Gil Joseph Wolman, couramment désigné sous la forme Gil J Wolman, est un cinéaste, plasticien, poète et écrivain français né à Paris le et mort à Neuilly-sur-Seine le Relevé des fichiers de l'Insee.
Il est l'un des quatre fondateurs de l'Internationale lettriste.
Parcours Né d'une famille juive dont le père est mort en déportation, le jeune Joseph Wolman est envoyé durant la guerre se cacher dans les Pyrénées où il côtoie les résistants locaux. À l'issue de la guerre, il remonte à Paris où il travaille un temps à Combat dans un emploi subalterne qui lui permet toutefois, grâce aux rencontres qu'il y fait, de participer aux soirées organisées par Aragon et le C.N.É.Cf. le témoignage de Dominique Meens in Gil Joseph Wolman, Défense de mourir, Paris, éd. Allia, 2001, .. Il fait la connaissance notamment de Jean-Louis Brau en 1949, puis, désormais sous le nom de Gil J Wolman, rallie Isidore Isou et le lettrisme dès 1950, et contribue alors, avec entre autres François Dufrêne, Maurice Lemaître et Gabriel Pomerand, à un nouvel élan créatif et théorique dans la poésie. En 1951, il écrit et réalise son film scandale L'Anticoncept, projeté pour la première fois le au ciné-club Avant-Garde 52 sur un ballon-sonde, interdit par la censure le , et resté interdit depuis lorsGil Joseph Wolman, L'Anticoncept, Paris, éd. Allia, 1994, .. Le suivant, il participe à la réalisation de la bande-son du film de Guy-Ernest Debord Hurlements en faveur de Sade, qui s'ouvre sur une improvisation lettriste de Wolman, en solo, précédant les deux premières répliques qui constituent seules le génériqueFiche technique du film parue dans Contre le cinéma, quatrième monographie de la « Bibliothèque d'Alexandrie » à Paris en 1964 par l'Institut scandinave de vandalisme comparé (cf. Guy Debord, Œuvres, Paris, éd. Gallimard, coll. « Quarto », 2006, ..
Mégapneumes Il est l'inventeur en 1950 des « mégapneumes ». Les mégapneumes se veulent le pas au-delà de la poésie lettriste : quand celle-ci est fondée sur la lettre, Wolman y substitue le souffle, exprimé aux moyens de diverses cadences respiratoires, créant ainsi une forme de poésie lettriste « ciselante », c'est-à-dire déconstruite, puisque les phonèmes sont désormais inexistants.
Internationale lettriste En 1952, il crée avec Guy Debord, Serge Berna et Jean-Louis Brau l’Internationale lettriste, une tendance radicale du mouvement lettriste qui fera rapidement sécession. C'est durant cette période que Wolman écrit avec Debord le texte Mode d'emploi du détournement publié en 1956 dans la revue belge Les Lèvres Nues. Ce texte théorique, qui anticipe le créé par William S. Burroughs, prône la réutilisation d'éléments préexistants issus généralement de livres ou de journaux (fragments de textes, photographies…) pour les recomposer à des fins de propagande subversive. Il publiera notamment, la même année, J'écris propre, récit détourné composé de fragments de textes découpés dans divers romans, qui préfigure son « art scotch ».
Bien qu'ayant été délégué de l'I.L., porteur de l'intervention rédigée par Debord alors retenu à Paris par les autorités militaires, lors du congrès d'Alba (Italie) du 2 au , préparatoire à la création de la future Internationale situationniste, il est exclu début 1957 quelques mois avant cette constitution qui se réalisera à la conférence de Cosio d'Arroscia les 27-Guy Debord, Œuvres, Paris, éd. Gallimard, coll. « Quarto », 2006, . . La réponse qu'il adresse à Guy Debord à cette annonce, « L'un n'exclut pas l'autre », est toute dans l'esprit du personnageGil Joseph Wolman, Défense de mourir, Paris, éd. Allia, 2001, NdE ..
Après l'I.L. En août 1959, il retrouve Serge Berna et Jean-Louis Brau pour une exposition au Salon des Arts de La Garde-Freinet (Var) intitulée « Nouvelle école de Paris : Brau, Berna, Wolman ». Après une nouvelle période lettriste où il crée des œuvres hypergraphiques remarquables basées sur un principe d'écritures gestuelles évoquant les graffitis, il invente en 1963 l'« art scotch », procédé qui consiste à arracher des bandes d'imprimés, à l'aide d'un ruban adhésif repositionné sur des toiles ou du bois, technique qu'il poursuivra jusqu'en 1976, développant alors son œuvre personnelle. Il quitte de nouveau le groupe lettriste en 1964, lors de l'exposition « Lettrisme et Hypergraphie » à la galerie Stadler, à Paris.
Il participe dans les années 1970 au collectif d’artistes Jacob ou la persuasionVoir une œuvre de Gil Joseph Wolman de cette période et voir Roland Weber pour plus de précisions sur le collectif..
En 1977-1978, il crée le mouvement séparatiste. Puis viendront Dühring Dühring, les Décompositions et enfin la Peinture dépeinte.
Hommages Les mots sont des armes. Hommage à Gil J Wolman (1970), collage de Roger LanglaisFrère du lettriste international Gaëtan M. Langlais. appartenant à une suite de 25 détournements réunis sous le titre Triomphe de la marchandise et exposés à la Galerie du Ranelagh à Paris en 1975.
En 1998, la revue Poézi Prolétèr, dirigée par Katalin Molnár et Christophe Tarkos, publie en hommage dans son numéro 2, une série de ses textes regroupés sous le titre Introduction du mot.
Ancien lettriste à peine connu et toujours signalé à tort dans l'ombre de Guy Debord, Gil J. Wolman est pourtant, avec Robert Filliou, l'un des artistes qui a aujourd'hui un réel impact chez les jeunes poètes et artistes. Ne dit-il pas, à l'instar du « génie sans talent » de Filliou, (1964)Gil J Wolman - art scotch 1963. Textes Sandro Ricaldone, et Yan Ciret article et notes biographiques), Editions Peccolo (2006)..
En 2010, le MACBA (Barcelone) montre pour la première fois à l'étranger l'œuvre de Gil Wolman : rétrospective Gil J Wolman, I am immortal and alive (de à , curateurs Frédéric Acquaviva et Bartomeu Mari), puis le Musée Serralvès à Porto (de janvier à ) et le Centre Pompidou à Paris du au , lui consacrent une exposition, tandis qu'à lieu à La Plaque Tournante à Berlin la première exposition personnelle de Wolman (curateur : Frédéric Acquaviva), du au .
En mai-, il fait l'objet d'une exposition à la galerie parisienne Loeve&Co : ''Guy-Ernest Debord & Gil Joseph Wolman - L’un n’exclut pas l’autre,'' qui, comme son titre l'indique, se propose d'explorer les relations entre les deux créateurs, autrefois complices..
Publications L'homme séparé par Wolman, galerie Nane Stern, Paris, 1979. Duhring Durhing, Éditions InconnuesÉditions sans statut social, dépôt légal ni distributions officielles, créées par Wolman pour publier ses textes au gré de ses envies, sous des formes variables., Paris, 1979. De quelques-uns des portraits de poches réalisés par Wolman en 1974 entre le 26 janvier et le 3 févier, Éditions Inconnues, Paris, 1980. Wolman's readers, Éditions Inconnues, Paris, 1981. Wolman résumé des chapitres précédents, galerie Spiess, Paris, 1981. De la vidéo, Éditions Inconnues, Paris, 1982. Vivre et mourir, galeries Spiess et Nane Stern, Paris, 1984. Fin de communication, galerie Spiess, Paris, 1985. Les Entrepôts d'Ivry, Éditions Inconnues, Paris, 1986. Le Sens perdu de l'interruption, Éditions Inconnues, Paris, 1987. Haute vie, Éditions Inconnues, Paris, 1987. Le livre des mots : Commencement, livre premier ; Nom, livre deuxième ; Homme, livre troisième ; Désert, livre quatrième ; Paroles, livre cinquième, Éditions Inconnues, Paris, 1987. Je suis la proie des mots les mots m'écrivent, Éditions Inconnues, Paris, 1988. Le Passage, Éditions Inconnues, Paris, 1989. Peinture dépeinte, le sens perdu de l'interruption, Éditions Inconnues, Paris, 1991. Le Petit Livre blanc de la peinture - souvenir, une peinture de tradition orale, Éditions Inconnues, Paris, sans date. Appel à témoin, pour une peinture de tradition orale, Éditions Inconnues, Paris, 1991. Des mots rayés nuls, galerie Weiller, Paris, 1993. De l'Anticoncept à l'anticoncept, précédé d'un résumé des chapitres précédents, Éditions Inconnues, Paris, 1994. L'Anticoncept, Allia, Paris, 1995, 72 p. Les Inhumations, suivi de Peinture dépeinte, Allia, Paris, 1995, 240 p. Défense de mourir, Allia, Paris, 2001, 400 p. Vivre loin, roman photo détourné, galerie Loeve&Co, Paris, 2023, non paginé (56 p.), tirage limité à 100 exemplaires.
Notes et références
Voir aussi Articles connexes
Guy-Ernest Debord L'Anticoncept Lettrisme Isidore Isou Serge Berna Jean-Louis Brau Internationale lettriste Jean-Michel Mension FKDL
Liens externes
Wolman in the open (Frédéric Acquaviva)) Galerie Seconde Modernité : biographie, photos d'œuvres, bibliographie, expos. perso, expos. collectives, expos. dans les institutions, collections publiques... Biographie et œuvres sur le site du FRAC-Bourgogne http://www.frac-bourgogne.org/collection/#/artworks?filters=authors%3AWOLMAN%20Gil%20J↹WOLMAN%20Gil%20J&page=1&layout=grid&sort=by_author Mode d'emploi du détournement Article de Guilhem Fabre sur le lettrisme et l'importance de Dufrêne et Wolman Gil Wolman au CIPM Nicolas Exertier, "Nous étions contre le pouvoir des mots" (L'art anticonceptuel de Gil J Wolman)
Catégorie:Écrivain français du XXe siècle Catégorie:Poète français du XXe siècle Catégorie:Réalisateur français Catégorie:Réalisateur de film expérimental Catégorie:Personnalité liée à un mouvement artistique d'avant-garde Catégorie:Lettrisme Catégorie:Shoah en France Catégorie:Survivant de la Shoah Catégorie:Naissance en septembre 1929 Catégorie:Naissance dans le 12e arrondissement de Paris Catégorie:Décès en juillet 1995 Catégorie:Décès à Neuilly-sur-Seine Catégorie:Décès à 65 ans