L’affaire Hattab-Sarraud-Subra ou affaire de l'Appât est une affaire criminelle française de 1984, dans laquelle un trio composé de Valérie Subra, , Laurent Hattab, et Jean-Rémy Sarraud, , organise des assassinats crapuleux. Cette affaire inspira le roman de Morgan Sportès L'Appât, paru en 1990 et qui fut adapté dans le film L'Appât de Bertrand Tavernier.
Les faits Valérie Subra est née le à Paris.. Tout juste majeure au moment des faitsPrésentation de l'émission Faites entrer l'accusé., elle travaillait comme vendeuse dans des magasins du quartier du Sentier à Paris, et vivait encore chez sa mère. En , elle rencontre deux garçons qui font basculer sa vie : son petit ami Laurent Hattab, né le à Bondy, « fils à papa » de qui dirige une société spécialisée dans les sweat-shirts et roule en Alfa Romeo grâce à l'argent de son père confectionneur dans le Sentier. et qui rêve de mener la belle vie et de partir en Amérique avec elle et l'ami de ce dernier, Jean-Rémy Sarraud, né le dans le Val-de-Marne, jeune homme lourdaud de à la vie chaotique.. Ils conçoivent un plan pour gagner de francs et s'installer aux États-Unis : Subra devra séduire des hommes riches dans les boîtes et les amener à l'inviter chez eux. Une fois sur place, elle introduira ses deux complices, les jeunes hommes tueront la victime après lui avoir extorqué de l'argent.
Le , leur première victime est Gérard Le Laidier, un avocat de . Ligoté et une éponge dans la bouche, il est assassiné à coups de couteau par Laurent Hattab et Jean-Rémy Sarraud alors qu'il s'apprêtait à aller, avec Valérie Subra, dîner chez des amis. Le trio n'emporte toutefois « qu'une maigre liasse de billets », une somme de .
Du 10 au 14 décembre 1984, le trio essaie de s’introduire chez Henry Levy, riche jeune homme de 24 ans, mais leurs tentatives s’avèrent infructueuses.
Valérie Subra réussit à s'introduire, le , chez Laurent Zarade, jeune homme de , directeur d'une maison de prêt-à-porter. Valérie Subra ouvre la porte pour Hattab et Sarraud, mais néglige d’enlever l’ entrebâilleur, ce qui empêche de laisser entrer ses deux complices. Elle se fait de nouveau inviter le lendemain, le 16 décembre, et cette fois, Hattab et Sarraud réussissent à s'introduire dans l'appartement. Là encore l'homme a été ligoté et étouffé avant que ses complices assassinent leur victime avec un coupe-papier planté dans le cœur. La jeune fille n’a pas assisté à l’assassinat, elle se réfugie d’abord dans une pièce où elle regarde une vidéo, sort de l’appartement, va dans la voiture du trio, puis rentre chez elle. Ils emportent et quelques bijoux, dont une montre de marque et une bague.
Le , le trio s'apprête à reproduire le même stratagème. Leur nouvelle proie est Paul Taiclet, chargé des relations publiques d'un restaurant, le Jardin de La Boëtie.
Heureusement pour lui, l’enquête avait déjà commencé : un ami de Laurent Zarade déclare l’avoir rencontré le 15 décembre donc la veille du meurtre en boîte de nuit en compagnie "d’une jeune fille brune"; Chantal Zarade sa sœur découvre que la jeune fille s’appelle Valérie et qu’elle travaille dans une boutique de vêtements ; elle communique sa découverte à la police qui le 20 décembre, retrouve dans les carnets d'adresses des deux victimes le même prénom de "Valérie" flanqué de deux numéros de téléphone, dont l’un correspond à la boutique de vêtements. Valérie Subra est ainsi arrêtée dans la journée sur son lieu de travail, peu avant ses deux complices.
L'affaire fait grand bruit, mais l'attention médiatique se concentre sur le personnage féminin du « trio infernal » (comme les surnomme Paris Match) qui a avoué lors de sa garde à vue son rôle de « simple complice » de deux assassinats et de plusieurs projets avortés. Immature, elle demande candidement après ses aveux si elle pourrait passer Noël en famille.. Paris Match publie en couverture une photographie de Valérie Subra et la qualifie de « beauté diabolique »« Valérie la diabolique », Paris Match, , 29 janvier 1988..
Victimes connues Date Identité Âge Profession Lieu Gérard Le Laidier 50 Avocat 97 rue de Prony, Paris () Laurent Zarade 29 Responsable commercial 12 rue Margueritte, Paris ()
Procès et condamnations Leur procès devant la cour d'assises de Paris débute le . Francis Szpiner avocat des parties civiles décrit Valérie Subra comme un être diabolique dont la responsabilité n'est pas moindre que ses complices. Même si elle n'a pas directement tué, elle est pour lui l'élément clef du trio. L'avocat de la partie civile ajoute : . L'avocat de Valérie Subra, Jean-Louis Pelletier, s'insurge contre cette diabolisation : . Il décrit une adolescente immature marquée par l'absence de son père qui a des difficultés à distinguer le bien et le mal, mais qui n'a pas de sang sur les mains. Les jurés suivent la vision de maître Szpiner et les réquisitions de l'avocat général Gérard Guilloux (particulièrement violent dans ses propos contre l'« appât », lui souhaitant un avenir de prostitution à Barbès). Les trois accusés, qui se rejettent la responsabilité les uns sur les autres, sont condamnés solidairement à la réclusion criminelle à perpétuité avec des peines incompressibles de (pour Hattab et Sarraud) et (pour Subra)Laurent Greilsamer, « Valérie Subra aux assises de Paris – Réclusion criminelle à perpétuité pour le trio assassin », Le Monde, 17 janvier 1988..
La mère de Gérard Le Laidier, au bras de son avocat, s'approche des trois condamnés et dit : .
Depuis, ils ont tous les trois été libérés. Valérie Subra a été incarcérée au centre pénitentiaire de Rennes. La jeune femme qui avait arrêté ses études en quatrième passe son baccalauréat, puis un brevet de technicien supérieur en communication des entreprises et s'inscrit pour préparer un diplôme d'études universitaires générales d'anglais. Son avocat, maître Jean-Louis Pelletier, qui continue de lui rendre visite, atteste sa transformation morale« Qu’est devenue Valérie Subra ? », Le Nouvel observateur..
À la prison de Rennes, Valérie Subra s'est liée d'amitié avec une surveillante. En , la surveillante s'inquiète de l'état de la détenue à qui sa libération conditionnelle a été refusée et lui confie un portable : « Je lui ai prêté un portable pour la soutenir parce qu'elle était démoralisée, renfermée, elle n'allait même plus au sport, elle refusait de parler avec nous, elle ne voyait plus l'avenir, quoi »Patricia Tourancheau, « Le gage de la geôlière émue par la détenue. Corinne Moreau avait fourni un portable à Valérie Subra. Le tribunal a été clément », Libération, 16 mars 1999.. Le portable est découvert un mois plus tard. La surveillante est condamnée à six mois de prison avec sursis et Valérie Subra est transférée à Nantes. Elle a été libérée en 2001, elle s'est mariée, a eu deux enfants et s'est expatriée au Maroc.
Les deux hommes sont libérés en 2003. En 2010, Jean-Rémy Sarraud a témoigné dans l'émission Faites entrer l'accusé, présentée par Christophe Hondelatte alors que sa mort avait été annoncée dans la presseOn signale par exemple qu'il est décédé peu après sa libération dans Le Monde, les grands procès, 1944-2010, Paris, Les arènes, 2010, .. Il a déclaré être en couple et avoir eu un enfant. Il a pu se reconstruire grâce à un ami aumônier. Il est devenu informaticien grâce aux études suivies en prison. Il a également témoigné dans l'émission de Dominique Rizet L'instant où en 2021..
Laurent Hattab est décédé le à Nice.. Jean-Rémy Sarraud est décédé le à Guillac (Morbihan)..
Œuvres inspirées de l'affaire Morgan Sportès s'est inspiré du fait divers dans son roman L'Appât (Le Seuil) paru en 1990.
Ce roman a été porté à l'écran par Bertrand Tavernier. La référence au fait divers y est transparente malgré le changement de nom des protagonistes. Marie Gillain y joue le rôle de Valérie Subra (appelée Nathalie Magnan dans le film). Le but de Bertrand Tavernier n'était pas de reprendre un fait divers particulier mais plutôt d'interroger à travers lui l'origine du mal. Il veut pousser un cri d'alarme en montrant des enfants perdus dans une société sans repères qui ne produit que des rêves d'argent et préfère le paraître à l'être. Ils en sont les produitsTavernier conserve en cela la vision adoptée par Morgan Sportès dans son roman et qu'il explique dans un article « Valérie Subra est notre fille », Le Monde, 30 mars 1995. et en viennent à commettre les pires crimes dans une sorte d'insouciance.
Isabelle Pelletier a consacré un livre au trio : Rendez-vous d'enfer.
Valérie Subra a mal vécu la parution du film de Bertrand Tavernier et l'attention des médias en général : Faites entrer l'accusé, « La mort sur rendez-vous », suivi du débat : « La prison change-t-elle les détenus ? », documentaire présenté par Christophe Hondelatte, diffusé le sur France 2..
Notes et références
Voir aussi Bibliographie
Isabelle Pelletier, Rendez-vous d'enfer. Le procès de Valérie Subra, Laurent Hattab et Jean-Rémy Sarraud, Paris, J'ai lu, 1994, 252 p. « Pâle trio » dans Le Monde, les grands procès, 1944-2010, Paris, Les arènes, 2010, p. 305-307 Morgan Sportès, « L'appât », Seuil, 1990 et Point-Seuil (poche).
Articles de presse « Trois inculpations dans l'assassinat d'un avocat parisien » Article publié le dans Le Monde. « Devant les assises de Paris Pâle trio pour un conte noir » Article de Laurent Greilsamer publié le dans Le Monde. « Aux assises de Paris Les larmes de Valérie Subra » Article de Laurent Greilsamer publié le dans Le Monde. « Au procès de Valérie Subra Les rescapés du hasard » Article de Laurent Greilsamer publié le dans Le Monde. « Un crime d'époque » Article de Laurent Greilsamer publié le dans Le Monde. « Condamnation : une surveillante de prison a été condamnée pour avoir fournir un téléphone portable à une détenue » Article publié le dans Le Monde.
Documentaires télévisés « La mort sur rendez-vous » le dans Faites entrer l'accusé présenté par Christophe Hondelatte sur France 2. « Affaire Valérie Subra : l'appât mortel » (premier reportage) le dans Chroniques criminelles sur NT1. « Affaire Valérie Subra, pièges mortels à domicile » le dans Au bout de l'enquête, la fin du crime parfait ? sur France 2.
Émission radiophonique « L'Appât : l'affaire Valérie Subra » le dans L'Heure du crime de Jacques Pradel sur RTL. « Valérie Subra et les deux garçons : piège fatal dans les beaux quartiers » le dans L'Heure du crime de Jean-Alphonse Richard sur RTL « Décembre 1984, l'affaire de l'Appât » le dans Affaires sensibles de Fabrice Drouelle sur France Inter. « Valérie Subra, jeune, jolie, dangereuse » le dans Hondelatte raconte de Christophe Hondelatte sur Europe 1.
Article connexe Liste d'affaires criminelles françaises depuis 1900
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