Le nom de révolution d'Août (vietnamien : Cách mạng tháng Tám) désigne, en Indochine française (Empire colonial français), les événements révolutionnaires allant d' à la déclaration d’indépendance de la république démocratique du Vietnam vis-à-vis de la France, au matin du . La révolution s'est produite dans le contexte de la capitulation du Japon impérial, et cette révolution a renversé la monarchie vietnamienne pour établir une république. Cependant, le nouvel État n'est initialement reconnu par aucun pays et son autorité au sud du sera bientôt remise en cause par le retour des Français, reconnus par les Alliés.

Lors de cette révolution, le Việt Minh prend provisoirement le pouvoir, après environ un siècle de colonisation française, avant l'intervention dans le même mois d' des forces alliées, d'abord britanniques (au sud) et chinoises (au nord)Voir : South East Asia Command., puis françaises (le Corps expéditionnaire français en Extrême-Orient).

Cet épisode est l'un des préludes à la guerre d'Indochine (1946-1954). Il intervient à la suite de la capitulation du Japon, dans un contexte chaotique, où l'Indochine française se trouve désorganisée après le coup de force japonais du . Pendant et après la révolution, les communistes du Việt Minh détenaient le pouvoir dans la majeure partie du pays, le reste appartenant à des factions non communistes. Le pouvoir du Việt Minh en Cochinchine était le plus faible. Un conflit de facto entre factions communistes et non communistes aurait lieu après la création du nouvel État. Les non-communistes coopéreront avec la France pour établir l'État du Vietnam, dirigé par l'ancien empereur Bảo Đại, en 1949.

Contexte Invasion japonaise

En , l'empire du Japon a imposé à la France la présence de ses troupes en Indochine française. Il semble que cet accord entre le gouvernement de Vichy et le Japon ait provoqué l’embargo sur les métaux ferreux et les produits pétroliers décrété par Franklin Delano Roosevelt contre le Japon, ce qui a été l'une des causes de l'entrée de l'Empire dans la Seconde Guerre mondiale.

Le commandement japonais n’avait ni le désir ni les moyens d’assurer lui-même l’administration du pays qu’il occupait seulement comme base de départ pour l’offensive contre les Philippines, la Malaisie et la Birmanie à travers la Thaïlande et pour priver la Chine méridionale de la voie de ravitaillement par le chemin de fer du Yunnan.

Dans les villes, l’agitation nationaliste prend de l'ampleur, une rivalité opposant le parti Dai Viêt (nationaliste pro-japonais) au VNQDĐ (Việt Nam Quốc Dân Đảng, nationaliste prochinois, lié au Kuomintang). Le Parti communiste indochinois (PCI), créé en Chine par Nguyèn Ai Quoc, le futur Hô Chi Minh, s'est reconstitué, ses militants se regroupaient autour de leaders, comme Võ Nguyên Giáp, Phạm Văn Đồng, Hoang Van Hoang, Vu Anh et Phung Chi Kien. En mai 1941, le PCI crée la ligue Việt Minh. Dans les « hautes régions », Võ Nguyên Giáp prépare l'Armée populaire vietnamienne à partir de la brigade de propagande armée, avec l'aide du détachement 101 de l'OSS des États-Unis, Roosevelt, le président américain, ne voulant plus qu'il y ait de territoires colonisés après la guerre.

Coup de force de mars 1945 et famine au Vietnam

Après plus de quatre ans de cette coexistence franco-japonaise en Indochine, les Japonais, craignant une invasion des Alliés sur le territoire indochinois, réalisent le un coup de force, en éliminant l’armée et l’administration coloniales françaises de toute l’Indochine.

Au matin du l’Indochine s’est retrouvée sans armées Françaises, tous incarcérées, sauf quelques exceptions assiégées dans leurs forts. Les Japonais ont réussi militairement, en une nuit, à faire ce que les indépendantistes vietnamiens avaient vainement tenté de faire depuis des décennies.

La situation est exceptionnelle pour les nationalistes vietnamiens, vivant souvent dans la clandestinité ou réfugiés en Chine et en Thaïlande, et leur permet d'espérer un accès au pouvoir.

L’empereur Bao Daï, après avoir reçu la visite de l'ambassadeur japonais Yokoyama, proclame le l'indépendance des protectorats d'Annam et du Tonkin et leur union au sein de l'empire du Vietnam, s'engageant dans la collaboration avec le Japon.

Dès , alors que les militaires rescapés du coup de force et les commandos français parachutés par la Force 136 britannique manquent de moyens pour mener des actions d'envergure, le Việt Minh reçoit l'aide des services secrets américains de l'OSS qui parachute la Deer Team et de l'armement pour former guérilleros afin de lutter contre le Japon.

Par ailleurs, les mauvaises récoltes de 1944-1945, conjuguées à la désorganisation totale des infrastructures à la suite des bombardements alliés, au manque de moyens du gouvernement vietnamien et aux réquisitions japonaises, privent le Tonkin du riz de la Cochinchine et provoque une terrible famine, causant des centaines de milliers de morts, si ce n'est un million.

Révolution d'août 1945 Depuis le , Hô Chi Minh habite le village de Tan Trao à l'est de Tuyen Quang. Il est informé par les Américains des bombardements nucléaires sur Hiroshima le 6, et Nagasaki le 9 août.

Le , le PCI et le Directoire du front Vietminh créent le Comité d'insurrection nationale présidé par Truong Chinh qui coopte, le , un comité provisoire de libération nationale de 5 membres où les communistes staliniens s'octroient 4 postes.

Le , l'empereur Hirohito annonce, dans une allocution radiophonique, la capitulation du Japon.

Bao Daï tente de garder la main en déclarant vouloir maintenir l'indépendance, mais le Front Việt Minh n'est pas pris au dépourvu et le , la milice Tu Vé est déjà en train de prendre le contrôle de la situation à Hanoï.Les trotskystes, les pro-chinois VNQDD et DMH sont les plus virulents, ils agressent sauvagement les Français, les métis et les Annamites francophiles à la recherche d'armes.

Le , les indépendantistes de toutes tendances commencent à prendre le contrôle de Hanoï sous l’œil bienveillant des Japonais qui les laissent faire, assurant une sécurité laxiste des Européens. vignette|Rassemblement pro-communiste devant le palais du Tonkin, 19 août 1945. Le , une grande effervescence populaire a lieu à Hanoï. Le même jour, Bao Daï lance à Charles de Gaulle en lui demandant de reconnaître l'indépendance. Une importante manifestation orchestrée par le Việt Minh a lieu, et la population prend d'assaut le palais du gouverneur royal du Tonkin, sous l’œil passif des Japonais. Dirigeant une foule de , les indépendantistes parviennent à occuper les bâtiments publics, obtenant des Japonais la libération de 400 détenus et la remise d'armes confisquées aux Français en mars.

Le , Bao Daï adresse un message à Harry Truman. vignette|Meeting trotskyste à Saïgon, 21 aout 1945. Ho Chi Minh quitte Tan Trao le 22 août pour Hanoï où il arrive le 26. Il forme un gouvernement provisoire et rédige une proclamation d'indépendance.

Le , Bảo Đại envisage de proposer au Front Viet Minh de former un nouveau gouvernement avec eux, mais, sommé d'abdiquerLaurent Cesari, L'Indochine en guerres, 1945-1993, Belin Sup Prépa, 1995, page 32., il obtempère le 25 et remet les symboles de sa souveraineté, le sceau et l'épée d'or, à une délégation Việt MinhJacques Valette, La Guerre d'Indochine 1945-1954, Armand Colin, 1994, .. Il est conservé par les indépendantistes comme Pierre Montagnon, La France coloniale, tome 2, Pygmalion-Gérard Watelet, 1990, page 128..

Le , arrive à Hanoï la petite armée de Giap, après des tractations avec le commandement japonais. « Révolution si vous voulez, mais champ de bataille, non ! » aurait dit le général TsuchihashiPhilippe Franchini, Les mensonges de la guerre d’Indochine, Perrin, Paris, 2005 , ..

Le , Hô Chi Minh fait une apparition publique à Hanoï, prenant un bain de foule et décrétant la formation d'un gouvernement dont il s'arroge la présidence et le ministère des Affaires étrangèresPierre Montagnon, La France coloniale, t. 2 : retour à l'Hexagone, Pygmalion-Gérard Watelet, 1990, .. vignette|Rassemblement pro-Việt Minh devant l'opéra de Hanoï, 30 août 1945. En laissant au Việt Minh la maîtrise du Nord du Vietnam, les Japonais contribuent délibérément à créer une situation impossible pour la France. Des indépendantistes prennent le contrôle de nombreux villages.

Dans la colonie de Cochinchine, les communistes disposent de moins d'hommes et doivent composer avec les autres partis nationalistes et les sectes, et les Japonais sont également davantage présents militairement. Le capitaine Pierre Messmer et l'administrateur colonial Jean Cédile sont parachutés hasardeusement l'un au Tonkin, l'autre à la frontière cambodgienne pour y représenter le gouvernement provisoire de la République française (GPRF), tous les deux en tant que commissaires de la République, mais ils sont capturés, l'un par le Việt Minh, l'autre par les Hoa Hao qui le vendront aux Japonais.

Le , le général Leclerc, arrivé à Kandy (Ceylan) pour préparer le débarquement de ses troupes, s'entend dire par Lord Mountbatten que, en application des accords de la conférence de Potsdam, Britanniques et Chinois pénètreront les premiers en IndochineJacques Dalloz, La Guerre d'Indochine, Seuil, 1987, page 79.. Le même jour, le Việt Minh organise une manifestation à Saïgon, et obtient la création d'un comité provisoire exécutif du Sud Vietnam, où il détient sept postes sur neuf.

Jean Sainteny, commissaire du gouvernement gaulliste, arrive de Chine en fin août, transporté par un avion américain. Il parvient à débarquer à Hanoï mais est rapidement isolé par les Japonais, qui pactisent avec les indépendantistesPhilippe Franchini, Les Guerres d'Indochine, tome 1, Pygmalion-Gérard Watelet, 1988, page 204 et 225., et par les Chinois, qui arrivent pour désarmer les Japonais.

Dans le courant des mois d'août et de septembre, des membres du Việt Minh s'emploient à liquider la concurrence politique et commettent de multiples assassinats, visant notamment le Parti constitutionnaliste indochinois, dont le chef Bùi Quang Chiêu est assassiné, et la secte néo-bouddhique Hoa Hao.

La répression vise particulièrement les trotskistes vietnamiens, dont des dizaines sont traqués et abattus. Le , un service de Sécurité d'État est organisé à Saïgon, sur le modèle soviétique, et multiplie les arrestations d'opposants.

Le Việt Minh crée également un , en grande partie recruté dans les rangs de la pègre, qui pratique intimidations et assassinats. 450 Français et Eurasiens seront tués ou enlevés dans la cité Héraud. Les exactions commises par des indépendantistes vietnamiens sont souvent d'initiative locale, mais l'appareil du mouvement et sa guerre interne pousse à la violenceJean-Louis Margolin, dans Le Livre noir du communisme, Robert Laffont, 2002, pp. 619-620.. vignette|Ho-chi-Minh lisant la proclamation d'indépendance sur la place Ba Dinh le 2 septembre 1945. Le jour de la signature de la reddition japonaise, Hô Chi Minh proclame l'indépendance du pays au nom du Gouvernement provisoire de la république démocratique du Vietnam place Ba Dinh, en présence du staff de l'OSS américain.

Après-coup La situation demeure extrêmement tendue dans les mois qui suivent, tandis que les troupes japonaises, toujours présentes sur le territoire, demeurent l'arme au pied. Les troupes de la république de Chine investissent le Tonkin, le Việt Minh s'abstenant de résister à leur incursion. Hô Chi Minh essaie, sans succès, de faire reconnaître son gouvernement par les États-UnisJacques Valette, La Guerre d'Indochine 1945-1954, Armand Colin, 1994, p. 31..

La indienne du général Gracey de l'Armée des Indes britanniques pénètre à partir du dans Saïgon avec les commandos français du corps léger d'intervention (futur RIC).Les Français, encore peu nombreux, ne reprennent que progressivement et imparfaitement le contrôle du pays.