Jean-Nicolas Pache, né à Verdun le et mort à Thin-le-Moutier (Ardennes) le , est un homme politique français, actif pendant la Révolution.
Origines Son père, Nicolas Pache, originaire d’Oron en pays de Vaud, s’installe en Lorraine où il se marie avec Jeanne Lallemand. Il est valet de chambre de l'évêque de VerdunJean-Pierre Harbulot et Jean-Paul Streiff, La Meuse pendant la Révolution, Dossiers documentaires meusiens, 1990, p. 266. quand Jean Nicolas naît à Verdun le Revue d’histoire vaudoise, année 1925.. On ignore presque tout de son enfance sinon que son père a ensuite été portier suisse au service de la comtesse de La Marck, puis concierge de l'hôtel du maréchal de Castries.
Le maréchal de Castries s’intéresse au jeune Pache : il l'emmène en 1774 à l’École royale du génie de Mézières où il fait la connaissance de Gaspard Monge. Cette rencontre est le point de départ d'une longue amitié entre les deux hommes.François Pairault, dans son ouvrage sur Gaspard Monge, cite Eugène Eschassériaux, arrière-petit-fils de Gaspard Monge, parlant d'une relation entre les deux hommes .. Le duc de Castries l'emploie aussi, dans les années 1770, comme précepteur de ses enfants. Lorsqu'il devint ministre de la Marine, Castries offre à son protégé un emploi de premier secrétaire et de munitionnaire général des vivres qu'il quitte en 1784 tout en continuant à recevoir un traitement.
La protection de Charles Eugène Gabriel de La Croix de Castries tient beaucoup au fait qu'on a prévu de marier le jeune homme à Marie-Marguerite Valette (1746-1786), la fille naturelle de Castries et de Marie-Anne Françoise de Noailles (1719-1793)Marie-Anne Françoise de Noailles était mariée depuis 1744 à Louis-Engelbert Pierre de La Marck-Schleiden, comte de La Marck (1701-1773). Voir La Marck.. Le couple a une fille, Marie-Sylvie, née en 1777, puis un fils, Jean, né en 1779 (qui prit le nom de Marin-Pache).
Probablement par la famille Curchod, Pache est aussi en relation avec les représentants de la banque suisse à Paris et avec le plus célèbre d'entre eux, Jacques Necker, qui lui obtient l'emploi de contrôleur de la Maison du roi. Ces fonctions de Jean-Nicolas Pache, qui démissionne en 1784, et se retire quelques années avec les siens en Suisse, probablement à Genève, où deux ans plus tard il perd son épouse.
Revenu à Paris, peu après la Révolution de 1789, sous l'injonction de Gaspard Monge., Pache occupe avec sa mère et ses deux enfants un appartement dans l'hôtel du maréchal de Castries. Or ce dernier est connu pour son hostilité fondamentale à la Révolution. Des émeutiers envahissent l'hôtel au début de la Révolution et le pillent.
Pache a, auprès de certains de ses contemporains, la réputation d’un personnage calme épris des idées de Jean-Jacques Rousseau, bon père de famille que rien ne semble prédisposer à devenir un des hommes politiques et révolutionnaires de la Commune de Paris.
En , alors qu'il n'a encore aucune fonction officielle, il fait l'acquisition d'une ancienne abbaye, de ses dépendances et des terres agricoles, à Thin-le-Moutier, petite commune des Ardennes. Ce bien ayant appartenu au séminaire de Reims est vendu comme bien national et revendu aux enchères, le premier acquéreur n'ayant pu effectuer les versements. Pache est désigné dans l'acte de vente comme simple citoyen de Paris, et ancien premier secrétaire de la Marine..
Les débuts politiques Membre de la section du Luxembourg, il crée en janvier 1792 la société patriotique du Luxembourg où sont reçus ses amis scientifiques Gaspard Monge, Meusnier de La Place et Vandermonde, mais aussi Hassenfratz. Les statuts de cette société précisent qu’elle agit pour répandre dans le peuple la connaissance des devoirs et du rôle de chaque citoyen dans le fonctionnement de la Constitution. Pache habite alors rue de Tournon au , l'actuel dans l'ancien hôtel Terrat appelé par la suite hôtel de Brancas, lequel appartient jusqu'en l'an VIII à Louis Paul de Brancas et son épouse Marie-Anne Grandhomme de Gisieux. Pendant cette période, Pierre-Simon Laplace y est aussi noté comme locataire.
Jean-Marie Roland le prend comme chef de cabinet dans le premier ministère girondin composé par Dumouriez et accepté par Louis XVI. Bien que d'opinion plus radicale, il attire l'attention de Monsieur Roland, comme de Madame, par son calme, par sa capacité de travail, et par sa simplicité. Madame Roland, dans ses Mémoires, le décrit arrivant tous les jours à sept heures du matin, un morceau de pain dans la pocheMémoires de Madame Roland - réédité en 1986 au Mercure de France.. Puis Pache assiste Joseph Servan dans son ministère, à la demande de ce dernier, submergé de travail. En , il partage la disgrâce de ces ministres girondins avec lesquels il a pris ses distances, et retourne à sa section. Il refuse ultérieurement plusieurs postes, dont l'intendance du garde-meuble.
Le ministre de la Guerre vignette|gauche|Statue de Jean-Nicolas Pache, façade de l'Hôtel de ville de Paris. En , Jean-Nicolas Pache est sollicité pour devenir ministre de la Marine, mais il refuse, proposant son ami Gaspard Monge. À la demande de ce dernier, il accepte une mission à Toulon où la chiourme s'est révoltée. Puis, le , alors qu'il se trouve toujours à Toulon, il est nommé ministre de la Guerre sur les recommandations de Jean Marie Roland qui le croit sans doute attaché à sa personne, mais dont il s'écarte de plus en plus en termes d’idées : Roland le lui reproche amèrement dans ses Mémoires.
Au ministère, il fait procéder à des recrutements d’hommes passionnés par les événements révolutionnaires, alors que s'opère dans l'armée un renouvellement similaire des cadres. Le plus célèbre des nouveaux entrants au ministère est Jacques-René Hébert, auteur du journal le Père Duchesne, qui est témoin, à la mi-, au mariage de la fille de Pache, Sylvie avec François-Xavier Audouin. Ce dernier, révolutionnaire devenu haut fonctionnaire du ministère de la Guerre, y a été nommé également par son futur beau-père. Le ministre réforme également l'administration des vivres, celle des hôpitaux, celle de l'habillement, et celle de l'armement, réformes critiquées par ses adversaires politiques et par le général Dumouriez, alors à la tête de l'armée de la RépubliqueCette thématique du manque de moyens de l'armée et des difficultés d'approvisionnement revint souvent durant la décennie révolutionnaire. Même si la logistique fut souvent défaillante, cette thématique avait l'avantage de désigner un bouc émissaire face aux difficultés des armées, et de faire jouer la fibre patriotique. Dumouriez, lorsqu'il avait été lui-même ministre de la Guerre, très brièvement, du 13 juin au 18 juin 1792, avait été de la même façon, critiqué par le général La Fayette, alors à la tête de la principale armée de la République, y compris dans la fameuse lettre adressée le 16 juin 1792 par La Fayette à l'Assemblée nationale française..
Pache s'emploie également à contenir dans son rôle militaire ce général Dumouriez, ayant de grandes ambitions politiques, et auréolé de son succès de Valmy puis de Jemmapes. Ce militaire intrigue au sein des milieux politiques parisiens et garde également des contacts avec les puissances étrangères alors opposées à la République française. Plus encore que La Fayette et bien avant Napoléon Bonaparte, il tente d'inventer une figure nouvelle dans la politique française, de général, dernier recours des politiques, mettant à bas la frontière entre la chose militaire et la chose politique, et critiquant son ministreDavid A. Bell, La Première Guerre totale, Édition Champ Vallon, 2010.. Pache réussit à se maintenir quatre mois au ministère alors que huit ministres se sont succédé à ce poste en 1792 avant lui.
Pour un de ses adversaires politiques, le conventionnel Louis Sébastien Mercier, son rôle a été plus néfaste aux intérêts du pays que toutes les armées de la coalitionLouis Sébastien Mercier, Le Nouveau Paris, Paris, Fuchs, 1798.. Pourtant, nommé ministre un mois après Valmy, il a su accompagner les succès des armées révolutionnaires. Celles-ci, après Jemmapes, occupent la Belgique et la rive gauche du Rhin, dépassant les limites naturelles que l'ancienne monarchie a fixées. Il s'est battu pour maintenir les prérogatives des politiques vis-à-vis de la hiérarchie militaire. Il a renouvelé l'encadrement du ministère pour en garantir le contrôle politique, ce qui bénéficiera à ses successeurs. Par contre, les révolutionnaires qu'il a introduit au sein de ce ministère, et dont il a favorisé l'ascension, se sont souvent comportés en apparatchiks..
Finalement, fin , les Girondins, ayant subi la démission de Jean-Marie Roland du ministère de l'Intérieur, font partir Pache du ministère de la Guerre et le remplacent, le , par un ami de Dumouriez, BeurnonvillePar une ironie de l'Histoire, Beurnonville, nouveau ministre de la Guerre succédant à Jean-Nicolas Pache, à la suite du conflit entre Pache et Dumouriez, et entre Pache et les Girondins, fut livré à l'ennemi en avril 1793 par ce même général Dumouriez, qu'il venait arrêter, les projets de trahison de Dumouriez ayant transpiré..
Le maire de Paris vignette|Jean-Nicolas Pache, gravure extraite de l’Album du centenaire : Grands hommes et grands faits de la Révolution française (1789-1804), 1889. Au moment même où il quitte le ministère du Travail, Nicolas Chambon, un Girondin, maire de Paris difficilement élu quelques mois auparavant, démissionneNicolas Chambon n'avait été candidat à la mairie de Paris qu'à contre-cœur (cf. article Wikipedia), à la demande de ses amis politiques, et ne se sentait pas en situation de maîtriser la tension politique en ces années charnières, 1792-1793. Il quitta la capitale pour Blois où il reprit son activité de médecin., ouvrant la porte à de nouvelles élections. Les élections municipales d'octobre- puis de sont les seules élections municipales tenues au suffrage élargi, c'est-à-dire sans condition fiscale ou de ressourcesÉlections au suffrage universel… mais réservées aux hommes., pendant la décennie révolutionnaire. Il y a 50 % de plus de votants qu'aux élections précédentes de 1791, même si la proportion de votants représentent moins du dixième des électeurs potentiels.. Pour autant, un député du Jura, Marc-François Bonguyod, évoque ultérieurement des manipulations et des fraudes dans les sections parisiennes (même si son recueil, Réflexions sur l'organisation des assemblées primaires, est consacré essentiellement aux élections législatives de 1792 qui ont précédé de quelques semaines ces élections municipales). Le , Pache est élu puis, le , proclamé maire de Paris avec suffrages sur votants. À la commune de Paris, il retrouve Hébert élu peu de temps auparavant substitut du procureur.
À peine élu, il est confronté à une crise des subsistances et à une augmentation des prix des denrées. Ce sujet restera d'actualité toute la durée de son mandat. À peine arrivé à la tête de la commune, un groupe de femmes le sollicite ainsi pour qu'il les autorise à pétitionner à l'assemblée sur les prix de la nourriture et la punition des accapareurs. Il leur répond qu'elles n'ont pas besoin de son autorisation pour exercer leur droit de pétition, mais les encourage à le faire dans le calmeAlbert Mathiez, La Vie chère et le mouvement social sous la Terreur, Armand Colin, 1927. Réédition : Payot, 1973.. Mais ce mouvement s'amplifie. Le lendemain , des pillages commencent rue des Lombards et se propagent, alors que le commandant de la Garde nationale, Santerre, se trouve à Versailles. Pache appelle au calme et se porte à la rencontre d'un des attroupements perturbateurs, rue de la Vieille Monnaie, sans grand succès. Il doit arrêter de sa main un gendarme qui pille lui-même. Le calme met plusieurs jours à revenir.
vignette|Devise républicaine placée par J.N. Pache sur les murs des édifices publics parisiens. vignette|La Convention cernée par les Sections et la Commune de Paris le 31 mai 1793.