La Pluvianelle magellanique (Pluvianellus socialis) est une espèce d'Oiseaux charadriiformes de la famille des Pluvianellidae. Elle est présente uniquement à l'extrême sud de l'Amérique du Sud. Elle est parfois appelée Pluvianeau gris ou Pluvianelle sociable.
C'est un oiseau gris et blanc, aux pattes courtes, avec un bec fort qui lui permet de retourner les pierres pour se nourrir. Elle vit sur les berges de lacs et de mares, jusqu'à d'altitude. Ses mœurs hivernales sont mal connues, mais on peut voir des petits groupes chercher leur nourriture, principalement des arthropodes et des larves.
Son aire de répartition est limitée : elle ne se reproduit qu'en Terre de Feu et autour du détroit de Magellan, à l'extrême sud du Chili et de l'Argentine. En hiver, certains individus migrent vers les côtes atlantiques, jusqu'au centre de l'Argentine, et exceptionnellement en Uruguay et dans les îles Malouines.
Discrète et peu commune, la Pluvianelle magellanique ne compte qu'environ matures. Elle est considérée comme une espèce vulnérable et est susceptible d'être impactée par le pâturage dans son aire de reproduction, les dérangements humains, le changement climatique, ou encore les marées noires et les décharges.
Anciennement classée parmi les Charadriidae, la Pluvianelle magellanique est génétiquement plus proche des Chionidae. C'est la seule espèce du genre Pluvianellus et de la famille Pluvianellidae.
Description Dimensions et plumage La Pluvianelle magellanique est un oiseau majoritairement gris et blanc, avec une silhouette trapue, des pattes courtes et une tête ronde.. Tout le dessus de son corps est gris. Ses lores sont assez sombres, alors que son front, sa gorge et son menton sont blancs, tout comme le ventre, le dessous de la queue et le dessous des ailes. En vol, le dessus des ailes est brun-gris, avec une barre blanche et noire sur le bord de fuite. Le croupion est gris avec les côtés blancs, et la queue est brun-noir au centre et blanche par ailleurs, avec un motif de vermiculures grises. Les pattes, entre le rouge et le rose, sont courtes et robustes, avec des orteils plus ronds et forts que les autres limicoles et un pouce bien développé. Le bec est noir avec une petite tache rose à la base des mandibules et sa forme rappelle ceux des tournepierres. Les yeux sont entre le rouge et le rose. Le plumage de la Pluvianelle lui permet d'être très discrète dans son environnement.
Il n'y a apparemment pas de dimorphisme sexuel ni de variations géographiques. Joseph R. Jehl, dans une étude consacrée à l'espèce, note que les mâles sont en moyenne légèrement plus grands et plus lourds que les femelles. Dans les couples, l'un des deux partenaires est en général un peu plus grand et coloré.
La Pluvianelle mesure de long. Ses ailes mesurent entre , son bec , ses tarses et sa queue .
Chez les juvéniles, les plumes du dessus du corps portent des franges ou des pointes blanches, et les plumes de couverture sont bordées de chamois pâle. La poitrine est mouchetée de gris et les lores ne sont pas foncés comme chez les adultes. Une tache jaunâtre est présente sur la moitié de la mandibule supérieure. Les pattes sont jaune orangé, et les yeux sont plus ternes que ceux des adultes.
Voix
La Pluvianelle magellanique a un répertoire plus varié et complexe que les autres limicoles. Joseph R. Jehl répertorie une dizaine de sons. Le plus courant est un cri de contact doux, whée-you, émis par les Pluvianelles pour signaler leur position et auxquels leurs congénères répondent en répétant la dernière syllabe. Les cris d'alarme comprennent un appel vif, wheet ou oo-eet qui peut aussi être émis par les petits lorsqu'ils ont faim ou qu'ils ont été attrapés. Les parents communiquent avec leurs petits par différents sons : pip-whéet ou pi-dée pour appeler à se cacher et pi-deedle-dée pour leur signifier qu'ils n'ont plus besoin de se cacher, un silencieux kuk-kuk-kuk-kuk pour annoncer le nourrissage et un rapide pupupupupu… suivi de péek-a-ta pour dire de suivre les parents. Les petits émettent des pépiements variés.
Face à une menace, les adultes émettent d'abord un rapide ti-ti-ti-ti…, qui laisse place à un cri de détresse en pip-whéet ou whée-you intense si la menace augmente ou pour attaquer. Un cri rapide et répété, pi-pedée, est lancé dans une posture relevée et agressive pour protéger le territoire. En cas d'agitation extrême, les Pluvianelles produisent un coo-coo-roo ressemblant au roucoulement d'une colombe et qui se répète rapidement.
Répartition et habitat vignette|Carte de répartition de la Pluvianelle magellanique. La Pluvianelle magellanique est une espèce limicole, qui vit sur les berges de lacs et de mares peu profondes, dans des zones de steppes, jusqu'à d'altitude.. Elle fréquente différents types de zones humides, principalement des lagunes sur la côte atlantique, des zones d'altitude ou des rives de grands lacs, comme l'Argentino et le Cardiel.
Période de reproduction vignette|gauche|alt=Photographie d'une Pluvianelle magellanique marchant sur un terrain sableux.|Pluvianelle magellanique dans la province de Magallanes à l'extrême sud du Chili. C'est une espèce rare, avec une aire de répartition très restreinte : elle ne se reproduit qu'à l'ouest de la province de Santa Cruz en Argentine, au sud-est de la province de Magallanes au Chili, et au nord et au centre de la grande île de la Terre de Feu, ce qui en fait un oiseau endémique du sud de la Patagonie en période de nidification. Des données actualisées en 2009 montrent que la Pluvianelle magellanique peut être observée assez loin à l'intérieur des terres et que son aire de distribution s'étend jusqu'à la cordillère des Andes, contrairement à ce qu'affirmaient des auteurs plus anciens qui la pensaient limitée aux côtes. Le sud-ouest de la province de Santa Cruz semble être la principale zone de nidification de l'espèce.
Elle niche surtout dans des zones humides alcalines (marais, lacs, mares) peu profondes, sur des berges très ouvertes, avec des galets et peu de végétation. Durant un suivi de l'espèce mené de 1998 à 2002, la zone étudiée en période de nidification présentait une température moyenne de et était soumise à des vents assez forts, à en moyenne mais pouvant atteindre .
À la fin de la période de reproduction, les Pluvianelles restent sédentaires ou se dispersent vers la côte atlantique. Les mouvements vers les sites d'hivernage démarrent généralement entre mars et avril, puis le retour dans les zones de reproduction a lieu du début du mois d'août à septembre.
Période hivernale En hiver, on peut trouver la Pluvianelle magellanique le long des côtes argentines jusqu'à la péninsule Valdés et au sud-est de la province de Buenos Aires. La baie de San Sebastián, en Terre de Feu, accueille habituellement moins d'une dizaine d'individus, mais la population peut monter à une centaine au début de l'automne. L'estuaire du río Gallegos et du río Chico del Sur, dans la province de Santa Cruz, est un site clé en hiver, qui peut compter plus d'une centaine d'individus. Quelques-uns sont aussi régulièrement observés le long du río Coig, à plus au nord, et dans quelques localités des provinces de Chubut et Río Negro. Des individus isolés sont parfois aperçus en Uruguay et dans les îles Malouines.
La Pluvianelle magellanique est sensible aux dérangements. Dans l'estuaire du río Gallegos, qui est proche de la ville du même nom et soumis à de nombreux dérangements humains, on trouve la Pluvianelle uniquement dans les zones peu modifiées, avec peu de déchets et une faible présence de chiens. Elle cherche sa nourriture dans la zone intertidale, où elle suit la marée basse, comme le Pluvier des Falkland (Anarhynchus falklandicus) et le Bécasseau sanderling (Calidris alba).
Écologie et comportement Alimentation
vignette|redresse|alt=Photographie d'une Pluvianelle marchant sur un sol couvert de pierres, la tête penchée en avant et le bec entrouvert.|Une Pluvianelle cherchant sa nourriture près du río Chico, Argentine.
La Pluvianelle magellanique présente plusieurs comportements lorsqu'elle cherche sa nourriture : elle picore, gratte, retourne des débris ou frappe le sol avec ses pattes. Picorer en marchant est la méthode la plus lente, mais elle lui permet d'attraper de grosses proies. Son bec fort lui permet de retourner des petites pierres ou des débris, comme le font les tournepierres, et elle peut aussi gratter et creuser le sol avec ses pattes en tournant sur elle-même. Alors que les Charadriidae font trembler le sol en faisant vibrer leurs pattes, la Pluvianelle présente un comportement différent et caractéristique : elle creuse le sol avec ses pattes en tournant régulièrement sur elle-même et en changeant de sens tous les un à quatre tours, puis elle picore ensuite très rapidement autour d'elle. Le comportement typique des Charadriidae, qui consiste à effectuer des petites courses, s'arrêter brusquement puis picorer, est absent chez la Pluvianelle.
Son régime comprend principalement des petits arthropodes durant la période de reproduction, et des larves de Chironomidae en hiver. Dans son habitat hivernal, elle se nourrit surtout en haut de la zone intertidale, loin de l'eau, dans des estuaires boueux avec quelques galets. Un comportement spécifique durant la période de reproduction a été décrit : un membre d'un couple peut chasser dans l'estran, attraper une dizaine de vers puis les apporter à son partenaire resté à l'écart. L'individu qui chasse tient les vers dans son bec à la manière d'un Macareux moine (Fratercula arctica), avec les vers pendant de chaque côté. La Pluvianelle se nourrit fréquemment autour de petits cours d'eau douce à proximité des lacs salés où elle niche.
Comportement gauche|vignette|alt=Photograhie de deux oiseaux marchant dans l'eau|En hiver, la Pluvianelle magellanique cherche sa nourriture en petits groupes. C'est un oiseau très discret grâce à son plumage qui se fond dans son environnement. Même son ombre est difficile à repérer du fait de ses pattes très courtes, qui sont parfois le premier élément qui permet de la voir de loin, grâce à leur couleur rose vif. Sur le terrain, les ornithologues la repèrent souvent à son chant. Son vol est rapide et fort, souvent erratique.
En hiver, on peut la voir chercher sa nourriture en petits groupes silencieux, où les individus restent espacés de plusieurs mètres les uns des autres. Ils évoluent souvent à proximité d'autres limicoles comme le Bécasseau à croupion blanc (Calidris fuscicollis), le Bécasseau de Baird (Calidris bairdii), le Pluvier des Falkland (Anarhynchus falklandicus), l'Huîtrier d'Amérique (Haematopus palliatus) et l'Huîtrier noir (Haematopus ater) mais n'interagissent pas avec eux. Les groupes comprennent des adultes et des juvéniles et peuvent compter quelques dizaines d'individus. Les comportements agressifs sont rares.
En période de reproduction, les individus présentent deux comportements principaux selon s'ils sont reproducteurs ou non. Les oiseaux non reproducteurs ne montrent pas de comportements agressifs et ne s'associent pas aux autres oiseaux. Ils parcourent d'assez grandes distances, entre et deux kilomètres, pour chercher leur nourriture pendant plusieurs heures d'affilée. À l'inverse, les oiseaux reproducteurs sont agressifs envers leurs congénères ou des oiseaux d'autres espèces, émettent des vocalisations à l'approche d'un intrus et restent à proximité de leur partenaire et de leur nid.
Reproduction Choix du site de nidification vignette|alt=Photographie de la berge d'un lac avec des rochers, des graviers et peu de végétation.|Berge du lac Argentino.