vignette|Le château de Saint-Sauveur-le-Vicomte.
Geoffroy d’Harcourt, dit « Geoffroy le Boiteux », né vers 1310 et mort au combat en 1356 près de Coutances, est un noble normand, vicomte de Saint-Sauveur, rallié à deux reprises à au début de la guerre de Cent Ans.
En 1346, à la Crécy il combat du côté anglais, tandis que son frère aîné Jean combat du côté français et y trouve la mort. Geoffroy revient alors dans le camp français et lui reste fidèle jusqu'au moment où, en , le roi Jean le Bon fait exécuter le neveu de Geoffroy, le comte .
Revenu dans le camp anglais, Geoffroy est pourchassé ; rattrapé en novembre (malgré la sévère défaite subie par Jean le Bon à Poitiers en septembre), il meurt dans un combat sans espoir pour échapper à la captivité.
Biographie Origines familiales et formation Geoffroy d’Harcourt est le fils cadet de (?-1329), vicomte de Châtellerault et de Saint-Sauveur,
Sa mère est Alix de Brabant, petite-fille du duc de Brabant et nièce de la reine Marie, épouse du roi de France Philippe le Hardi.
Il a deux frères : (?-1346), l'aîné de la fratrie, qui devient comte d'Harcourt à la mort de leur père ; Louis, vicomte de Saint-Sauveur.
Débuts Geoffroy est armé chevalier en 1326 et remplace son frère Louis à la tête de la vicomté de Saint-Sauveur..
En 1339, au tout début de la guerre de Cent Ans, il fait partie, aux côtés de son frère aîné des normands qui s’engagent à aider le roi dans une éventuelle conquête de l’Angleterre. Ce projet tourne court en 1340 du fait de l'anéantissement de la flotte française lors de la bataille navale de l'Écluse, à proximité de l'estuaire du Zwin, à l’issue de la campagne de Flandre à laquelle Geoffroy participe, avec six chevaliers et trente écuyersLéopold Delisle, Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, ..
Guerre privée contre les Tancarville et départ en Brabant (1343-1344) Vers 1340, Geoffroy envisage d'épouser Jeanne Bacon, la fille de et héritière présomptive du riche fief de Molay BaconFrançois Neveux, La Normandie pendant la guerre de Cent Ans, . et de Villers-Bocage par sa mère., mais elle épouse Guillaume Bertrand, fils du maréchal Robert Bertrand, de la maison des Tancarville, qui sont des partisans de la couronne de France et des rivaux traditionnels des HarcourtFrançoise Autrand, , ..
ayant apporté son soutien aux prétentions de Guillaume, le vicomte de Saint-Sauveur s’estime lésé et entreprend vers 1343 une guerre privée contre la famille Tancarville, avec notamment le pillage du château de Neuilly résidence de Guillaume Bertran, évêque de Bayeux.
Le roi intervient alors contre Geoffroy d’Harcourt en ordonnant la saisie de ses biens, puis en faisant décapiter le ses trois principaux alliés : Jean de la Roche-Tesson, Guillaume Bacon et Richard de Percy, accusés d'avoir participé à un complot visant à placer Geoffroy d'Harcourt à la tête du duché de Normandie par une alliance secrète avec d'AngleterreLéopold Delisle, Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, ..
Contraint à l’exil, Geoffroy d'Harcourt se retire sur ses terres du Brabant où il est accueilli par son cousin le duc .
Alliance avec d’Angleterre gauche|redresse=1.4|vignette|Prise de Caen par d’Angleterre et Geoffroy d’Harcourt.
Sans espoir de retrouver ses fiefs normands, le vicomte de Saint-Sauveur passe en en Angleterre et se met au service du roi auquel il rend hommage en tant que roi de France (, petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle de France, estime qu'à la mort de en 1328, la couronne de France aurait dû revenir à Isabelle (et par suite à lui-même) et non pas à un neveu de Philippe le Bel).
Par lettres patentes données à Westminster le , promet de lui attribuer des terres en Angleterre, , et de le remettre en possession de ses fiefs normandsLéopold Delisle, Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, ..
Alors que le roi d’Angleterre attaquer en Guyenne, le seul fief encore détenu par la maison des Plantagenêt en France (incluant Bordeaux), Geoffroy d’Harcourt l’aurait convaincu de débarquer en Normandie, selon les mots que lui prête Froissart :
le fait commandant, , d’un des trois corps d’armée débarqués à Saint-Vaast-la-Hougue le , et le nomme maréchal d’Angleterre.
Expédition en Normandie et bataille de Crécy (1346-1347) Geoffroy d’Harcourt conduit l’armée d’ à travers la Normandie, en prenant et en rasant au passage le château fort de (). Il participe à la prise de Caen .
Il vient ensuite près de Paris et incendie Saint-Cloud : .
Il est l’un des protagonistes de la victoire anglaise de Crécy, bataille au cours de laquelle son frère , gouverneur de Rouen, trouve la mort dans les rangs français. Froissart raconte ainsi cet épisode dans ses chroniques :
Le soir de la bataille, Geoffroy d’Harcourt reconnait le corps de son frère et est saisi par le remords, ce qui l'amène à rejoindre le camp de son frère et de son neveu.
Retour en grâce auprès du roi de France droite|redresse=1.2|vignette|L'arrestation du roi de Navarre et du comte d’Harcourt lors du banquet de Rouen. Geoffroy d’Harcourt obtient le pardon de , qui n’a probablement pas d’autre choix, tant il est alors affaibli par la défaite. Il le nomme même dès 1347 de Rouen et de Caen, avec autorisation de lever des impôts et des troupes.
confisque alors ses biens en Angleterre par lettres du Dom Le Noir, Preuves généalogiques et historiques de la Maison de Harcourt..
Relations avec le dauphin sous le règne de Jean le Bon (1350-1364) Le duc de Normandie, qui porte le titre de « dauphin » à partir de 1349, succède à en ; c'est maintenant son fils aîné Charles (futur , né en 1338) qui devient dauphin, ainsi que duc de Normandie.
En , le dimanche de l’Épiphanie, le dauphin (âgé de 17 ans) convoque ses vassaux normands à Rouen. Geoffroy d’Harcourt, qui fait alors figure de chef de file de la noblesse normande, se présente à lui avec la charte aux Normands et déclare : .
Le dauphin refuse ce qui lui est demandé et le vicomte de Saint-Sauveur repart donc sans lui prêter hommageFrançoise Autrand, , .. Malgré ce comportement audacieux, le dauphin semble apprécier Geoffroy d’Harcourt, au point de vouloir le faire entrer dans son Conseil :
L'attaque de Jean le Bon contre les Harcourt (1356) et la mort de Geoffroy , le , le roi fait arrêter, puis exécuter sans autre forme de procès le neveu de Geoffroy, . Le roi est en effet excédé par l’amitié entre le roi de Navarre (« Charles le Mauvais », qui est aussi comte d'Évreux), le dauphin et le comte d’Harcourt, qui proteste contre . Geoffroy d’Harcourt échappe de justesse au .
Afin de venger son neveu, il s’allie de nouveau avec d'Angleterre, qu'il désigne comme légataire de sa forteresse de Saint-Sauveur par une charte publiée le . Le , le roi d’Angleterre accorde sa protection à celui qu’il appelle son « cousin »Léopold Delisle, Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, ..
Il est alors traqué par des fidèles du roi de France, alors même que, le , Jean le Bon est vaincu et fait prisonnier à Poitiers. En , encerclé au gué de Saint-Clément, dans la baie des Veys, il préfère se battre jusqu’à la mort plutôt que de se laisser capturer.
Froissart donne un récit épique de sa mort : ..
Son corps est ramené à l'abbaye de Saint-Sauveur et enterré avec les honneurs..
Une historiographie contrastée Jean Froissart, chroniqueur de la renaissance chevaleresque, fait de Geoffroy d’Harcourt un portrait louangeur, celui d’un chevalier intrépide, dont il dit que .
Par la suite, les historiens français ont longtemps porté un jugement sévère sur Geoffroy d’Harcourt, souvent considéré comme un traître à la nation française. Chateaubriand témoigne de cet état d’esprit dans son Analyse raisonnée de l’histoire de France : .
Cependant, à partir de la deuxième moitié du , le vicomte de Saint-Sauveur est présenté par certains historiens « normanistes », comme son hagiographe Jean Mabire, comme un héros de l’indépendance normande, infatigable défenseur de sa liberté face au pouvoir central.
Le , le sixième centenaire de sa mort fait ainsi l’objet d’une célébration solennelle par l’abbé Marcel Lelégard destinée aux « Normands fidèles et qui savent se souvenirRoger Jouet, Et la Normandie devint française, .. »
L’historiographie contemporaine, consciente de l’inexistence du sentiment national à cette époque en NormandieJean-Yves Marin, Geoffroy d’Harcourt, une « conscience normande », in La Normandie dans la guerre de Cent Ans 1346-1450, .</ref> et de la persistance des mœurs féodales au , tend à porter un jugement plus nuancé sur les actions de Geoffroy d’Harcourt. Ainsi, Jean Favier dit de son alliance avec le roi d’Angleterre :
Si les jugements paraissent plus équilibrés et moins passionnés dans les publications les plus récentes, la figure singulière de Geoffroy d’Harcourt continue toutefois de faire débat. Alors que certains refusent de le considérer comme un « héros de l’indépendantisme normandRoger Jouet, Et la Normandie devint française. », d’autres voient en lui une « conscience normande<ref>Jean-Yves Marin, Geoffroy d’Harcourt, une « conscience normande », La Normandie dans la guerre de Cent Ans 1346-1450.. »
Notes et références Notes
Références
Voir aussi Bibliographie Françoise Autrand, , Fayard, 1994. Chateaubriand, Analyse raisonnée de l'Histoire de France, 1861. Léopold Delisle, Histoire du château et des sires de Saint-Sauveur-le-Vicomte, 1867, Godefroi de Harcourt. Jean Froissart, Les Chroniques de sire Jean Froissart. Jean Favier, La Guerre de Cent Ans, Fayard 1980. Roger Jouet, Et la Normandie devint française, OREP, 1983. Dom Le Noir, Preuves généalogiques et historiques de la Maison de Harcourt, 1907. Jean-Yves Marin, « Geoffroy d’Harcourt, une « conscience normande » », La Normandie dans la guerre de Cent Ans 1346-1450, éd. Skira/Seuil, 1999. François Neveux, La Normandie pendant la guerre de Cent Ans, Ouest-France Université, 2008. .
Articles connexes Guerre de Cent Ans en Normandie Maison d'Harcourt
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