vignette|La Grande bibliothèque de Montréal. La littérature québécoise désigne l’ensemble des œuvres écrites ou orales produites au Québec. Part incontournable de la culture et de l’identité québécoise, elle se distingue de la littérature acadienne et de la littérature franco-canadienne ou canadienne-française que l’on retrouve ailleurs au Canada.

Introduction Précisons d’abord que le nom de n’est entré dans l’usage qu’avec l’avènement de la Révolution tranquille au début des années 1960, époque où l’affirmation nationale des Québécois a pu se traduire notamment par un discours politique visant à faire du Québec un pays souverain. Auparavant, depuis environ la seconde moitié du , on parlait plutôt de , conformément en cela au statut politique du Canada français dans la Confédération canadienne. Plus avant encore, depuis la fin du , on la qualifiait de puisque l’ethnonyme désignait alors les colons français nés ou identifiés au CanadaL’ethnonyme s’est imposé au courant du pour désigner les colons français nés au Canada, lesquels se sont distingués culturellement peu à peu des Français sous l’influence notamment d’un nouveau mode de vie lié à des conditions géographiques et climatiques particulières, au nomadisme imposé par le commerce de la traite des fourrures et, surtout, par le contact avec les sociétés amérindiennes. Dans une lettre de Maurepas à Vauban du 21 janvier 1699, celui-ci constate : (cité par Réal Ouellet, « Identité québécoise, permanence et évolution », dans Les Espaces de l’identité, sous la direction de Laurier Turgeon, Jocelyn Létourneau et Khadiyatoulah Fall, PUL, 1997, p. 63). Sur la genèse de l’identité canadienne, on peut consulter également le chapitre « Le Canadien inventé » de l’étude de Bernard Andrès, Histoires littéraires des Canadiens du (PUL, coll. « À propos », 2020, p. 71-91). Gervais Carpin a de son côté analysé l’émergence de l’ethnonyme « Canadien » dans son ouvrage : Histoire d’un mot. L’ethnonyme Canadien de 1535 à 1691 (Septentrion, coll. « Les cahiers du Septentrion », 1995).. Ce n’est qu’avec le pacte confédératif de (ou l’AANB, l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique) que le nom a servi à désigner l’ensemble du pays et ses deux peuples fondateurs : les Canadiens anglais et les Canadiens françaisÀ l’époque, il n’était évidemment pas question de reconnaître les peuples des Premières Nations comme participant de plein droit à l’élaboration du pacte confédératif. Par ailleurs, comme a pu l’analyser Stéphane Paquin, ce discours sur les deux peuples fondateurs est apparu cependant, au fil du temps, comme une illusion (L’invention d’un mythe. Le pacte entre deux peuples fondateurs, VLB éditeur, coll. « Études québécoises », 1999)..

Ces changements de noms correspondent ainsi à l’évolution du statut, sinon à celle de la conscience nationale d’un peuple qui s’est perçu successivement comme étant , puis . Depuis plusieurs décennies, ce nom ne désigne pas seulement les descendants du peuple d’origine française enraciné au Québec depuis quelques siècles, mais tous les citoyens qui vivent sur le territoire du Québec et qui se reconnaissent dans ce nom. Sur ce plan, la littérature québécoise est aussi devenue depuis plusieurs décennies l’expression d’une mosaïque identitaire où s’entrecroisent diverses mémoiresSur cette question de la genèse et de l’évolution de la littérature québécoise, on peut consulter : 1. Jean Marcel, « Écriture et histoire. Essai d’interprétation du corpus littéraire québécois », Pensées, passions et proses. Essais, L’Hexagone, coll. « Essais littéraires », 1992, p. 143-156 (Études françaises, vol. X, no. 4, 1974). 2. Robert Melançon, « Qu’est-ce que la littérature québécoise », Revue des sciences humaines, no. 173, janvier-mars 1979, p. 7-24. 3. Clément Moisan, « Pour une histoire de l’histoire de la littérature : l’exemple québécois (La recherche littéraire. Objets et méthodes sous la direction de Claude Duchet et Stéphane Vachon, XYZ éditeur, coll. « Documents », 1998, p. 51-64). 4. Lucie Robert, « Conditions d’émergence et d’institution d’une littérature » (La recherche littéraire. Objets et méthodes, op. cit., p. 76-87). 5. Bernard Andrès, « Les lettres d’avant la Lettre. Double naissance et fondation », Littérature, no. 113, mars 1999, p. 22-35. 6. Micheline Cambron, « Des petits récits et du grand récit. Raconter l’histoire de la littérature québécoise », Littérature, no. 124, 2001, p. 81-97..

Les écrits de la Nouvelle-France : 1534–1763

Les écrits de la Nouvelle-FranceOuvrages de référence consultés : 1. Le chapitre « Les écrits de la Nouvelle-France (1534-1763) » dans l’Histoire de la littérature québécoise (Boréal, 2007, p. 17-53) de Michel Biron, François Dumont, Élisabeth Nardout-Lafarge, avec la collaboration de Martine-Emmanuelle Lapointe. 2. Le chapitre « L’héritage » dans La vie littéraire au Québec 1 (1764-1805) : La voix française des nouveaux sujets britanniques, sous la direction de Maurice Lemire (PUL, 1991, p. 9-73). 3. Le chapitre « De la Nouvelle-France à 1800 » dans l’Atlas littéraire du Québec, sous la direction de Pierre Hébert, Bernard Andrès et Alex Gagnon (Fides, 2020, p. 2-28). 4. L’article « Rêver la Nouvelle-France au XIXe siècle (Tangence, no. 90, été 2009, p. 71-87) de Rémi Ferland. regroupent principalement des récits de voyage, d’exploration, de colonisation (Jacques Cartier, Samuel de Champlain, Marc Lescarbot, Gabriel Sagard, Chrétien Le Clercq, Louis Antoine de Bougainville), d’évangélisation (les Relations des jésuites) ou de témoignages religieux (les Écrits spirituels et les lettres de Marie de l’Incarnation, les Annales de l’Hôtel-Dieu de Montréal de Marie Morin). On y retrouve aussi des essais, de nature philosophique, sur les mœurs des Autochtones (Joseph-François Lafitau, le baron de Lahontan) et des écrits de synthèse sur l’histoire de la Nouvelle-France (Pierre Boucher, François-Xavier Charlevoix) ou, plus spécifiquement, de Montréal (François Dollier de Casson). Les lettres d’Élisabeth Bégon, native du Canada, s’avèrent également intéressantes en ce qu’elles évoquent la vie quotidienne dans la coloniePour un aperçu général, voir l’étude de Maurice Lemire, Les écrits de la Nouvelle-France, Éditions Nota Bene, 2000..

Bien que ce corpus appartienne au champ littéraire français, il est désormais intégré à la littérature québécoise puisqu’on le considère comme un héritage mémoriel, un patrimoine littéraire. D’ailleurs, ces textes ont d’abord été, dans bien des cas, réédités au Québec au . Ils ont alors inspiré de nombreux écrivains et historiens soucieux de relater la genèse du Canada français, son appartenance au Nouveau Monde sur le mode bien souvent d’une épopée nationale où s’entrecroisent, notamment, l’héroïsme des missionnaires (Jésuites, Récollets, Ursulines), des fondateurs et fondatrices (Samuel de Champlain, Paul Chomedey de Maisonneuve, Jeanne Mance, Marguerite Bourgeoys, Marguerite d’Youville), des explorateurs (Louis Jolliet, Pierre Le Moyne d’Iberville, Pierre-Esprit Radisson, Cavelier de la Salle), des chefs militaires (Frontenac, Montcalm, Lévis) et celui des colons (Louis Hébert, Guillaume Couture)Au , on compte en effet plusieurs ouvrages de type hagiographique consacrés aux religieux et religieuses qui participèrent à la fondation de la Nouvelle-France. Ainsi, l’abbé Étienne-Michel Faillon publia en 1852 les histoires édifiantes de Marguerite d’Youville, de Marguerite Bourgeois (1853) et de Jeanne Le Ber (1860). L’abbé Henri-Raymond Casgrain publia celle de Marie de l’Incarnation en 1864. On trouve aussi des biographies édifiantes de plusieurs héros laïques, dont : Guillaume Couture (par Joseph-Edmond Roy en 1884), Paul Chomedey de Maisonneuve (par Pierre Rousseau, en 1886), Jacques Cartier (par Narcisse-Eutrope Dionne en 1891), le Marquis de Montcalm et le chevalier de Lévis (par Henri-Raymond Casgrain en 1891). Serge Gagnon a proposé une synthèse de cette question dans son étude, Le Québec et ses historiens de 1840 à 1920. La Nouvelle-France de Garneau à Groulx », PUL, coll. « Les cahiers d’histoire de l’université Laval », 1978. Comme le souligne Lucie Robert : « Il [Faillon] contribue ainsi à la mise en place d’un récit mythique, une “épopée mystique” pourrait-on dire, qui confond les origines à la fois de l’Église et celles de la nation canadienne » (« À la recherche de “l’Église des premiers temps” : formes médiévales, classiques et romantiques dans les “Vies” au Québec au milieu du , dans Entre la lumière et les ténèbres. Aspects du Moyen Âge et de la Renaissance dans la culture des , sous la direction de Brenda Dunn-Lardeau, Classiques Garnier, 1999, p. 220). Voir aussi le sous-chapitre, « La récupération des écrits de la Nouvelle-France », dans La vie Littéraire au Québec, tome III, (sous la direction de Maurice Lemire et Denis Saint-Jacques), PUL, 1996, p. 252-256..

Une tradition de lecture de ce corpus a ainsi pris forme, assurant à la fois la pérennité mémorielle de la Nouvelle-France et l’ancrage du Canada français dans un discours et un imaginaire national en voie de formation au milieu du . Ce corpus aura également permis aux générations suivantes d’y puiser des informations sur la description du territoire, la vie dans la colonie et le mode de vie des Amérindiens.

Commencements : 1760–1800