Recouvrance est le nom d'un quartier historique de Brest situé rive droite de la Penfeld, la rivière le long de laquelle Brest s'est construite, avec son arsenal militaire. Le nom Recouvrance vient du fait que dans la paroisse de Sainte-Catherine (l'ancien nom de Recouvrance), on honorait une statue de vierge, Notre-Dame de Recouvrance qui a donné son nom au quartier. Recouvrer la terre c'est retrouver la terre : on priait Notre-Dame de Recouvrance pour faire un bon retour à sa terre de départL'espace info Tram – De Français-Libres aux Capucins - Module deux : une histoire à raconter, propos d'Alain Boulaire.
C'est un quartier populaire, peuplé de marins et d'ouvriers, et historiquement bretonnant par opposition à Brest même (rive gauche), francophone. Les deux composantes historiques de Brest, Brest même et Recouvrance sont reliées par le pont de Recouvrance, remplaçant le pont National, détruit pendant la Seconde Guerre mondiale. Le tissu urbain de Recouvrance fut profondément remanié depuis la guerre, bien que le plan Mathon n’arasât pas la rive droite, comme ce fut le cas de la rive gauche, la Reconstruction lui fit perdre ses remparts et de très nombreuses bâtisses. Il subsiste néanmoins encore quelques témoignages importants du vieux Brest comme quelques rues anciennes, où Recouvrance a su garder son caractère « en pente » avec ses escaliers qui ont toujours fait partie de son identité.
Il est à noter qu'aujourd'hui Recouvrance fait partie du quartier administratif des Quatre-Moulins, du nom du faubourg de Recouvrance.
Les habitants de Recouvrance étaient surnommés les Yannicks par opposition aux Ti-Zefs, habitants de Brest même..
Recouvrance a donné son nom à la réplique d'une goélette du début du , La Recouvrance.
Géographie thumb|Recouvrance vue du ciel. Les rues en vert sont les rues anciennes de Recouvrance. En rouge les bâtiments détruits (fortifications et bâtiments militaires). En jaune le tracé du tram. Recouvrance est implantée sur la rive droite de la ria de la Penfeld qui débouche dans la rade de Brest. Recouvrance occupe un plateau incliné dont le bord tombe à pic sur la PenfeldLes éboulements étaient fréquents, d'où en 1744 un arrêt interdisant les labours à moins de 60 toises de la rive ; dès 1672, Duquesne signale l'urgence de remédier à l'envasement du port et dès 1765 l'on commence à curer la Penfeld ; les rives sont aussi envasées et les navires doivent être maintenus à une quinzaine de mètres de la rive pour ne pas s'échouer. Il fallut attendre la construction des murs servant désormais de limite à l'arsenal pour que le problème soit résolu et dont l'altitude s'élève rapidement en s'éloignant de la rive. Ce plateau est entaillé par deux vallons, celui qui est emprunté par l'axe principal (actuels pont de Recouvrance, rue de la Porte, rue Anatole France, en direction de Saint-Pierre-Quilbignon, l'autre à hauteur de Pontaniou, empruntant le tracé de la rue Fréminville grosso modo. De part et d'autre de ces deux vallons s'étagent des rues au tracé parallèle à la Penfeld, reliées à l'un ou l'autre des deux vallons par des escaliers (la rue de la Fontaine par exemple) ou par des rues à forte pente : par exemple, l'axe principal partant du pont de Recouvrance est à à l'emplacement de l'ancienne porte du Conquet, à à hauteur de Prat-Lédan, aux Quatre-Moulins, au Petit-Paris, dans le bourg de Saint-Pierre-QuibignonS. Castel, Brest, étude de géographie urbaine, Annales de Bretagne, 1930, .
Histoire de Recouvrance
Moyen Âge thumb|left|L'hôtel de Tanneguy du Châtel à Recouvrance (, auteur inconnu) Recouvrance s'est d'abord appelé Sainte-Catherine (à l'époque, un simple groupe de cabanes de pêcheurs ainsi dénommé car un seigneur du Chastel y avait érigé une petite chapelle sous le vocable de sainte Catherine)S. Castel, Brest, étude de géographie urbaine, Annales de Bretagne, 1932, . C'est en 1346 que Jean IV de Montfort fonde dans le village de Sainte-Catherine la chapelle Notre-Dame-de-Recouvrance, nommée ainsi car l'on y déposait de nombreux ex-votos pour prier en faveur du bon retour (de la recouvrance) des bateaux partant de BrestOnésime Pradère, Brest, son château, son port, sa rade et ses environs : guide du touriste, Société anonyme d'imprimerie, Brest, 1889, . Claudius Maria-Mayet écrit encore en 1859 : « Notre-Dame-de-Recouvrance […], petite chapelle où, autrefois, les capitaines de vaisseau allaient se recommander à Marie et entendre la messe, avant de s'embarquer »Claudius Maria-Mayet, Auguste Marceau, capitaine de frégate…, Briday, Lyon, 1859, .
Recouvrance était le chef-lieu féodal de la région et jusqu'à 1681, probablement depuis la fin du , un fief de la famille du ChastelLes Du Châtel possédaient par ailleurs une bonne partie du Bas Léon (le pays compris entre Landunvez, la pointe Saint-Mathieu et Brest), leur château principal étant le château de Trémazan(Hervé du Chastel, dont l'existence est attestée par des actes en 1288 et 1294, l'aurait reçu en fief en remerciement de sa résistance lors d'un siège de Brest par les Anglais, probablement en 1296G. Vallée, Mémoires de Charles Gouyon, baron de La Moussaye (1553-1587, Perrin, Paris, 1901, ). « La Motte-Tanguy, sur laquelle s'élèvera plus tard la bastide de Quilbignon, marquait le siège de cette juridiction »Armand Corre et Paul Aubry, Documents de criminologie rétrospective (Bretagne, ), A. Storck, Lyon, 1895, . La tour Tanguy avait été construite pour asseoir le pouvoir de cette seigneurie, en face du château qui représentait le pouvoir ducal.
Époque moderne Un élément du système de défense brestois thumb|left|150 px|La rue du Rempart est une des rares traces des fortifications qui subsiste côté Recouvrance thumb|Batteries du port de Brest, au premier plan celles situées côté Recouvrance (tableau de Louis-Nicolas Van Blarenberghe) Recouvrance est alors un des éléments du système de défense de Brest, fortifiée par Vauban en 1683 : en juin 1694, le Mercure Galant écrit :
Une description datée de 1792 fournit les précisions suivantes, parlant de la Penfeld :
L'incorporation à Brest thumb|left|Recouvrance, la Penfeld et Brest (gravure de Der A. A. Van, , musée départemental breton, Quimper) Selon Jean-Baptiste Ogée, vers 1600, Recouvrance était plus peuplé que BrestDictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne en 4 volumes, Nantes, 1778-1780. Réédition par A. Marteville et P. Varin, Éditions Molliex, Nantes, Rennes. En 1670 encore, Recouvrance avait une population un peu supérieure à celle de BrestS. Castel, Brest, étude géographie urbaine, Annales de Bretagne, 1932, . Par contre en 1771, un Mémoire adressé par la Communauté [de Brest] aux États de Bretagne parle de à Brest et à RecouvranceCité par S. Castel, Brest, étude géographie urbaine, Annales de Bretagne, 1932, et en 1789, selon les estimations de Maurice Bernard, de et respectivement. Recouvrance est alors comprimée par sa ceinture de remparts qui bloque son essor alors que Brest a encore à l'époque de la place disponible intra-muros. Ce n'est qu'après la guerre de 1870 que l'urbanisation déborda extra-muros dans les quartiers des Quatre-Moulins, puis de Kerbonne, en direction du bourg de Saint-Pierre-QuilbignonS. Castel, Brest, étude géographie urbaine, Annales de Bretagne, 1932, .
Louis XIV guidé par les rapports du chevalier de Clerville en 1667 et ceux de l'intendant Chertemps du Seuil en 1670 et 1675, l'incorpore en 1680 à Brest, par lettres patentes. :
De nombreux habitants de Recouvrance protestèrent contre l'incorporation de leur village à Brest, les contestations devinrent assez sérieuses pour que le le duc de Chaulnes, gouverneur de la province de Bretagne, prenne un arrêté interdisant les procédures judiciaires contre cette décision.
thumb|right|150 px|Vue de Recouvrance et de ses fortifications au niveau de la porte du Conquet (après son élargissement) tels qu'ils se présentaient jusqu'à la Seconde Guerre mondiale Entre 1683 et 1689, Vauban fortifia les deux rives de Brest. Recouvrance sera désormais intra-muros jusqu'à la Reconstruction et dispose de l'une des deux portes d'entrée dans la ville, la porte du ConquetL'autre étant la porte de Landerneau, à l'est de la ville de Brest et ce n'est qu'en 1820 qu'une troisième porte fut ouverte, la porte Saint-Louis. Néanmoins, Recouvrance ne fait pas partie de Brest même et Jacques Cambry note en 1794 que « les habitans de Recouvrance étoient traités par les Brestois avec une rudesse, une supériorité qui tenoit du mépris »Voyage dans le Finistère ou État de ce département en 1794 et 1795, Tome second, page 131, librairie du Cercle social, Paris, 1798.
Cette attitude a longtemps perduré si l'on en croit Étienne de Jouy qui écrit en 1826 : « Les habitants de Douric et de Recouvrance, séparés seulement par une rivière […] [d]es Brestois [qui] les traitent avec une comique supériorité, que rien ne me parut autoriser »Étienne de Jouy, Œuvres complètes, tome 12, 1823, .
Maurice Bernard est du même avis, écrivant en évoquant la seconde moitié du :
Un témoignage datant de 1900, mais évoquant le Recouvrance d'avant la construction du Grand Pont illustre que Recouvrance est resté longtemps psychologiquement isolé du reste de Brest : « Les nouvelles de la ville arrivaient par le légendaire crieur de journaux et les relations avec Brest, proprement dit, étaient peu fréquentes. On peut dire que les trois quarts des habitants ne passaient pas la Penfeld trois fois par an ; bien des septuagénaires ne se rappelaient même pas l'avoir franchi trois fois dans leur vie… ».. De nos jours encore, certains habitants de Brest même disent ne jamais aller sur la rive droite de la Penfeld et les Yannicks (surnom des habitants de Recouvrance) conservent un certain particularisme cultivé par exemple par la « fête des Yanniks », la fête du quartier, créée en 1894, mais remplacée en 2010 par la « fête des Remailleurs »Brest maville.com, les remailleurs étant les artisans repriseurs qui réparaient minutieusement les filets de pêche..
Les « mauvaises mœurs » à Recouvrance et la prison de Pontaniou thumb|La prison de Pontaniou Le , une supplique est adressée par des habitants de Recouvrance à l'évêque du Léon, car ils se plaignent « de ce qu'il s'estoit trouvé dans ledit Recouvrance plusieurs prestres dont la vie déréglée avait causé dans le public un grand scandale et, en second lieu, de ce que le nombre de prestres de la dite chapelle étant fort grand, les habitans qui, pour la plupart, n'estoient que de pauvres artisans, avoient estés souvent surchargés et incommodés par la rétribution exorbitante qu'ils estoient obligés de donner à cette multitude de prestres pour les enterrements et autres services »Prosper Levot, Revue des sociétés savantes de la France et de l'étranger, janvier 1861, .
La prostitution fleurissaitElle fleurissait aussi à Brest même à cette époque, y compris au pied des remparts du château, les filles de joie étant parfois enfermées au Refuge royal. ou couvent de Pontaniou, un asile fondé dès 1667 par les Dames hospitalières de Saint-Thomas de Villeneuve, mais transformé en 1692 en maison de correction pour les « filles et femmes débauchées », au niveau de l'actuelle rue Saint-Malo., longée par le mur du terrain de la Madeleine.
L'établissement reçut aussi des filles huguenotes après la révocation de l'édit de Nantes) comme en témoigne le texte ci-après qui évoque l'année 1726 :