André Malraux

Le farfelu est une tonalité réinventée par le jeune André Malraux, influencé par sa bibliothèque imaginaire et en partie par le « cubisme littéraire » de Max Jacob ; en l'occurrence par sa lecture de Rabelais, pour la "résurrection" du terme "farfelu". Il s'applique d'abord à trois œuvres de prose poétique : Lunes en papier (1921), Écrit pour une idole à trompe (s.d.) et Royaume-farfelu (1928). Cette modalité a trouvé un nom grâce à Malraux. Ce que démontrent dans les années 1960 les travaux d'André Vandegans (notamment La Jeunesse littéraire d'André Malraux, 1964), puis ceux de Michel AutrandRoyaume farfelu: une clé pour La Condition humaine", Littératures contemporaines, n°1, Klincksieck, 1996. et de Jean-Claude Larrat (†) qui a commenté la jeunesse de Malraux dans "Le Montmartre de Malraux : entre cubisme et farfelu"Présence d'André Malraux, n°2, 2002 ; enfin, l'incontournable article de H. Godard, "Le farfelu contre l'illusion d'un ordre"in De Claudel à Malraux, Mélanges offerts à Michel Autrand, 2004 : http://www;malraux.org/index.php/articles:696-20095godard.htm a remis l'accent sur le farfelu dans une œuvre généralement considérée comme tragique. Le n° 18 de la revue Présence d'André Malraux, sous la direction de S. Howlett, est entièrement consacré au Malraux farfelu : une douzaine d'articles (dont ceux de M. Autrand et de J.-C. Larrat), deux lettres farfelues de Malraux (à Max Jacob et à Louise de Vilmorin) et des illustrations (majorité de dyables de Malraux et de kachinas - poupées Hopi ). Ce numéro a donné lieu à deux expositions (2021 ; 2022).

Si Malraux exhume un mot forgé par Rabelais (épisode des Andouilles farfelues, dans Le Quart Livre) et laissé sous terre pendant quatre siècles, il en transforme le sens (de "gonflé" à "burlesque, incohérent et comique", peut-être sous l'influence du sens figuré et populaire d'andouille - dès la fin du , cf. ZolaL'Assommoir). Malraux s'explique clairement dans ses Antimémoires :

« J'appelle ce livre Antimémoires, parce qu'il répond à une question que les Mémoires ne posent pas, et ne répond pas à celles qu'ils posent ; et aussi parce qu'on y trouve, souvent liée au tragique, une présence irréfutable et glissante comme celle du chat qui passe dans l'ombre : celle du farfelu dont j'ai sans le savoir ressuscité le nom. » (Pléiade, OC. t. III) vignette|Couverture du n°18 de Présence d'André Malraux, "Le Malraux farfelu", 2021, AIAM éditions

Références

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