vignette|250px|Quatre grandes figures : Julio Cortázar, Victoria Ocampo, Jorge Luis Borges et Adolfo Bioy Casares La littérature argentine est l’ensemble des œuvres littéraires produites en Argentine ( en 2020, pour 4 millions vers 1895), à toute époque, en toute langue (locale ou importée), et de fait essentiellement en espagnol.
Des peuples amérindiens d'Argentine ont développé leurs cultures : les Mapuches en mapudungun, les Aymaras en aymara, d'autres en quechua ou en guarani. De ces langues devenues minoritaires, ont survécu des littératures longtemps seulement orales, et surtout la .
Parmi les auteurs argentins les plus connus et les plus influents figurent Domingo Faustino Sarmiento, José Hernández, Jorge Luis Borges, Adolfo Bioy Casares, Roberto Arlt, Julio Cortázar, Manuel Puig et Ernesto Sábato pour les hommes, Alfonsina Storni, Silvina Ocampo, Susana Calandrelli, Maria Dhialma Tiberti, Alejandra Pizarnik, Olga Orozco pour les femmes.
Histoire Le nom du pays lui-même vient d’un latinisme apparu pour la première fois dans la littérature : le poème épique La Argentina (1602) de Martín del Barco Centenera. Cette composition comporte et décrit le paysage ainsi que la conquête du territoire. Le mot a été réintroduit dans « Argentina manuscrita », un texte en prose de .
L'histoire de l'Argentine post-colombienne, contre des peuples amérindiens d'Argentine, pourrait se résumer en une période coloniale espagnole (1516-1816), un agité (guerres civiles argentines, conquête du désert, guerres diverses, république conservatrice), un entremêlant radicalisme, péronisme, dictatures et retour à la démocratie.
Premiers textes Les premiers chroniqueurs semblent être le lansquenet bavarois Ulrich Schmidl (1510-1581) et l'aventurier Hans Staden (1525-1579).
La littérature argentine est née autour de 1550 avec les œuvres de Matias Rojas de Oquendo et Pedro Gonzalez de Prado (à Santiago del Estero, le premier regroupement urbain important en Argentine), qui ont écrit de la prose et de la poésie. Ils étaient en partie inspirés par la poésie orale autochtone. Une symbiose a émergé entre les traditions autochtones et espagnoles, créant une littérature distincte, limitée géographiquement (pendant le ) aux régions du nord et du centre de l’Argentine, avec la province de Córdoba en son centre, du fait de la fondation de l’Université nationale de Córdoba en 1613. Deux noms se détachent dans cette période : Gaspar Juarez Baviano et María Antonia de Paz y Figueroa (« Beata Antula », 1730-1799).
Graduellement, avec une certaine prospérité économique, l’axe culturel s’est déplacé vers l’est. La littérature de l’époque coloniale (le néo-classicisme, le baroque et l’épique) ont progressé sous la protection d’une ferveur indépendantiste : Vicente López y Planes (1785-1856), (1754-1821) et (1786-1824).
Au cours du , les œuvres baroques de l’Argentine restent pauvres en comparaison de celles d’Europe et des autres parties du Nouveau Monde. Le seul poète remarquable de cette période demeure Luis José de Tejeda y Guzmán (1604-1680) qui écrivit Coronas liricas et El peregrino de Babilonia.
L'émancipation culturelle argentine vis-à-vis de l’Espagne
Comme dans le reste du continent, de forts sentiments d’émancipation par rapport à l’Espagne étaient présents en Argentine. Avant l’indépendance, certains auteurs néo-classiques tel que Juan Cruz Varela ont produit de nombreux travaux liés à cet esprit révolutionnaire.
La véritable démarcation vis-à-vis de la tradition espagnole s’est manifestée dans la littérature à travers l’adoption du romantisme français comme modèle, en postulant le retour aux sources populaires et au Moyen Âge. Cette esthétique et cet intellectualisme a été apporté par Esteban Echeverría qui écrivit la première histoire locale et réaliste, El Matadero, ainsi que le poème nativiste La Cautiva ( « La Captive »), avec la pampa comme arrière-plan. Son esprit acerbe et son opposition au puissant gouverneur de Buenos Aires Juan Manuel de Rosas le força à l’exil.
Au milieu du , José Mármol publia le premier roman argentin, Amalia (1851-1852), un roman historique mixant des personnages fictifs (Amalia, Daniel Bello, Eduardo Belgrano) à des personnages historiques comme Juan Manuel de Rosas.
Comme le pouvoir de Juan Manuel de Rosas augmentait, davantage de travaux littéraires d’opposition furent produits. La pièce El Gigante Amapolas de Juan Bautista Alberdi (1810-1884) est un exemple de saynète locale. Dans le domaine des essais, Domingo Faustino Sarmiento (1811-1888) publia Facundo, une (ré)vision particulière de la vie de Juan Facundo Quiroga d’un point de vue déterministe. Sarmiento, en avance sur son temps, inclut des aspects de sociologie et de sémiotique dans son analyse. Echeverría, Mármol et Sarmiento font partie du groupe des écrivains connus sous le nom de la (1837), considérée comme la première génération d’intellectuels locaux : .
L’esprit combatif de la poésie s’affaiblit et celle-ci se tourna vers l’anecdotique et le sentimental : Carlos Guido y Spano (1827-1918) et Ricardo Gutiérrez (1838-1896), écrivains de littérature folklorique. Lucio Victorio Mansilla (1831-1913) publia en 1870 Una excursión a los indios ranqueles, chronique d’une expédition pour la signature d’un traité de paix avec les Indiens. Son travail (marqué par une esthétique réaliste) anticipait celui de la génération de 1880, qui sera profondément influencée par le modernisme. Juana Manuela Gorriti (1816-1892) fut une des premières femmes écrivain. Sa popularité est principalement due à son travail mélodramatique comme le roman La hija del mazorquero, ainsi qu’à la création du magazine culturel La alborada.
Autres membres de la génération 1837 : Miguel Cané (senior), Bartolomé Mitre, Andrés Lamas, Antonio Somellera, Vicente Fidel López, Carlos Tejedor, Juan Bautista Peña, Florencio Varela, Juan Cruz Varela, José Mármol, José Rivera Indarte (Buenos Aires), Quiroga Rosas, Antonino Aberastain, Santiago Cortínez (San Juan), Benjamín Villafañe, Félix Frías (Tucumán), Francisco Álvarez, Paulino Paz, Enrique Rodríguez, Avelino Ferreyra, Ramón Ferreyra (Córdoba), Juan Thompson (Corrientes).
Littérature « gauchesca » (gauchoesque)
À l'origine, le gaucho est un gardien de troupeaux nomade, qui voyage à travers les grandes plaines argentines.
Le gaucho acquiert peu à peu un statut mythique : il devient une sorte de chevalier défendant les plus démunis et s'érige en symbole d'une civilisation revendiquant son originalité, alors que le véritable gaucho disparaît peu à peu de la réalité.
Les thèmes et les styles occidentaux, voire centrés sur l’Europe, restent la norme dans la littérature argentine pendant tout le , en particulier à Buenos Aires. La poésie (romantique) comme La cautiva, ou plus tard Santos Vega de Rafael Obligado|Rafael Obligado (1851-1920), donnent beaucoup d’importance à la nature, la pampa, partageant certains éléments avec une littérature pittoresque, dans l’imitation des gauchos, prétendant utiliser le langage des gauchos et refléter leur mentalité. Le premier courant, connu sous le nom de « poesía nativista » (poésie nativiste), est lié à une tradition érudite. La seconde, connue comme « poesia gauchesca », se développe en parallèle, comme une part de la prise de conscience de son identité nationale par cette génération. Même s'il s'agit aussi d’auteurs érudits, la voix du gaucho est prise comme un protagoniste dès le début. La littérature gaucho est liée aux chansons de payador, vision moderne des chanteurs illettrés du Moyen Âge européen se produisant de façon spontanée et improvisée.
Le premier auteur gaucho est Bartolomé Hidalgo (1807-1875), qui écrit au moment de la Guerre d’Indépendance, si bien que son œuvre répond à une certaine idéologie politique. Ses compositions sont principalement des « cielitos » (sorte de chanson de payador avec un message politique provocateur) et des « dialogos patrioticos » (conversations entre deux personnages à propos de sujets d’actualité).
Dans une seconde période, la littérature gaucho est influencée par les combats politiques. Estanislao del Campo (1834-1880) et Hilario Ascasubi (1807-1875) sont les écrivains les plus représentatifs de cette période. Del Campo écrit Fausto, un poème, lu à la fois comme une parodie de la littérature gaucho et comme une intelligente plaisanterie envers la population des villes. Dans le poème, Anastasio El Pollo rencontre un ami et lui donne ses impressions sur un évènement particulier : il a vu le Diable. Ce qu'El Pollo ne sait pas (ou prétend ne pas savoir), c’est que ce qu’il a vu est en fait un opéra du Théâtre Colón.
Le dernier auteur de la littérature gaucho est José Hernández (1834-1886), l’auteur de Martín Fierro. La littérature gaucho perd ses influences politiques et devient sociale dans le sens où les gauchos sont en train de disparaître, principalement à cause de Sarmiento et du nouveau modèle économique. Hernandez est considéré comme celui qui consolida le style gaucho.
Martín Fierro est un poème narratif, considéré comme l’exemple même du style gaucho en Argentine et en Uruguay. Il fut publié en 1872 sous le titre El Gaucho Martín Fierro (L'épopée de Martín Fierro) avant la suite La Vuelta de Martín Fierro en 1879. Il raconte le caractère indépendant, héroïque et sacrifié du gaucho. Le poème est en partie une protestation contre les tendances européennes et modernes du président argentin Domingo Faustino Sarmiento. Cette œuvre est considérée comme le « livre national des Argentins » par Leopoldo Lugones.
Génération de 1880
La génération de 1880 renforce le côté européen et la suprématie culturelle de Buenos Aires. Le courant migratoire mélangeant les populations a accentué la transformation du « gros village » en une métropole cosmopolite. La poésie de cette période est lyrique : Leopoldo Díaz et Pedro Bonifacio Palacios dit Almafuerte (1854-1917). Ce dernier dépeint la vie des travailleurs dans des attaques passionnées envers les contradictions de la société contemporaine. Almafuerte était aussi un enseignant et un journaliste, qui s’attira beaucoup de problèmes pour ses opinions et ses articles.
Le genre des essais, assez récent, se développa à la fin du : José Manuel Estrada (1842-1894), Pedro Goyena (1843-1892) et Joaquín Víctor González (1863-1923).
Les œuvres de fictions oscillent entre problèmes sociaux et littérature traditionnelle. La tendance prédominante est à l'époque le réalisme, avec Miguel Cané (1851-1905) et son roman autobiographique Juvenilia (1884). D’autres écrivains sont influencés par le réalisme : Lucio Victorio Mansilla (1831-1913), Francisco Sicardi (1856-1927), Benito Lynch (1880-1951), Carlos María Ocantos (1860-1949). Le naturalisme fut également une tendance importante à la fin du siècle. Le naturalisme argentin était emmené par Eugenio Cambaceres (1843-1889) dans ses romans Sin rumbo et Música sentimental, presque oubliés aujourd’hui. Cambaceres était inspiré par la théorie de Zola à propos de l’approche naturaliste dans l’œuvre littéraire, avec cependant d’importantes différences. Julián Martel (1867-1896) et Antonio Argerich (1855-1940) avec ¿ Inocentes o culpables ? (1884) ajoutèrent une touche morale au naturalisme argentin.
Modernes (1880-1920)