Ari Boulogne est un photographe et acteur de cinéma français né le à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) et mort le à , appelé à sa naissance Christian Aaron Päffgen.
Il est élevé jusqu'à l'âge de cinq ans par sa mère, la chanteuse, mannequin et actrice allemande Christa Päffgen, dite « Nico ». Sa mère a effectué pour lui, avant sa majorité, mais sans succès, une demande de reconnaissance en paternité auprès de l'acteur de cinéma français Alain Delon.
Sa grand-mère paternelle supposée Édith Boulogne (née Arnold et mère de Delon) l'amène en France à l'âge de cinq ans, le place en pension l'année suivante, puis lui impose à l'âge de quinze ans un changement de patronyme et de nationalité, qui l'amène à fuguer pour rejoindre sa grand-mère maternelle et sa mère à l'étranger. Sous la direction des partenaires artistiques puis du compagnon de celle-ci, il a tourné dans huit films français et américains sortis entre 1966 et 1991 et également exercé le métier de photographe.
Biographie Origines et famille Ari Boulogne est le fils de la chanteuse, mannequin et actrice allemande Christa Päffgen dite « Nico » (Cologne 1938 - Ibiza 1988), qui l'a appelé « Christian Aaron Päffgen », en référence au personnage de Paul Newman dans Exodus, avec pendant la Seconde Guerre mondiale. Toutefois, selon certaines sources, ses initiales « C » et « A » répliquent aussi les prénoms de sa mère et d'Alain Delon. Son grand-père maternel, allemand, , est mort à la guerre quatre ans après la naissance de Nico.
Installée à Paris au milieu des années 1950, égérie de Chanel, sa mère Nico s'impose comme l'un des modèles mannequins les plus sollicités de l'époque dès la fin des années 1950Didier Saltron, « "Nico Icon": gloire et miséricorde d'une pop star », AFP, 16 mars 1996. Elle est remarquée en 1959 dans le film La dolce vita de Federico Fellini, tourné entre le printemps et l'été 1959. Nico rencontre juste après la sortie du film, l'acteur français Alain Delon sur l'île italienne d'Ischia, au cours du tournage de Plein Soleil, qui se déroule du au . Tous deux, se revoient à New York deux ans après, puis à Las Vegas selon Vernard VioletBernard Violet, Les Mystères Delon, biographie non autorisée d'Alain Delon, citée par Sabine Bernede dans , entretenant une liaison, obsessionnelle et amoureuse, selon ses propos à ses amis, quatre mois plus tard à Paris ainsi qu'à sa mère, laquelle lui demande d'épouser Alain Delon ou d'avorter. La relation avec Delon est toutefois de très courte durée selon ce dernier, qui à cette période, est officiellement fiancé avec Romy Schneider. L'acteur dément formellement l'affirmation de Nico puis de sa propre mère Édith Delon, selon lesquelles Ari Päffgen serait son fils. Sa liaison avec Romy Schneider se poursuit pendant encore deux ans et ne s'achève qu'au tout début de celle avec l'actrice Nathalie Delon. Celle-ci lui donne le son premier fils officiellement reconnu, Anthony Delon, six semaines après leur mariage.
Naissance et petite enfance Ari naît en à la clinique du Belvédère de Neuilly-sur-Seine, Nico vivant à cette époque dans l'appartement prêté à Paris par son compagnon Nikos Papatakis, auquel elle se confie. Il lui déconseille tout chantage à Delon et rompt avec elle. Quelques mois plus tard, elle doit tenir le premier rôle du film Strip-tease, de Jacques Poitrenaud. Peu informée, elle omet de déclarer la naissance au consulat d'Allemagne à Paris et quitte la France six semaines plus tard, pour s'installer avec la grand-mère maternelle d'Ari en Espagne franquiste, à Ibiza.
Elle écrit à Alain Delon pour l'en informer mais il ne répond pas. Elle lui présente ensuite le nouveau-né sur un tournage, devant les autres acteurs, ce dont se souvient Nathalie Delon, également présente.
Enfance à Londres, Ibiza, New York et Montfort-l'Amaury En 1959, à l'âge de , Nico décroche un grand contrat avec l'agence Ford de New York, pour un triple profil international de mannequin, chanteuse et actrice, garantissant des revenus stables et confortables, car elle souhaite pourvoir durablement aux besoins de sa mère malade, « Grete » Schulz (1910-1970), laquelle prend soin du nouveau-né à Ibiza.
Le très jeune Ari Päffgen apparaît en compagnie de sa mère, dans son propre rôle, dans le film Chelsea Girls (1966), signé Andy Warhol et Paul Morrissey, puis dans un autre film de la même année, Ari and Mario.
Dès 1967, la grand-mère maternelle d'Ari, dont la maladie de Parkinson s'aggrave, écrit à la mère d'Alain Delon, Édith Boulogne, pour lui dire son incapacité à continuer de s'occuper d'Ari ainsi que la difficulté de sa fille Nico à élever seule un enfant, du fait de sa carrière internationale.
Édith Boulogne vient chercher l'enfant, âgé de cinq ans, aux Baléares et le ramène en France, à Bourg-la-Reine (Seine) pour l'élever sans sa mère et sans prévenir cette dernière.
Dès 1968, l'année suivante, au prétexte de l'affaire Marković, afin de le , l'enfant de six ans est mis en pension à Saint-Louis du Bel-air, institution catholique de Montfort-l'Amaury (Yvelines) où se pratiquent des châtiments corporels sévères. Le jeune enfant y demeure pendant neuf ans, ne revoyant sa mère qu'une seule fois ou deux selon les sources, notamment lors du tournage d'un film en 1972.
Alain Delon s'irrite de la situation et demande expressément à sa mère de choisir entre l'enfant et lui avant de se brouiller durablement avec elle. Édith Boulogne déclarera : Dès lors, l'existence de l'enfant est dissimulée à plusieurs personnes. Chez sa grand-mère présumée, Ari devient une sorte « d'enfant du placard », sans savoir que sa mère le recherche.
Retour de sa mère en France et tournages de Philippe Garrel En 1969 puis 1971, décèdent Brian Jones et Jim Morrison, deux concubins successifs de sa mère. Nico revient alors vivre en France. Le cinéaste français Philippe Garrel, rencontré en 1969, devient son nouveau compagnon.
Ainsi, dès l'âge de , Ari se prend d'affection pour celui qui devient le « parrain idéal », faute de pouvoir l'adopter. Ce dernier consacre pas moins de sept films à sa mère et le fait jouer dans la plupart.
Dès 1972, Garrel lui donne ainsi un rôle de premier plan, celui du petit frère, dans La Cicatrice intérieure, tourné au Nouveau-Mexique (États-Unis), en Islande et en Égypte, où Nico joue aussi, tout en assurant la bande-son, avec plusieurs chansons. Lors du tournage, Ari se crée des « souvenirs enchanteurs » et adore sa réplique , qu'il regrette plus tard de ne pas avoir adressée directement à son père putatif, Alain Delon.
Trois autres films de Philippe Garrel en hommage à leur histoire sont primés, notamment L'Enfant secret en 1979, long-métrage qui obtient le prix Jean-Vigo lors de sa sortie en France, en 1982. Il met en scène plusieurs relations extra-conjugales d'une artiste, dont l'un des amoureux, brisé par la rupture, se réfugie dans la mescaline puis doit être interné en psychiatrie pour un traitement par électrochocs. La relation reprend quand il en sort, mais son ex-amante, dévastée par le décès de sa mère et la perte de la garde de son enfant, se réfugie dans l'héroïne. J'entends plus la guitare, film français très largement auto-biographique lui aussi, sort en 1991 et obtient un Ours d'argent à Berlin, dédié à Nico, morte peu de temps auparavant. Le héros y est amoureux d'une femme mais préfère la quitter car il a rencontré une autre femme qui l'aide à décrocher de la drogue. À l'issue de l'une des scènes très réaliste, inspirée d'une visite de Garrel et Nico à Ari Boulogne dans sa famille d'adoption, le héros demande à Nico : et elle bredouille : . Selon Ari à cette période, sa grand-mère Édith Boulogne « diabolise » Nico à cause de l’héroïne et voit dans Philippe Garrel, malgré son apparence de « doux mari », un pur « marginal », un « hippie », à qui elle doit, pour lui parler, relever la mèche qui cache ses yeux.
Adolescence, apprenti-cuisinier et fuite Édith Boulogne fait miroiter à Ari le jour où Delon va le contacter pour finalement reconnaître une potentielle paternité, tout en lui demandant de ne pas prononcer son nom. En 1977, à , il est adopté par l'époux d'Édith, Paul Boulogne, charcutier. Ari doit ainsi changer de nom de famille et de nationalité, peu après avoir vu sa mère.
À , Ari entre dans une double révolte contre la diabolisation de sa mère entretenue par Édith Boulogne et le changement de nom qui lui a été imposé l'année précédente. Il arrête sa scolarité et devient apprenti cuisinier. L'expérience est brève : pendant ses vacances scolaires, il fuit chez sa grand-mère, à Ibiza. Il y retrouve ainsi sa mère puis la suit, lors de ses concerts et tournées en Europe. Souhaitant se rapprocher de cette mère perdue de vue depuis dix ans et rester près d'elle, il est dès lors, directement exposé à la consommation d'héroïne. Sa mère considère désormais Édith Boulogne comme une « voleuse d'enfants ».
Rencontre avec les Delon père et fils À l'automne 1981, à l'âge de , Ari croise Serge Gainsbourg dans une discothèque, lequel a joué avec sa mère, dans le film Strip-tease peu après sa naissance, écrivant même la chanson-titre du film pour elleNico par Gainsbourg, Radio herbe tendre., avant de la remplacer par Juliette Greco, puis de le regretter au vu du succès international de Nico.
Gainsbourg décide d'organiser une rencontre entre le fils de Nico et Anthony Delon à l'Élysée-Matignon. Tous deux discutent longuement, sortent à nouveau en discothèque et Ari est invité à dormir quelques jours chez Anthony Delon, et sa compagne. Toutefois, Ari mentionnera plus tard ne pas avoir ressenti de grandes affinités avec Anthony, en raison d'une . Par ailleurs, Ari s'intéresse à des œuvres et expressions différentes : les écrits d'Edgar Poe, les films de Fritz Lang, la musique du groupe Joy Division et il voue « un culte » à sa mère.
Ari ne rencontre Alain Delon qu'en de très rares occasions. Ce dernier le raccompagne notamment en voiture à Paris, après l'avoir croisé par hasard chez Édith Boulogne lors d'une visite d'Ari, âgé de , juste avant de rejoindre sa mère à Hanovre, pour l'accompagner dans sa tournée de 1986. Arrivé au métro, Delon le dépose et lui tape brièvement sur l'épaule, en lui disant : , ajoutant : et : Les deux hommes ne se revoient qu'en 1995, lors de l'enterrement d'Édith Boulogne, cérémonie durant laquelle Ari attend en vain qu'Alain Delon lui adresse à nouveau la parole. Plus tard, Delon déclare prudemment :
Deux combats contre la drogue, de la mère et du fils Depuis le début des années 1980, Nico est établie à Manchester, enregistrant sur différents labels, de plus en plus marginaux et confidentiels après s'être « installée durablement » à Paris, non loin de son fils, dès les années 1970.
Après la rencontre inopinée avec Delon en 1986, ponctuée d'une blague énigmatique de ce dernier sur son vrai père, Ari part vivre à New York, à la recherche de sa mère, dort sur les trottoirs, tente de se suicider et tombe dans le coma pendant trois semaines.
Sa mère vient à son secours. Dans un second temps, c'est ensuite le fils qui sauve sa mère en exigeant pour continuer à la voir, qu'elle cesse de prendre toute drogue. La chanteuse arrête la prise de tout produit et cesse sa carrière.
Nico meurt d'une chute de vélo à Ibiza en 1988, alors qu'à cette période, selon son manager Alan Wilde, elle retrouve un certain équilibre, a arrêté la drogue et mène une vie saine.
Cette mort entraîne chez Ari, , certaines crises d'angoisse et une seconde hospitalisation à New York. Philippe Garrel continue alors de l'aider et le jeune homme poursuit des cures de désintoxication. En 1993, il se réjouit d'être parvenu à se libérer de l'emprise de l'héroïne, à l'issue de sa dernière cure.
Six ans plus tard, avec sa compagne Véronique, il a un fils, Charles, né en 1999 puis une fille, Blanche, née en 2006.
Autobiographie d'Ari et recueil de poèmes de sa mère en 2001