Gulo gulo, le Glouton, également connu sous le nom de Carcajou en Amérique du Nord, est une espèce de mammifère carnivore de la famille des mustélidés.

Plus grand membre terrestre de sa famille, avec son allure trapue et extrêmement musclée, le faisant superficiellement ressembler à un gros blaireau ou à un petit ours, il est pourtant phylogénétiquement plus proche des martres et du Pékan au sein de la sous-famille des Guloninae. C'est également le seul représentant vivant de son genre, Gulo.

Solitaire et très farouche, le glouton vit principalement dans les régions reculées de la taïga ainsi que dans la toundra subarctique et alpine de l'hémisphère Nord, en témoigne ses noms techniques de Glouton arctique ou Glouton Boréal. On le trouve principalement dans le Nord du Canada, en Alaska, dans les pays nordiques d'Europe, ainsi qu'à travers l'ouest de la Russie et la Sibérie. Depuis le , sa population a régulièrement décliné en raison du piégeage, de la réduction de son territoire et de la fragmentation de son habitat, ce qui l'a rendu pratiquement absent de la frange sud de son aire de répartition historique.

Cet animal au régime omnivore, mais à forte dominante carnivore, possède une réputation de force et de férocité totalement disproportionnée par rapport à sa taille, le poids d'un mâle adulte atteignant généralement La fourchette de poids d'un carcajou mâle adulte et celle d'une femelle adulte, sur animaux.org. Notoirement connu pour être très agressif lorsqu'il défend sa pitance, il possède la capacité documentée de terrasser des proies plusieurs fois plus grandes que lui. Au Canada, sa dangerosité légendaire lui vaut ainsi le qualificatif d'« animal le plus féroce du Grand Nord », ancrant durablement sa réputation d'animal redoutable dans l’esprit des gens ainsi que dans la culture populaire. Nomenclature et étymologie Dénominations Nom scientifique : Gulo gulo (Linnaeus, 1758) selon et . Noms vernaculaires typiques en français : GloutonNom vernaculaire français d'après Dictionary of Common (Vernacular) Names sur Nomen.atMeyer C., ed. sc., 2009, Dictionnaire des Sciences Animales. consulter en ligne. Montpellier, France, Cirad. Nom vernaculaire en français d’après Termium plus, la banque de données terminologiques et linguistiques du gouvernement du Canada, 9780444518774. Rechercher dans le document numérisé, Carcajou (Canada). Noms vulgaires techniques : Glouton arctiqueFrancisation technique du nom binominal Gulo arcticus., Glouton boréalFrancisation technique du nom binominal Gulo borealis.. Autres noms vernaculaires : wolvérèneMeyer C., ed. sc., 2015, Dictionnaire des Sciences Animales. . Montpellier, France, Cirad., wolverène (de l'anglais ou « Fiche terminologique : carcajou », sur Grand dictionnaire terminologique, Office québécois de la langue française. plus ancien, considéré comme désuet) parle d'un ou : et ..

Étymologies et utilisations vignette|Le Gulo ou Vielfraes sur une Gravure de Jan Jonston dans Historiae natvralis de quadrvpetibvs ! libri cum aeneis figuris, 1652.|gauche

Gulo Glouton Le nom français « Glouton » fait référence à la voracité de l'animal. Le mot en tant que tel pourrâit venir des racines indo-européennes gwer ou gwel signifiant « avaler », aboutissant aux mots Glouton, Gorge et Goulu (en latin Gulo).

Vielfraß Ces terminologies sont sémentiquement similaires dans les langues germaniques en allemand sous la forme « Vielfraß » et en néerlandais sur la forme « Veelvraat » qui signifient « qui mange beaucoup » ou « qui est vraiment affamé »Existe aussi sous les formes Gierling « L'avide », « le glouton » ; Giermagen « L'estomac avide » ou encore Gierschlund « Le gouffre avide » ou « la gorge insatiable »..

Il pourrait cependant être le résultat d'une dérive étymologique : en Scandinavie, où l'on trouve encore cet animal, ses noms anciens étaient « fjällfräs », « fjellfras » ou « fjellfross », ce qui signifie à peu près « fauve des montagnes », dont la prononciation est très similaire aux mots germaniques.

Carcajou Le substantif masculin « Carcajou » est d'origine algonquienne. C'est une modification québécoise de « Kwi'kwa'ju », nom donné à l'animal par la nation des Micmacs, l'une des Premières Nations du Canada ; « » signifie « esprit malin » en langue micmaqueGlosbe - Dictionnaire micmaque-français..

Le terme a subi plusieurs interprétations et transformations à l’échelle de la francophonie, susceptibles de porter à confusion lors de la consultation de certains dictionnaires :

Au , la terminologie a été associée au Taxidée américain (Taxidea taxus), notamment dans l’Histoire naturelle de Buffon, puis dans des éditions françaises de manuels de zoologie comme le Systema Naturae . Le Taxidée, le plus souvent considéré sous le nom de « Blaireau d’Amérique » (Meles Taxus β. Americanus) ou anciennement sous celui de « Blaireau du labrador » (Meles labradoricus) selon les dictionnaires français de France comme le Dictionnaire de la langue française d’Émile Littré, le Dictionnaire de l’Académie française (où il existe depuis la huitième édition en 1935 et n’a pas changé dans la neuvième), ou encore le dictionnaire des Éditions Larousse.

Cette confusion aurait aussi abouti à la formation de l’appellation Kinkajou pour désigner le Poto (Potos flavus), un petit carnivore d'Amérique du Sud.

Wolverène Les noms volvérène et wolverène aujourd’hui désuets en français, sont issues du nom anglais wolverine, qui est attesté depuis 1619. Il s'agit d'une altération de la forme plus ancienne wolvering, mentionnée dès 1574. Ce terme constitue un diminutif de wolver (1593), un mot qui servait à qualifier un « animal sauvage et féroce » ou une personne se comportant de manière agressive, le tout dérivant ultimement du mot wolf (« loup »)Robert K. Barnhart (dir.), Chambers Dictionary of Etymology, Édimbourg, Chambers, 2008, p. 1242.. L'appellation anglaise porte ainsi le sens originel de « petit loup », éloignée du mythe de la gloutonnerie que l'on retrouve dans d'autres langues. Cette absence de référence à la voracité de l'animal se vérifie également dans les langues germaniques septentrionales : les noms issus du proto-norrois (erafaz) et du vieux norrois (jarfr) subsistent aujourd'hui dans le nom islandais courant jarfi, le norvégien jerv, le suédois järv et le danois jærv.

Autres dénominations . En anglais, l’espèce est parfois désignée sous le nom de Skunk-bear « Ours-sconce », à cause de son odeur fétide issue de ses glandes anales. Il existe également comme autre dénomination, celui de « Ours-fouine » ou « Ours-marte », que l’on trouve en allemand dans le terme de Bärenmarder ou encore dans les langues chinoises sous le terme de . En japonais, l’espèce est plus communément désignée sous le nom de en référence à sa façon de se déplacer, toujours le dos rond.

Taxonomie vignette|redresse|Le Glouton ou Wolverène (Gulo borealis), peut attaquer de grands animaux comme des Élans ou des Wapitis. Illustration issue du Brehm's Life of animals : a complete natural history for popular home instruction and for the use of schools, 1896. L’espèce a longtemps interrogé les scientifique quant à savoir à quel genre ou famille il appartenait vraiment : Dans la dixième édition du Systema Naturae, le zoologiste et anatomiste suèdois Carl von Linné l’identifia comme deux espèces distinctes et créa deux entrées : Mustela gulo dont la localité-type se situe en Laponie, en Russie et en Sibérie, ainsi que Ursus luscus dont la localité-type se situe dans la baie d’Hudson au Canada. En français, ces deux espèces sont respectivement désignées sous le nom de Glouton (Ursus gulo) et Wolverene (Ursus luscus), le nom Carcajou (Ursus labradorius) étant attribué au Taxidée.

L’espèce sera répertoriée dans son propre genre par Peter Simon Pallas en 1780 sous le nom de Gulo sibiricus, et en 1825, le zoologiste britannique John Edward Gray décide de placer dans sa propre sous-famille Gulonina, mais au sein de la famille des Ursidés.

Certains zoologistes ont identifié gulo et luscus comme la même espèce, c’est le cas de Desmarest en 1821. Et au final, le nom binominal Gulo luscus deviendra, avant la loi de priorité de la CNZ en 1905, un nom scientifique très utilisé au cours du et dans la première moitié du , y compris pour les populations européennes, comme c’est le cas dans les études ostéologiques par de Blaineville (1842), et cela durera jusqu’à Bailey en 1936. Le nom binominal Gulo gulo n’apparaîtra dans la littérature sous la plume du zoologiste américain Gerrit Smith Miller Jr qu’en 1912.

Sous-espèces À partir du , de nombreuses sous-espèces furent identifiées, la troisième édition de en a recensé six :

Situation actuelle La taxonomie la plus acceptée reconnaît soit les deux sous-espèces continentales, soit G. gulo comme un unique taxon Holarctique. +Liste des sous-espèces selon et leurs synonymes : Sous-espèce nom et auteurRépartitionSynonymesGulo gulo gulo(Linnaeus, 1758)Glouton (Stricto sensu)Glouton d’Europe 150px|sans_cadreRégions isolées de climat arctique, boréal et alpin de l'Ancien Monde. Présent principalement en Scandinavie, Fennoscandie, Russie européenne, Sibérie (jusqu'à l'Extrême-Orient russe), ainsi que dans le Nord-Est de la Chine et en Mongolie. Sa limite méridionale en Europe se situe généralement autour du 60° de latitude Nord.Gulo gulo luscus(Linnaeus, 1758)Carcajou (Stricto sensu)Glouton d’Amérique du Nord 150px|sans_cadreRégions boréales et alpines du Nouveau Monde. Abondant en Alaska et dans l'Ouest du Canada (territoires du Nord). Aux États-Unis (48 États contigus), ses populations reproductrices stables sont confinées aux Cascades du Nord (Washington) et au Nord des Montagnes Rocheuses (Idaho, Montana, Wyoming). Fait l'objet d'un programme de réintroduction active dans le Colorado depuis début 2026.

Évolution et Phylogénie vignette|Crâne de glouton du Pléistocène d'Allemagne au Musée d'histoire naturelle de Berlin. Des données génétiques récemment compilées suggèrent que la plupart des populations d'Amérique du Nord descendent d'une source unique, provenant probablement de la Béringie lors de la dernière glaciation et s'étant rapidement propagés par la suite. Une incertitude considérable demeure quant à cette conclusion en raison de la difficulté à collecter des échantillons dans la frange sud de leur aire de répartition, où les populations sont extrêmement réduites.

Le genre Gulo appartient à la sous-famille des Guloninae. Au sein de ce groupe, il occupe une position intermédiaire, formant un clade proche du genre Martes. Cladogramme des genres de Guloninae d'après Koepfli et al. (2008) :

Caractéristiques et facultés physiques vignette|gauche|Anatomie et squelette d’un Glouton dans Die vergleichende Osteologie, 1821.

Sur le plan anatomique, le glouton est un animal allongé et bas sur pattes. Avec ses membres robustes, sa tête large et arrondie, ses petits yeux et ses courtes oreilles, il ressemble beaucoup à un gros Pékan. Bien que ses membres soient courts, ses larges pattes plantigrades à cinq doigts, pourvues de griffes semi-rétractiles semblables à des crampons, lui permettent de grimper avec aisance sur les falaises abruptes, dans les arbres et sur les sommets enneigés.

À l’âge adulte, l'espèce a environ la taille d'un chien de taille moyenne. Sa longueur corporelle (sans la queue) varie de , sa hauteur au garrot de et sa queue mesure entre . Les mâles pèsent généralement entre , tandis que les femelles pèsent entre . Des individus exceptionnellement gros, pesant jusqu'à , sont mentionnés dans la littérature soviétique, bien que de tels poids soient jugés peu probables dans l'ouvrage de référence Mammals of the Soviet Union.