À l'origine, un harki (prononcé de l'arabe algérien حركي, harkī) est le membre d'une harka, qui, à partir de 1956, désigne une unité militaire d'auxiliaires musulmans de statut civil rattachée à une unité militaire française en Algérie française. Par extension, le mot désigne aujourd'hui tous les supplétifs musulmans, et même tous les « Français musulmans » qui ont servi sous le drapeau français pendant la guerre d'Algérie.

Après les accords d'Évian du mettant fin à la guerre, les harkis commencent à être torturés et massacrés par l'armée de libération nationale. Les accords d'Évian interdisent à l'armée française d'intervenir, et les soldats français ne peuvent agir à la demande des harkis. Cependant, ces assassinats restent dans un premier temps des cas isolés. Le Front de libération nationale (FLN) se donne le temps de procéder à un recensement complet de ceux qu'il considère comme des « traîtres » pour avoir rejoint le général de Gaulle.

Le nombre de harkis tués après le cessez-le-feu varie selon les estimations entre et mais reste incertainJean Lacouture, dans Le Monde du 13 novembre 1962 donne, à cette date, une première estimation : « Plus de dix mille harkis ont été, entre le 18 mars et le novembre (1962) , exécutés ou assassinés ». Mohand Hamoumou, dans Et ils sont devenus harkis (Fayard, 1994, réédité en 2001, page 249), précise: « Pourtant, il faut bien l’admettre, c’est bien à personnes, l’équivalent de villes comme Cergy-pontoise ou Orléans, qui furent assassinées dans des conditions horribles ». Le général François Meyer, dans son ouvrage « Pour l’honneur, avec les harkis », (Editions CLD, 2005, page 168) reprend l’estimation de l’historien Jean-Charles Jauffret : « Il semble qu’un consensus rassemble peu à peu les historiens français, et qu’une évaluation commune de à (victimes) soit retenue ». Boussad Azni, à l’origine de la création du Comité national de liaison des harkis, avance le chiffre de harkis tués dans le livre Harkis, crime d’État, généalogie d’un abandon (Editions Ramsay, collection J’ai lu, 2002, page 56). Georges-Marc Benamou, dans son livre Un Mensonge français, avance le chiffre de victimes. L’historien Gilbert Meynier a déclaré dans une interview publiée dans le quotidien El Watan le 10 mars 2005 que les massacres avaient été moins importants et plus localisés que ce que déclarent certains journalistes comme Georges-Marc Benamou. Abderahmen Moumen et Fatima Besnaci-Lancou, dans Les harkis (éd. Le cavalier bleu, collection Idées reçues, août 2008, page 40), écrivent : « Peu d’historiens s’aventurent à donner des chiffres. Benjamin Stora avance, dans La guerre d’Algérie (1954-2004), la fin de l’amnésie (2004), une estimation entre et morts, d’autres reprennent les estimations du général Maurice Faivre, soit entre et morts ». De fait, en 1995, le général Maurice Faivre avançait une fourchette de à harkis tués par le F.L.N. (Pierre Messmer, Les blancs s'en vont: récits de décolonisation, Albin Michel, 1998, ). Les chiffres des morts ont pu être contestés car basés sur des témoignages locaux que l’on a ensuite étendu à l’ensemble du pays.. En 2005, les historiens s’accordent à évaluer de à le nombre de morts des massacres des harkisJean-Jacques Jordi, « À propos des Harkis » in Sorties de guerre sous la direction de Jacques Frémeaux et Michèle Battesti, Cahier , 2005, .. Certains parlent de victimes. De nombreux harkis furent également arrêtés, emprisonnés et torturés pour leur position contre le régime algérien.

Selon les sources, sur les , au sens large, entre et parviennent à trouver refuge en France métropolitaine.. En effet, contrairement aux Pieds-noirs, ils n'ont pas été considérés comme des « rapatriés » mais comme des « réfugiés », leur donnant moins de droit sur le sol français.

Le , Jacques Chirac affirme que au sujet des massacres. Le , Emmanuel Macron demande « pardon » aux harkis et reconnait leur « singularité héroïque dans l'histoire de France ».

Définition

Harki Un harki désigne, au sens strict, un individu servant en Algérie française dans une formation paramilitaire, une harka. C'étaient des supplétifs français musulmans engagés par l'armée française, aux côtés de laquelle ils formaient une catégorie de soldats irréguliersFrançois-Xavier Hautreux, L'engagement des Harkis, (1954-1962), Essai de périodisation, Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 90, 2006/2.

En France, harki est souvent utilisé comme synonyme de à partir de 1962, (FRCI) en 1970 ou (RONA) et (FSIRAN) dans les années 1980Cherqui (Adeline), Hamman (Philippe), Production et revendications d'identités : Éléments d'analyse sociologique, L'Harmattan, Paris, 2009, .. À partir des années 1990, le mot harki s'applique soit aux seuls harkis, soit à tous les supplétifs, soit encore à l’ensemble incluant supplétifs et non supplétifs, en fonction du contexteMohand Hamoumou, « Les Français musulmans : rapatriés ou réfugiés ? », AWR-Bulletin, #4, Vienne, 1987, .. Pour Mohand Hamoumou, harki désigne les Français musulmans qui ont dû quitter leur pays en raison de leur comportement anti-indépendantiste durant la guerre d’Algérie.

Selon Abderahmen Moumen, historien, chercheur associé à l’Université de Perpignan, Mohand Hamoumou et Abderahmen Moumen, « L'Histoire des harkis et Français musulmans : la fin d'un tabou ?" » in La Guerre d'Algérie, ed. Benjamin Stora and Mohammed Harbi, Robert Laffont, 2004, Abderahmen Moumen et Nicolas Lebourg, « Les strates mémorielles du camp de Rivesaltes », Jean-Frédéric De Hasque et Clara Lecadet dir., in Après les camps. Traces, mémoires et mutations des camps de réfugiés, Paris, Academia, 2019, . En ligne. Selon lui, être harki ne signifie pas être contre l’indépendance de l’Algérie, ni être pour l’Algérie française. L'engagement des harkis résultait très souvent de l'assassinat d'un ou plusieurs membres de leur famille par les indépendantistes. Il s'agit d'un engagement contre la prise de pouvoir du FLN, plutôt que contre l’Algérie indépendante.

En Algérie, le terme harki est souvent devenu synonyme de . L'historien Mohammed Harbi, ancien membre du FLN, pense que Mohammed Harbi, « La comparaison avec la collaboration en France n'est pas pertinente » dans Les Harkis dans la colonisation et ses suites, Les Éditions de l'Atelier, .

Harka Le mot est un dérivé de l'arabe (), qui signifie mouvement et qui est utilisé au sens de Philippe Denoix, Encyclopædia Universalis, 2010, sv Harkis.. Harki désigne par extension une partie des supplétifs (avec les moghaznis, les groupes mobiles de sécurité (GMS), les groupes d'autodéfense (GAD), les Unités territoriales et les réservistes spéciaux) engagés dans l’Armée française de 1957 à 1962.

Harkas classiques Les harkas, étant rattachées aux unités régulières de l'Armée française, sont théoriquement composées de cent hommes. Elles sont en réalité presque toujours divisées en plus petites sections.

Tous les harkis ne sont pas armés : beaucoup travaillent pour l'armée dans des emplois civils, en particulier en tant que maçons ou cuisiniers. Pour la plupart, ils participent aux tâches de maintien de l'ordre aux côtés des unités régulières de l'Armée française. Les sont des harkis âgés ou blessés, chargés d'assurer la garde du camp.

alt=Une plaque commémorative indiquant à la mémoire des nombreux Algériens tués lors de la sanglante répression de la manifestation pacifique du , passerelle de la Fraternité à Aubervilliers|vignette|Plaque commémorative du massacre du à Aubervilliers.

Harkis de Paris En France, l'expression de désigne, pendant la guerre d'Algérie et à partir du , une mise en place par le préfet Maurice Papon. La plupart de ces auxiliaires sont d'origine algérienne et installés dans des quartiers à forte densité algérienne. Ils s'engagent pour six mois, commencent par un stage de huit jours à Noisy-le-Sec pour apprendre à manier les armes et le fonctionnement du magnétophone pour enregistrer des aveux éventuels.

Ralliés L'Armée française recrute environ éléments du Front de libération nationale (FLN) et de l'Armée de libération nationale (ALN). Après leur capture, l'armée leur donne le choix entre l'exécution ou le service du côté français.

Ils forment un groupe de harkis à part, les : étroitement surveillés par le commandement, ils sont surtout montrés à des fins de propagande. Ils ont la réputation d'être les plus violents, ayant le plus à perdre s'ils sont capturés par l'ALN. Pour faire pression sur eux, les officiers français se prennent en photo avec eux, ou pendant un interrogatoire, puis les menacent d'envoyer les photos à l'ALN s'ils décident de déserter.

Le commando Georges, un commando de chasse entièrement musulman, commandé par le capitaine Georges Grillot, est l'un des groupes de ralliés les plus réputésPascal Le Pautremat, Le commando Georges. De la contre-guérilla à la tragédie (1959-1962), Guerres mondiales et conflits contemporains 2004/1, , .. Il est basé à Saïda et officie selon les méthodes de l'ALN. Divisé en quatre katibas, il compte 30 % de ralliés qui choisissent eux-mêmes leurs sous-officiers. Après la guerre, ils sont torturés et exécutés, sauf quelques-uns qui parviennent à quitter le pays et à rejoindre une ferme en Dordogne, achetée par André Wormser et transformée en centre pour les harkis faisant partie des commandos de chasse.

Commandos de chasse

Les commandos de chasse sont le plus souvent constitués de moins de 10 % de harkis, qui représentent environ 5 % du total des harkis. Les harkis commencent à être intégrés aux commandos de chasse en 1959 : leur nombre n'excède jamais . Les commandos de chasse sont créés pour représenter une sorte d'élite de combat. Environ sont créés en Algérie, mais environ la moitié d'entre eux est active seulement.

On compte environ autant de harkis chargés des interrogatoires où la torture est pratiquée.

Beni-Boudouanes Un autre cas à part est celui de la harka du Bachaga Boualem, dans l'Ouarsenis. La harka du bachaga, figure emblématique de l’Algérie française, qui compte environ hommes, constitue un fief qui échappe en partie à l'autorité de l'armée française, la région étant considérée comme « pacifiée »Boualem, les harkis au service de la France, éditions France Empire..

La tribu des Beni-Boudouanes, originaire de la rive gauche du Chelif, a peu de contacts avec le monde extérieur pendant l'ère coloniale. Le bachaga Boualem prend la tête de la tribu le premier . Le territoire compte une population d'environ , divisées en . Le lieu est très reculé et les contacts de la tribu avec le monde extérieur sont rares : certains vieux harkis affirment n'avoir jamais vu de Français avant la guerre. L'appartenance à la tribu dépasse donc toute loyauté extérieure.

Un jour, le Bachaga organise une assemblée au cœur du village pour présenter la situation et pousser les Beni-Boudouanais à se défendre contre les indépendantistes. La tribu est menacée par les incursions de : la légitime défense est donc adoptée, bien que les habitants ne sachent pas quel bord politique ces envahisseurs représentent. Un harki témoigne : .

Le bachaga Boualem constitue une unité d'environ . Elle échappe au contrôle de l'Armée française, mais est payée comme des harkis, relève de la harka et bénéficie de conditions de service particulières.

Harkettes

En , une harka féminine est créée à Catinat. Les femmes y apprennent à bétonner, à poser des tuiles et à installer des lignes électriques dans la ville assiégée. Le lieutenant Onrupt se décide à armer quelques femmes : sur , 18 sont retenues pour assurer la protection des récoltes et des convois sur certaines routes, en particulier vers El Milia.. La harka est connue sous le nom de .. La harka est dissoute en 1961..

Du Second Empire à la République (1830-1954) Second Empire et colonisation