Jeffrey Sachs est un universitaire et économiste américain, né le à Oak Park dans le Michigan.

Il dirige et enseigne à l' de l'université Columbia (New York). Il est consultant spécial auprès du secrétaire général des Nations unies António Guterres.

Il est connu pour ses travaux comme consultant économique auprès des gouvernements d'Amérique latine, d'Europe de l'Est, d'ex-Yougoslavie, d'ex-Union soviétique, d’Asie, et d’Afrique. Il a proposé une thérapie de choc (bien qu’il ne préconise pas ce terme) comme solution aux crises économiques vécues en Bolivie, en Pologne et en Russie (politique qui aurait provoqué de victimes en Russie, selon l'UNICEF et Rapport accessible ici, voir aussi une étude de The Lancet ici.). Il est aussi connu pour sa coopération avec des agences internationales sur les thèmes de la réduction de la pauvreté, l’annulation de la dette, et le contrôle épidémiologique — notamment du VIH/SIDA, dans les pays en voie de développement.

Il a aussi lancé le Deep Decarbonization Pathways Project (DDPP).

Il est diplômé honoraire de plusieurs institutions, telles que l'université Simon-Fraser et l'université wesleyenne de l'Ohio.

Biographie Origines Jeffrey David Sachs est né et a été élevé à Oak Park, en banlieue proche de Détroit dans l’État du Michigan. Il est le fils de Joan (née Abrams) et de Theodore Sachs, un juriste spécialisé dans le droit du travail. Sa famille est juive.

Études et formation Jeffrey Sachs finit ses études secondaires à la en 1972 puis obtient une licence, summa cum laude à l'université Harvard en 1976.

Puis il obtient un master et un doctorat, respectivement en 1978 et 1980.

Carrière En 1980, Sachs devient assistant-professeur à l'université Harvard. En 1983, il devient professeur titulaire et professeur de commerce international à la chaire Galen L. StoneDu nom du financier et philanthrope, membre du conseil d'administration d'Harvard pendant de nombreuses années de l'Université Harvard entre 1984 et 2002.

En 2002, il rejoint l'université Columbia et de 2002 à 2016 il fut directeur de l'Institut de la Terre. Il dispense également des cours dans la filière de sciences économiques à Columbia, au sein de l’école des affaires internationales et publiques, ainsi que dans la filière politique de santé et gestion. La même année, il devient consultant spécial auprès du secrétaire général des Nations unies Kofi Annan et directeur du projet « Millénaire ».

, Sachs avait servi comme conseiller auprès du Fonds monétaire international (FMI), à la Banque mondiale, à l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), à l'Organisation mondiale de la santé (OMS), et au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD).

Il est nommé professeur QueteletLe titre de Professeur Quetelet est une distinction de l’Université Columbia (en l’honneur du scientifique belge Adolphe Quetelet) en développement durable (2002-2016) de l’Université Colombia. Il est par ailleurs président et cofondateur de la « Promesse du Millénaire », et chercheur associé à l'Institut national de la recherche économique.

Vie privée Sachs est marié à Sonia Ehrlich, une pédiatre. Ils ont trois enfants : Lisa, Adam et Hannah.

Thèses Dans La Fin de la pauvreté, son ouvrage paru en 2005, Sachs dit : . Selon lui, en prenant les mesures adéquates, la pauvreté (à l’image des de personnes extrêmement pauvres vivant avec moins de l'équivalent d'un dollar américain par jour) peut être éradiquée d'ici vingt ans. La Chine et l'Inde ont valeur d’exemple ; la Chine a sorti de personnes de la pauvreté au cours des deux dernières décennies. Pour Sachs, le relèvement du montant de l’aide, de de dollars américains actuellement alloués à de dollars par an d'ici 2015, sera un élément de poids. Il souligne l'incidence de la géographie, une grande partie de l’Afrique étant de fait enclavée et en proie à la maladie, tout en rappelant que ces problèmes, une fois décelés, peuvent être résolus : une maladie (telle que le paludisme) peut être circonscrite, et une infrastructure appropriée mise sur pied. Si l’on ne se penche pas sur ces problèmes, les élites politiques auront toujours comme préoccupation première de faire sortir les richesses issues des ressources du pays, n'offrant ainsi aucune source d’investissement et donc de développement.

Sachs prétend avoir développé une nouvelle branche des sciences économiques, appelée « l’économie clinique ». Ses travaux de recherche traitent de la corrélation entre santé et développement, de la géographie économique, des transitions vers l’économie de marché, des marchés financiers internationaux, de la coordination de la politique macroéconomique internationale, des économies émergentes, de la croissance et du développement économique, de la compétitivité internationale, et des politiques macroéconomiques dans les pays développés et dans ceux en voie de développement.

Critiques Bien que Sachs fasse figure de héros pour certains, ses propositions, aux yeux de ses confrères, ne seraient que le reflet de sa naïveté. Parmi les critiques les plus virulentes, celle de William Easterly, professeur d'économie à l'université de New York (NYU), qui dans son compte-rendu pour le Washington Post condamne le livre La Fin de la pauvreté. Le Fardeau de l’homme blanc, ouvrage d’Easterly publié en 2006 (traduction française 2009William Easterly, Le Fardeau de l'homme blanc. L'échec des politiques occidentales d'aide aux pays pauvres, traduit de l'anglais par Patrick Hersant et Sylvie Kleiman-Lafon, Genève, Éditions Markus Haller, 2009.), est une contestation encore plus structurée de l’argumentaire de Sachs qui veut que les pays pauvres soient pris au « piège de la pauvreté » duquel ils ne sortiront pas, à moins d’une aide étrangère à grande échelle. Easterly avance des données statistiques qui, selon lui, démontrent qu’un grand nombre de pays nouvellement développés (dans les faits, la plupart d’entre eux) ont atteint leur plus haut degré de développement sans apports massifs d’aide étrangère comme proposé par Sachs.

En 2007, la journaliste canadienne Naomi KleinNaomi Klein, The Shock Doctrine. The Rise of Disaster Capitalism - Editeur original : Knopf Canada, Toronto. Traduction française : La stratégie du choc - La montée d'un capitalisme du désastre -

Editions Leméac/ Actes sud - Paru en France en 2008 a sévèrement critiqué l'action de Jeffrey Sachs en tant que conseiller économique. D'après elle, la « thérapie de choc » qu'il a préconisée en Bolivie (1985), Pologne (1989) et Russie (1991) a eu des conséquences désastreuses. Si une petite partie de la population a pu chaque fois s'enrichir, le traitement de choc du « docteur Sachs » a entraîné un appauvrissement considérable des sociétés bolivienne, polonaise et russe. Ces mesures ont d'ailleurs été très mal accueillies par ces populations. En Pologne, sous la pression populaire, l'équipe dirigeante (issue de Solidarność) dut mettre fin à une vague de privatisations et à une politique contraires au programme du syndicat Solidarność. En Bolivie et Russie, il fallut des manœuvres fort peu démocratiques (qui iront jusqu'au bombardement du parlement ordonné par Boris Eltsine), pour contraindre les populations à accepter cette nouvelle politique économique. Jeffrey Sachs évite de parler de ces sujets gênants lorsqu'il retrace sa carrière de conseiller économique.

L'universitaire américain Kenneth D. Lehman écrit qu'en Bolivie, à la suite de l'application en 1985 du « décret suprême 21060 » conçu par Jeffrey Sachs et son équipe .

Il faut mentionner cependant que, en Pologne, pays où ses stratégies ont été payantes à plus long terme, sa contribution majeure a été reconnue plus tard. En 1999, le gouvernement polonais lui a décerné l'ordre Polonia Restituta (ordre de la Renaissance de la Pologne), la seconde plus haute décoration civile polonaise.

Depuis 2007, il est diplômé honoraire de l'université d'économie de Cracovie, le plus grand établissement de ce type en Pologne.

Prises de position En , lors d'un entretien sur Bloomberg TV, Jeffrey Sachs accuse les États-Unis d'avoir saboté le gazoduc Nord Stream dans la mer Baltique, incitant les animateurs de télévision à couper son interview télévisée. Il déclare . Sachs admet que son opinion en cours aux États-Unis et accuse les médias de son pays de négliger la question.

Le , Sachs a prononcé un discours au Parlement européen intitulé «La géopolitique de la paix». Lors de cette intervention, il a vivement critiqué l’influence des États-Unis sur la politique étrangère européenne, exhortant l’Europe à adopter une position plus indépendante. Il a notamment fait usage d'une citation généralement attribuée à Henry Kissinger : « Être un ennemi des États-Unis est dangereux, mais être un ami est fatal », soulignant la nécessité pour l’Europe de développer une politique étrangère réaliste, prenant en compte les intérêts propres du continent ainsi que ceux de la Russie.

En , il prolonge cette réflexion par un article détaillé, Une nouvelle politique étrangère pour l'Europe, publié notamment en français dans le périodique Lava Média (hiver 2025) et en anglais sur le site de l'auteur.

Prix et récompenses

2018 : docteur honoris causa de l'université d'Anvers

Publications 2008 - Commonwealth: Economics for a Crowded Planet, Penguin Press 2005 - The End of Poverty: Economic Possibilities for Our Time, Penguin Press Hc 2003 - Macroeconomics in the Global Economy Westview Press, 2002 - A New Global Effort to Control Malaria (Science), Vol. 298, 2002 - Resolving the Debt Crisis of Low-Income Countries (Brookings Papers on Economic Activity), 2002:1 2001 - The Strategic Significance of Global Inequality (The Washington Quarterly), Vol. 24, No. 3, été 2001 1997 - Development Economics Blackwell Publishers 1997 - The Rule of Law and Economic Reform in Russia, avec Katharina Pistor, (John M. Olin Critical Issues Series (Paper)) Westview Press 1994 - Poland's Jump to the Market Economy (Lionel Robbins Lectures) The MIT Press 1993 - Macroeconomics in the Global Economy Prentice Hall 1991 - Developing Country Debt and Economic Performance, Volume 1 : The International Financial System (National Bureau of Economic Research Project Report) University of Chicago Press Macroeconomic Interdependence and Co-operation in the World Economy, avec Warwick McKibbin, Brookings Institution, juin, 277 pages. 1989 - Developing Country Debt and the World Economy (National Bureau of Economic Research Project Report) University of Chicago Press 1984 - Stagflation in the World Economy avec Michael Bruno

Notes et références

Annexes

Article connexe Économie du développement

Liens externes

Jeffrey Sachs, un rêveur pragmatique Checklist for Making a Differential Diagnosis

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