Jérôme Le Royer de La Dauversière, né à La Flèche (en Anjou) le et mort le dans la même ville, est un vénérable de l'Église catholique. Il est le fondateur de la congrégation des Religieuses hospitalières de Saint-Joseph de La Flèche et l'instigateur de la fondation de Ville-Marie, la future Montréal, au Canada.

Élève du collège royal de La Flèche, il succède à son père dans les charges des receveurs des tailles et de contrôleur du grenier à sel de La Flèche. Multipliant les engagements, il exerce la fonction de syndic des récollets de la ville et intègre le Tiers-Ordre franciscain puis la compagnie du Saint-Sacrement. Dès 1630, il se dit touché par des grâces mystiques qui lui demandent de consacrer sa vie aux pauvres et à Dieu, ce qui le pousse à fonder les Religieuses hospitalières de Saint-Joseph de La Flèche, une communauté séculière chargée du nouvel Hôtel-Dieu de la ville et dont la première supérieure est Marie de La Ferre.

Toujours suivant une intuition mystique, il entreprend de fonder une colonie sur l'île de Montréal, dont il fait l'acquisition en 1640. Soutenu par Pierre Chevrier et par plusieurs personnalités du renouveau catholique français du comme Jean-Jacques Olier, il crée la Société Notre-Dame de Montréal qui a pour but de réaliser ce projet. En 1641, l'expédition menée par Paul Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance embarque à La Rochelle et fonde Ville-Marie le . Demeuré en France, Jérôme Le Royer prend en charge la gestion financière de l'entreprise et s'occupe du recrutement des différents colons qui partent pour la Nouvelle-France chaque année, principalement de la région de La Flèche.

Parallèlement, il encourage l'expansion des sœurs Hospitalières de Saint-Joseph en créant de nouveaux établissements à Laval et à Moulins, tout en soutenant la création de l'Hôtel-Dieu de Baugé. Dans une situation financière critique et atteint d'une maladie incurable, il meurt à la fin de l'année 1659.

Biographie Une éducation humaniste et religieuse

Jérôme Le Royer naît le à La Flèche, dans l'ancienne province d'Anjou. Sa famille, originaire de BretagneMarie-Claire Daveluy, Bibliographie de la Société de Notre-Dame de Montréal (1639-1663), accompagnée de notes historiques et critiques (suite) dans Lionel Groulx (dir.) Revue d'histoire de l'Amérique française, Institut d’histoire de l’Amérique française, , , ., n'est pas noble mais vit notablement et fait partie de la bourgeoisie en phase d'ascension sociale.. Son père Jérôme Le Royer et sa mère Renée Oudin ont trois enfants : outre Jérôme, l'aîné de la fratrie, naissent un autre garçon, René, ainsi qu'une petite fille prénommée Marguerite, qui meurt sans doute très jeune. Peu après la naissance de Jérôme la famille s'installe à Tours, où son père travaille pour la recette des impôts des chanoines de Saint-Martin, puis revient en 1604 à La Flèche, où Jérôme Le Royer père obtient les charges de receveur des deniers d'octroi et de receveur des tailles, tout en officiant comme contrôleur du grenier à sel.. thumb|alt=Plan en couleur d'un bâtiment datant du .|Jérôme Le Royer fréquente le Collège royal de La Flèche. Jérome reçoit une éducation très pieuse et dès son plus jeune âge, ses parents lui inculquent un profond attachement à la Sainte Vierge.. En 1607, il est admis au Collège royal de La Flèche, fondé par Henri IV et tenu par les jésuites, où il suit le cycle complet des études. Au cours de sa formation, il intègre la congrégation de l'Immaculée Conception, puis celle de la Purification de Notre-Dame, deux des quatre congrégations mariales que compte le Collège. Ces congrégations qui rassemblent des laïcs constituent des lieux d'éducation et demandent aux confrères non seulement une vie de piété mais également un engagement envers les pauvres. Les rencontres de chrétiens au sein de ces communautés renforcent l'éducation spirituelle de Jérôme Le Royer..

Au Collège, c'est au contact du père missionnaire Énemond Massé, nommé à La Flèche en 1614 après un séjour en Nouvelle-France de 1611 à 1613, que Jérôme Le Royer s'intéresse pour la première fois aux affaires de la colonie.. Il fréquente le Collège jusqu'en 1617., puis à sa sortie, son père l'initie au métier de receveur des impôts royaux jusqu'à son décès en 1618. En tant que fils aîné, Jérôme reçoit alors les charges de son père et lui succède, comme le veut l'usage.. C'est à ce moment qu'il ajoute à son nom « La Dauversière », un nom qu'il tire de la terre que son grand-père a acquise en 1595 dans la Sarthe, à Bousse, à une douzaine de kilomètres de La Flèche.. Son frère se fait quant à lui appeler René Le Royer de Boistaillé, du nom d'un petit château de famille qui lui revient.

Un chrétien engagé En 1621, Jérôme Le Royer épouse Jeanne de Baugé, qui appartient à une vieille famille du Mans. Ensemble, ils ont cinq enfants : Jérôme, Ignace, Jeanne, Marie et Joseph. Quatre d'entre eux entreront dans les ordres.. Il est nommé échevin de la cité quelques années plus tard.. En plus de ses responsabilités administratives et congréganistes au sein de la Purification de Notre-Dame, Jérôme Le Royer s'engage au service du couvent des récollets de La Flèche, installés dans cette ville depuis 1604. Il joue le rôle de syndic auprès de cette communauté franciscaine qui mène une vie pauvre et ne souhaite pas manier l'argent, ce qui l'amène à gérer les dons reçus par les récollets mais également leurs dépenses. En acceptant cette charge, il intègre le Tiers-Ordre franciscain et choisit comme directeur spirituel le père Étienne, qu'il garde jusqu'à sa mort. Cette démarche marque un changement dans la spiritualité de Jérôme Le Royer et une certaine distance à l'égard des jésuites, pour adopter une ligne franciscaine. Il s'attache alors à la figure de François d'Assise et comme lui veut vivre la pauvreté et le dépouillement.. Parallèlement, Jérôme Le Royer s'engage toujours plus dans la vie fléchoise, en devenant administrateur de la vieille aumônerie qui servait d'hôpital de la ville, en 1632..

Expériences mystiques et premières réalisations thumb|upright|alt=Photographie d'une statue polychrome sur fond bleu à fleur de lys.|C'est devant la statue de Notre-Dame-du-Chef-du-Pont que Jérôme Le Royer dit recevoir sa première grâce mystique. Le , lors de la fête de la Purification, Jérôme Le Royer prie avec sa famille devant la statue de Notre-Dame-du-Chef-du-Pont, dans l'ancienne chapelle du château des Carmes. Après la messe, il dit avoir reçu un message mystique et se sent appelé à fonder une congrégation religieuse hospitalière au service des pauvres et des malades à La Flèche... Alors qu'il ne donne pas suite à ce projet dans un premier temps, il tombe gravement malade à l'automne 1632, ce qui l'empêche d'exercer ses différentes fonctions. La maladie et la guérison qui s'ensuit marquent un tournant. Dès 1633, il dit faire l'expérience de nouvelles grâces mystiques et confie ses visions à son directeur spirituel, le père Étienne. Celui-ci souhaite les soumettre à un homme expérimenté et envoie Jérôme Le Royer vers le recteur du collège de La Flèche, le père Chauveau, qui se montre très réservé et lui conseille de se consacrer à son devoir d'État..

En 1635, à l'occasion d'un voyage à Paris, Jérôme Le Royer se rend dans la cathédrale Notre-Dame de Paris où il dit recevoir de nouvelles grâces. Il promet alors de devenir un serviteur fidèle de la Vierge Marie. Le père Chauveau l'envoie consulter une autre éminence jésuite à Meudon, le père Bernier. Dès lors, il devient un appui pour Jérôme Le Royer dans ses entreprises.. La même année, ce dernier intègre la Compagnie du Saint-Sacrement, une société secrète fondée par Henri de Lévis, duc de Ventadour, et qui rassemble des notables, parmi lesquels des nobles, des bourgeois et des membres du haut-clergé. Son œuvre s'inscrit dans la Réforme catholique et vise à mettre en relation les personnalités les plus engagées dans ce renouveau religieux, pour accomplir plus facilement les œuvres de charité et d'évangélisation. Cette adhésion montre que Jérôme est considéré comme un des cadres du renouveau religieux français, mais elle le met également en rapport avec des personnes qui pourront l'aider dans la réalisation de ses projets..

En 1636, il crée la confrérie de la Sainte-Famille à La Flèche et en établit le siège dans la chapelle Saint-Joseph de l'hôpital de La Flèche. Approuvée par l'évêque d'Angers Claude de Rueil, elle admet tous les membres des familles qui veulent en faire partie pour prier ensemble et s'encourager à vivre sur le modèle de la Sainte Famille..

La fondation des Hospitalières de Saint-Joseph

À La Flèche comme dans de nombreuses villes de France, l'Hôtel-Dieu est en mauvais état au début des années 1630 et ne permet pas de répondre aux besoins des malades. Il se compose alors d'une salle commune, d'une chambre avec deux lits, d'une petite chapelle dédiée à Sainte Marguerite et d'une petite maison pour l'aumônier. La rénovation de cet hôpital devient un enjeu majeur pour la municipalité qui nomme des administrateurs chargés de la gestion de l'établissement parmi lesquels plusieurs membres de la famille de Jérôme Le Royer.. Celui-ci s'engage à son tour et prend en charge sur ses deniers personnels la reconstruction des bâtiments dès 1634, en premier lieu celle de la chapelle qui est alors dédiée à Saint Joseph.

Parallèlement, il fait deux rencontres déterminantes. La première est celle de Pierre Chevrier, baron de Fancamp, qui loge chez Jérôme Le Royer pendant ses études au collège de La Flèche et se montre touché par la foi de son hôte. Il se met sous sa conduite spirituelle et continue à séjourner régulièrement chez lui à la fin de ses études. Pierre Chevrier fait le don de pour rebâtir l'Hôtel-Dieu. Jérôme Le Royer rencontre également Marie de La Ferre, probablement dans le salon d'une riche veuve fléchoise, Madame Bidault de La Barre. Recueillie par une tante après la mort de sa mère, Marie de La Ferre, bien que bénéficiant d'une fortune personnelle notoire, choisit de mener une vie de pauvreté et de prières, ce qui la pousse à refuser le mariage. Comme Jérôme Le Royer, elle souhaite se consacrer à la fondation d'une communauté hospitalière..

La congrégation des Hospitalières de Saint-Joseph naît alors. Marie de La Ferre, qui en devient la première supérieure., et son amie Anne Foureau commencent à servir au sein de l'Hôtel-Dieu, en compagnie des trois femmes qui y officiaient déjà. Elles débutent la vie commune le , le jour de la fête de la Sainte Trinité, mais n'ont encore aucun statut religieux officiel. Jérôme Le Royer souhaite que les femmes qui s'engagent dans la nouvelle communauté échappent aux contraintes de la vie religieuse cloîtrée, à l'image des filles de la Charité fondées en 1633 par saint Vincent de Paul. La municipalité fléchoise se montre peu convaincue dans un premier temps par le projet et cherche à faire venir des Religieuses hospitalières de Vannes ou de Dieppe, sans succès. Elle accepte finalement son projet et signe un concordat avec lui le . La gestion de l'hôpital est confiée aux filles de Saint-Joseph, qui vivent en communauté et recrutent les servantes qui les assistent, mais n'étant pas encore liées par des vœux, elles conservent la possibilité de rentrer dans la vie civile quand elles le veulent..