La Souda (du ) ou Suidas () est une encyclopédie, rédigée en grec médiéval à la fin du . C'est un ouvrage de référence, en particulier pour les citations, très souvent utilisé dans les travaux portant sur l'Antiquité. Le nom de l'ouvrage, la date de sa rédaction, l'identité de son ou de ses auteurs ont posé de délicats problèmes aux chercheurs.
Contenu La Souda est un dictionnaire qui présente à la fois des définitions de mots rares en grec ancien et des formes grammaticales complexes. C'est aussi une encyclopédie commentant des personnes, des lieux ou des institutions. Les sources qu'elle utilise sont souvent bibliques ou antiques et elle ne fournit que peu de renseignements sur l'époque byzantine. Ignoré au Moyen Âge, l'ouvrage a été produit dans l'empire byzantin. Il a été publié pour la première fois en Europe en 1499, à Milan, sous le nom de Lexicon græcumGallica.
Cet ouvrage considérable, d'un million et demi de mots, comprend entrées portant sur des données historiques, biographiques et lexicographiques. Les entrées sont classées selon un système à la fois alphabétique et phonétique : les diphtongues sont classées après les voyelles simples. Ainsi / est classé après epsilon. Et oméga vient après omicron, ce qui ne correspond pas au classement alphabétique grec classique.
C'est une compilation de compilations, qui utilise des biographies, bibliographies et autres renseignements sur des écrivains païens et chrétiens, dont la plupart ont disparu : les scholies sur Aristophane, Sophocle et Thucydide ont beaucoup servi. Les notices biographiques proviennent souvent, de l'aveu de l'auteur, de l'Onomatologion ou du Pinax d'Hésychius de Milet (). Parmi les autres sources abondamment utilisées figurent les Excerpta de Constantin Porphyrogénète, la Chronique de Georges le Moine, les biographies de Diogène Laërce, les travaux d'Athénée et de Philostrate.
Origines incertaines Auteur unique ou ouvrage collectif Pour certainsDictionnaire historique de Feller, 1818Biographie universelle ancienne et moderne ()Grand dictionnaire universel du , Suidas est un compilateur de la fin du connu par le seul ouvrage de la Souda, qui aurait donc pratiquement le même nom que lui : Souda, Suidas, Suida, comme on dirait à l'heure actuelle le « Bayle », le « du Cange », le « Larousse » ou le « Littré ». Une note de préface erronée, conjecture érudite d'Eustathe de Thessalonique, a longtemps fait croire que la Souda était l'œuvre d'un auteur unique appelé Souidas. Ange PolitienArticle « Suidas » de la Biographie universelle ancienne et moderne, , 1843, érudit florentin de la fin du , considérait que ce nom n’était que supposé. À l'appui de l'opinion de Politien viennent les faits que personne ne s’avance pour dire dans quel pays Suidas a vécu, ni même à quelle époque, et que plusieurs styles se côtoient dans l'ouvrage.
Si toutefois Souidas a bien existé, on considère qu’il est un lexicographe grec de la fin du . Cet érudit aurait rédigé une première mouture qui aurait été modifiée et augmentée par les copistes successifs.
Pour d'autresFranz Dölger, Der Titel der sogenannten Suidaslexicons, 1936 ; Henri Grégoire, 1936 ; Lammert, Suda. die Kriegsschriftsteller und Suidas, 1938. (Sur les deux premières références, voir André Aymard , Jacques Moreau, « Chronique des études anciennes », Revue des Études Anciennes, Tome 54, 1952, n°3-4, p. 406-410 (v. p. 409-410) , il s'agit d'une compilation effectuée par un collectif de savants, corrigée et augmentée par les copistes qui se sont succédé jusqu'à sa première impression.
Dates Lors de sa redécouverte dans l'Italie de la Renaissance, on a évoqué des dates allant du règne d’Auguste jusqu'au . L'incertitude sur la date de sa composition durait encore au : « on croit qu’il florissait sous le règne de l’empereur byzantin, Alexis I ComnèneDictionnaire historique, critique et bibliographique, Tome 25, Paris, 1823. ».
L'ouvrage est maintenant daté de la fin du . La date approximative de composition de l'ouvrage peut se déduire de son contenu : sous l'article « Adam », l'auteur du lexique donne une brève chronologie de l'histoire mondiale qui s'achève avec la mort de l'empereur Jean I Tzimiskès (976), tandis que dans l'article « Constantinople » sont mentionnés ses successeurs Basile II et Constantin VIII : la question est de savoir s'il ne s'agit pas d'une interpolation plus tardive que le texte originalVoir les éléments de la polémique dans les différents dictionnaires sur wikisource..
Avant sa redécouverte officielle à la Renaissance, l'ouvrage avait toutefois circulé dans l'Angleterre médiévale car Robert Grossetête (1175-1253) en a traduit des passages substantiels dans un carnet de notes pour son usage personnel.
Origine du nom Plusieurs étymologies sont envisagées pour ce nom de Suidas ou de Souda. En 1998, Bertrand Hemmerdinger considère que Suidas est le nom du créateur ou du directeur de rédaction du groupe de compilateurs du lexiqueBertrand Hemmerdinger, « Suidas, et non la Souda », Bollettino dei classici, 3rd ser. 19, 1998, p. 31 ss..
Selon une autre interprétation, le titre est un acronyme constitué à partir des lettres de Sunagogè onomastikès ulès di alphabetonLammert, 1938. ou bien diaphorôn andrônGrégoire, 1937., « rassemblement du matériel onomastique selon l’alphabet », ou « selon différents hommes », ce qui pourrait encore signifier « lexique alphabétique ou lexique biographique » ou avec diaphorôn andrôn : « classement selon différents historiens ou différents auteurs ».
Enfin, on a évoqué aussi, en grec byzantin, « forteresseDölger, 1936 ; cf. Ian C. Cunningham Synagoge: Texts of the Original Version and of MS. B, Walter de Gruyter, 2003. », « douveGrégoire, 1936 », et en latin guidaAvec les variantes guida, cuida, cogda, sogda selon Mercatti, 1955-1957. ou summa (« somme »)Siamakis, 1994. et sudarium (« suaire ») via le grec tardif soudarionPour une étude exhaustive, voyez S. Matthaios, Suda: the character and dynamics of an encyclopedic Byzantine dictionary, Université de Chypre, 2003..
Critique et commentaires thumb|upright=2.0|Article sur Aristote, dans une édition de 1499.
Cette compilation de compilations se présente de manière peu ordonnée : un dictionnaire de mots s’intrique avec un dictionnaire de choses ; des articles sur l’interprétation des mots alternent avec des articles sur la vie de personnages illustres ; un article sur Aristote est suivi par un article contre Aristote, comme s’il s’agissait d’un personnage différent. Elle présente néanmoins un intérêt au fil des notations biographiques ou des citations.
Bien que les faits qu’elle relate ne soient pas toujours exacts, les ouvrages sur l’Antiquité grecque citent très souvent cette source. L'ouvrage était très populaire et, pour cette raison, de nombreux manuscrits ou extraits en ont été conservés. Des auteurs plus tardifs comme Eustathe de Thessalonique , Jean Zonaras (ca 1074-ca 1159), Constantin Lascaris (ca 1450-1500) ou encore Maxime le Grec (ca 1475-1556) en ont largement fait usage.
Si l’auteur s’est contenté de recopier la compilation d’érudits de son époque, il l'a fait en faisant taire toute critique et tout jugement personnel. Cependant, si les copistes successifs ont ajouté plusieurs erreurs en dupliquant cette œuvre manuscrite, cette compilation renferme un très grand nombre de faits, de détails et de citations d’auteurs qui ne se trouvent nulle part ailleurs et qui sans elle auraient été perdus à jamais. Érasme cite et commente la Souda dans ses Adages (1508-1536).
Intérêt scientifique Après Ludolf Küster (1671-1716), de nombreux érudits se sont appliqués à rétablir ou expliquer des passages de la Soudas. Jakob Gronovius (1645-1716), célèbre érudit, excessif et querelleur, a beaucoup disputé de cet ouvrage avec Küster. Plusieurs hellénistes ont extrait et commenté différents passages : Étienne Bergler, Lambert Bos (1670-1717), Théodore Hase, professeur de théologie à Brême ; dans le Michaud (1811-1828), on cite aussi Louis Valkenaer. Johannes Ludovicus Schultze a publié Specimen observationum miscellanearum in Suidam, cum prolusione critica de glossarii a Suida denominati indole et pretio, Halle, 1761, in-quartoCe livre figure dans le , vol. 3, p. 408b..
Les Corrections de John Toup sur la Suidas (Emendationes in Suidam), Londres, 1760, 1764, 1775, 3 vol. in-8°, le firent connaître auprès de nombreux savants. Simon Chardon de la Rochette, après avoir donné dans le Magasin encyclopédique (1812) des éclaircissements sur quelques articles de Suidas, les a réunis dans ses Mélanges de critique et de philologie, , .
Jean Chrétien Gottlieb Ernesti a tiré des lexiques de la Suidas et de Favorinus tous les passages relatifs aux cultes anciens, et les a publiés avec des notes, sous le titre de Glossae sacrae, Leipzig, 1785, in-8°.
On conserve, à la bibliothèque publique de Leyde, un Lexique étymologique attribué par Gronove à Suidas, lequel a successivement appartenu à Henri Estienne, Goldast et VessiesMuller, Programma de Suida cum observationibus T. Reinerii, Leipsick, 1696, in-8°.
Éditions La première édition de Suidas est due à Démétrius Chalcondyle ; parue à Milan, 1499, in-fol., elle est basée sur un manuscrit peu complet. L’édition aldine, Venise, 1516, présente parfois des différences assez sensibles ; elle a été créée d’après un autre manuscrit ; elle a été reproduite à Bâle, en 1544, in-folio. L’in-folio publié en 1619, Coloniae Allobrogum (en réalité à Genève), et dont le titre a été rafraîchi en 1630, est peu cité. Il comporte la version grecque et une traduction latine d'Aemilius Portus. Le volume est disponible en ligne dans l'édition de 1630 L’édition de Cambridge, 1705, 3 vol. in-fol., avec d’amples commentaires, publiée par Ludolf Küster ; la traduction d’Émile Portas (Aemilius Portus), jointe au volume de 1619, a été corrigée en beaucoup d’endroits ; le texte grec a été revu sur divers manuscrits. On a reproché à l’éditeur des corrections quelque peu téméraires. Cette édition est précédée d’une dissertation sur Suidas que Jean Albert Fabricius a recueillie dans la Bibliotheca graeca, , , et il a fait suivre cette dissertation de trois index : des auteurs qu’a dû consulter Suidas ; des écrivains sur lesquels il offre des renseignements ; de tous les personnages qui y sont cités. L’édition d’Oxford, 1834, de Thomas Gaisford, 3 vol. in-fol. : le texte, revu avec soin et accompagné de notes savantes, a obtenu l’approbation des érudits ; la beauté de l’impression répond à ce que produisent habituellement les presses d’Oxford ; le troisième volume est entièrement consacré à l’index. L’édition allemande de Gottfried Bernhardi, qui entreprit de faire reparaître à Halle le travail de Gaisford, avec quelques additions dans le commentaire. Commencée en 1834, cette édition, qui forme quatre tomes in-4°, n’a été achevée qu’en 1853. Emmanuel Bekker, connu pour le nombre de textes grecs qu'il a publiés, s’est aussi occupé de Suidas, et l’a fait paraître à Berlin, en 1854, grand in-8°. Le texte est revu avec soin sur divers manuscrits ; il n’y a pas de traduction. La version latine de Jérôme Wolf a été imprimée à Bâle, en 1564 et en 1581. Édition Suidae Lexicon, Teubner, 5 volumes, 1928-1938. La Souda numérique. Une édition numérique en anglais, Suda on line : Byzantine Lexicography a été établie d’après l’édition de la savante danoise Ada Adler (entre 1928 et 1938, à Leipzig) dans laquelle chaque mot, classé suivant l’ordre dit d’Adler, est retranscrit avec des annotations éventuelles, commenté, et traduit en anglais selon une formule très proche de celle de Wikipédia.Elle offre une indexation sur des tableaux tridimensionnels, à l’aide de logiciels, et permet de classer les entrées en fonction du sujet abordé. Elle présente trente-trois catégories : architecture athlétisme biographie botanique chronologie comédie définitions dialectes droit épopée étiologie femmes genre et sexualité