, à l’exclusion des cors et des trompettes qui ne faisaient pas partie de l’orchestre.
Les auloi sont rangés dans deux grandes catégories : les auloi selon l'acception étroite du mot, c'est-à-dire les instruments à anche qui correspondent aux hautbois, clarinettes et bassons modernes, et les syringes qui correspondent aux flûtes modernes.. Aristoxène classait les auloi (au sens large) en cinq familles de tessitures, des plus aigües au plus graves : les parthéniens ou flûtes virginales (, parthenioi), voix de jeune fille ; les enfantins (, paidikoi), voix de jeune garçon ; les citharistériens (, kitharisterioi), dans le registre de la cithare ; les parfaits (, teleioi), baryton ; les plus-que-parfaits (, hyperteleioi), basse.
Les deux derniers (parfaits et plus-que-parfaits) sont regroupés dans la famille des andréioi (masculins). Selon Aristoxène, six auloi différents étaient fabriqués dans cette seule étendue des voix d'homme.
La classe des auloi a embrassé des instruments d'origine non grecque, le principal étant l'aulos phrygien. La musique grecque était caractérisée par la lyre, associée au mode dorien, alors que l'aulos (considéré comme exotique) était caractérisé par les modes phrygien et lydien associés aux nuances chromatiques.
Les Romains distinguent les paires de de longueurs égales (), de celles qui sont inégales () appelées « phrygiennes ». Lorsqu'elles sont inégales, le tuyau aigu est dans la main gauche () et le grave dans la main droite . La se développe en une dizaine de sortes différentes (incluant les auloi grecs). C’est l’ancêtre du chalumeau, puis de nos hautbois et clarinettes ; leur son devait être proche de la tenora. Les plus beaux exemplaires connus sont les découvertes en 1867 lors des fouilles de la ville de Pompéi ensevelie par l'éruption du Vésuve en 79. Deux paires ont été découvertes dans la maison de Caius Vibius, abandonnées par un professionnel dans sa chambre. Elles sont composées d'os, de bronze et d'argent.
Aulos phrygien thumb|Aulos phrygien sur le sarcophage d'Aghia Triada, vers 1350 , musée archéologique d'Héraklion. L'aulos phrygien est composé d'un tuyau droit et d'un autre terminé en forme de pavillon recourbé ; originaire de Phrygie, il ne s'est jamais popularisé en Grèce. Les tuyaux sont en général en buis., et cylindriques, l'un d'eux étant prolongé par une corne amovible (par exemple de bouvillon), ce qui permettait de le transformer en aulos grec.
Le diamètre intérieur de ses tuyaux était plus petit que les autres auloi, ce qui rendait un son plus grave, voire rauque. Il était utilisé principalement pour le culte de Dionysos et de Rhéa de Cybèle. Chez les Romains, c'est la , la seule ayant des tuyaux différents, dont le nom vient de la déesse Cybèle du mont Bérécynthe. Ce serait d'après les témoignages et vestiges, le premier aulos arrivé chez les Grecs, d'abord en Crète, au temps de la civilisation minoenne avant la période mycénienne.
Monaule L'aulos simple s'appelle monaule, tout comme le musicien qui en joue. C'est un tuyau ouvert muni d'une anche double, généralement cylindrique et ne dépassant pas , qui peut avoir un pavillon. Il se joue avec les deux mains et peut comporter (les deux pouces servant au maintien). Le monaule existait en Égypte antique ; mentionné par Sophocle () comme instrument exotique, il se répand à Athènes au Mais c'est surtout à Alexandrie qu'il fut particulièrement apprécié.
Plagiaule thumb|Deux plagiaules.
Le plagiaule ou « aulos latéral » est une variante tardive de l'aulos, à un seul tuyau, possédant une anche extérieure probablement de type simple, placée sur le côté, qui semble être tenu comme une flûte traversière (cette dernière est inconnue des Grecs). Son extrémité supérieure est complètement bouchée. Fabriqué en bois de lotus à l'époque hellénistique, il avait un son plutôt doux. Son origine est inconnue (phrygienne, libyenne, ou égyptienne). Dans la mythologie il est attribué à Pan et c'est l'instrument favori d'Éros et des satyres. On le trouve surtout à Alexandrie, dans les mains des bergers, dans les joyeux festins ou dans le culte de Sarapis. Deux exemplaires sont conservés au British Museum (collection Castellani) : ils sont en bois, recouverts de ceintures de bronze avec des viroles fixes, et possèdent respectivement (dont un en dessous pour le pouce). Le mieux conservé des deux est orné d'un buste de Ménades.
Ascaule