Le Crystal Palace (en français : « Palais de cristal ») était un vaste hall d'exposition en fonte et verre plat d'abord édifié au Hyde Park de Londres pour abriter l'Exposition universelle de 1851. Celle-ci s'est tenue du au , et plus de 14 000 exposants du monde entier s'y sont réunis dans les 92 000m2 du bâtiment afin de montrer leurs innovations technologiques réalisées dans le cadre de la révolution industrielle. Le palace, dessiné par Joseph Paxton, faisait 564 mètres de long et était doté d'une hauteur intérieure de 39 mètres, soit trois fois la taille de la cathédrale Saint-Paul.

Les 60 000 panneaux de verre sont construits par les . Le bâtiment est intégralement construit en 39 semaines. Le Crystal Palace était alors doté de la plus grande surface en verre jamais vue dans un bâtiment. La présence de vitres permettait notamment de moins recourir aux lumières artificielles.

Certains historiens suggèrent que le nom Crystal Palace viendrait d'un article écrit en par le dramaturge Douglas William Jerrold dans le magazine satirique Punch au sujet de l'exposition universelle à venir, considérant qu'il s'agirait d'un En anglais : .L'édition du 13 juillet 1850 du Punch incluait un article rédigé par Douglas William Jerrold, écrit sous le nom de plume Mrs Amelia Mouser. En réalité, le terme est utilisé à sept reprises dans la même édition (pp. 3, 4, 154, 183 (deux fois), 214 (deux fois) et 224). Il semble clair, en revanche, que le terme était déjà utilisé par ailleurs et ne nécessitait pas une explication plus poussée. D'autres sources considèrent que l'édition du 2 novembre 1850 évoque pour la première fois cette appellation en raison de ses matériaux de conception. Le Punch s'était opposé aux côtés du Times à la proposition du comité d'organisation de l'exposition de construire un bâtiment en brique. Il parle en revanche beaucoup du Crystal Palace, à la fois avant et pendant l'exposition (par exemple dans l'article de février 1851). On ignore comment le bâtiment était nommé par ses concepteurs. Source : Base de données des périodiques britanniques sur Web Archive..

Après l'Exposition universelle, le Palace est démonté et reconstruit, sous une forme agrandie, au sud de Londres. Il est alors monté sur Penge Peak, près de Sydenham Hill. Il reste à cet endroit de à lorsqu'il est détruit par le feu. Le quartier dans lequel il était situé est renommé en son hommage. Le Palace était également situé dans un parc public qui accueillait le Crystal Palace National Sports Centre, un ancien stade de football qui avait accueilli la finale de la Coupe d'Angleterre de football de 1895 à 1914. Le Crystal Palace FC avait été créé et jouait dans ce stade. Le Crystal Palace était un haut lieu touristique, qui attirait une population diversifiée. Sa technique de construction en éléments standardisés préfigure celle de la préfabrication en architecture.

Bâtiment original de Hyde Park

Conception vignette|300x300px|La façade du Crystal Palace. vignette|300x300px|Le Crystal Palace lors de l'Exposition universelle. L'immense édifice modulable en fer, bois et verre est initialement construit à Hyde Park, Londres afin d'accueillir l'Exposition universelle de 1851. La commission chargée du montage de l'exposition est instaurée en , et l'entièreté du bâtiment est financée grâce à une souscription publique. Un comité de supervision de la construction est rapidement formé afin d'approuver l'architecture et la construction du bâtiment. En faisaient partie les ingénieurs de renom Isambard Kingdom Brunel et Robert Stephenson, les architectes Charles Barry et Thomas Leverton Donaldson. Le comité était dirigé par William Cubitt. Au , les critères de sélection des propositions sont annoncés : le bâtiment devait être temporaire, simple, aussi peu cher que possible et que sa construction soit rapide et complétée avant le .

En trois semaines, le comité reçoit 245 candidatures dont 38 venant de l'étranger, dont l'Australie, les Pays-Bas, la Belgique, Hanovre, la Suisse, Brunswick, Hambourg et la France. Deux propositions, toutes deux en fer et verre, étaient particulièrement intéressantes, une par , qui avait participé à la création de la Palm House des Jardins botaniques royaux de Kew et l'autre de l'architecte français Hector Horeau. Malgré le grand nombre de propositions, aucune d'entre elles n'est retenue par le comité. Turner est furieux de cette décision et attaque les membres du comité en demandant des compensations. Son projet à 300 000 £ (tout comme celui de Horeau) était considéré comme trop coûteux.

Le comité finit par établir une proposition tout seul d'un bâtiment en briques dans le rundbogenstil (style arc en plein cintre) construit par Donaldson comprenant un dôme en tôle dessiné par Tunnel. Ce projet est vivement critiqué et ridiculisé par la presse. Conformément aux souhaits du comité, le site de construction du bâtiment n'est pas encore rendu public. Le site privilégié était Hyde Park, près du Princes Gate et de Pennington Road, mais d'autres propositions incluaient Wormwood Scrubs, Battersea Park, l'Île aux Chiens, le Parc Victoria et Regent's Park.

Les opposants au projet ont milité fermement contre la construction du bâtiment à Hyde Park et étaient soutenus par The Times. Le plus connu d'entre eux était , qui considérait l'exposition comme . Il éprouvait une haine viscérale envers l'exposition et le bâtiment, y compris après la fin de l'évènement.

Le paysagiste de renom Joseph Paxton est alors intéressé par le projet et, avec le soutien du membre de la commission Henry Cole, décide de proposer son projet. À ce moment, Paxton était essentiellement connu pour sa carrière de paysagiste pour le duc de Devonshire à la Chatsworth House. En 1850, Paxton était devenu une figure éminente de l'horticulture britannique et devenait également connu pour sa qualité de dessinateur de jardins. Il avait notamment conçu les jardins avant-gardistes du Parc Birkenhead qui ont influencé la conception de Central Park à New York. vignette|Le premier croquis au crayon et à l'encre du Crystal Palace par Joseph Paxton, . vignette|La statue du prince consort Albert à Perth, en Écosse. Lorsqu'il travaillait à la Chatsworth House, il a très fréquemment travaillé autour de verrières et a développé une technique de construction en modules utilisant des vitres, des pièces de fer forgé préfabriqué et des planches de bois, tous de taille standardisée. Le conservatoire de Chatsworth qu'il a construit en 1836 était la première concrétisation de cette technique. Grâce à celle-ci, le bâtiment en verre était le plus grand du monde avec une superficie de près de 2 600 m2.

Près d'une décennie plus tard, s'appuyant sur l'avancée technologique des nouveaux panneaux de verre en fer forgé, Paxton a encore amélioré ses techniques en construisant la Chatsworth Lily House, qui comprenait un toit plat et un système de rideaux qui permettait de suspendre des baies vitrées verticales grâce à un système de vérins. La Lily House est construite spécifiquement pour accueillir des nénuphars géants qui venaient d'être découverts par les botanistes européens ; le premier spécimen à avoir été rapatrié en Angleterre était conservé aux jardins de Kew, mais n'étaient pas entretenus correctement. La réputation de jardinier d'excellence de Paxton l'a poussé à emporter cette plante rare et fragile à Chatsworth. Le nénuphar qu'il avait récupéré aux jardins de Kew ont bénéficié d'un excellent traitement de sa part et en 1849, il devient un véritable phénomène national après avoir été le premier à faire reproduire des grands nénuphars en Angleterre. Sa fille Alice apparaît en illustration dans les journaux, debout sur l'une des plantes. L'ensemble de ces contributions à l'architecture et au monde botanique britannique ont conduit naturellement Paxton vers la conception du Crystal Palace. Par la suite, il a admis que les feuilles de nénuphars avaient été une grande inspiration pour les verrières du palace.

Après une réunion avec Henry Cole le , Joseph Paxton se rend immédiatement à Hyde Park où il prend connaissance des lieux. Deux jours plus tard, le , alors qu'il assiste à une réunion du conseil de la Midland Railway, Paxton réalise un premier croquis du bâtiment à l'encre sur une feuille de papier buvard rouge. Ce dessin à main levée (aujourd'hui conservé au Victoria and Albert Museum) comprend les principales caractéristiques du bâtiment final. L'ingéniosité et l'assiduité de Paxton permettent à toutes les mesures et à l'estimation des coûts d'être faits en moins de deux semaines. La statue du prince consort Albert située à Perth en Écosse tient un plan du Crystal Palace dans sa main. Cette statue est inaugurée par la reine Victoria en 1864.

Ce projet est un pari risqué pour Paxton, mais les circonstances étaient en sa faveur : il bénéficiait d'une réputation nationale en tant que paysagiste et constructeur et était persuadé que sa conception était parfaitement adaptée à la commande. La pression mise sur la commission pour trouver un architecte et construire sa conception se faisait de plus en plus importante, moins d'un an avant l'inauguration de l'exposition. La proposition de Paxton remplissait et dépassait même toutes les attentes de la commission et il s'est avéré que la construction coûterait encore moins que tous les autres projets de la même taille. Son projet avait un coût estimé à 85 800 £, soit deux fois et demie plus que celui du Great Stove de Chatsworth mais seulement 28 % du budget demandé par Richard Turner. Sa superficie est estimée à 18 acres (7,2 hectares), soit environ 25 fois plus élevée que celle du projet de Turner.

L'offre la plus basse pour le contrat de construction est proposée par le constructeur Fox, Henderson and Co. La commission accepte le projet et donne son approbation publique au projet de Paxton en . L'architecte dispose désormais de moins de huit mois pour finaliser ses plans, fabriquer les pièces et ériger le bâtiment à temps pour l'ouverture de l'exposition, prévue pour le . Paxton conçoit et construit la plus grande structure en verre jamais créée en moins d'un an dans les délais et le budget prévus.

Il modifie même légèrement la conception du bâtiment avant le début du chantier en ajoutant un transept vouté traversant le centre du bâtiment afin d'en renforcer la stabilité et la solidité.

Architecture vignette|L'avant (gauche) et l'arrière (droite) du bâtiment tels que Paxton les a dessinés. thumb|Plan du Crystal Palace lors de l'Exposition universelle de 1851.|300x300px La conception modulaire du palace de Paxton met en avant son ingéniosité et sa capacité à résoudre des problèmes. Le bâtiment dispose de plusieurs avancées technologiques majeures, offrant de réels avantages dont aucun bâtiment conventionnel ne disposait jusqu'alors et symbolise et démontre la supériorité industrielle et technique du Royaume-Uni d'alorsCharles-François Mathis (dir), Le Monde britannique (1815-1931), CNED/SEDES, 2009, p. 93..

La symétrie du Crystal Palace est un parfait exemple des obstacles rencontrés par les concepteurs de l'époque entre leurs ambitions et les contraintes liées à la production des différents éléments qui forment le bâtiment. Ainsi, la forme et la taille du bâtiment tout entier sont directement basées sur la taille des vitres fournies par les Chance Brothers de Smethwick. Elles étaient les plus grandes disponibles à l'époque, mesurant 25 cm de large sur 120 cm de long. En conséquence, puisque les vitres produites à des dizaines de milliers d'exemplaires sont l'élément central de la construction du bâtiment, leurs coûts de production et d'installation sont drastiquement réduits. Ils étaient alors les seuls vitriers capables de répondre à une commande si importante et emploient même des ouvriers français afin de respecter les délais.